CE QUI PARALYSE L ANGLETEKRE
Lord Riissell s'est empressé d'expier , par un magnifique éloge du czar, le tort d'avoir déploré les malheurs de la Pologne ; il a pris soin de le rassurer sur les conséquences de l'intervention du cabinet britannique, en déclarant : d'abord, que cette intervention s'évaporerait en paroles; et ensuite, qu'elle n'avait en aucune façon pour but l'impossible indépendance d'une Pologne impossible ; enfin il est allé jusqu'à fournir l'expression de « vautours » aux anatlièmes de la chancellerie russe contre les « révolutionnaires cosmopolites. »
Si le prince Gortschakoff n'est pas satisfait, il sera difficile à contenter !
Mais un langage encore plus curieux que celui de lord Russell, c'est celui qu'ont tenu, dans la même séance, les lords Shaftesbury et Harrowby.
Il n'y a rien à ajouter vraiment à ce que lord Shaftesbury a dit de l'impossibilité où la Pologne et la Russie sont désormais de vivre ensemble. Il a comparé la domination de la seconde sur la première à cet arbre funeste qui tue quiconque a l'imprudence de se reposer sous son ombrage. 11 a prouvé j par une longue récapitulation de faits bien connus, mais présentés en termes d'une rare énergie, que jamais sir Cresswell Cresswell n'avait été appelé, en Angleterre, à juger une cause de divorce où la demande en séparation fût aussi puissamment motivée. Il a rappelé, comme indice frappant de l'unanimité du soulèvement en Pologne, que les deux millions de juifs polonais qui, en 1830, s'étaient rangés du côté de l'empereur, avaient, au contraire, en 1863, pris parti pour l'insurrection, et il a cité le mot du grand rabbin qui, à cette observation du grand-duc : « Vous savez que Vempereur est votre père, » avait répondu : « Cest vrai, V empereur est notre père, mais la Pologne est notre mère,
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et lorsque le mari bat sa femme, cest 'pour leur mère que les enfants doivent prendre fait et cause. »
Bref, lord Shaftesbury, parlant au nom d'un imposant meeting tenu à Guildhali, a conclu par demander que le gouvernement britannique décbrât le royaume de Pologne séparé désormais de l'empire russe.
Quant à lord Harrowby, il a été plus pçremptoire encore. Suivant lui, la Russie est déchue du titre que lui donnait le traité de Vienne, et il a pressé le gouvernement britannique de proclamer solennellement cette déchéance.
D'après cela , vous croyez peut-être que lord Shaftesbury et lord Harrov^by se seront Bu moins abstenus de tout aveu propre à trahir un sentiment de faiblesse? Eh bien, non. Pas de guerre ! « nous ne voulons de la guerre à aucun prix , » voilà où aboutit la logique de Leurs Seigneuries.
Mais alors à quoi bon vos frojicements de sourcils, milords? Et qu'espérez-vous?
J'admire la candeur de lord Shaftesbury, quand il s'imagine que l'opinion publique convertira ,1e czar et ses ministres; que la Russie sera trop heureuse de lâcher sa proie; que l'empereur Alexandre II, après avoir lu le discours de Sa Seigneurie et un article du Times, oubliera soudain qu'il a des canons à son service, et, tendant les bras à la Pologne par lui reconnue indépendante, lui dira de sa voix la plus douce : « Embrassons-nous, et que cela finisse. » En vérité, l'on croit rêver lorsqu'on voit des hommes d'un âge mûr se bercer d'illusions aussi puériles. Ne dirait-on pas que c'est aujourd'hui seulement que X opinion publique s'aperçoit de ce qui se passe là-bas? Que lord Shaftesbury prenne donc la peine de se relire. Lui-même, dans son discours, il nous assure que, depuis le premier partage de la Pologne, l'opinion publique, l'opinion du monde civilisé, n'a cessé de
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protester contre la spoliation et les spoliateurs. A quoi cela a-t-il servi? Nous sommes en 1863, si je ne me trompe, et le premier partage de la Pologne eut lieu en 1772. Convenons que la conversion de la Russie par l'opinion publique prend bien du temps. Et convenons aussi qu'à l'heure qu'il est cette conversion n'est guère avancée, s'il en faut juger par la réponse du prince Gortschakoff aux journaux, aux meetings, aux harangues et aux dépêches de l'Angleterre.
