ORIGIIIE DB LA PUISSANCE AN(>LAI5B DANS LES INDES
rîen. L'Iode n'en fut pas moins perdue pour la France.
Et vers ce même temps, Clive, après avoir suscité au nabab du Bengale un compétiteur caché, h la trahison du- <]uel les Anglais durent le gain de la fameuse bataille de ^assey, Clive se faisait céder par le traître et l'usurpateur cp'il venait de couronner les trois provinces de Bengale, de Bahar et d'Orissa. Il est h remarquer qu*à la bataille de I^lassey, l'armée commandée par Clive se composait de neuf cents Européens seulement et de deux mille cipayes !
C'est à partir de ce moment surtout qu'on voit se dérouler, dans rinde anglaise, cette politique de spoliation par la ruse, par l'intrigue, par la violence, qui, en Angleterre raénie, souleva contre Clive 1* indignation de tous les cœurs lionnétes, le réduisit ji défendre son honneur, et l'amena, foique déclaré innocent par la Chambre des Communes, à ^ tuer de désespoir.
Il y aurait un intéressant et douloureux tableau à tracer ^ moyens par lesquels la Compagnie des Indes, ayant h 5^ service des hommes de la trempe de Warren Has- ^''•gs, lord Cornwalis et lord Wellesley, parvint à disputer ^torieusemcnt la succession des Mogols à la confédération ^ Marhattes et à cet empire du Mysore dont restera insé^ P^rable k jamais le nom de Théroïque Tippoo-Saheb. Mais d suffit, pour le but que je me propose, de noter le résultat ^ CCS luttes, qui fut de donner à l'Angleterre, non pas seu- '^ent un immense royaume à introduire dans la sphère de ^ civilisation, mais une opulente proie à dévorer.
T. tl* 5
•e LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l86t)
Il ]
L'MielemiM Compai^le des Indes.
Monsieur» le mécanisme de U domioatioo ét% dans riode présente un caractère de singularité ( qu on s*y arrête.
Pendant longtemps la Compagnie des Indes « a gouverné les contrées par elle conquises, au mi vingtr-quatre membres tirés de son sein et fonniit < appelle la Cour des directeurs {Court of direclars).
On peut dire que jusqu en 1773 la Cour des dî exerça dans l'Indoustan une souveraineté sans o mais, à cette époque, un acte du Parlement appela ' verneur général à résider dans le Bengale; une courj de judicature, avec juges nommés par la couronne, outre établie, et Tadministration des directeurs se la surveillance de TÉtat.
En 1784, Pitt tit adopter V « India bill » , qui tend; l)ordonner plus encore le pouvoir de la Compagnie à ministère, par rétablissement d*un Bureau de pour les affaires de Tlnde {Board of eontrol for ihe of India), Ce bureau fut composé de six membres par la couronne, et eut la surintendance des intérêts riaux de la Compagnie.
Par r « India bill », la nomination du gouverneur de rinde, ainsi que celle des présidents et memi
LANXI£K.\£ COMPAGME DES INOEb 67
C4msb\\^ fut conférée aux directeurs, sauf approbation du
gouvemeuient. Quant au commandant en chef {commander
im jckief) des forces employées dans Tlnde, il fut au choix
de la couronne, sans inten^ention de la part des directeurs.
Depuis, le droit de rappeler le gouverneur général a été attri-
bué au ministère, si bien qu*aujourd*hui les fonctions de
^oiAverneur général des Indes relèvent, en fait, de Tautorité
nijaistérielle.
U est bien difficile que deux influences de nature à se
f^Kârder comme rivales se maintiennent sur deux lignes
Parallèles. Les diverses modifications successivement intro-
A^tes dans la constitution du gouvernement de F Inde eurent
teutes pour but et pour résultat d'agrandir le pouvoir de la
couronne, au détriment de celui de la Compagnie. Voici
l'état des choses, tel qu'il fut réglé, le 20 août 1853, par un
^ct^e du Pariement, dont peu de personnes, même en iVngle-
tei^re, eonnaissent ou se rappellent les dispositions.
lie nombre des directeurs fut fixé k dix-huit.
