‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 80 sur 169 · LE DROIT DB VISITE KT LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE DROIT DB VISITE KT LES ANGLAIS

ctal la conduite à tenir par les belligérants durant la ff^^rrel C'est là une question de probité, et c'est aussi une question de bon sens.

Je dois eonslater, pour être juste, que les étranges paroles échoppées à sir G.-C. Lewis n'ont pas trouvé d'éclio, et que le « Soliciter général » leur a prudemment attribué un sens autre que celui qu'elles présentent naturellement. Elles avaient été prononcées le i2 mars, et c'est le 18 que le < Solicitor général », après mûre réflexion sans doute, lésa passées au crible d'une interprétation rassurante. Je vous laUse à juger, monsieur, si un pareil fait est sans signification ; car il ne faut pas perdre de vue, — comme l'a ob- ^rvéM. Bright, en qualifiant la doctrine émise d* immorale, ■*- que sir G.-C. Lewis est une autorité ; qu'il est secrétaire pour la guerre; qu'il est ministre de cabinet; qu'il compte au rang des penseurs; qu'il tient une place distinguée parmi fes écrivains, et que les mots tombés de ses lèvres ne tom- '•cot pas dans le vide.

Prochainement, si vous le permettez, ju vous enverrai la ^niiouation de cette lettre, que sa longueur me force à ^terrompre, mais qui traite d'un sujet trop grave, trop intéressant, trop intimement lié aux intérêts de la civilisa- ^ou et de la France, pour n'être pas exposé d'une manière «<>aiplète.

t»m pulssanife navmle des Aai^lals diseatée.

M. Beasley, riche propriétaire de vaisseaux à pool, ayant été interrogé sur les effets de la déclaration dit Paris, signée le \ 6 avril \ 856 par 1* Angleterre, la Franœ, la Russie, l'Autriche, la Prusse, la Sardaigne et la Turquie^ répondit :

« Au mois de mai 1850, j'avais deux vaisseaux en Chine. Au constructeur de l'un des deux, j'avais commandé de me construire un vaisseau sans pareil, capable de battre tonte chose flottant sur l'eau, et <lesliné à porter en Angleterre b première cargaison de thé. C*était justement l'époque où l'on parlait de l'annexion de la Savoie, des affaires d'Italie ; il y avait dans Tair des rumeurs de guerre. Deux vaisseaux américains se présentèrent en concurrence avec les miens, et, quoiqu'ils exigeassent davantage pour le fret, les marchands anglais leur donnèrent la préférence, par la raison que, si la guerre éclatait entre la France et l'Angleterre, mes vaisseaux seraient exposés à être capturés, taudis que la marchandise serait sauve sous le pavillon neutre américain, aux termes de la déclaration de Paris. »

Ce fait et beaucoup d'autres du Uiême genre ont été produits par M. Ilorsfall, dans la Chambre des Communes, à l'appui de cette conclusion :

Qu'en signant la déclaration de Paris, lord Clarendon avait créé, pour TAngleterre, une situation qui n'était pas tenable ;

U PUISSANCB NAVALE DES AN(;LA1S DISGOTEE 125

* Qu6, puisqu'on avait exempté de toute capture, — articles contrebande de guerre exceptés, — les marchandises qui naviguent sous pavillon neutre, il fallait avoir le courage d*àller jusqu'au bout, et exempter aussi de toute capture les nitrdiandises qui naviguent sous pavillon ennemi ;

« Que, sans cela, nul marchand ne voudrait charger ses Wïarchandises, en temps de guerre, sur des vaisseaux me- Mcés du danger d'être pris : d'où cette conséquence inévitable, que tout le commerce des belligérants passerait aux iiains des neutres ;

« Qu'il y avait donc nécessité absolue, si la déclaration

de Paris restait en vigueur, de la compléter, en stipulant

que « désormais, sur mer, en temps de guerre comme en

^mps de paix, sous pavillon ennemi comme sous pavillon

neutre, toute propriété privée serait tenue pour inviolable. »

N'est-ce pas chose merveilleuse qu'une proposition sem-

*>lable soit arrivée à se faire jour en Angleterre et dans une

assemblée délibérante anglaise ? qu'elle ait été présentée pnr

^^^ Anglais, appuyée par un Anglais, et (pf une assemblée

délibérante anglaise lui ait accordé les honneurs d'une dis-

^tesion solennelle? 0 logique dos événements, voilà de tes

coups ! Qu'est-il donc survenu dans le monde depuis que

* A^ngleterre, l'Angleterre tout entière, disait par l'organe

de Pitt, et aurait dit par l'organe de Fox lui-même : « Nous,

^^noncer à saisir la propriété de nos ennemis partout où

wotrebras sera assez long pour Tnlteindre? Jamais ! plutôt

"courir ! » Aujourd'hui ce n'est plus seulement la propriété

fe l'ennemi sous pavillon neutre qu'il s'agit d'affranchir;

^est la propriété de Yeimemt sous pavillon ennemi! On

^^ à la guerre, — et ce cri, qui n'avait pas encore retenti

^ïis l'histoire, c'est un Anglais qui le pousse, — on dit h

^ pierre : « Laissez passer la paix ! »

Cl s 11 os[ vrai que la i^uainore aos t.oniiimnos a coi discuter Vidée émise par M. Horsfall, il Test aussi, i que le débat u*a {]^uère roulé que sur Tintérét partiel TAngleterre, diversement coin{)ris ; ensuite, qu*il a : ment abouti au retrait de la proposition par son N'importe ! un pareil débal, possible aujourd'hui, ; pas été h l'époque de Pitt. Je persista l\ penser qu*: un signe dos ten)[)s.