Non que je nie l'efficacité de l'opinion. Dieu m'en garde ! mais cette efficacité ne se révèle que par l'énergie de la pression exercée sur ceux que la pensée attaque. Le despotisme ne se convertit pas, il se rend. Le catéchiser est parfaitement inutile et touche au ridicule. S'il était capable d'être converti , il ne se serait pas mis dans le cas de l'être ; il ne serait pas le despotisme.
Le peuple anglais est un peuple sensé, et il est impossible qu'il ne comprenne pas cela. Comment donc expliquer son altitude dans la question polonaise?
L'explication est, selon moi, dans l'insurmontable défiance que le gouvernement français lui inspire. Quand elle a vu la France prête à prendre en main la cause de la Pologne, l'Angleterre n'a pas voulu, elle contrée libre, paraître plus indifférente au triomphe d'une cause juste. C'est pourquoi elle a couru l'aventure d'une intervention... verbale. Mais passer des paroles à l'action, c'est ce qu'elle n'aurait fait que si elle avait cru pouvoir sans danger marcher de concert avec la France impériale. Et c'est ce qu'elle n'a jamais bien cru, ce qu'elle a cru moins encore après les révélations du baron de Brunow, et, disons-le franchement, ce que la nature des choses la porte à ne pas croire.
LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
13 niai.
Lesi Institutions charitables et l'ineonie-tax.
Il s'est passé, la semaine dernière, un événement grave et curieux. Il y a quatre ou cinq jours, les environs de Downing Street étaient en grand émoi ; la fameuse rue ministérielle présentait une animation qui ne lui est certes pas ordinaire, et les escaliers qui conduisent à l'appartement du chancelier de l'Echiquier étaient encombrés de monde. On eût dit une véritable invasion.
Une députation, ou plutôt une respectable cohue, dans laquelle figuraient le duc de Cambridge, plusieurs évêques parmi lesquels celui de Londres, et toutes sortes de hauts personnages, était venue là pour protester contre un projet financier de M. Gladstone.
De quoi s'agissait-il donc, et pourquoi cette émotion extraordinaire? Tout d'abord, il faut se rappeler qu'en Angleterre il existe une multitude d'institutions charitables; que ces institutions ont été fondées et sont entretenues par des contributions volontaires; que les dix-neuf vingtièmes de ces charities proviennent de legs; que leur administration est indépendante; que l'État n'a rien à y voir, et qu'elles échappent conséquemment au contrôle de la société considérée comme un être collectif; qu'elles fournissent au clergé de puissants moyens de prosélytisme et d'influence; qu'elles
mettent à la disposition d'un certain nombre de personnes riches un patronage considérable ; et enfin, que les avantages qui en résultent se trouvent mêlés de beaucoup d'abus.
Ceci posé, il faut savoir en outre que les fondations charitables sont exemptées de l'income-tax.
Cette exemption est-elle juste? Est-elle commandée par une saine politique? Repose-t-elle sur un principe vraiment philosophique, sur l'intérêt social bien entendu?
M. Gladstone pense que non.
Il part de. ce point qu'une exemption pareille est en réalité un don fait par l'État aux établissements en question. Ce qu'ils payent en moins, la masse des contribuables a nécessairement à le payer en plus; et ce n'est pas, une bagatelle, puisque l'income-tax étendu aux fondations charitables produirait annuellement au Trésor public 250,000 liv. st.
Il s'agit donc de décider s'il convient, oui ou non, d'accorder à tel ou tel individu, au moment de sa mort, le pouvoir de faire passer à son gré, selon sa fantaisie, et sous couleur de charité, sa fortune ou une partie de sa fortune, de Ja catégorie des revenus imposables dans celle des revenus non imposables.
Que le droit de tester soit reconnu comme conséquence du droit de propriété, soit; mais qu'on y ajoute l'exorbitant privilège d'une exemption qui ne saurait profiter aux uns sans aggraver le fardeau des autres, c'est ce que M. Gladstone trouve et déclare inique.
