LES ANGLAIS DANS LES INDES
L*iiD seul homme; mais le pied du voyageur put se heurr au squelette d'un Anglais ayant entre ses dents un papier li portait ces mots : « Les Feringhees vinrent à Caboul, et >ici ce qui reste des Feringhees. »
375 millions de francs, engloutis à jamais, voilà le chiffre ni résume les bénéfices matériels d'une expédition entrerise contrairement à toutes les lois de la justice.
11 convient de reconnaître que la cour des directeurs de udenne* Compagnie des Indes n*est pas comptable de la olitique qui engendra la guerre de TÂfghanistao. Le iomphe de cette politique fut poursuivi à l'insu de la Comigoie pendant sept ans, et elle se hâta de la répudier avec idi|piiation dès que les faits lui furent connus. C'est ce que ' colonel Sykes déclara dans la séance du 19 mars 1861.
Si je ne me trompe, Monsieur, cette page d'histoire qui *est pas suffisamment connue en Angleterre, ne Test pas du Hit en France. C*est pourquoi j*ai saisi, pour l'indiquer h os lecteurs, la première occasion qui s est présentée. Com- ^ttre les ténèbres partout et toujours : voilà, pour la presse, e grand combat.
Quoique cette lettre soit déjà bien longue, je ne puis me "ésondre à la terminer sans mentionner un petit livre qui îent d'être publié, que j'ai lu, que j'ai relu, et qui m'a ausé la plus vive émotion. C'est un recueil des discours renonces, en diverses circonstances, par le capitaine lastwick sur les questions qui touchent à la domination des Aglais dans les Indes. Le capitaine Eastwick est un des uinze membres qui forment aujourd'hui le conseil des Indes rientales. Avant que le pouvoir de la Compagnie eût été Qtièrement absorbé par celui de la couronne, le capitaine lastwick faisait partie de la cour des direoéeurs, c'est-à-dire u*il était un de ces dix-huit potentats qui, de Londres, et
Le capitaine Eastwick a vécu aux Indes. II y a été de fonctions publiques. Il parle la langue du pays, nécessaire à ceux qu'on y envoie, et qui manque, pa heur, à beaucoup d'entre eux. 11 connaît à fond le cai des indigènes, leurs mœurs, leurs habitudes, leurs q et leurs défauts. Son opinion, en tout ce qui conce Indes, a donc beaucoup d'autorité et veut qu'on en compte. Eh bien! ce qui ressort de chaque ligne du li est là devant moi, c'est une condamnation formelle d politique d'empiétement et d'o|)pression qui est Vk ceux qu'on appelle ici les c Old Indians. » Rien i animé, de plus touchant, de plus noble, que la manièi le capitaine Eastwick raconte, en la flétrissant, Tinji brutale acquisition du Sinde, en i843, par sir Charl pier, que lord Ellenborough, alors gouverneur généra investi pour cet effet de pouvoirs illimités. Il est imp de lire, sans être tour à tour pris d'attendrissement • d'indignation, la tragique histoire de ces émirs du commençant, il est vrai, par se défier des Anglais mettre obstacle à leur influence, mais ensuite rechc leur alliance, se plaçant sous leur protection, s'abaod à leur générosité ; puis enfin, poursuivis d'accusation songëres quand il fallut un prétexte à la force, et oom avant d'avoir été entendus; dépouillés, frappés, pri
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SJi mort dans Texil ; et sa veuve, courbée, elle aussi, sous i foids des ans, habitait une misérable petite hutte faite de neaux, où elle n'avait pour vivre que et que pouvaient ganer, en vendant du bois, d'anciens serviteurs de sa fortune ^ssée, restés fidèles à son malheur.
