‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 99 sur 169 · Autriche · texte numérisé non relu

Autriche

e palais, dont vous avez ainsi le plan sous les yeux, offre surface d*environ 108,000 mètres, y compris les salles "afraîchissements et les galeries des beaux-arts. C'est z dire que ce n*est pas Tespace qui manque. Je me souis que, lorsque Victor Hugo vint à Londres, nous allâmes îmble visiter la ville et ses monuments. Quand nous es devant Saint-Paul, il trouva sans doute mon admirai pour cette célèbre église quelque peu exagérée, car il dit eu riant : « Eh 6t>n, quoi? cesl le Val-de-Grâce ui a mangé des moules. » Je ne saurais préciser auquel los édifices français ressemble ce palais de l'Exposition, a brique, le bois, le fer et le verre essayent de faire bon tage; mais qu'il ait mangé des moules, cela n est pas leux.

i*est quelque chose d'enflé, quelque chose de colossal, Iqiie chose d*immense. Mais tout ce qui est iiqmense i pas grand. Libre au Times de déclarer aujourd'hui beau ce qu'il déclarait fort laid il n*y a pas un mois : variations du Times sont, de sa part, un péché d*habi- ^ une de ses raisons d'être. Pour moi, je demande hum« oeat h m'en tenir à ma première impression. tas cette énorme construction, qui couvre seize acres de

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terrain ait été élevée en douze mois, tandis que le ps Parlement, qui couvre tout au plus sept acres, a mû cinq ans à compléter sa toilette, je le veux bien, et j'i qu'il serait dur d'exiger du premier de ces deux é qui a coûté 430,000 livres sterling seulement, ce peut attendre du second, qui a coûté plus de 2 mil] demi de livres sterling. Si donc les bâtiments de rEx[ sont conservés, il y a de la marge pour des embelliss considérables, soit ; reste à savoir si ces embeUisfl arriveront jamais à donner à cette construction bâ caractère vraiment monumental.

Mais les dômes, ces dômes en verre qui ont i6( (anglais) de diamètre et 350 pieds de haut ; ces don plus grands dont Tarchitecture ait jamais eu ocGisioi vanter ? Si c'est sur eux que les admirateurs du ca Fowke entendent faire reposer sa gloire comme artl ils doivent être satisfaits; car, avant ménnc que la p ait commencé pour lui, les habitués du South-Kensin désignent sous le nom, — capitaine, major, c'est tout c — le désignent» dis-je, sous le nom de Major-domo, dôme.

Mais laissons-là l'extérieur; l'intérieur nous a Entrons.

— Your ticket, sir? votre carte, monsieur?

— Hère it û, la voici.

— 411 right, c'est bien.

Tel est le dialogue de rigueur entre le visiteur qi et le policeman. On a ensuite affaire au tourniquet nieux mécanisme inventé pour faire sentir aux dam* convénieut de leurs crinolines, et qui n*est pas sans 1 ses rigueurs au sexe fort. Je me suis laissé raconter Richard Mayne, le chef de la police, ayant uu jour oi

EXPOSmON HfTERNATIONALB DE LONDRES 75

carte, fut arrêté tout court h l'entrée. Il crat naturellement qu'un hant dignitaire est dans son rôle quand il franchit les obstacles que les mortels inférieurs ont à tourner. Le voili doue qo saate pai^essus la barrière. Mais Tindustrie connaît aussi bien que la guerre Théroîsme de la consigne ; et il se serait trouré, si cette histoire n'est pas un conte, il se serait trouvé Ih quelqu'un pour dire h sir Richard Mayne ce ipie dit un jour à Napoléon ce soldat, la perle des sentinell<ss: cÈh ! quand tu serais le Petit Caporal, tu ne passeras pas. » Aussi avais-je eu soin de me munir de ma carte, ce qui m'a valu tout de suite la satisfaction d'entendre le mot sauveur : « AH right. »

Noos voici donc dans l'intérieur, vos lecteurs et moi.

