COMME QUOI LA GUERRE TUERA LA GUERRE
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CoBune qnol la guerre tnera la guerre.
K Sentinelles, prenez garde à vous ! » voilà le cri du jour, Angleterre.
EIn constatant l'immense effet produit dans ce pays par Id lutte du Merrimac et du Monilor^ bos collaboraleui*s, ^Ul. Legault et Hébrard, m'ont devancé : ils ont dit à vos l^cienrs ce que je n'aurais pas manqué de leur dire cinq ou ^^x jours plus tôt, s'il n'était pas dans la nature d'une cor- ^■"^spondance hebdomadaire de transmettre les nouvelles ^OQime pourrait le faire une tortue prise pour messager.
Quoi qu'il en soit, MM. Hébrard et Legault n'ont rien
^âgéré en présentant la question soulevée par l'étrange
combat naval de Hampton-Roads comme une question qui,
^^ ce moment, ne laisse place à aucune autre dans les préoc-
^pations publiques.
Le terrible petit vaisseau qui, bardé de fer comme les S^erriers du moyen âge, vient d'étonner le monde, se i^omme, ainsi que vous le savez, le Moniior. C'est un nom Pacifique assurément. M. Ericsson, le constructeur, a cru i^écessaire, à ce qu'il parait, de s'expliquer là-dessus, et il a Wt savoir qu'il avait baptisé son vaisseau le Monitor^ parce ^*en effet c^était un œoeriissemeni qu'il voulait bien donner al'aiairauté britannique.
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L*e\plication est singulièrement cliarilable ou singulièrement fière; mais, de quelque façon qu'on l'interprète, toujour est-il qu'elle a porté coup, et que l'Angleterre se tient pou avertie. Le dédain à Tégard des vaisseaux de bois est deveni ici, du jour au lendemain, non pas même une mode, niai une manie. On ne parle plus que de navires agissant à L façon des béliers antiques ; on ne parle plus que de masse de fer flottantes ; on ne parle plus que de flottantes forteresses cuirassées. Ces formidables vaisseaux de ligne» s longtemps l'orgueil de la Grande-Bretagne et reflroi de mers, ou les compare, sur le ton du mépris, à des caoot indiens, à des pirogues chinoises, que sais-je? La leçoo lu par FAngleterre, à la lueur des frégates embrasées doBt ~ Merrimac a fait sa proie, c*est qu'un vaisseau de bois en gagé contre un vaisseau cx)uyert de fer est un vaisseau aoéaH en dix minutes, et qu'il suffît d'un vaisseau couvert de ferpcs avoir raison de toute une escadre qui manque de cuirasse «
La vérité est que l'accablante supériorité du fer sur bois ne fut jamais prouvée d'une manière plus tragique. les archers fameux qui, dans les plauies d'Azincourt, mol sonnèrent la noblesse française, venaient à ressusciter cli trouvaient en présence d'un régiment de zouaves, ils n seraient pas plus sûrement et plus promptement écrasés qm le Congress et le Cumberland ne Font été par le MerrivMe- Un élégant navire tout à coup transformé en abattoir; les canons démontés; les cloisons en pièces; les baltes et les anspects rompus; une masse informe, hideuse, effroyaUe^ des débris couleur de feu ou couleur de sang : tel était te Congress après trente minutes de combat; et, pour faire dii Cumberland^ superbe frégate montée par des hommes iiH" trépides, une ruine fumante, tout encombrée de cadavres^ il n'a fallu au Merrimac que dix minutes.
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A cela rien de surprenant, hélas! Qu'a raconté un de ceux qui montaient le Congress? « Aussitôt, » dit-il, « que nous fûmes à portée du Merrimac, nous ouvrîmes le feu.... €^€sl comme si nous eussions tiré sur une montagne da glace ! »
Où se seraient arrêtés les exploits du Merrimac^ si un vaisseau de son espèce, plus redoutable encore, quoique trois fois plus petit, ne fût survenu très à propos pour lui tenir tête? Washington n'aurail-il pas été, comme le fait observer le correspondant du Times, exposé à recevoir des volées de coups de canon capables de mettre en fuite président, ministres, députés et le reste? Qui peut dire que Taspect de la guerre n'eût pas été changé du coup? Heureusement pour la cause de l'Union, elle a eu du fer à opposer an fer.
Alais c'est dans celle lutte du fer contre le fer qu'est surtout apparu l'incommensurable avantage des nouvelles cons- ^nictions sur les anciennes. Dans la séance de vendredi der- '^iCT, k la Chambre des Communes, M. Bentinck a cité un passage du Scientific American^ constatant que le Merri- •^c a tiré sur le Moniior, sans produire le moindre effet, ^enle-sept coups de canon, et cela de fort près, à quelque fUarante pieds de distance seulement. Or, il est à noter que ■^8 canons du Merrimac vomissaient des boulets qui ne pe- *aîeutpas moins de 180 livres, c'est-à-dire qui pesaient ^•^is fois plus que les plus lourds dont on se soit jamais •©rvi, en Angleterre, pour essayer de percer d'épais blin- ^ges. Ce qui est sûr, c'est qu'entre le Merrimac et le Mo-^ *^ùùr le combat a duré plusieurs heures sans résultat fatal, *oit pour l'un, soit pour l'autre des deux adversaires, et si le Merrimac a dû enfin se retirer après avoir perdu son capitaine et quelques hommes^ c'a été par suite de l'explosion
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d'une bombe qui a rencootré comme qui dirait le défaut d la cuirasse, la cuirasse elle-même n'ayant pu être entamé
Au surplus, que les vaisseaux de fer soient oui ou ne invulnérables dans le sens absolu du mot, il n*en est ps moins certain qu'ils constituent les plus formidables engii de destruction qu'on ait connus jusqu'à ce jour, et qii6 i leur usage dépend désormais la souveraineté des mers.
De là l'émotion profonde qui se manifeste en Angletem car ce qui est pour toutes les nations maritimes une qu& tion de très-haute importance est ou peut devenir poi celle-ci une question de vie ou de mort. Le mot i M. Urqubart, que je citais dans une de mes précédent lettres, est un mot dont tout Anglais comprend la p6rtë« ff La mer, en même temps qu'elle sert cette île, Tassiég^ la menace; l'Angleterre risque de devenir la victime la mer le jour où elle cessera d'en être la reine, »
N'a-t-on pas appris, d'ailleurs, que les prouesses Monilor ont jeté New- York dans une sorte d'ivresse â gueilleuse ; que le capitaine Ericsson est le héros du ne ment en Amérique; que le gouvernement améric-ain a d< présenté au Sénat un bill autorisant le secrétaire de marine h construire, au prix d*un million de dollars, i vaisseau cuirassé devant être en)ployé seulement en gutf <le bélier; qu'une somme de treize millions de dollars v <*tre consacrée à construire, par-delà l'Atlantique, des ckaloupes canonnières revêtues de fer pour la défense des côtcî depuis Porlland jusqu'à la baie de Chesapeake; enfin que te •Américains s'en vont disant : t C'en est fait à présent de b suprématie navale de rAnp;leterre. » 1
Aussi n'y a-t-il qu'un cri de ce côté de la Manche : « 1 nous faut des vaisseaux de fer; il nous les faut à tout prix; i nous les faut tout de suite; si les vaisseaux de bois ne sontpa