‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 94 sur 169 · LES ETRANGERS ATTENDUS DANS L6NDRES · texte numérisé non relu

LES ETRANGERS ATTENDUS DANS L6NDRES

ïirés avec tant de force, combien de fois, depuis, n*0Dt-ilspas iéé au tranchant de Tépée !... Hier, de quoi était- il ques- OD, d'un bout de l'Europe h Tautre? De vaisseaux de fer iif entés pour mettre en pièces les vaisseaux de bois, et de anoos construits pour mettre en pièces les vaisseaux de fer. lue dis-je? Voici qu'on ouvre ma porte, en ce moment néme, et sur le journal qui m'est tendu, je lis : c Grande lataille près Corinthe! Perte, du côté des fédéraux, BO,000 hommes! Perte, du côté des confédérés, 35,000 lommes! » Parmi les bijoux que la curiosité publique prêtre d'avance et demande avec le plus d'impatience qu'on lui ivre, dès que l'Exposition sera ouverte, il faut ranger le ^Don Armstrong, toutes sortes de machines à vomir la mort, [u*on dit charmantes, un modèle de la batterie flottante du ^pitaine Ericsson, et l'épais morceau de fer qui fut, c^s ^urs derniers, fracassé h Shocburyness ! Qu'elle est lente, Tand Dieu, la gestation des idées vraies!

Et celui-là aurait bien d'autres remarques du même genre ' faire, qui serait disposé à voir les choses en noir. Désirez- 'Ous savoir comment les commissaires ont fixé l'échelle des ^rix d'entrée? — Ne seront admis à la cérémonie d'ouver- •"re que les personnes munies d'un billet de saison, acheté ^^ prix de 3 ou 5 guinécs. — Le second et le troisième Nr, le prix d'entrée sera de 20 shellings (25 francs). — ^ 8 mai (le i est un dimanche) au 31 mai, il sera de **Ji€llings 1/2, h l'exception d'un jour par semaine réservé ^^^ billets de 5 shellings. — Après le mois de mai jusqu'à * fin de l'Exposition, il sera de 1 slielling (1 fr. 25 c.) Ainsi, ■® S€ra seulement a[)rès le mois de mai que l'Exposition ^^ ouverte aux hommes du peuple, h la classe de ceux ([iii •^^l morts en construisant le palais de l'Exposition. Car il •^^ considérable, Monsieur, et plus considérable qu'on n'a

T. lî. 8

osé Tavouer, le nombre des maçons intrépides h qui cette construction audacieuse et hâtive a coûté la vie. Il y a cinq ou six jours, je m'ouvrais h un des employés supérieurs, de rémotion que j'avais éprouvée en voyant passer sur un brancard le cadavre mutilé d'un de ces soldats de l'industrie :' « Bah ! me répondit-il d'un air distrait, on a beaucoup exagéré. Une vingiaine d'ouvriers, peut-être, se sont tués en tombant du liaut des échafaudages. Qu'est-ce que cela? > Oui, qu'est-ce que cela? L'industrie a ses soldats : fort bien ; mais est-ce que c'est pour ceux-là qu'a été inventé le mot gloire? pour ceux-là, que sont les mentions honorifiques et les croix d'honneur? pour ceux-là, que sonnent les fanfares? — Ils s'exposent à recevoir la mort, mais ils ne la donnent pas. De quoi ont-ils à se plaindre si , lorsqu'ils se sont brisé le cr«^ne sur le pavé, le bulletin de leurs exploits se borne à ceci : mort par accident^ et prend place dans les journaux..^ après la nouvelle du trépas d'un boxeur? Qu'ils attendeur donc un mois, les enfants de ce malheureux dont je vois^ encore d'ici les restes passer sur mon chemin, et ils pourront, si toutefois ils ont de quoi payer le shelling de rigueui aller voir la place où le sang de leur père a coulé.

EXPOSITION FNTERNATI03ÎALE; CËREMOînE d'ODVERTURE

!•' mai.

Kxpaaiel«n Inlernatioiiale; eérémonle d'ouTertare*

C'est aujourd'hui, 1* mai, qu'a eu lieu la cérémonie d'o?i- 'crturc de l'Exposition internationale de 4862.

La foule était considérable, ai-je besoin de le dire? con- Mérable aux abords du palais, et considérable à l'intérieur. I parait que, pendant la quinzaine qui a précédé le 1*^ mai, * bateaux à vapeur de la Compagnie du Sud-Est, ceux n>î Unissent Boulogne et Folkstone, ont apporté a Londres ■c trois h quatre cents personnes par jour. Sur l'empresse- "■^t des gens riches h payer les 5 guinées requises, nul *oute possible. A mesure qu'on approchait du terme fixé P^*ur l'ouverture de l'Exposition, on s'est mis à courir de ^^les parts aux billets avec une sorte d'impatience frémis- ^•te ; si bien que, avant-hier, la somme recueillie dépas- ••ît de 250,000 francs celle qui, h l'époque conespondante *PExposîtîon de 1851 , était entrée dans la caisse des com- '"^ires.