En réalité, un homme qui, sur le point de quitter la vie, soustrait à l'impôt une propriété dont il ne dispose, après tout, en faveur d'un établissement que sous l'influence de certaines vues, conformément à certaines idées, et moyennant certaines conditions dont il n'a à rendre compte qu'à lui-même, cet homme-là lève sur ses concitoyens un impôt
équivalent à celui auquel sa donation échappe; il les force de s'associer à ses kiientions; il leur impose l'obligation d'avoir leur part dans des générosités sur la nature ou le but desquelles il n-e les a pas consultés, et dont il entend garder l'honneur pour lui seul; il est charitable à leurs dépens. Voici un pauvre petit employé qui travaille jour et nuit, gagne à grand'peine ses 200 livres par ao, et se trouve chargé de famille. Faudra-t-il qu'on ajoute à l'income-tax qui pèse sur son revenu, parce qu'il aura plu à tel opulent personnage d'attribuer à sa mort l'importance de sa vie, de se créer une clientèle par delà le tombeau, et de continuer à faire de la dépense après avoir cessé de vivre ?
Il y aurait d'ailleurs à s'entendre sur ce qu'on doit saluer du nom de charité. La charité, dans la grande et belle acception du mot, iniplique l'idée de privation ; elle suppose une personne qui reçoit, mais elle en suppose une autre qui donne. Que donne celui qui, en donnant, ne se prive de rien?
C'est pourtant ce genre de charité qui, en Angleterre, est aujourd'hui exempt de l'income-tax, tandis que la taxe poursuit inexorablement la charité véritable, celle de l'homme qui, plein de vie et de santé, retranche de ses propres jouissances tout ce dont il grossit la part du pauvre.
Ainsi pense M. Gladstone; ainsi pense lord Palmerston : ainsi pensent tous les membres du ministère. Et c'est pourquoi le gouvernement avait résolu de présenter au vote de la Chambre des Communes l'extension de l'income-tax aux. fondations charitables.
Mais à peine a-t-on eu vent du projet, qu'une immense clameur s'est élevée. Quoi! taxer le pain de l'indigent, le lit du malade, le fauteuil de l'infirme, le bâton de l'aveugle, l'éducation de l'enfant du pauvre ! Voilà le cri qu'ont poussé
de concert princes, lords, évêques, archidiacres, les âmes pieuses d'Exeter-Hall et les philanthropes du Times.
La rapacité financière de M. Gladstone et sa dure philosophie ont été dénoncées bien haut par les gouverneurs de « Christ*hospital», qui, fondé autrefois pour les plus malheureux d'entre les malheureux, en est venu, par l'accroissement de ses richesses combiné avec l'action du patronage, h élever, au lieu d'orphelins pauvres, des enfants de personnes qui possèdent 200, 300, 400, et jusqu'à 500 livres de revenu. Les doctrines matérialistes de M. Gladstone ont été traitées comme elles le méritent, par les administrateurs de « Saint- Bartholomew's », déclarant qu'un income-tax de 820 livres sterling les obligerait à renvoyer 500 malades; et, oubliant qu'à ce compte — la remarque et le calcul sont de M. Gladstoiie — ils dévorent, eux, 150 malades dans des fêtes qui leur coûtent 220 livres sterling ! Bref, il y a eu contre ce pauvre ministre des finances, qui ne s'était jamais douté qu*il fût coupable à ce point, un soulèvement d'humanité à faire frémir.
Mais voyez un peu ce que c'est que l'obstination d'un financier! M. Gladstone a persisté; il s'est juré à lui-même que la Chambre des Communes, si elle lui refusait son approbation, aurait du moins à l'écouter parler ; il a dit, comme le métromane de Piron :
Dût-il dormir debout,
L'auditeur entendra ma pièce jusqu'au bout.