Oh ! comme je fus autrement ému la première fois que je mis

te pied dans ce palais de cristal de 1851, évidemment bâti

pwr une fée! Il y avait là une idée de grandeur mystérieuse

rt imprévue qui vous saisissait dès l'abord. L'aspect général

était à la fois charmant et imposant. Ici, rien de tel. On est

tt*it étonné en entrant de ne pas se sentir étonné. Le visi-

tair qui pénètre par la porte de l'Est, celle qui s'ouvre sur

exhibition Roadj s'attend h voir une belle nef interminable

rttendre majestueusement devant lui. Pas du tout. Après

woif «)uni le risque de se casser le nez contre une réunion

fc quatre statues, dont l'une gît encore à terre, tout empa-

V^tée, tandis que les trois autres, debout, semblent se de-

Mnder l'une h l'autre quelle place on leur assignera, et ai

M lenr donnera un piédestal; après avoir fait un détour

PWir ne pas se heurter aux ouvriers qui sont en train d'éle-

^r> sous le dôme de l'Est, une grande fontaine dont on

*moiice des meipveilles, mais qui n'est pas encore achevée ;

•P"^ avoir descendu les quelques marches qui le mettent

^ns la nef, le visiteur voit avec inquiétude se dresser sur le

76 LKTTRES SUR L*ANGLETERRG (l8Ga)

chemin à parcourir toutes sortes de madiines, de supports eu fonte, de plateaux, de guéridons, d*étagères, que sais-je! Il croyait entrer dans un magnifique palais : îi se trouve dans un bazar, et un bazar où la confusion des langues parle aux Yonx par la confusion des produits.

C'est une grande « nuisance i>, comme s* expriment les^ Anglais, que l'encombrement de Cheapside dans les heuress les plus actives de la journée ; mais enfin cette populatioiraffairée qui, l«î, vous presse de toutes parts, elle se composa de vagues qui, après toul, se divisent; et, bien que vou ^ soyez cloué sur place, pondant un quart d'heure quelquefoiis par la désolante afiluence de tant d'omnibus, de tant de cab^ i\o tant de tilburys, de tant de charrettes, vous n'êtes jama^ ^ absoliinîent réduit au désespoir, parce que des hommes, omnibus, des cabs, des tilburys et des charrettes sont, bout du compte, des obstacles qui se remuent; mais les phées qui obstruent la nef sont des obstacles qui ne remu^cj pas.

Je viens de prononcer le mot trophée : n'allez pas vou: imaginer d'après cela que, dans la lan{,'ue internationale de l'Exposition, un trophée signifie la dépouille d'un enoeou vaincu, ou bien un assemblage d'armes disposées avec arr pour consacrer le souvenir d'une bataille gagnée : non, je vais vous montrer tout à l'heure ce que c'est qu'un trophée, si vous voulez bien parcourir avec moi la nef dans la direction de l'est à l'ouest.

Laissons à droite cette fontaine sans eau, et à gauche cet obélisque en granit ; tachons de nous glisser de notre mieux le long de ce modèle du Warrior^ puis le long df cette forêt de baïonnettes, puis le long de ce canoD, qui semble pointé contre le phare placé sur la même ligne que lui, au beau milieu de l'avenue, — allusion ingénieuse, f

KXPOSITIOX INTERNATIONALE' DE LONDHKS 11

iHippose. nnx rapports qui existent entre la force biutale et

i Mteiligence; — passons autant que faire se peut entre cet

^Calage d*étoffes et cet étalage de cuirs, entre ces télescopes

et c«s fourrures que garde, la guuule béante, un tigre qui

voii<irait bien nous dévorer ; prenez garde à cet affût; prenez

garde à cette voiture. Enfin, Dieu soit loué! uous sommes

<levânt un trophée modole.

Que vous semble de cette espèce de pyramide avec c^ ornements de verdure ; avec cette Victoire debout, au sommet, sur une boule bleue; avec cette base formée de coquil«* ^9€s et de fleurs ; avec ces têtes de bœuf, de bélier et de <%rf, sur lesquelles trois couples d*anges bouffis versent trois •bornes d'abondance; avec ces étagères délicatement chart»<S«s de biscuits, de savons, de cigares, de pains à cacheter, ^^ cnrenlents, de chandelles, de cornichons? Voilà un monument des victoires dues h Tépicerie : c'est un trophée. &t^ sur la même ligne, à gauche, voyez-vous cet imposant ^^^roblage de peignes, de cannes, de brosses, de bougies ? Encore un trophée. Avançons, je vous prie. Cet étalage de Petites poupées, de petits chevaux de carton et d'équipages ^ deux sous la pièce, autre trophée. Les enfants, j*espère, ^e se plaindront pas d*avoir été oubliés.