Cependant, pourquoi le taire? la cérémonie attendue ne '^lait pas s'annoncer sous de fort heureux auspices. Le Prtnce qui en avait conçu l'idée, qui était si propre à en di- ^cr les préparatifs, qui devait en être l'âme, ce prince **>iiait son dernier sommeil. On savait que la royauté ne ^it représentée dans la fête que par un trône vide ; on

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savait que le prince de Galles lui-même ne serait point li r OD savait qu*il ne fallait pas compter, pour Téclat de cett^ journée, sur la curiosité de certains personnages couronn dont on avait un instant rêvé la visite.

Et puis, quelque soin que les commissaires eussent a porté h bien remplir leur tâche, on regrettait qu'ils n'e sent pas réussi à la mieux remplir. Il m'a été dit bier, confidence, que les commissaires avaient enfin pris le pa d'admettre les exposants sans leur faire payer le prix d*e trée ; mais le contraire avait été annoncé bien haut, t haut, et œtte annonce avait été, parmi les intéressés, sujet d'une irritation profonde. Les uns parlaient de con quer un indignation meeting; les autres menaçaient couvrir leurs étalages*, d'autres comparaient la conduite commissaires royaux à celle de l'Académie royale des a accusée d*enfler, chaque année, ses revenus de quel 200,000 francs, en invitant le public à voir, moyennant shelling par tête, des tableaux qu'elle se fait prêter.

Au plus fort de ces plaintes amères et de ces comnm taires, parait une lettre de Verdi, où il annonce au pul>Iic, étonné, que le solo vocal avec chœur par lui composé pour l'Exposition, et que Tamberlick offrait de chanter, a été tbjeté par les commissaires, et cela sous prétexte que viiig*" cinq jours ne suffiraient pas pour apprendre cette petite pièce de musique, alors que vingt-cinq jours suffisent pour apprendre un nouvel opéra.

A cette cause de mécontentement était venue aussitôt s'en joindre une autre. Il y a un proverbe anglais qui dit : ^ O" sont des musiciens, n'espérez pas trouver de l'harmonie. * ^ premier poêle de l'Angleterre, Tennyson, ayant écrit un poét^^ pour Touverlure de l'Exposition, et le premier composi^^ ^^ de TAngleterre, M. Bennett, ayant mis les paroles en n» •^^

EXPOSITION internationale; CEREMONIE D OOVERTURE 37

lie, M. Costa, chargé de conduire Torchestre, s'est soulu qu'il était brouillé avec M. Bennett, et que^ dès le mois juillet, il avait fait part aux commissaires de sa résolu- Q de s'abstenir touchant la musique de ce dernier. En cette occurence, que devaient faire les commissaires? isqu'il s'agissait de vers composés par le pocte lauréat de ngleterre, et mis en musique par un compositeur anglais, irquoi ne pas appeler un Anglais, M. Alfred Mellon, par smple, à remplir, en faveur de M. Bennett, la place laissée ^nte par M. Costa? Ainsi pensait-on ; et la fibre uatioe a tressailli, lorsque la nouvelle s'est répandue que, iT la cantate de M. Bennett, l'orchestre serait conduit par

Sainton. Un Italien, passe encore; mais un Français! le n'en finirais pas, s'il me fallait passer en revue toutes

petites misères et tous les pronostics fâcheux qui ont «blé les heures consacrées «^ l'attente. Chaque matin, les irnaux se lamentaient sur l'inquiétante lenteur des prépaie. Arriverait-on à temps? De ce nombre infini de caisses oplies d'objets précieux, combien peu seraient déballées md l'heure de l'ouverture des portes aurait sonné I Et,

effet, la besogne, même aujourd'hui, est loin d'être levée. La France, chose extraordinaire, la France, qui a eoap d'œil si rapide, les mouvements si vifs et la main si )mpte, s'est laissée gagner de vitesse non-seulement par ngleterre, mais par la pesante Aulriche. Voilà ce qu'on jt autorisé à dire, ce qu'on disait; et si la France elleme était si fort en retard, qu'espérer? Le vent, d'ailleurs, pouvait-il être aux pensées riantes ? 9 affaires languissent. Manchester est aux abois. Le Lanlure agonise. C'est quand l'industrie est malade que la e de l'industrie est célébrée !