Sur ces dix-huit membres, la reine eut le droit d*en ^t>isir trois, le premier pour deux ans, le second pour 4^9tre ans et le troisième pour six ans.
Xe plus, la couronne se réserva de remplir les trois pre- "*îftres places qui deviendraient vacantes, de telle sorte que ^ Kiombre des directeurs choisis par elle pût s* élever h six, ^^ celui des directeurs qu'elle ne choisissait pas, à douze.
Tous les directeurs du choix de la couronne, et six d* entre eux choisis par la Compagnie, devaient avoir servi ^^ ans dans Tlnde.
Kul ne pouvait être admis à la dignité de directeur, si sa ?^rt dans les fonds sur lesquels la Compagnie opère n'était ^U. iBoins de 1»000 livres sterling, ou 25,000 francs.
«8 LETTRES SUR L*ANGLETERRK (lS62)
Les ^recteurs du choix de la couronne pouvaient Méger dans le Parlement.
Les directeurs, avant d'entrer eu fonctions, étaient lem» de prêter un serment formulé en ces termes :
< Moi, A... B..., je jure d'être fidèle Ji S. M. la reine Victoria et de faire tout mon possible pour bien remplir les devoirs qui me sont assigués, comme directeur de la Compagnie des Indes orientales, dans Fadministration du gouver* nement de l'Inde confié par la couronne. Dieu me soit en aide ! »
Pour que, dans une assemblée générale des membres la Compagnie, propriétaires du capital et ayant droit de t< une décision fût prise, il fallait que le nombre des membi présents ne fût pas au-dessous de vingt.
La Cour des directeurs pouvait, quand elle le jugeait co venable, désigner pour la présidence du Bengale un gO! vemeur qui ne fût pas le gouverneur général de Flnde»
11 entrait dans les attributions de la Cour des directei de créer de nouvelles présidences, et de changer, au besom it, les limites des anciennes.
La nomination de tout membre du Conseil de l'Inde devrai/ être soumise h l'approbation de la reine.
Au Conseil de Tlnde, pour la confection des lois et règlements, étaient adjoints, sous le nom de « conseillers législatifs (législative councillors) », le chef de justice de la cour suprême de judicature établie au fort William dans le Bengale, et un des juges de la même cour.
Les lois ou règlements émanés du Conseil de Ylnde n'avaient autorité et ne pouvaient être promulgués qu'aprè^^ avoir reçu l'assentiment du gouverneur général, qu'il edt / ^ assisté ou non à la délibération. f ' *
Dans l'étendue des territoires soumis au gouvememeot \^
L*AiNCtENXE COMPAGNIE DES INDES 6»
6 la Compagnie des Indes orientales, le montant de toute nende judiciaire et la valeur de tout legs caduc appartetient à la Compagnie, sans préjudice du droit accordé au xwTerneur général en conseil de disposer en faveur de qui on lui semblait des biens devenus libres, soit par suite de irfaiture, soit faute d'héritiers.
Quiconque était nommé par la reine commandant en chef es forces de la couronne dans Tlnde se trouvait, en vertu e cette nomination, commandant en chef des forces de la ompagnie.
Le chiffre des troupes européennes de la Compagnie, iquel était précédemment de i ,200 hommes, pouvait être âscHviais porté à 20,000 si cela était jugé utile par le Bureau de contrôle pour les affaires de Tlnde. »
Les appointements du président du c Bureau de contrôle » tJdeut ceux des principaux secrétaires d'État.
Dne somme annuelle de 1 ,000 liv. st. était allouée aux nMdent et vice-président de la Cour des directeurs : chaut des autres directeurs recevait annuellement 500 liv. erl.
Jusqu'alors la Cour des directeurs avait joui d'un droit de ilronage considérable. Voulait-on entrer comme étudiant
Collège de la Compagnie à Haileybury, ou être admis dans ^ forces de la Compagnie en qualité de chirurgien-assis- H, tout dépendait de ce droit de patronage : h partir de
iKioment tout dépendit, du moins en principe, d'un exa-
^ dont le c Bureau de contrôle » fut appelé à déterminer
programme et les conditions.