A la vérité, parmi les objets qui obstruent la nef, tous ^e méritent pas d*étre rangés dans la même catégorie. De- ^9ot la cour italienne, par exemple, dont Findépcndance a ^lé mise sous la protection d*un buste de Victor-Emmanuel ^ d'une statue eu pied de Garibaldi, lequel est à Feutrée Hïéme de cette cour, tenant d'une main un drapeau et de l'autre une épée, on remarque un riche déployement d*ébénisterie iialienne : lits et fauteuils somptueux, buffets en bois Bculpté, tables de mosaïque florentine. A la bonne heure eela.

lu'elle est h étouffer dans les étreintes de la papauté, qui iw mnmande notre admiration autant au moins que notre pitié espectueuse. Je ne suis pas allé une seule fois dans la cour omaine sans la trouver inondée de visiteui*s. Cette cour rolaine est, dans le palais de l'Exposition, une espèce de petit SDCtiiaire bien abrité, calme, riant, quoique mélancolique. ta y respire l'art à pleins poumons. Sur la ligne du milieu, tes objets précieux, des coffrets vêtus d'or, des tables de oosaïque, une notamment dont le pape a fait cadeau à la nâne d'Angleterre ; tout autour, un monde de gracieuses statues.

Un groupe m'a singulièrement frappé : il représente une iîxMe bohémienne disant la bonne aventure h une jeune ffle. La figure de la diseuse de bonne aventure est admirable : elle exprime, ce me semble, le mensonge qui, à fcrte d'habitude, finit par se prendre pour la vérité. La i«Hie fille sourit dans sa curiosité : on ne craint pas les préfixions fâcheuses, quand on a tant d'innocence. Mais ce qoi de préférence attire le public, c'est la Sibylle^ c'est la CUùpdire^ belles statues en effet. Si j'avais le droit de tasarder une critique, je dirais que cette Cléopâtre tant •dmirée, et certainement digne de l'être, me paraît avoir le ^ut d'être trop Égyptienne, et de n'être pas assez volup- '■^ose pour être tout à fait historique. Je ne suis pas bien •^qu'Antoine, ce soldat sensuel, eût perdu, pour une ^pâlre d'une beauté aussi grave, la bataille d'Actium, '^piredu monde.

Risque j'en suis sur le chapitre des statues autour desï'^Mes on se presse, il ne faut pas que j'oublie la Vénus du ^tbre sculpteur anglais Gibson. Elle est légèrement, Irès- %ifement colorée, pas plus qu'il n'est besoin pour distin- ^^ une peau rose d'une draperie blanche, et elle s'expose

*78 LETTRES SUR L*ANGLETSRRI (lR«l)

Uoe chose très-eDcombnute dtas li nef, c'est U table sur laquelle ou montre les pièces à musique fabriquées à Genève. La raison en est bien simple : renUsseaieiit de h foule sur ce point est toujours considérable. Les dames surtout sont Irès-friandes du spectacle que leur a ménagé k génie de la mécanique appliqué à la musique. Figurez-vo» une petite boite qui tiendrait dans la poche de votre gilet. Dès qu on Touvre, cette boite magique, il en sort ub joli bouvreuil, qui agite ses ailes comme pour de bon et chaîne à ravir. Jugez si les dames, quand il s*agit de le voir et de Tenlendre, se font scrupule de gêner la circulation! Vapov les pièces à musique de Genève.