Telles étaient les pensées noires qui volaient en quelque

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sorte dans Tair, lorsque le soleil du 1" mai s*est levé., s'est levé est bien le mot. X neuf heures du roatio, le tenips qui depuis une semaine avait été magniflque, n/augurai rien de hou. Il avait plu pendant la nuit. La matinée étac sombre. Mais, vers dix heures, les nuages se sont déchiré et Tadmirable dieu qu'adoraient les Incas n*a point tardé inonder tout de sa vivifiante lumière.

A dix heures et demie, j'étais dans Tavenue du Princ Albert, celle qui longe la face occidentale du palais de 1' position. Du haut des maisons somptueuses qui bordent ce spacieuse et imposante avenue, flottaient des drapeaux pa lesquels j*ai salué d'un cœur ému le drapeau de mon pa Les balcons étaient chargés de dames en élégante toilette matin. Le long de la route, c'était une file interminable voilures. Sur les deux côtés, et placés de distance eu d tance, étaient les policemen.'lls n'ornent pas les fêtes, là, c*est trop vrai ; mais ils les protègent. En 1831,^ eui^ et leurs pareils des autres pays fureut jugés si nécessaires, c^ue chaque gouvernement reçut l'invitation d'envoyer à LoûAm'^s sa propre police, TAnglelerre prenant sur elle de payer les frais de Tordre international. Énorme fut la dépens;.^? : 475,000 iV.! Cette fois, le maintien de Tordre coûtera b&xi. tacoup moins cher, parce que la police anglaise a été troim^"*^ sufti santé.

A dix heures l't demie, les portes donnant accès aux ^^^^^ sonnes qui avaient des places réservées se sont ouvertes «» *' je suis entré.

J'avais visité hier Tintérieur du palais. Quel changemOI^^ du jour au lendemain! Hier, tout n'était que confusioii- ^ chaque pas, on se heurtait à quelque caisse non déballa** On avait à se frayer un <*liemin à travers le foin et la pai-1'^ dont le plancher était couvert. On respirait presque nioi "*^

EXPOSITION internationale; CÉIIÉMOME D^ODVERTURE 39

<I*air que de poussière. On était rudement coudoyé çà et là par maint ouvrier pressé d*en finir. Si ce n'était pas tout à lait le chaos des jours précédents, c'était quelque chose qui 3 ressemblait fort. Aujourd'hui, l'aspect de la salle était décenl, du moins. Pour magnifique, certainement non ! On était si en retard, que la baguette de Tenchaateur Merlin n'eût (>as suffi à opérer la métamorphose voulue.

On assurait, avant-hier encore, que la France, à qui tant ^e place a été accordée dans la nef principale, n'aurait rien S montrer le jour de Touvorture, absolument rien : c étaîl ^rop dire; mais je doi$ avouer que j'ai senti saigner mon patriotisme en voyant l'industrie de. la France représentée, ^n cette occasion solennelle, par quelques tapis, quelques bronzes, et un guerrier du moyen âge à cheval que flanquaient quatre autres guerriers à pied. A la vérité, tous les départements ne sont pas aussi en retard que le nôtre. Mais il est certain que^ généralement parlant, il n'y a encore rien de complet, rien d'achevé. L'Exposition s'est ouverte, non pas au milieu de trésors fièrement étalés, mais au milieu de trésors à demi voilés ou enfouis.

Parlerai-je de la grande nef? Obstruée comme elle l'était de je ne sais quels lourds trophées industriels, placés IJi comme au hasard, elle m'a rappelé l'idée d'une foire. L'effet de cette gigantesque ligne, allant d'un dôme à l'autre, s'est trouvé de la sorte manqué, mais absolument. Ah ! le « Cris* (al Palace » était autre chose !

De dix heures et demie à une heure, j'ai passé le temps, comme tout le monde, à choisir ma place d'abord ; puis à mesurer de l'œil les dimensions colossales de l'édifice; puis à lire les inscriptions bibliques se détachant en jaune sur un fond bleu au-dessous et autour des dômes; puis à m'étonner que M. Crace n'eût pas été plus heureux dans le choix et le

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rapprochement de ses couleurs décoratives ; puis a regarder entrer les dames ; puis enfin à écouter la musique des giiînadiers, celle des c coldstream guards », et celle des c scots fusilier guards. »

Enfin, h une heure environ, la voix stridente des trompettes a relenti : c'était le signal. Sont entrés alors, par b porte donnant sur Tavenue de Cromwell, laquelle longe h face méridionale du palais, les visiteurs d'office, les visiteurs h costume. Ils se sont dirigés vers le dôme occidental, sous lequel avait été placé un fauteuil figurant le Trône et couvert d'un dais somptueux. L'hymne national a été entonné, après quoi lord Granville a prononcé un discours qui s'adressait i la reine absente, dans la personne du duc de Cambridge et des autres commissaires spéciaux chargés d'ouvrir rExposition en son nom.