J'en viens maintenant à la question agitée, qucstioi s'il en fut jamais.

Le premier point à éclaircir est celui-ci : la déclara Paris ayant mis à l'abri des risques de la guerre U chamlises sous pavillon neutre, — la contrebande de exceptée, — ncrésulte-t-il point de là qu'en cas d'h entre denx peuples, les marchands appartenant à V l'autre seront intéressés à charger leurs marchandi des vaisseaux neutres? Et, dans ce cas, le dommage aux belligérants nesera-t-il pas considérable ?

Que, par suite de la déclaration de Paris, les belli soient condamnés à perdre, pendant la durée des ho une notable partie, tout au moins, du commerce d« ports qu'ils faisaient auparavant, il faut bien le recon à moins qu'on ne suppose les marchands assez peu su de leurs intérêts pour confier leurs richesses à des va

LA POISSANCE NAVALE DES ANGLAIS DISCUTEE 427

consommation ne |>ourraient lui être apportés sur vaisseaux neutres sans que Taugmentation du prix du fret amenât un notable renchérissement qui pèserait sur toutes les

Mais une considération d'une portée plus menaçante encore est celle qui se lie au sort de la marine anglaise, si le commerce de trans{)ort venait à être entièrement ou en grande partie livré aux neutres. En France, où la conscrijh- Hon maritime existe, la marine militaire ne dépend pas de te marine marchande d'une manière absolue; mais il n'en ▼a pas ainsi de l'Angleterre. C'est sur sa marine marchande <pie repose Tédifice gigantesque de son pouvoir naval ; c'est h marine marchande qui forine les hommes de mer dont elle * besoin pour ses victoires d'Aboukir et de Trafalgar; c'est la marine marchande qui lui fournit de quoi amariner ses aisseaux de ligne; et le lien de dépendance qui unit les ^ux éléments de sa puissance navale a été rendu plus étroit ^!*e jamais par l'abandon du système de TenrôltMiient forcé ^tt matelots. Que les marchandises anglaises émigrenl sur Itîs vaisseaux neutres, les vaisseaux anglais cliercheront des •^beleurs plutôt que de pourrir dans le port; mais, de ■^iDe que les navires suivront la marchandise, les mate- '•te suivront les navires, trop heureux de recevoir des •^Ires, dans l'hyi^thèse d'une guerre prolongée, un salaire 91e jamais la marine royale ne serait en état de leur payer. ^oilà donc le pouvoir des Anglais sapé par la base. Leur Wdenl est brisé. La mer leur échappe.

Autre considération qui vaut bien que l'Angleterre s*y *^éte. Si toutes les propriétés privées, sur mer, ne sont pas ^^clarées inviolables, est-elle bien sûre de n'avoir pas àk y perdre plus qu'à y gagner? La valeur totale de ses importations ^ de les exportations, qui, en 1 81 4, atteignait à peine le

426 LETTRES SUll L* ANGLETERRE (l862)

chiffre de 60 millions liv. st., touche maintenant au chiffre de 300 millions liv. st. ; rien qu'en blé, sucre et coton, elle importe annuellement pour une somme de 75 millions liv. st., c'est-a-dire pour une somme qui dépasse de beaucoup celle qui, en 1814, représentait ses importations et ses exportations réunies; son pavillon parcourt le globe, porté par 37,000 navires; ses trésors flottent sur toutes les vagues de rOcéan. Quelle plus opulente proie fut jamais offerte au démon rapace des combats ? La marine militaire de I'Abgleterre peut porter des coups mortels, c'est vrai ; mais sa marine marchande, a cause de son étendue même, est exposée à subir des pertes terribles. Aucune autre nation ne présente une surface vulnérable sur tant de points ; aucune autre nation n'unit, à un pareil degré, au pouvoir de frapper le danger d'être frappée.

Et qu'on ne dise pas qu'elle a, pour protéger sa marine marchande, une marine militaire qui répond de la sécurité de son commerce dans tous les temps et dans toutes les circonstances. M. Massey Ta fait remarquer avec raison : l'âge des convois est passé. La vapeur a changé les conditions du gouvernement des mers. Comment des vaisseaux k voiles pourraient-ils escorter des steamers, ou des steamers escorter des vaisseaux h voiles? L'immense commerce qu^ l'Angleterre fait avec la Chine, les Indes, la Californie, 1 côtes de l'Atlantique, l'Amérique du Sud, l'Australie, saurait attendre les convois et dépendre d'eux. Fût-ell double de ce qu'elle est, la marine militaire des Anglai serait impuissante h protéger leur commerce, tant il est con^ sidérable et disséminé ! Lors de leur lutte avec TAmérique, en 1812, ils avaient infiniment moins h perdre qu'aujourd'hui. Eh bien, qu'arriva-t-il? Je trouve dans le discours de M. Bright qu'en deux ans les corsaires américains cap-

Page 1