Je ne saurais non plus trouver mauvais que la France ait empiété sur la nef, puisqu'il était décidé que la nef le serait pas libre. Dans une précédente lettre, avant qu'on pit savoir d'une manière précise quel serait le nombre des exposants des divers pays, et avant que la liste fût complète, je vous mandai que le nombre des exposants français dépasserait 4,000 : ce qui prouve que mon évaluation approximative n'était pas loin d'être exacte, c est que le chiffre officiel est 4,780. Quatre mille sept cent quatre-vingts exposants, c'est beaucoup; et, bien que, sur les 108,000 mètres carrés doit on avait h disposer, la France en ait obtenu 13,740, il n'est pas extraordinaire qu'elle se soit sentie ï l'étroit, et qu'elle n'ait pas voulu perdre un pouce du terrain concédé. Elle a donc ses avant-postes sur la nef, non pas au milieu, de façon à couper la vue ou à gêner la promenade, mais sur le côté,, et parallèlement à la ligne qui unit les deux dômes.

J'ajoute que les objets qui empiètent sur la nef dono une excellente idée des trésors qui s'étalent derrière, d la cour française et dans ses galeries. C'est d'abord un perhe tapis de la manufacture d'Aubusson, exposé par

EXfMmOH niTEIlIfATIONALE DE LONDRES 79

Mîé frères. Sujet : la Belk au bois darmarU. C'est suite im riche assortiment de ooeubles exposés par M. Fourlois. Le plus beau est un petit meuble en ébène à deux "ps, genre Renaissance. Rien de plus exquis comme tra- 1. Les tiroirs sont incrustés en ivoire. Les figures allégolies, savoir : FAbondance et la Paix, Mars et Minerve, qUod et Diane, sont d*un fini admirable, ainsi que le panftu qui représente TEnlèvement de Proserpine. Ce meuble : pas été vendu moins de 35,000 francs. C'est le résumé

Ûen des éloges qu*un chifi*re pareil.

Figure sur la même ligne une belle cheminée de Fourà^is^ marbre vert de mer, figures eu bronze. Le panneau milieu représente la chasse, une des statues de côté tdwlisant le départ, et Tautre le retour. On voit, pênes Fuu vers l'autre, autour d'un vide que remplira le Vivement d'une pendule, deux enfants : le Matin et le lir.

Doe reproduction d'armure ancienne, flanquée de deux M qui grimacent entre deux lustres splendides sous leslels on passe pour pénétrer dans le sanctuaire de l'iudusie française, sépare les richesses exposées par M. Fourdi- Mft de la cheminée monumentale et des bronzes d'art de i. Marchand. Tout cela, je le répète, a fort bonne appa- •ee et donne aux promeneurs de la nef un vif désir de la âtler et de s'enfoncer dans la cour française. L*Exposition est un monde. Il m'est donc impossible de «s en donner, dès aujourd'hui, un aperçu général; encore oins suis-je en étal de porter sur les industries en présence I jugement quelconque. J'ai entendu dire par un connaisur, et un connaisseur impartial, que, lorsqu*on en vien- 9it à comparer sérieusement les progrès de la France et de l'Angleterre, on verrait qu'il y a eu tendance des

80 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l«6t)

Français à descendre de fart an commerce, et lendanoe 4n Anglais k s'élever du commerce à l'art. Mais ceci demude vérification, et je répète le mot sous toutes réserves.

Je n'ai encore eu le temps, vous le pensez bien, que di traverser en courant les diverses parties de Timmeuse dé dale. Tout ce que j'ai pu remarquer jusqu'à présent» e'ea que ni l'Angleterre ni la France n'ont rien perdu des qoalilÊ qui leur sont propres.

La Belgique fait excellente figure dans l'Expositiott tant par ses tableaux et ses statues que par les produits m son industrie; et je crois qu'elle occupera, dans Tappréd^ tion comparée des différents peuples, beaucoup plus de pi^ ^ qu'elle n'en occupe sur la carte.

L'Autriche qui, formée de quatre cours successivie s'est claquemurée comme dans une autre forteresse de Vi rone, a eu du moins le bon esprit d'étaler, de manière attirer de loin les yeux sur elle, tout ce qu'elle a de lustn» de candélabres, de girandoles. A l'entrée de sa forteresB^^ très-richement approvisionnée d'objets d'art, la lomièw nn'sselle.