Telle fut, en quelques mots, la teneur de l'acte du
^ août 1853. C'était un empiétement fort peu masqué
^ Pouvoir de la couronne sur les prérogatives de la Com-
trnie.
70 LETTRES SOR L* ANGLETERRE (l8«2)
En réalité, le gouvernement des Indes, h dater de Facte du 20 août 1853, reposa aux mains, non pas mén^ des membres du « bureau de contrôle » , mais aux mains da personnage qui les présidait, et qui était essentieHement m secrétaire d'État pour le département indien. Cet important fonctionnaire domina la Cour des directeurs, et, à Tabri d'un ^ acte du Parlement, il exerça sur les destinées d'une notable «3 portion de l'empire britannique une influence beaucoup plos ^^ grande qu'il n'est donné à la royauté d'en posséder, là oi.«^^ ailleurs. Et par exemple, il avait droit d'inspection sur b correspondance des directeurs avec leurs employés indiens, en ce qui touche les intérêts territoriaux et les relations litiques; il changeait, amendait ou retenait les dépéch<
préparées par les directeurs; il pouvait, s'il le croyait util ^^
transmettre des ordres aux fonctionnaires de la Compagn&r. ie des Indes, sans le concours de ses chefs ostensibles et, pfa que cela, k leur insu.
Celles de ses instructions qu'il envoyait à « India Hoose avec la marque sacramentelle t secret and poliiical » passaient sous les yeux que de trois membres de la Cour A< directeurs, formés en « comité secret », et qui étaient ten par serment de ne rien révéler à qui que ce fût, leurs propres collègues non exceptés. 1 Les instructions reçues devaieiB^ être immédiatement transmises aux serviteurs de la Compa — gnie dans les Indes, et ceux-ci, h leur tour, avaient poff *" devoir absolu d'obéir sans hésitation et sans délai.
Je ne m'arrêterai pas h faire remarquer quels dangers ren
fennait un pouvoir aussi despotique, et combien sou existenc^^ seiile était étrange dans un pays dont les susceptibilité^^ constitutionnelles ont toujours été si grandes.
Ce pouvoir ne pouvait donc manquer d'être tôt ou tai aboli. Et c'est ce qui est arrivé. Mais les obstacles que
ntore même des choses oppose k une bonne admînistratioR de ces contrées lointaines ont-ils poor cela disparu? Le coip frappé sur une Compagnie étrangère par essence am httes de parti n'a-t-il aucun inconvénient politique? La pvatiqne do régime constitutionnel a-t-elle beaucoup gagné à ce qu*k la place d*une réunion d'hommes qui, pour la plupart, avaient vécu dans Tlnde, la conriaissaient, et ne poursuivaient, dans la direction de leurs efforts, que le triomphe des intérêts commerciaux de leur pays, on ait un premier ministre avec des cupidités de parti ou de coterie à satisfaire, des amis à pourvoir, des créatures à se faire, et des opposants à réduire au silence en leur jetant pâture? Voilà ce dont il est permis de douter.
^ mai.
Exposition iBtematloiiale de Loadros.
Pour vous parler de nouveau de TExposition, j'atten- 'dais que la première ferveur du public se calmât, que le bruit des marteaux cessât, que la poussière tombât, que le ^haos se débrouillât, que la lumière se fit, que la lumière tût faite. Mais si, en fait d'ordre, je me montrais d*aventure trop difficile, j'attendrais toute Téternité, j'en ai peur. Je ne décide donc : je reprends la plume.
Et d*abord, comme j*ai à conduire dans un vrai laby-
72 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l869)
rinthe ceux de vos lecteurs qui ne se sont pas risqués au delà du détroit depuis le 1^ mai, il faut que je leur four^ nisse un moyen de s*y retrouver. Conséquemment el sans plus de façon, je découpe pour vous dans le Moming Star k plan de l'édifice , cette chose que les Grecs comparaient à Tempreinte que laisserait par terre le pied d*un bomme^