Il était naturel que ce discours commençât par des paroles de deuil ; car lord Granville, en cette circonstance, tenait la place du prince Albert, absent aussi. Et c'est, en effet, de paroles de deuil que s'est composé Texorde. Quant au reste de la harangue, c'est un compte rendu, terne et froid, de l'enchaînement des idées et de la suite des opérations dont l'Exposition de cette année est le résultat. Voici la péroraison : c C'est notre ardente prière que l'Exposition de 1862, qui est sur le point d'être inaugurée, et qu'il nous est donné de diriger, puisse n'être pas un indigne lien dans la chaîne des expositions internationales auxquelles restera pour jamais attaché le nom honoré de l'illustre époux de Votre Majesté, t crest là le style officiel! c'est là l'éloquence officielle 1

Après une courte réponse du duc de Cambridge, les visiteurs à costume se sont rendus proccssioimellement au ddme oriental, le long du côté septentrional de la nef, où l'on était pai-venu, non sans quelque peine, à leur frayer une route.

EXPOsnioN internationale; cérémonie D^OUVERTURE 41

FifpiraieDt dans cette procession, que précédaient les trompelles des a life guards, » les surintendants des travaux de ] Exposition, les contractants, Tarchitecte, les membres des conseils de la Société d'agriculture et de la Société des arts, une députation de c dix guarantors, » — je vous ai expliqué ce mot — les présidents des jurys, les commissaires étrangers, le lord prévôt de Glasgow, le lord maire de Dublin, le lord maire d'York, le lord prévôt d'Edimbourg; M. William Cubitt, lord maire de Londres, précédé du c mace-bearer » et du « sword-bearer ; » les commissaires de l'Exposition de i851; ceux de l'Exposition actuelle; Tévéque de Londres; les ^ministres ; les commissaires spéciaux chargés de l'inauguration, enfin le prince Oscar de Suède et le prince ï^yal de Prusse.

Cela ne ressemble pas mal, comme vous voyez, à une énuwéraiion d'Homère. El cependant la liste renferme une lacune que vous avez déjà dû remarquer. Qu'a-t-on fait du ^^rps diplomatique ? Si je suis bien informé, BIM. les ambassadeurs n'ont pas été fort satisfaits d'un oubli qui est, pour ^c rien dire de plus, bien extraordinaire dans une solennité

J'ai vu passer cette procession, et n'ai pu me défendre d*UD sentiment de commisération amie, à l'égard d'hommes ^ni plusieurs sont des gens du plus haut mérite, en réflé- ^issaot au rôle que leur fait jouer cette exhibition fastueuse ^€ leurs personnes !

M fond, la partie vraiment intéressante et imposante de 1^ cérémonie est c^Ue dont la musique a fait les frais. Quelle **oble chose, que ce puissant orchestre composé de deux ^Ue voix et de quatre cents instruments! Un homme, un ^^ homme, n'aurait pas obéi avec une précision plus merveilleuse au bâton de M. Costa. L'illustre auteur des Hu-

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guenots^ de Robert le Diable^ du Prophète^ avait envo] aux commissaires une ouverture en fonne de marche, cou posée tout exprès pour TExpositioo. Cette œuvre, dignes tant d*autresdiefs-d*œitvre que le monde doit à Meyerbee a été admirablement rendue. Gràœ à certaines disposiUo' acoustiques fort bien ménagées, le son semblait parcoui sans effort l'enceinte immense. N*ciU-clle produit que cei nouvelle création d'un des grands génies de la miisiqL TExposition aurait bien mérité des peuples.

Je vous ai dit plus haut que M. Sterndale Bennett au mis en musique des vers composés pour roccasioo ';i M. Tennyson, le poëte lauréat. J*ai ces vers sous les yev mais, outre qu'ils sont intraduisibles, je doute qu'ils vailE ({u'on les traduise. Il est singulier qu'un aussi admirai poëte que Tennyson n'ait pas été mieux inspiré en proph^ sant l'ère glorieuse de la paix, et en s'adressant à celui cg appelle : t 0 silent falher of our kings io bel — Oj» silencieux de nos rois à venir ! » Heureusement, la n sique de M. Bennett ne s'est pas ressentie de l'insuffisaii (les paroles, et l'orchestre, conduit par M. Sainton, a été (juMI s'était montré, conduit par M. Costa.