Mais, loin d'endormir ses auditeurs, M. Gladstone les a tenus terriblement éveillés. Jamais sa parole n'avait été aussi inutilement puissante. Cette tendance à la subtilité,
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dont il lui est impossible de se défaire entièrement, était, cette fois, couverte par répanchement d'une sorte de colère sourde qui perçait à chaque phrase. Il savait d'avance que son projet devait être retiré; il sentait que s'il avait pour lui la vérité, il avait contre lui son auditoire; et la certitude de sa défaite imprimait à son éloquence un caractère de passion et de fierté tout à fait émouvant. Il parlait, — en l'écoutant, on ne pouvait s'y méprendre, — non pas à la Chambre, mais à une assemblée bien autrement nombreuse et bien autrement imposante, qui siégeait loin, bien loin de la Chambre, et plus haut!
On avait fait un bruit énorme des pauvres que chaque hôpital allait avoir à renvoyer, des orphelins du clergé qui allaient perdre leur chétive pitance, des veuves de ministres dissidents auxquelles allait être enlevée leur misérable pension de 30 à 40 livres sterling. En réponse à ces doléances, M. Gladstone a spirituellement comparé les manœuvres de « l'armée charitable » à ces revues où l'on met au premier rang les hommes grands et forts, et derrière ceux de piètre apparence, ou bien encore à ces batailles que gagnent à distance de vieilles femmes et des enfants habillés en guerriers farouches. Il a montré qu'on s'était étudié à ne plaider que la cause des « charités » en effet recommandables, et qu'on avait eu soin de rejeter dans l'ombre, celles qui méritent tout au plus d'être tolérées. Car, en fait de charités, il y a d'importantes distinctions à établir, et c'est ce dont ne paraissent pas se douter ceux qui, l'autre jour, ont assailli Downing street.
Turgot et le docteur Chalmers ont très-bien prouvé que les charités utiles sont celles qui ne tendent pas à créer le mal même qu'elles ont pour but d'adoucir, et que les charités funestes sont celles qui, au contraire, commencent.
comme la lance d'Achille, par faire la blessure, sauf à la guérir ensuite.
A la dernière catégorie appartiennent les hospices d'enfants trouvés, qui ne font que substituer au crime de l'infanticide matériel celui d'une sorte d'infanticide moral, assurent le bénéfice du mystère à la maternité qui s'abdique, et offrent une prime au concubinage, en dégageant les séductions du plaisir de la* crainte des charges qu'il impose.
A cette dernière catégorie appartiennent aussi certaines donations du genre de celles de Jarvis, dont M. Gladstone a fort à propos rappelé l'exemple. Elle était destinée à soulager les pauvres de certaines paroisses, et elle eut pour effet de les changer en autant de nids du paupérisme. Il est des charités qui démoralisent le peuple, lui enseignent à tendre la main sans rougir, le familiarisent avec l'idée d'une dégradation originelle, lui font perdre plus de temps à courir après l'aumône espérée qu'il ne lui en faudrait pour se mettre, par le travail, en état de la dédaigner. Quel droit ces sortes de charités ont-elles à un encouragement social ?
Ce qui est à encourager, c'est la charité des vivants, qui s'adresse aux besoigneux, non celle des morts, qui offre une tentation périodique à l'importunité et à l'indolence ; c'est la charité qui entraîne un sacrifice et a sa source dans un sentiment d'humanité et de justice, non celle qui ne coûte rien au donateur, et qui ne vise qu'au triomphe soit de sa vanité ou de ses aversions, soit de ses idées particulières.
M. Gladstone a signalé avec force l'inconvénient de ces charités dont la condition sine qua non est que ceux qui en veulent profiter iront à l'église : admirable moyen, en effet, (te salarier l'hypocrisie et de faire dépendre de l'appétit temporel l'appétit spirituel ! Il a cité, comme étant à sa connais-
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sance personnelle, le fait d'un legs de 150,000 livres sterl. laissés aux pauvres saus autre motif de la part du donateur que sa haine pour ses proches.
