L EXPEDITION FRANÇAISE DU IMEXIQUE ET LE TIMES
peuvent qu'apprécier le règne de la loi et de la justice. Les étrangers, surtout ceux qui ont souffert si cruellemeni sous le pouvoir arbitraire de Miramon, et par suite de la haine, de l'intolérance qui, h leur égard, constituent un des dogmes du parti de l'Église à Mexico, ne sauraient s'empêcher de faire une distinction profonde entre le présent et le passé {{). »
De Juarez, M. Mathew disait dans la même dépêche :
« Le président Juarez, quoique dénué de l'énergie que réclame la crise actuelle, est un homme droit et bien intententioné (an upright and well intentioned man)^ excellent dans tous les rapports privés de la vie (2). »
Pour ce qui est du gouvernement de Juarez , l'envoyé de la Grande-Bretagne le caractérisait en ces termes : « La liberté civile et la liberté religieuse ont été assises sur une large base. La paix est la seule chose requise pour le développement des principes constitutionnels et les progrès intellectuels du peuple (3). »
Aussi M. Mathew se gardait-il bien de pousser son gouvernement à une intervention comminatoire : loin de là. « Si le gouvernement actuel, écrivait-il, ou les principes actuels du gouvernement, ne sont pas soutenus de quelque manière ouvertement par l'Angleterre et les États-Unis, soit au moyen d'une alliance protectrice, soit au moyen d'une déclaration qu'aucun mouvement révolutionnaire ne sera permis dans aucun des ports situés sur l'un et l'autre Océan, de nouvelles et déplorables convulsions affligeront ce malheureux pays, au grand dommage des intérêts britanniques, au grand détriment du commerce et à la honte de l'humanité. »
{I) Correspondence respecting the affairs of Mexico, p. 9-11.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
!154 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
Je m'arrête, faute d'espace; mais quiconque se donnera la peine de jeter les yeux sur le « Blue-Book » où sont contenus tous les éléments de la question mexicaine, y trouvera la preuve ofticielle, la preuve irrécusable :
Que l'anarchie où le Mexique a été plongé et la détresse financière qui en a été la suite, loin d'être imputables au gouvernement de Juarez, ont été l'œuvre de la faction opposée à ce gouvernemenl;
Que c'est par cette faction, — le parti de l'Église, — que fut poussé, quand elle dominait, le cri de « mort aux étrangers » ;
Que c'est cette faction qui , lorsqu'elle était maîtresse à Mexico, viola le domicile du consul anglais , brisa les coiFres, ef vola six cent mille dollars appartenant aux compagnies minières (1) ;
Que la série d'exactions, de vols à main armée et d'assassinats dont on s'est indigné avec tant de raison, n'a pas eu lieu sous le régime actuel, mais, au contraire, sous le régime antérieur, dont les crimes el les rapines ont été fort injustement mis sur le compte du régime actuel (2);
Que les spoliations et les meurtres qui ont fait la matière de tant de plaintes constituent les exploits de ceux-là mêmes que le malheur du gouvernement impérial, trompé, a été d'avoir pour auxiliaires au Mexique;
Que si, le 9 avril 1862, et non en 1861, 'les Espagnols et les Anglais se retirèrent de l'action commune , ce fut parce qu'ils ne voulaient pas, eux, de pareils auxiliaires, et que le but de l'expédition, nettement formulé dans l'article 2 de la
(1) Voir, dans le « Blue-Book » relatif aux affaires du Mexique, la correspondance de Manuel de Zamacona avec sir C. Lennox Wilce, p. 39 et suiv.
(2) Voir le « Blue-Book », p. 23-29.