LES ECOLES EN ANGLETERRE
«n quelque sorte associé à la bienfaisance des particuliers, et ajoute annuellement au résultat des contributions volontaires une somme considérable, sous le nom de dons (grants). Il paye aux directeurs des écoles, auxquelles la générosité individuelle a donné des moyens suffisants d'existence, tant par ^lève et par jour de présence; il paye partie du salaire des maîtres; il paye tout le salaire des apprentis maîtres, ou élèves instructeurs, pupil teachers; si bien (|uc, pour ces trois grants seulement, la dépense annuelle de TÉlat s'élève à 13,500,000 francs; de plus, la bourse du public est largement mise à contribution pour Tentretien d*écoles où Ton enseigne l'art d'enseigner {iraining-colleges)^ écoles que rÉtat, primitivement, ne devait faire qu'aider, et qui aujourd'hui sont presque entièrement à sa charge.
Voici, tirés d'un discours de M. Lowe, des chiffres comparatifs qui vous donneront la mesure de l'intervention financière de rÉtat en matière d'éducation, dans ce pays :
Le nombre des enfants élevés dans les écoles que soutient la munificence du gouvernement en Angleterre ne s'élève pas à 1,000,000, et en portant le nombre de ces écoles h 9,000, on pourrait évaluer la dépense à 825,000 livres sterling, ou 20,625,000 francs. Or, en France, il y a 50,000 écoles, où sont admis 3,500,000 enfants, et pour lesquelles la dépense est de 42,500,000 francs.
Maintenant, remarquez bien qu'en France le chiffre de 42,500,000 fr. se rapporte à la totalité de la dépense, tandis qu'en Angleterre, le chiffre de 20,625,000 francs ne se rapporte guère qu'à la moitié; car il ne faut pas perdre de vue qu'ici le gouvernement se borne h venir en aide aux efforts volontaires.
Ainsi donc, toute proportion gardée, l'État, en Angleterre, donne beaucoup plus qu'en France pour l'éducation.
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Et que serait-ce donc, si ce système dUotervenlion tiDancière venait h prendre tout ie développement que réclame une application complète du principe? Que serait^-ce, si la protection de TÉtat venait à s*étendre k près de i 5,000 écoles qui, aujourd'hui, n*ont aucune part à ses largesses?
Ceci posé, ne vous semble-t-il pas bien naturel. Monsieur, que les gardiens de la bourse du public n*y puisent pas les yeux fermés? Ne vous semble-t-il pas naturel que, 1» dépense étant si considérable, ils aient quelque souci du résultat? Mais ce n'est pas de la sorte que l'entendent les directeurs des écoles subventionnées, qui presque tous sont des clergymen. Ces messieurs trouvent très-commode qui rÉtat paye, mais ils trouvent odieux qu*il se demande si Foi fait de son argent un usage profitable à ceux en faveur des quels il le donne.
Que proposait M. Lowe? la chose la plus équitable Aw #bdu monde. Il proposait de soumettre les élèves des écoles sub-^^:#bventionnées à 4es examens périodiques, et de ne continuer mier la subvention qu'en la subordonnant au résultat de ces exa mls, ^amens, — l'État se réservant de retenir le tiers de la somnKr.K^.«n}e qu'il pnye pour chaque enfant, dans le cas où l'enfant n'ai: j^ -«jurait point appris h lire; le tiers, dans le cas où il n*aurar:z. -rait point appris à écrire; le tiers, dans le cas où il n'aurait poi' m «/n/ appris il compter; le tout, dans le cas où il n'aurait appix: ^tris ni a lire, ni à écrire, ni à compter.
Certes, s'il est une chose qui doive paraître curieuse., c'^ ^esi (|ue le gouvernement ait été conduit à regarder une paret illo proposition comnie a'osolument nécessaire.
Lire, écrire, compter, me direz-vous sans doute ; nici^/i, jusle ciel! que peut-on apprendre dans une école, si Ton :^) apprend pas cela ?