De la grande marche d'Auber, cjuc pourrais-je vous dîi sinon qu'on y a retrouvé toute la grâce, toute la vivaci» toute la verve, toutes les étincelles de ce talent si fraoç^ par essence que vous connaissez. Je n'entends jamais musique d'Auber sans nie rappeler combien Voltaire éV cbiir, et combien il avait d'esprit.

0 Verdi, nous avons combattu à Arques, et tu n'y éU pas! Mais ce n'est point sa faute. Le péché a été como par les commissaires. Seulement ce sont ceux qui étaient s jourd'hui à l'ouverture de l'Exposition qui ont, pour ce p ché-là, fait pénitence.

EXPOSITION IXT£RNATU)NALC;; CHREMOMë D OUVERTURE 43

C'est à peu près là, Monsieur, tout ce que j*ai à vous lire.

J*ai entendu peu de cris ; je n'ai pas remarqué qu'il y eût eauçoup d'enthousiasme.

Et toutefois, celte fêle internationale a été grande : rande par Tidée qu'elle exprimait et par le but indiqué; raodc par te contact de tant de peuples ; grande par le ibuleux enUissement sur un point donné de tant de ribesses diverses ; grande par l'hommage imposant rendu au énîe du travail et au génie de la paix; grande par la masse es spectateurs ; grande par la beauté souveraine du génie.

Les anciens, après tout, ne connurent rien de semblable. ■ears amphithéâtres à quatrcr-vingts rangs de gradins, ces jgantesques amphithéâtres que Caipurnius nous montre re- 4saoU de marbre, ornés de pierres précieuses, et où cent ûlle hommes pouvaient s'asseoir à Taise ; leurs portiques ouverts d'or; leurs forêts improvisées, où des milliers Tautruches, de cerfs, de sangliers et de daims étaient offerts il peuple comme objeLs de pillage ; leurs hécatombes de ions, d*ours et de léopards; les changements à vue de ces asles arènes dans les<]uelles on voyait des animaux féroces ortir tout à coup d'un abime d'où s'élevaient, immédiatenenl après, des bouquets d'arbres; leurs rets tissus d'or, emparts magnifiques qu'on mettait entre les bfites fauves lu drque et la multitude environnante : tout cela, certes, émoîgnait de la puissance de l'homme ; mais quelle idée Dorale planait sur ces fêtes de sang? Lorsque l'empereur ^robus faisait combattre trois cenls gladiateurs contre trois *^nts gladiateurs^ et que ces misérables, dont la' vie avait «n tarif convenu, passaient devant César en poussant se cri d'esclave : Moriluri ie salulanl ! et que mênie les jeunes filles, à la vue du vainqueur prêt à égorger son ad-

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versaire, s'abstenaient de faire le signe sauveur, et renve^ soient le pouce, ordonnant ainsi au plus fort d'ouvrir la po^^^" trine du plus faible étendu parterre... quel enseigneme^ utile pouvait compenser Thorreur de cette abominable édi^ cation de cruauté?

Les anciens purent, il est vrai, se vanter de fêtes pi innocentes et moins funestes. Hais le prix qu'aux Jeux Olyi piques les Grecs décernaient au plus robuste ou au p agile avait-il, ainsi que M. Musurûs, l'ambassadeur ïiè^ Ta fort bien fait remarquer, au dernier banquet du h maire, le caractère élevé de ce prix qui, dans nos moder jeux olympiques, est décerné au plus industrieux ?

Mais pourquoi faut-il, quand la pensée aimerait tant reposer sur des idées de paix universelle et de fraten^' que de sanglants synchronismes viennent nous avertir la raison est encore à l'état militant; que le travail est ^m core loin d'avoir opéré d'une manière définitive la solencmdi réconciliation des peuples, et que l'humanité est touJ€>ur! occupée à rouler son rocher de Sisyphe au haut de cette tlpre montagne d'où il n'a cessé jusqu'à ce jour de retoiiil>eri

Je songeais à ces choses, lorsque mon voisin a déployé k Punch, cette feuille joviale que vous savez. En y jetant les yeux, j'ai vu, quoi? une gravure qui représentait Timage de la Paix assise sur un canon.

C'est, en quelques coups de crayon, l'histoire de TExposilionde 1862!

2 mal.