Et combien la fin du drame parait plus saisissante, quand it la rapproche du commencement! Lorsque, en 1840, Nbor-Mahomed, dont TÉtat du Sinde en ce temps-là reconhissait Taulorité, se sentit mourir, il manda auprès de lui Q brave et lojal officier anglais, le major Outram, qui, km une dépêche du 6 décembn^ 1840, raconte en ces !mies ce qui se passa : < Sa Hautesse me salua du nom de rère, me jeta les bras autour du cou, et me tint embrassé •endant quelques minutes. L'émir était si faible, si défait, m, eet effort Tayant épuisé, il fut quelque temps sans pou- •ir parler. Enfin il fit signe h son frère, Meer-Nusseer- Aaii, et à son plus jeune fils, Meer-Oussein-Ali, d'approher. Alors, prenant la main de l'un et celle de l'autre, il es plaça dans les miennes, et me dit : € Vous êtes pour eux r un frère et un père, vous les protégerez. »
Le capitaine Eastwick, après avoir cité cette dépêche, a jen raison de s'écrier : « Le peuple anglais voudra-t-il roîre que ce pauvre enfant, Houssein-Ali, que son père, au loment d'expirer, avait ninsi recommandé à la sollicitude du puvernement britannique, acte détrôné, exilé, emprisonné, iépouillé de ses biens propres, sans qu'aucune accusation 'élevât contre lui ? »
Ne voir dans la domination des Anglais aux Indes qu'une ippression organisée serait assurément inique et insensé. La 'érité est que l'administration de la Compagnie des Indes a îté féconde, sous beaucoup de rapports, en beaux et louages résultats. C'est ce que le capitaine Eastwick constate,
et ce qui est établi clairement dans une remarquable bnn chure que M. John Stuart Mill publia en 1858, alors qu*i était chargé de la correspondance politique à < India- House. » Et il ne serait ni moins inique ni moins insens d*envelopper dans un même anathème tous ceux qui, daic ces contrées lointaines, ont été appelés à représenter Ykm gleterre et à y exercer le pouvoir en son nom. Il y a quelqu distinction à faire, par exemple, entre Tadministration daf«i ambitieuse, agressive du conquérant du Pendjab et m royaume d*Ôude, lord Dalhousie, et Tadministration bie^s veillante de ce Canning dont le titre de gloire sera d'av^ encouru et mérité, lui si rudement mis à Tépreuve par révolte furieuse des Cipayes, le surnom de Clemency-d ning. Combien il serait à désirer, pour Thonneur de 1* gleterre, que Téclat des grandes choses par elle accompli dans les Indes n*eût jamais été souillé par des actes sembl blés à ceux que le capitaine Eastwick a dénoncés avec m sincérité si courageuse, une éloquence si noblement pas^on née, et un patriotisme si vrai? Je dis patriotisme, carceux-l; seuls aiment leur pays d'un amour dont il ait droit d'être lier, ([ui ne lui font pas Tinjure de l'aimer aux dépens de la justice.
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10 mai.
OrfKlae et déTeloppement de Ia puissanee anglaise
dans les Indes.
L'oriji;iQe et les progrès de la puissance anglaise dans les ndes offrent certainement un des spectacles les plus niereilleax qu*ait jamais fournis l'histoire.
Le dernier jour de la dernière année du seizième siècle, ^ reine Elisabeth accorde des lettres patentes à une Côm- ^gnie de hardis marchands tentés du désir d* aller au loin !<>urîr les aventures du commerce. Un capital a été souscrit te 30,000 livres sterling seulement, divisé en cent une sciions, et le maniement en est confié à vingt-quatre membres choisis par les actionnaires. Le commerce du ^îvre et des épices, voilà tout ce que nos aventuriers ont '^ vue.
En 1612, pour apaiser le Grand Mogol, dont quelques 'aisseaux avalent eu a essuyer de la part des Anglais dans * naer Rouge une vexation accidentelle, le roi Jacques envoie ^'* potentat indien une dt^putalion de quatre navires. La 'éputation est arcueiHie favorablement à la cour de Delhi, ^ en obtient la permission d'établir une factorerie à ^ïirate.
En 1624, le roi d'Angleterre investit la Compagnie du ^Uvoîr de chAtier ses serviteurs, à Tétranger, soit confor- *^^inent aux lois civiles, soit au moyen des lois martiale?.
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C'est la transformation d'une société commerciale en cor — P^ politique qui commence.
En 1664, nouvelle charte qui confère à celle société co^^" mercialc le droit de paix et de guerre à l'égard des princ^:--"^ et des peuples « non chrétiens. » Ils auront donc des trou|K ^ à leur solde, ces étrangers marchands, et ils pourront ach— '* ter ou vendre, Tépée h la main !
Leurs progrès ayant été assez rapides pour que la slatit^i^n de Madras fût élevée au rang de présidence, Charles II le '■ïr cède en 1668 Tlle de Bombay, reçue par lui comme porticr^n de la dot de Catherine de Portugal.
