‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 90 sur 169 · COMME QUOI LA GUERRE TUERA LA GUERIE · texte numérisé non relu

COMME QUOI LA GUERRE TUERA LA GUERIE

on des vaisseaux de beis en bâtiments de ce genre, Fargent ité pour la construction des forts.

Ainsi, ce n*est plus seulement le bois qui est en question, est la pierre. Et ceux qui, comme le secrétaire de TamiiQté, lord Paget, sont encore d'avis que les forts peuvent irnr k quelque chose, ceux-là nont chance de se faire Militer qu*en donnant aussi des cuirasses aux murailles, r L'ordre du jour, » disait la Convention, « c est la victoire. » l 'Angleterre dit, — ce qui, malheureusement, revient de i lus en plus au même : — « L'ordre du jour, c'est le fer! i» 1 La suspension des travaux relatifs à réreclion des forts / été promise par lord Palmerston, homme trop habile pour ' q[8r contre le torrent.

Voilà, monsieur, où en senties choses.

En plein dix-neuvième siècle, le monde civilisé s'occupe i se préoccupe avant tout, par-dessus tout... de quoi? de mner des proportions colossales au pouvoir de détruire, au savoir de renverser, au pouvoir de tuer. La science est ise au service de cette fantaisie qui nous prend de temps temps de nous entre- égorger, enfants de Caïn que nous mmes! La science vient-elle h découvrir un bouclier impétrable, vite on la sollicite d'inventer quelque instrument i paisse réduire en poudre ce bouclier, afin que la mort soit pas désappointée ! Il y a des gens qui vous disent, le mire sur les lèvres : « Laissez faire, le génie de Thomme I pas dit son dernier mot; plus nous irons, plus les mmcs seront rendus capables de tuer en grand. » Aimable perspective! Mais, quoi! ne me plaindrais-je pas aventure de ce dont il y aurait lieu, au contraire, de se iciter? Car enfin, que prouve en faveur de la guerre la ttc du Cumberland contre le MerrimaCy contre ce monstre aria fait de main d'homme, mais où l'homme n'apportait

16 LETTRES SUR L*ANGLETERRE (l862}

dans le combat rien de ce qui constitue le courage, le dévouement, rhonneur du guerrier; où Thomme ne se voyait même pas? Quelle gloire y aura-t-il à recueillir dans la guerre, quand elle ne sera plus qu*un choc entre des machines ; quand Tingénieur y aura remplacé le général d'armée, et que la victoire sera devenue une affaire de mécanique? La guerre est de plus en plus dépersonnalisée, si jepuis m'exprimer ainsi. Tant mieux! Lorsque Tingénieur ysera tout et le soldat rien, on sera plus près de comprendre que la science de Tingénieur doit être employée à autn chose qu'h exterminer les gens, et la poésie des combat aura disparu. Montaigne dit : « C'est la qualité d'un port( faix, non de lu vertu, d'avoir les jambes et les bras roides c*est une qualité morte et corporelle. » Cela, Montaigne dit en parlant de ce genre de guerre où la prépondéram de la force brute dispense les victorieux de la nécessité c^Su dévouement et des épreuves de la bravoure. À quelle espè^ ^ce' de qualité, je le demande, le Merrimac a-t-il dû d'anéan iK^ir en dix minutes, et sans courir le moindre danger, rhéroîq^^ajie équipage du Cumberland^ sinon à une < qualité morte et corporelle ?» Ce qui a contribué jusqu'ici à perpétuer là guerre, c'est que son horreur a été en partie masquée par le déploiement des vertus personnelles qu'a exigées la victoire. Que la science prenne exclusivement possession du chaiMp de bataille; adieu ce qu'on nomme, au point de vue militaire, la gloire du vainqueur! Qu'imaginer de moins poétiquement hideux que Vindustrie employée à la desirréOlion?

Mais il y a une autre leçon, non moins consolante, à tirer du combat de Hamplon-Roads. Pendant plusieurs heures, '<? Merrimac et le Monitor se sont canonnés à qui mieux mieux sans se faire de mal. Peu s'en est fallu que le comba/

Page 1