On assure que le ZoUverein a des trésors à montrer ; mais, par malheur, il ne les a guère montrés jusqu'ici, faute d*an arrangement convenable : ce qu'il fait voir est ce qu'il faudrait cacher, et ce qu'il cache est ce qu'il faudrait faire voir. Ce n'est pas aux Français qu'on adressera jamais semblable reproche.

L'Australie, grand peuple né pour ainsi dire en nue nuit, comme un champignon, étonne quiconque lui rend visite. Comme les nations grandissent vite dans le siècle oft nous sommes !

Et l'Italie? L'Italie, Monsieur, commence à redevenir ITla* lie . c'est tout dire. Il n'est pas jusqu'à Rome, toute réduite

qu'elle est h étouffer dans les étreintes de la papauté, qui ne commande notre admiration autant au moins que notre pitié respectueuse. Je ne suis pas allé une seule fois dans la cour romaine sans la trouver inondée de visiteurs. Cette cour romaine est, dans le palais de TExposition, une espèce de petit sanctuaire bien abrité, calme, riant, quoique mélancolique. On y respire Tart à pleins poumons. Sur la ligne du milieu, des objets précieux, des coffrets vêtus d'or, des tables de ^■Kisaîque, une notamment dont le pape a fait cadeau à la •^ine d'Angleterre ; tout autour, un monde de gracieuses Values.

lin groupe m'a singulièrement frappé : il représente une "^^îeîUe bohémienne disant la bonne aventure îi une jeune fille. La figure de la diseuse de bonne aventure est admi- ''able : elle exprime, ce me semble, le mensonge qui, à force d'habitude, finit par se prendre pour la vérité. La J^une fille sourit dans sa curiosité : on ne craint pas les prédictions fâcheuses, quand on a tant d'innocence. Mais ce V^i de préférence attire le public, c'est la Sibylle^ c'est la ^t^opdlre^ belles statues en effet. Si j'avais le droit de ^^ssirder une critique, je dirais que cette Cléopàtre tant admirée, et certainement digne de l'être, me paraît avoir le défaut d'être trop Égyptienne, et de n'être pas assez volup- ^tt^tise pour être tout à fait historique. Je ne suis pas bien *^r qu'Antoine, ce soldat sensuel, eût perdu, pour une ^léopâlre d'une beauté aussi grave, la bataille d'Actium, * ^napire du monde.

ï^iisque j'en suis sur le chapitre des statues autour descelles on se presse, il ne faut pas que j'oublie la Vénus du ^ïèbre sculpteur anglais Gibson. Elle est légèrement, irès- ■^Rèrement colorée, pas plus qu'il n'est besoin pour distin- ^^^ une peau rose d'une draperie blanche, et elle s'expose

82 LETTRES SUR i/a\GLETBRRE (1862)

à Tadiniration des profanes dans un temple migi forme grecque, que M. Owen Jones lui a élevé, ( suin de se conformer aux règles de Tarchitecture poly> M. Owen Jones a-t-il tort, a-t-il raison? Je lais question à résoudre à de plus savants que moi. M. Blanc froncera le sourcil, je pense, et M. Hittorf ba mains. Ce qui est sûr, en ce qui concerne la si M. Gibson, c*est que la teinte qu'il a passée sur sa Vi telle, qu'il n*y a lieu, pour ce fait seul, ni à une prol bien chaleureuse de la part des uns, ni à des bra^ bruyants de la part des autres. C'est un pas vers 1 chromie sans doute, niais un pas si timide!

Je mentionnerai aussi, comme une œuvre remai un groupe exposé par M. Jean Petter-Molin, sculpt< dois. Il représente deux hommes qui luttent, armés d*un couteau. Rien de plus énergique, de plus saisis mieux accentué. Ce groupe est dans la nef, près dei qui s*étend sous le dùme de l'Ouest. Du même côté, trémité et au milieu de la nef, est une Vénus sortm mer.,, duc au ciseau d'un sculpteur belge, M. Fray corps et la figure sont charmants ; la pose est gn Mais pourquoi celle draperie floltante que le bras Ai ramène sur sa tête? Si jamais Vénus se montra toute fut très-certainement quand elle sortit de l'onde.