En 1687, dix bâtiments de diverses grandeurs, portasse un détachement d'infanterie, abordent au Bengale. L^-«s hommes de l'expédition essayent d'y prendre pied, entrent en guerre aVec le nabab, sont chassés, pendant qu'Aurea^zeb, le Grand Mogol, averti de ce qu'il doit craindre de ces étrangers envahissants, se prépare à les écraser, et, en attendant, s'empare des factoreries de Surate, de Mazulipatnam et de Vazigapatnam. Bientôt l'Ile de Bombay est attaquée, à moitié prise ; John Child, l'âme des entreprises d'alors, est assiégé dans le château : les rues de Bombay voient passer des employés de la Compagnie qu'on promène des chaînes aux pieds et des anneaux de fer autour du cou. Il faut que les Anglais s'humilient; qu'ils implorent J^ clémence du vainqueur; que ses représentants aillent s'agenouiller devant lui. Patience! patience! Ils sauront bien prendre leur revanche, et les représailles seront ttwblcs- Aurengzeb, touché de l'abaissement de la Compagnie, It»' rend ses anciens privilèges.
En 1713, la présidence du Bengale, livrée, depuis I^ mort d'Aurengzeb, aux déprédations de Jaffier, envoie à 1^ cour de Delhi une ambassade chargée pour l'empereur à^
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\ misérables que leur nouveauté allait faire paraître pies: écritoires, porcelaines, laques du Japon, coucinq horloges, douze miroirs, la mappemonde ! Le [ogol et les siens furent éblouis, eux qui avaient les léines d*or, eux qui marchaient sur les diamants, plus encore que par la somptuosité décevante de ses (, la Compagnie des Indes fut servie par une circonsissi singulière qu'imprévue.
ti pensait que le nez de CléopAtre, s'il eût été un s long, eût fait à Tunivers d'autres destinées. Quel mon respect pour le génie de Pascal, j'aurais beaudire contre cette théorie, qui prend Yocca^ion pour *. Mais il est certain que l'histoire de rétablissement [lais dans Tlnde offre un curieux exemple de l'inau moins apparente, des petites choses sur les . Lors de l'ambassade en question, l'empereur se atteint d'un mal qu'on devine d'autant mieux qu'on is soigneusement de le nommer, et qui condamnait 'ments d'une abstention forcée ses amours avec la rajah de Joudpoor. Cette maladie cruelle ayant mis it toute la science des docteurs d'Agra et de Delhi, n, médecin de Tambassade, entreprend la cure, et, invité par son impérial client à fixer lui-même le ses sen'ices, demande l'octroi des privilèges que sont ilHciter ses compatriotes. Ils furent aussitôt accordés, riléges, qui ont été longtemps considérés comme ant la grande charte des Anglais dans l'Inde. li pas besoin de vous rappeler ici comment Tlnde, I, devint le champ de bataille où se développa avec Tanimosité la longue rivalité de la France et de l'An- . Il y eut un moment où Ton put croire que l'Inde 3raitaux Français : ce fut lorsqu'en 1746 la Bour-
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doDDais, vainqueur du coinmodore Peyton, alla droit k Ma dras, le principal établissement des Anglais à cette époqiH et s'en empara, après quelques jours de siège. Qui n*e< dit alors que c*en était fait de la puissance anglaise dans a contrées lointaines? Maîtresse de Cbandernagor, de PoDdi chéry, de Madras, la France avait un pied dans le Bengak et régnait sans partage sur toute la côte de Coromaiidd Son influence dominait à la cour d*Yderabad. Son pouvoir < son génie étaient représentés dans Tlnde par trois de ce hommes qui pèsent plus dans la balance des affaires hn maincs que des armées gigantesques et de nombreuM flottes. Là était la Bourdonnais, cet admirable gouvemei des ilcs de France et de Bourbon, ce marin d*élite dont m disait qu*il pouvait construire un navire de ses propres nuk et le mener, à son gré, soit à la fortune, soit à la victoÎH Là était le marquis de Bussy, souple et ardent esprit po lequel les dédales de la politique n^eurent pas de secret. . était enfin le grand Joseph Dupleix, qui avait à la foisss tête, le cœur et le bras d'un fondateur d'empires. Par c donc la France fut-elle vaincue dans les Indes? Hélas ! p la France ; par la rivalité do Dupleix et de la Bourdonnai: par le rappel du premier; par rautonî^ation donnée àGodi lien, son successeur, de conclure un traité qui fut unimbé cile abandon de tout de qui était en litige, et, finaleiuenl par renvoi aux Indes de l'homme le plus propre à les perdre le célcbre et infortuné Lally. Repoussé devant Madras dou il avait formé le siéiçe, vaincu h la bataille de Wandeîwoh assiéiçé dans Pondichcrv et forcé de se rendre, Lallv av;iî entassé fautes sur fautes. Ce fut, comme on sait, sur la plac< de Grève qu'il alla les expier; mais cette exécution sanglant t* qui transformait l'incapacité en trahison et contre laquell Voltaire s'éleva si éloquemment, cette exécution ne réparrti