M* GIitdstoBe*

0iidi de la semaine dernière, à Manchester, dans le own Hall, » il s*est tenu un grand meeting des membres a Chambre du Commerce. L*objet de ce meeting était de lenter à M. Gladstone une adresse témoignant des ser- 8 qu'il a rendus à son pays comme homme d*État et me financier.

et hommage, M. Gladstone le mérite, nul n'ayant tra- ^ à la chose publique en Angleterre avec plus de talent,

de zèle et un amour plus réfléchi du progrès. foD que H. Gladstone ait toujours marché dans le grand nin de la liberté : loin de là! Il fut un temps où, ainsi sir Robert Peel, son guide et son maitre, il combattit, Q parmi les conservateurs, du moins à côté d'eux. 11 te de lui un livre qui marque d'une façon bien frappante oint d*où il est parti et la distance qu'il a parcourue : \ l le livre qu'il publia en 1838 sous ce titre : VÉtal dans relations avec l* Église. Qui se serait douté alors que artisan exagéré des principes de la haute Église (High rch) écrirait, en 1851, à lord Aberdeen, les deux cées lettres où le gouvernement de Naples est traduit avec

d'autorité à la barre des peuples, lettres qui furent un lement, qui préparèrent les triomphes de Garibaldi, et resteront comme une des plus émouvantes dénonciations

4C LËTTIŒS SUR L*A!fGLETERRE (l862)

que rhistoire ait jamais lancées contre Tinfluence sacei dotale dans ses effets sur la politique? Il est curieux rappeler, au moment où nous sommes, que M. Gladslom après avoir figuré, lors de la guerre de Crimée, dans le binet de lord Aberdeen, et s'être retiré par opposition lord Palmerston, qui consentait à ce que Ton fit sur Tétat Tannée une enquête dont M. Gladstone, lui, ne voul pas ; il est curieux, dis-je, de rappeler que ce dernier craignit pas de s'associer à Tadministration de lord Derl et se laissa envoyer aux îles Ioniennes comme repi sentant d'un ministère conservateur. Aujourd'hui, n< seulement M. Gladstone est de nouveau le collègue de h Palmerston, mais il est le plus libéral des collègues de K Palmerston. C'est au point que, dans les régions où sa (^ sence est presque deveime nécessaire, quelques-uns c» mencent à s'inquiéter de ses allures et disent à voix bas: Que veut-il? où ira-t-il? où s'arrêtera-t-îl?

Malheureusement, ce ne sont pas les conservateurs sesJilcment qui parlent ainsi. Bien que tout le monde rende bc^ mage à la sincérité de M. Gladstone et h sa parfaite droiti il est certain qu'il inspire de l'inquiétude à tout le morcelé Les uns craignent de le voir aller trop avant; les antres craignent de le voir reculer : nul n'oserait répondre du cliemin que M. Gladstone prendra. Et pourquoi ? Par €'.ctle raison bien simple, que M. Gladstone, au fond, l'ignore lui-même.

Macaulay dit, en parlant du fameux ministre de Guillaume III, Halifax, qu'il était « lent h force de vivacité, — he was slow from rery qtiickness. » On pourrait dire àe M. Gladstone, qu'il est incertain et vacillant à force de p^ nétration. Oui, ce qui nuit a la fermeté de son jugement, ^^ qui le condamne au tourment d'une conduite indécise, c^osi

éàaémeni la plus camctéristiqne qualité de son éinineut ^t. Il est d'uue sagacité désolante.

Sa claitToyaDce extraordinaire lui est un embarras de tous BJovrs. Il embrasse d*un coup d'oeil si rapide les divers :yects de chaque question ; il saisit avec tant de prompti- 4de le pour et le contre ; il voit si bien le bon et le mauvais btéde tout, qu'en toute chose sa pensée lui fournit à la fois

demande et la réponse, Taffirmatlon et la négation, Tarisment et la réplique : faculté précieuse sans doute, mais saacoup moins pour Thommc politique, dont elle paralyse ^ovent Ténergie, que pour le philosophe, à qui elle donne ftfe haute impartialité, Thonneur de la philosophie et son us noble attribut !

Toutefois, on ne saurait nier que, même comme homme litique, M. Gladstone ne soit digne d'être placé aux proiérs rangs. Et de plus, il est homme d'affaires ; il s'entend K détails du commerce; il connaît la triture des chiffres, en lui on retrouve, quand il est nécessaire, le fils d*un iTchand de Liverpool dans le gradué d'Oxford. Mais où il excelle, c'est aux joutes oratoires. M. Gladstone ^îl le premier orateur de l'Angleterre, si M. Bright Xistait pas, et, quoique M. Bright existe, M. Gladstone

à conp sûr le premier orateur de la Chambre des Comtues.

