LES ANGLAIS EN CHINE
tatif, et j*estime que le Times ne rendit pas justice à ses adversaires en attribuant h de sordides manœuvres et à un vil esprit d'ambition ou d*intrigue ce qui était si évidemment une auguste révolte de la conscience humaine.
Au reste, voici un détail qui montre quel fut le premier effet de la discussion. Au moment du vote, près de quatre ou cinq cents personnessepressaientdansWestminster-Hall, attendant avec impatience l'annonce du résultat. Soudain les députés paraissent et un cri s'élève : Le ministère est vaincu ! A cette nouvelle, applaudissements frénétiques. On guette au passage les orateurs victorieux, on les entoure, on les félicite. Ce fut une véritable ovation à laquelle MM. Cobden et Milner Gibson, les auteurs de la motion adoptée, ne purent se soustraire qu'en se jetant précipitamment dans la première voiture venue. M. Gladstone, dont l'éloquence venait d'illuminer tout le débat, fut fort applaudi, cela va sans dire. Il en fut» de même de lord John Russell. Seulement on put remarquer que ce dernier s'avançait d'un air extrêmement triste et abattu. Était-ce parce qu'il triomphait de plusieurs de ses anciens amis?
Malheureusement pour la cause de la justice, lord Palmerston, en cette circonstance, se trouvait représenter deux choses auxquelles les Anglais tiennent fort, savoir leur orgueil comme Anglais et leur intérêt comme marchands. Or, où l'esprit de nationalité et l'esprit de commerce dominent, il est rare que le poids des considérations purement chevaleresques remporte. Lord Palmerston, lorsqu'il essayait de forcer, coûte que coûte, les portes du Céh'ste Empire, se trouvait représenter l'intérêt de ces industriels du Lancashire qui, à la nouvelle du traité conclu en 1842 avec la Chine, s'étaient écriés, en jetant leurs chapeaux en l'air : c Que chacun des trois cents millions d'hommes qui peuplent
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la Chine acheté un bonnet de coton, et voilà nos filatures en bon chemin . »
Encore Tintérét des filateurs n*était-il pas le seul qui fût en jeu : est-ce que le thé n'est pas aujourd'hui, après le coton, la branche la plus considérable du commerce anglais? Il fallait donc s'attendre à voir les hommes de la classe moyenne, en Angleterre, pardonner cordialement à lord Palmerston remploi d'un moyen que le but jusiitiait de reste à leurs yeux. Sahis populi suprema lex; cl, chez une « nation de boutiquiers », pour me servir d*un mot bien connu, le salus populi^ c'est... la question des débouchés!
£t puis, il faut en convenir, les Chinois sont peu intéressants, bien que lord Palmerston aille im peu loin quand il les traite de « barbares ». Barbares? Mais pas tant que vous voulez bien dire, milord. Voyez, en effet, madame à son déjeuner : le breuvage qu'elle savoure, la tasse de porcelaine où elle boit, le paravent qui la préserve des courants d'air, Jes ornements du tapis que foulent ses petits pieds, l'écran qui protège contre l'ardeur du feu sa peau rose et blanche^ que d'emprunts faits par noire civilisation à celle de ces c barbares » !
Le crime, le vrai crime de la Chine, c'est de fermer ses ports et ses villes aux étrangers, c'est de s'isoler de la grande famille humaine; mais, avant de les en punir, il faudrait commencer par mettre de cùté ce principe du « chacun chez soi », ,iu(|uel je doute que l'Angleterre soit prête à renon«:cr. D'autre part, l'impossibilité même de pénétrer dans l'intérieur (le la Chine nous autorise à nous défier de l'exactitude de certains récils singulièrement noirs. Un jour je lus dans le Times que Yeh avait mis à mort soixante-dix mille de ses administrés, et cela me fit frémir; mais je ne tardai pas à me rassurer en songeant que le Times ne pou-