‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 55 sur 95 · L IRLANDE ET « L EGLISE ETABLIE · texte numérisé non relu

L IRLANDE ET « L EGLISE ETABLIE

l'Angleterre sur l'intime union de rÉglise et de l'État. L'absurde et inique taxe connue sous le nom de « Cliurch rates», quoique sans cesse attaquée, n'a pas été encore abolie ; que dis-je? plus la Chambre des Communes est pressée sur ce point, moins la question semble près d'être résolue : que faat-il de plus pour accuser l'influence de l'Église établie sur la politique?

De tout ce que le règne d'une pareille influence peut avoir de fatc^ à la liberté, l'bistoire d'Angleterre nous fournit ées exemples nombreux et terribles. Est-il nécessaire de rappeler ici cet acte d'uniformité de 16C1 qui transformait en criine le refus de sa conformer à l'Église établie, et l'acte, plus monstrueux encore, qui mettait entre tout ministre non conformiste et les villes représentées au Parlement une distance de cinq milles, déclarée infranchissable '*

Chacun sait que les serments d'allégeance et de suprématie, rendus obligatoires, eurent pour objet, n«n-seulenient de défendre la religion protestante contre les entreprises du papisme, mais de soumettre au despotisme de l'Église établie les sectes dissidentes. Les sept évêques qui furent jugés et acquittés en 4688, après avoir été mis à la Tour, pour avoir prolesté contre la tyrannie religieuse, n'étaient pas des catholiques, c'étaient des protestants : « Que Dieu bénisse Votre Majesté! nous espérons que vous êtes en faveur du docteur Sacheverell et de l'Église », voilà ce que criait autour de la voiture de la reine Anne un peuple imbécile, au sortir de sermons où le curé de Southwark, fanatique allié des tories, poussait à la sédition, pour mieux assurer le principe de l'obéissance passive. Nul ne peut dire combien aurait duré l'enfantement de la liberté intellectuelle en Angleterre, si par bonheur l'ambition du pouvoir n'y avait mis de bonne heure aux prises les whigs et les tories, et si l'oppression de

l'Église établie n'y avait été combattue par les premiers comme moyen de l'emporter sur leurs rivaux.

Grâce aux conséquences de cette lutte, au bon sens de * la nation , et aussi à cette logique du protestantisme à laquelle il ne saurait jusqu'au bout se soustraire, l'action d'une Église établie a cessé d'être en Angleterre un mal intolérable; mais oii cette action s'exerce de manière à révolter l'esprit de tout homme raisonnable et la conscience de tout homme juste, c'est en Irlande.

En tout autre pays, la religion établie, là où il y en a une, est celle de la grande majorité du peuple ; mais en Irlande la religion établie se trouve être celle d'une très-petite minorité. Lord Brougham, dans son livre sur la constitution britannique, publié en 1861, reconnaît que les catholiques, en Irlande, forment les trois quarts de la population, tandis que les membres de l'Église établie en forment seulement le dixième et les dissidents un peu moins que le dixième. En d'autres termes , la religion établie est celle d'envirpn sept cent cinquante mille personnes, et la religion réprouvée par l'État celle de six millions d'hommes.

Pour essayer d'implanter le protestantisme en Irlande, on a enlevé leurs bénéfices aux prêtres catholiques et livré leurs dépouilles aux ministres d'un culte apporté du dehors. Le produit des dons volontaires, augmenté de ce que rapportent les mariages, les baptêmes, les messes, voilà le revenu ^ies premiers; tandis que les seconds sont en possession de 1,400 bénéfices, dont le revenu s'élève au delà de 600,000 liv. st., sans compter le revenu chapitrai , qui est de 55,000 liv. st., et le revenu épiscopal, qui dépasse le chiffre de 150,000 liv. st.

En 1831, l'on présenta au Parlement un rapport statistique duquel il résultait que l'étendue de terrain alloué, en

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