A cela vous devinez la réponse; on dit :
«c Qu'importe le motif, si le résultat est avantageux? Pourquoi détournerait-on les hommes de faire le bien, alors même qu'ils le font sous l'influence de mobiles condamnables? Ce qui est à considérer ici, ce n'est pas l'intention, plus ou moins pure, de celui qui donne; c'est l'intérêt de celui qui reçoit, l'intérêt du pauvre. »
Oui, sans doute; mais la question, telle que M. Gladstone Ta posée, est celle-ci : les fondateurs d'établissements charitables mettant presque toujours à l'avantage de profiter de leurs dons des conditions qui consacrent la dépendance de l'obligé, n'y a-t-il aucun moyen meilleur de pourvoir à l'intérêt du pauvre, et l'excellence de celui-là est-elle donc si manifeste, si incontestable, si absolue, qu'on lui doive immoler les lois de la justice distribulive et le principe qui interdit d'imposer le pain du travail au profit du pain de l'aumône ?
Sans doute, il y a des établissements charitables qui appellent la protection de l'État; mais l'État ne saurait accorder sa protection au hasard, les yeux fermés. C'est bien le moins que ceux qui veulent être favorisés par lui acceptent son droit de contrôle, et il ne lui est pas loisible de disposer de l'argent du public sans en surveiller l'emploi. Si des corporations dont l'existence a jusqu'à ce jour échappé au contrôle du Parlement, à celui de la presse, à celui de l'opinion, peuvent prouver que l'exemption dont elles demandent le maintien est d'intérêt public, très-bien; mais alors qu'elles montrent leurs comptes.
LES INSTITUTIONS CHARITABLES ET l'iNCOME-TAX 19^
Le discours de M. Gladstone a été beaucoup admiré; mais ses conclusions étaient condamnées d'avance par la Chambre des Communes, et il y avait à cet égard parti pris. Lord Palmerston est donc venu déclarer que le gouvernement retirait le projet. Cette déclaration, le premier ministre l'a faite avec beaucoup de courage et de dignité, attestant que l'opinion de M. Gladstone était l'opinion de tous les membres du cabinet, et^ne se cachant pas de l'espoir que l'opinion serait un jour ramenée à des idées plus saines.
Un doute me reste. M. Gladstone et le gouvernement dont il a été en cette occasion l'organe, ont-ils bien mesuré l'immense portée de la question qu'ils viennent de poser devant les philosophes et les penseurs? Car ne voir en ceci qu'une affaire de finance et d'income-tax est puéril. Se sont-ils rendu bien compte des conditions d'une société dans laquelle on n'aurait pas à signaler les vices de certaines fondations charitables, ou baptisées telles? Ont-ils compris à quelles hauteurs il faudrait placer le travail pour avoir le droit de guerroyer contre ce que le travail, assuré et rémunéré, rendrait absolument inutile? M. Gladstone est homme, je crois, à avoir entrevu les conséquences, profondément démocratiques, de l'idée qu'il vient d'émettre. Mais lord Palmerston? Mais ses collègues?...
15 mai.
Une étrange sentence.
Douze hommes mariés constituent-ils le meilleur jury qui se puisse trouver quand il s'agit d'une cause qui touche aux choses matrimoniales? Le contraire semblerait prouvé par le résultat d'un fort amusant procès qui occupe ici, en ce moment, les mille trompettes, non pas précisément de la renommée, mais de la chronique.
Il s'agit d'une affaire qui, menaçant de tourner au drame, se trouve, pour le public au moins, avoir tourné à la comédie. Voici le fait.
Le monde des auteurs qui sont acteurs compte en Angleterre, parmi ses représentants les plus connus, un M. Dion Boucicault. Comme acteur, M. Boucicault a fait preuve de talent. Comme auteur, il a fait preuve de succès. Colîeeii Bawnî Quelle femme de Londres ne sent pas son cœur battre à ce nom : Colleen Bawn? Quels prodigieux triomphes ce nom ne rappelle-t-il pas au directeur « d'Adelphi-Theater » ? Colleen Bawn était une jeune Irlandaise, une pauvre petite paysanne, qui avait su toucher le cœur d'un jeune homme de famille, au point de se faire épouser par lui secrètement. La mère du jeune homme.... mais, Dieu me pardonne! j'allais vous donner une analyse de ce drame, grâce auquel le Strand, à Londres, s'est placé d'un bond à la hau-