Ah! vous ne comprenez pas?... Eh bien, demande 2'^
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l. les clergymen ; ils vous prouveront que ces connais-*sances profanes sont d*une importance, au bout du compte, secondaire; que Tessentiel est d'inculquer aux enfants raAK>ttr de l'ordre, de les plier à des habitudes de discipline, et, pour tout dire en un mot, de leur donner une instruction religieuse. Comme s'il y avait un antagonisme fatd entre le fait de savoir lire et l'amour de l'ordre! comme s'il était impossible de savoir écrire sans fouler la discipline aux pieds ! comme si l'arithmétique et la Bible étaient brouillées à jamais ! Mais quoi ! on est exposé en ce bas monde à entendre certaines gens fournir la preuve de choses bien }dBS extraordinaires encore. Ainsi que le Times récrivait Tautre jour à cette occasion, est-ce que vous n'avez jamais rencontré des adeptes en biologie prêts à vous démontrer que votre chapeau est une casserole, votre chaise un cheval» et la compagnie présente un troupeau de vaches? Ne vous étonnez donc pas pour si peu, je vous prie.
Au surplus, de quoi se plaignent lord Granville, M. Lowe, et les révolutionnaires de leur bord? Ils font grand bruit de rignorance profonde où continuent de croupir, malgré l'argent consacré aies instruire, les enfants du peuple; ils ont toutes sortes de faits h citer; ils ont des chiffres formidables i ranger en bataille : ils disent, par exemple, que, dans la i&aison de correction de Birmingham, sur 407 personnes admises à jouir, durant plusieurs années, des avantages du système en vigueur, on en a trouvé 70 qui ne savaient pas fire, 478 qui ne savaient pas écrire, et 252 qui n'avaient pas la moindre connaissance des quatre règles. Eh bien, soit; mais, en revanche, qu'ont dit des hommes très-honorables qui avaient étudié de très-près les progrès des élèves? Qu'a dit M. Jeliinger Symons, notamment? N'a-t-il pas constaté que, dans le cours de ses investigations, il a rencontré nom-
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bre d'eufants sachant à merveille quelle était la longueur de Tarclie de Noé, et quelles étaient les dimensions exactes du temple de Salomon, et quel était, à une once près, le poids de la lance de Goliath? II est vrai que, selon le même H. Jellinger Symoiis, ces jeunes savants ne savaient rien du mystère de la Rédemption, rien des sacrements, rien des paraboles; mais n'est-ce pas déjà beaucoup que de pouvoir dire quelle était la longueur de l'arche de Noé? Voilà ce qui importe. Lire, écrire, compter : allons donc!
Ce qui est sûr, c'est que, sous l'empire du système actuel, et pour parler sérieusement, la connaissance des principes élémentaires de Tinstruction, parmi les enfants dont l'Etat subventionne l'éducation, est très-loin de répondre, et au but que l'État se propose, et à l'étendue de ses sacrifices. C'est ce qu'établit invinciblement la nature de l'objectioi principale faite au projet de M. Lowe par ses adversaires.
Les directeurs des écoles où le gouvernement voulait substituer une inten'ention vigilante et économique h une intervention aveugle et ruineuse n ont pas craint d'affirmer qu( si les secours du gouvernement étaient désormais suboi donnés a la condition que les élèves sauraient lire, écrire compter, c'en élait fait de la plupart des écoles; qu'elles r^ traverseraient pas sans périr une aussi terrible épreuve; e M en d'autres termes, qu'on les condamnait h mort en le demandant d'être ce qu'elles doivent être : des écoles! ? voilà-t-il pas un étrange argiunent et une étrange menac Mais franchement, Messieurs, si soumettre vos élèves «« Texamen proposé, c'est leur imposer une épreuve mei-» rtrière, quelle preuve plus convaincante pouvez-vous donr» er vous-mêmes de la grandeur du mal, de la nécessité dw remède et de la légitimité des préoccupations qui ont inspiré le projet présenté par M. Lowe? Car enfin, quelque