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POLITIQUE DE LORD RUSSKLL A L EGARD DE LA RUSSIE

La même logique se retrouve dans le passage suivant, qui mérite d'être textuellement cité comme un modèle du genre :

« On dira, peut-être, qu'il est dur pour un empereur dont les intentions sont si dignes d'éloges d'être un objet de défiance et de voir ses bienfaits rejetés avec mépris; mais c'est une conséquence naturelle et légitime du despotisme, que ses caprices détruisent la confiance et qu'on ne croie pas à ses promesses pour l'avenir parce que, dans le passé, ses promesses ont été violées. S'il en est ainsi, n'avons-nous pas quelque raison de conseiller qu'on rende aux Polonais et qu'on observe scrupuleusement la Constitution qui leur fut donnée par Alexandre 1®' en 1815? »

Eh bien, qu'en dites-vous? Il faut rendre aux Polonais la Constitution de 1815, parce que cette Constitution n'a jamais reçu d'application sérieuse, et qu'il est de l'essence du despotisme de violer ses promesses ! Voilà de quelle manière . un ministre se permet déraisonner dans ce pays-ci, en pleine Chambre des Lords !

L'esprit reste confondu, quand on rapproche le langage tenu par le ministre anglais dans la séance de vendredi der* nier, de celui qu'il tenait dans sa fameuse dépêche du 10 avril, lorsqu'il chargeait lord Napier de prévenir l'empereur de Russie que les troubles sans cesse renaissants de la Pologne « pourraient provoquer, dans des circonstances possibles, des complications de la nature la plus sérieuse. » Et notez que, postérieurement à l'envoi de cette dépêche, il s'était exprimé en termes encore plus péremptoires, plus menaçants. Le baron de Brunovv lui demandant si la note du gouvernement britannique était d'un caractère pacifique, il n'avait pas craint de répondre : « Si le gouvernement impérial ne prend aucune mesure d'une nature conciliante, des

dangers et des complications peuvent survenir qui ne sont pas prévus en ce moment. »

C'était clair, cela, et passablement vif. Que s'est-il donc passé, depuis, qui ait pu si fort adoucir les dispositions de lord Russell à l'égard de la^Russie?

Ce qui s'est passé? Le prince Gortschakoff a infligé à l'orgueil anglais une des plus cuisantes humiliations qu'il ait jamais reçues. Non-seulement le ministre russe a repoussé les conseils du gouvernement britannique, non-seulement il s'est abstenu avec un froid dédain de rien promettre de ce qui lui était demandé, mais, ayant tort contre le monde entier, il a prouvé, chose triste à dire, qu'il avait raison, contre l'Angleterre, tant celle-ci avait mal choisi soft terrain !

Quoi de plus ridicule en effet que d'invoquer en faveur de la Pologne les traités de 1815? Eh! c'est au contraire à la Russie qu'il sied de les invoquer, ces traités qui lui livrèrent en proie la Pologne palpitante, — ces traités qui furent la sanction des partages antérieurs, — ces traités qui firent d'un acte de brigandage un article du code international, — ces traités par lesquels les puissances copartageantes reçurent l'absolution de la diplomatie. En appeler aux stipulations de Vienne, les signaler au respect de l'Europe, insister pour qu'on les observe, qu'est-ce donc, sinon reconnaître que les Polonais sont et doivent à jamais rester sujets des Russes; qu'ils ont perdu tout droit à leur autonomie; qu'ils ne sauraient réclamer contre le crime de la spoliation dont ils furent victimes sans ^'insurger contre le droit public européen? Je voudrais bien savoir si c'est pour le compte des traités de 1815 que les Polonais combattent et meurent l

Vainement vient-on nous parler des- garanties qui y furent stipulées : sous ce rapport, je n'hésite pas un seul instant à dire que, comme discussion de textes, la réponse du prince

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