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UN SCANDALE MILITAIRE

aussitôt le cas à la connaissance de sir William Mansfield, commandant en chef du district, et, en attendant que celuici se prononce, autorise le colonel Grawley à retenir aux arrêts forcés les trois malheureux dont il s'agissait d'étouffer la voix.

Le sergent-major Lilley fut enfermé dans un bâtiment à l'épreuve des bombes; on lui donna pour cachot une pièce brûlante que les ardeurs du climat indien pouvaient transformer en tombeau et qui ressemblait moins à une habitation humaine qu'à un four. Là, sa femme, qui se mourait d'un flux de ventre, eut un lit où à son agonie physique se joignirent les tortures d'une agonie morale, plus terrible encore, — des sentinelles ayant été placées dans la chambre même, à trois pas du lit de douleur, et cette femme infortunée ayant à obéir, en leur présence, à ces lois de la nature auxquelles la pudeur commande le secret. Elle expira dans d'horribles angoisses.

L'article 99 du Code militaire anglais porte que nul officier ou soldat ne peut être retenu en prison, avant son procès, plus de huit jours. Dans le cas dont il s'agit, cet article fut violé sans scrupule. Au bout de quelques semaines, un des trois sergents était fou. Quant à Lilley, il était mort!

Nulle enquête ne fut faite. On se contenta d'appeler le chirurgien du régiment, qui dit, après avoir examiné le cadavre : « Mort d'apoplexie. »

Dans l'intervalle, le procès du capitaine Smales avait suivi son cours ; mais, par l'effet de diverses circonstances, la cour martiale s'était ajournée avant la mort du sergentmajor Lilley, dont la mise en liberté aurait dû au moins suivre cet ajournement. C'est ce que sir William Mansfield reprocha au général Farrell de n'avoir pas compris. Mais il était trop tard.

Tous les détails de cette affreuse histoire furent mis sous les yeux du commandant en clief dans les Indes, sir Hugh Rose, et Ton devait s'attendre à le voir, après avoir éclairci ce mystère d'iniquité, frapper inexorablement les coupables: il n'en fit rien. Loin de là, il accrédita le bruit que Lilley s'était tué à force de boire, accusation qu'on essaya d'appuyer sur une note d'un cantinier du pays, constatant la quantité de liqueurs spiritueuses fournie au prisonnier. Cette accusation ne tarda pas à être péremptoirement démentie : il se trouva que les liqueurs spiritueuses apportées dans la prison avaient été exclusivement consommées par la femme du sergent, à laquelle on les avait prescrites comme remèdes.

Et le duc de Cambridge? Le duc de Cambridge, informé de ce qui s'était passé, crut devoir se borner à adresser au colonel Crawley une réprimande assez bénigne, et le maintint à la tête de son régiment.

Tels sont les faits allégués. Ils n'ont pas été plus tôt connus en Angleterre, qu'ils y ont produit une explosion d'indignation qu'il vous sera plus facile de deviner qu'il ne l'est à moi de la décrire. Us ont été dénoncés tour à tour et avec une émotion croissante, en plein Parlement, par M. Fortescue et lord Shaftesbury. M. Conningham n'a pas craint de s'attaquer au duc de Cambridge lui-même, lui demandant compte de ménagements que la justice condamne et contre lesquels la douleur des âmes honnêtes proteste hautement. « Une enquête ! une enquête ! » voilà le cri qui s'échappe de toutes les bouches. Pressé par des clameurs dont le bruit devient de jour en jour plus redoutable, le duc de Cambridge a dû ordonner qu'on traduisît le colonel Crawley devant une cour martiale... aux Indes. Mais cette mesure est considérée

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