Je monterais volontiers du rez-de-cliaussée au ] étage, pour vous parler des galeries de tableaux; ma ami et collaborateur Biirger est ici, et je ne veux pas 1er sur son domaine. Je lui demande toutefois la per de dire, sauf à être ramené par lui dans le droit cl je m'égare, que l'école française ne brille pas, à TExp de tout son éclat. Ary Scheffer, Flandrin, Eugène De Delaroche, Gudin, Meissonnier, y sont représentés

ibleauxdoDt le nombre et la qualité ne donnent, selon moi, ii*uiie idée insuffisante de la fécondité et de la puissance de ïur talent.

L.a Source de M. Ingres est une merveille : jamais jeune lie ne fût rêvée plus chaste et plus adorable par un cœur de oëâe. Mais il faut plus d'une bague dans un écrin. Madeloiselle Rosu Bonheur, si je ne me trompe, n*a qu*un taleau à l'Exposition : les ^Vuglais s*en plaindront, soyez-en ilr ; car les Anglais aiment de passion les tableaux de maemoiselle Rosa Bonheur. Ce qu'ils n'aiment pas, c'est le lombre, beaucoup trop considérable, à leur avis^ de nos oiles militaires. Les héros en pantalon garance de M. Horace Vemetet deM. Yvon ne leur plaisent que fort médiocrement. Et, pour dire vrai, l'école française, telle qu'elle se montre ici, a fait depuis peu une grande dépense de poudre. Il y a la Baiaille de VAlma^ puis la Bataille de Solferino, puis la Conrline de Malakoff, puis la Gorge de Mafakoff, puis ^Attaque de Malakoff^ et, ce qui est encore plus grave, If. Bellangé offre, comme sujet d'admiration aux loyaux sujets de Victoria un Carré d' infanterie républicaine repous- *fMnt les dragons autrichiens en i 795.

Que l'école anglaise se présente sous un jour imposant,

it^possible de le nier. A cela quoi de surprenant? L'Angle-

^rre, dans la lutte qui vient de s'engager, n'a-t-elle pas

appelé le passé à son secours? n'a-t-elle pas chargé les

'ï^orisde tuer les vivants? Je suis prêt h saluer jusqu'à terre

iû«teur des six drames dont se compose le Mariage à la

***^de; mais Hogarth, né en 1697, mourut en 1764. Je ne

^nnais rien de plus idéal que ces têtes d'anges, rien de plus

^nnaot et de plus doux que ce portrait de Giorgiana Spen-

^» duchesse de Devonshire-, mais sir Joshua Revnolds n'a

P^ vu finir le dix-huitième siècle. VEnfantbleuesi un tour

Ht LETTUKS SL'U l'aNGLKTERRF. (1862)

(le force qui m'enchante; mais Gainsborongh appartient aii>temps qui ne sont plus. Les tableaux de Turner sont admi^ rahies, je n'y contredis pas ; mais puisque les Anglais le foirrevivre, qu'on nous permette donc défaire revivre aussi, por le leur opposer, son grand maître Claude Lorrain.

Je laisse à notre collaborateur Burger le soin de vo^ ilii e, sur tout ceci, ce qu'il y a de mieux à dire ; je lui lais le soin de passer en revue les autres expositions de tableau et notamment celle de Belgique, dont les trésors sont r rangés avec un goût parfait, et sur laquelle l'attention irrésistiblement attirée par les toiles dramatiques de (>all; ce Paul Delaroche belge; par la savante et profonde peinL^v de Leys, et enfm par les scènes de mœurs que le spirif tv pinceau de Madou a si vivement décrites. Chacun chez se» D'ailleurs, comment décrire tant de choses en un jour ? Cet r lettre est longue, et la vie est courte.

19 juin.

Accueil fait en Anja^Icterre à une idée de niéfliation

Avec quel joyeux em])ressoinenl Tidée d'une médiaiiof' vMiw" 1rs Étals (lu Nord et ceux du Sud, en Améri(|ue, \\m^ (lime uïédiation de la France seule, a été accueillie parceii"*^ des Anglais (|ui, avant tout, sont Anglais ! Avec quelle sû^

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