Lia puissance de la voix, la flamme du regard, une parole i coule à la manière des torrents et l'ardeur d'une con- 'tîoD indomptée, voilà ce qui constitue le talentde M. Bright. est agressif, il est véhément, il est intrépide, intrépide iHout. A voir de quel air il s'attaque h l'aristocratie dans

terre classique de Taristocratie, on sent qu'il est de la atnre de ces lutteurs à qui il faut de grands obstacles et de nods ennemis. A voir de quel air il brave l'opinion pu-

4S LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l86»)

blique, dans un pays ou le despotisme de ropioion publique fait contre-poids à la liberté, on sent qu*il se croit capable de maîtriser le peuple, même en Tannant contre lui. Au milieu de Tentliousiasme patriotique excité par les batailles de TAlma et d'Inkerman, on Tentendit tonner contre la guerre de Crimée, et rappeler une folie sanguinaire. Au mm. plus fort de Tirritation produite par Tafifaire du rrail,^^^^ on l'entendit exalter la république des États-Unis, la pro— *^c»-^ poser au monde pour modèle, et on le vit courir avec un^j^^ j^ sorte d*orgueil sauvage au-devant du reproche de n*avoir f <3qî pas le cœur anglais. A la fois austère et emporté» M BrigfadF^ est un quaker doublé d'un tribun. Sous chacun des chiffrcg^^?^ qu'emploie son éloquence, toujours substantielle, quoiquML^me toujours animée, la passion gronde. La statistique est maniât ^ par lui ainsi qu'une massue le serait par un bras nenreiii'^^ mx. Rccommande-t-il la paix à tout prix, il le fait en termes q semblent sonner la charge. Il eût été à Rome l'homme Forum; il est, par excellence, en Angleterre, Thomme d.^ es hustings. Mais, à cause de cela même, il se sent mal dans la Chambre des Communes, où une partie de ses rabandonne, el dont l'atmosphère ne convient pas éviderxT* ment à sa rude nature.

Et c'est là, au contraire, que M. Gladstone triomphe. Cette grâce pénétrante du langage qui vous subjugue saib vous violenter, cette saveur littéraire qui donne tant de prix à la pensée dans un cénacle d'esprits cultivés et délicats, le parfum des études classiques, l'art des citations saisissantes et imprévues, le tour philosophique, l'ironie voilée, la subtilité unie a la force, enfin tout ce qui manque à M. Bright, M. Gladstone le possède à un degré supérieur.

Chacun sait que M. Gladstone, dans la Chambre des Communes, représente l'université d Oxford ; mais il fait pli»

[ne la représenter : sauf sous le rapport politique, il la eflète. Son talent est, dans le sens littéral du mot, un talent niversitaire ; et c'est probablement pour cela que TUniverité d*Oxford lui est restée fidèle. A la vérité, Talliance n'a •as été sans nuages. Contractée en 1847, elle se serait rom- •ue violemment en 1859, si les liens de franc-maçonnerie itféraire qui existent entre Oxford et Tancien élève de : Christ Church » ne s'étaient trouvés assez solides pour ésister à la pression des colères politiques. Â cette époque, a conversion de M. Gladstone aux idées libérales n'était ibis un mystère; et l'Université d'Oxford, conservatiste dans 'Ame, eut bien de la peine à pardonner un pareil crime. Elle fit cet effort, néanmoins. Quel eût pu être son ambassaleur accrédité à la cour... du Parlement, si l'homme qui a tait Homère et Vâge homérique eût cessé de l'être?

Dans le meeting mentionné au commencement de cette lettre, M. Gladstone, comme vous pensez bien, a pris la parole. Ou s'attendait h l'entendre discourir sur les affaires publiques, et cette attente n'a pas été trompée. L'exorde vaut que je vous le signale :

c Des changements considérables, a dit l'orateur, ont eu lieu dans ces dernières années. Les dispositions politiques do pays ne sont plus ce qu'elles étaient. Je crois, — et je le dis avec quelque regret, — je crois qu'une sorte de léthargie s'est momentanément eiîiparé du Parlement et du peuple. n est plusieurs questions que je pourrais indiquer; il en est une que j'indiquerai, en mon nom propre et sans prétendre exprimer autre chose que mon opinion individuelle : je veux parier de la question des franchises électorales, au sujet de laquelle il se manifeste des symptômes de léthargie qu'il est diffidle de nier. »

Voici donc un membre du gouvernement qui, en public,

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dans uue circonstance solennelle, constate avec regret rin« différence politique <iu peuple et gourmande presque paresse. II le voudrait plus entreprenant, plus vivant quelque sorte, plus animé à la conquête des droits qui li restent encore à conquérir. Quel exemple! quelle leçon!

