L EXPEDITION FRANÇAISE AU MEXIQUE ET LE TIMES
CLXIÎ
fijnio.
L'Expédition française au Mexique et le Times.
Le grand événement du jour est la prise de Puebla.
Cette nouvelle a été ici le sujet d'un étonnement presque général.
Tout d'abord, on s'était imaginé, même en Angleterre, que la conquête du Mexique ne serait qu'un jeu pour les vainqueurs de't^olférino. Non que les Anglais aient donné un seul instant dans l'erreur où des promesses artificieuses entraînèrent le gouvernement français : nul, de ce côté du détroit, ne s'attendait à voir les Mexicains saluer comme des libérateurs les envahisseurs de leur pays, tendre les bras à qui leur présentait la pointe d'une épée et joncher de fleurs l'espace qui sépare la Vera-Cruz de Mexico. Ces illusions, pleines de sang, l'Angleterre les laissait aux partisans du général Almonte et de ses pareils. Mais ce qu'elle avait cru, à l'origine, c'est que les zouaves iraient à Mexico en courant, sans avoir autre chose à faire qu'à passer sur le ventre aux Mexicains, s'ils osaient se montrer. L'armée française est la première armée du monde : les Anglais le savent; ils ne sont pas loin d'en convenir ; ils ne pouvaient donc croire que ces valeureuses troupes seraient arrêtées, ne fût-ce qu'un moment, par des bandes qu'on supposait incapables de toute
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discipline, dépourvues de tout courage, étrangères à tout sentiment de patriotisme.
On sait maintenant à quoi s'en tenir en Angleterre sur le • mérite de cette opinion préconçue. C'est par des journaux anglais que le siège de Puebla a été comparé au siège de Saragosse. Tout récemment, le Daily News^ à propos de la résistance héroïque des Mexicains, rappelait celle que les Français, sous la Convention, opposèrent à une invasion de même nature. « Les Mexicains, dit le Morning Star du 12 juin, se sont battus en patriotes, en héros ; » et il ajoute : « L'histoire de ce siècle n'offre rien de plus surprenant que l'erreur où le gouvernement français est tombé touchant l'expédition du Mexique. »
Aussi avait-on fini par s'accoutumer à l'idée que le siège de Puebla, qui avait duré si longtemps, pourrait durer longtemps encore. Il avait même couru, dans ces derniers jours, sur la position de l'armée française, mille rumeurs sinistres. On parlait d'échecs subis, d'assauts repoussés, de moyens d'attaque insuffisants; on disait les troupes du général Forey découragées ; on en était venu à croire que le succès serait une « affaire de temps » . Aujourd'hui encore, chose singulière, une nouvelle, confirmée par le canon des Invalides et l'illumination de Fontainebleau, n'est pas sans rencontrer ici quelques incrédules, tant il est vrai que, suivant le mot du Morning Star, la chute de Puebla « prend le monde par surprise » (takes the world by surprise). Qui jamais aurait prévu un pareil résultat?
Quoi qu'il en soit, la prise de Puebla est un événement aussi heureux pour nous. Français, que grave pour l'Anglegleterre. La France avait une épine dans sa chair : il ne tient maintenant qu'au gouvernement impérial de retirer cette épine. Conclure la paix, il le peut, non-seulement sans