H est vrai que, connaissant la répugnance personnelle -lord Palmerston pour tout ce qui est réforme, M. Gladsti a eu soin de n*engager, en cette occasion, d'autre respom bilité ([ue la sienne. Mais sa déclaration n*en a pas mo^ quel(|ne chose de fort remarquable : elle montre qu*en gletorre le pouvoir n'est pas considéré comme devant né< saireuient représenter la résistance; elle prouve que, loij repousser le progrès quand il se présente, les hommes d'I dont Tàme est un peu haute l'attendent, rappellent et lus. -feraient plutôt signe de venir s*il lardait trop, bien sûrs qta.^ k meilleur moyen d'éviter les révolutions est de n'avoir \ysis peur des réformes. Là est la clef, monsieur, de ce cstlcie profond qui, en Angleterre, se marie à l'action contina^ ée la liberté; et par là aussi s'expli(|ue l'espèce de lori->eur apparente à l.Kjiielle, ([uelquefois, le peuple s'abandonne. Il sait (|u<», lorsqu'il lui plaira de réclamer son dû, le payement s'effectuera sans difiicullé; qu'il ne compromet rien en ajournant; qu'il peut se passer le luxe du repos, et <^iue, quand il lui arrive de s'endormir, de puissantes intelligences veilh'ul au-dessus de lui, pour lui;

Chancelit^r de l'Échiciuier, M. Gladstone ne pouvait manquer d'aborder le sujet des finances. Ici encore ses exp'*' ealious ont été caractéristiques et méritent d'être recuen* lies.

Lorsque, en 18o3, M. Gladstone parut à Manchester vaut les inénnîs hommes (|ui viennent d'y fêter si cordi; ment sa présence, le budget des dépenses de l'Angletc^ ^'^^

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.4e 55 millions et demi en livres sterling, et le budget recettes d'environ 59 millions, ce qui laissait un surplus ( millions et demi en livres sterling. Aujourd'hui, la itioD est loin d'être aussi riante. Balancer à peu près les pies est tout ce qu'il est possible de réaliser. Or, durant rois dernières années, la somme qu'il a falUi tirer anlement de la bourse du peuple ne s'est pas élevée, en enne, à moins de 70 millions et demi en livres sterling, t-h-dire qu'elle a dépassé le chiffre qui se rapporte à ;uDe des trois années de la guerre de Uussie. M. Glade a reconnu avec beaucoup de candeur ({u'un semblable Itat n'avait rien de bien satisfaisant.

ais, à qui la faute? Kst-ce que le peuple anglais n'était le maître en Angleterre? Est-ce que ce n'était pas l'orilité et la gloire delà nation anglaise d'être une nation se rernantelle-mémc, self-^overning? Est-ce queTopinion iîque, dans le Royaume-Uni, n'était pas souveraine? Est- |ae Chambre des Communes, Chambre des Pairs, mires, n'étaient pas h ses ordres? Est-ce qu'en fin de pte, sa volonté, toujours si librement exprimée, n'était la loi? Seul donc, le public était comptable de la lourr des charges qui pesaient sur le public. S'il jugeait que ttuation actuelle des finances fût une situation malsaine; réduction des dépenses lui paraissait utile ou nécessaire, emëde était entre ses mains; il n'avait qu'à vouloir, il ait qu'à parler : il serait al)éi.

lue vous semble de ce langage ? Il y a un mot bien touit, et plus profond encore que touchant, dans l'Évangile: ue U premier d'entre vous soit le serviteur de tous les •ef . » Heureuses les contrées où l'autorité repose sur ce eipe! Ici, c'est le pouvoir qui sert, et les premiers itre les fonctionnaires de l'État se parent du titre, glo-

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rieux en effet, de public servants. Le peuple y gagne; et eux, qu*y perdent-ils? Moins on les craint, plus oo les honore.

LXVIÏI

9 mai.

Les Anglais dans les Indes.

Dernièrement, lord Canning est arrivé des Indes, où il f il a été remplacé comme gouverneur général par lord Elgin, • « et 011 il avait lui-même remplacé, en 1855, lord Dalhousie.

Or voici qu'avec ce changement coïncide une nouveW^jîlle identiquement la même que celle qui, en 1835, vint donn ^^■}or ici à l'opinion publique ce içraud choc dont les cousé([uenc— -^ ces furent si terribles : « Les Persans marchent sur Hérat. L^

Persans ont pris Hérat. Les Persans menacent Kandahar '. *

Et, de plus, il paraît que les Afghans appellent les A^^^n- :i:lais nu secours.

Heureusement, les esprits ne sont pas tout à fait dispoî comme ils Tétaient il y a quelque vingt-sept ans. L'ex| rience a parlé, et elle l'a fait d'une voix qu'il a bien fallu tendre. On se rappelle, on Angleterre, ce qu'il en a co" aux Anglais d'or et de sang pour avoir eu trop peur intrigues de la Russie, trop peur des mouvements de 1^ Perse, trop peur de la perfidie supposée de certains prin •'Os

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