SYSTEME DE DENIGREMENT EN CE QUI TOUCHE LES FEDERAUX
règle ce qu'on appelle ropinion. Si l'on veut savoir de quel côté souffle ce vent puissant de l'opinion qui entraîne tout, c'est sur le sommet de la montagne qu'il faut se placer et non dans la plaine. Or, dans les beautés régions, jamais, noa jamais la sympathie pour le Sud ne s'est déclarée d'une manière plus frappante qu'à l'occasion des récents avantages remportés par le Nord.
Le flot d'une invasion formidable refoulé; les charges furieuses, désespérées, de l'infanterie du Sud venant se briser, l'tune après l'autre, contre les bataillons inébranlables de l'armée fédérale; Lee, le plus renommé des capitaines confédérés, pliant devant Meade, un général dont, hier encore, personne en Europe ne connaissait le nom ; Washington, Baltimore, Philadelphie, hors de danger; et, le jour même où Lee était forcé de reculer vers le Potomac, la forteresse de Vicksburg réduite à se rendre, le cours du Mississipi conquis, et le domaine des confédérés séparé violemment d'avec les États de l'Ouest.... Qu'imaginer, sinon de plus décisif, au moins de plus éclatant et de plus considérable? Certes, avec un pareil tableau sous les yeux , il est facile de concevoir que l'enthousiasme à New-York ait succédé aux noirs pressentiments ; que le langage de la presse fédérale respire l'orgueil du triomphe; que des députations aient été envoyées au président Lincoln pour le féliciter; que la prime sur l'or, aux États-Unis, soit tombée de 40 à 31, et que, pour mettre à profit l'élan du peuple , le gouvernement de Washington ait décrété une levée de trois cent mille hommes.
Eh bien, le croiriez-vous ? la presse anglaise, à part trois ou quatre journaux, nous déclare gravement qu'il n'y a rien de fait. Écoutez le Times, par exemple. La bataille de Gettysburg est partie nulle (a drawn haltle). Le champ de bataille est resté aux fédéraux, c'est vrai; mais qu'est-ce que
cela? Qui sait? Peut-être Lee n'a-t-il reculé que pour choisir uu terrain plus favorable à l'attaque. C'est un tacticien si habile ! D'ailleurs, la question de savoir si l'invasion de la Pensylvanie est une expédition manquée dépend de la question de savoir dans quel but elle avait été entreprise. Si, comme il est permis de le supposer, le but du général confédéré était simplement de vivre sur les terres de l'ennemi en attendant mieux, et de s'en revenir au bout d'un certain temps chargé de dépouilles, sa retraite ne prouve rien, sinon que son objet était rempli.
Quant à la prise de Vicksburg, c'est un rayon de' succès (a gleam of success) ; toutefois , les fédéraux n'auront pas le Mississipi tant qu'ils n'auront pas Port-Hudson. Mais où le Times cherche et trouve un sujet de consolation pour les gens bien pensants, c'est dans ce fait, que les « incidents » de la campagne ont montré sous un jour « pitoyable » le président Lincoln et ses principaux ministres. De ce que le ^ geaéral Halleck s'est félicité d'avoir conservé à Grant son commandement, le Times conclut que le général Halleck s'attribue tout l'honneur de la prise de Vicksburg, et il le signale à la risée de l'Europe. Il ne peut pardonner au président Lincoln d'avoir reçu une sérénade. Il fait un crime à M. Slanton de n'avoir pas su résister à la tentation de décocher un trait satirique à l'adresse des avocats de la paix, des Coperheads , et, pour ce qui est de M. Seward, il l'accuse, sur la foi de son correspondant, à lui le Times ^ de s'être comparé à Jésus-Christ! Bref, tout ce que le leading journal de TAngleterre veut voir dans les derniers triomphes du Nord, c'est la preuve irrécusable de la dégénérescence des hommes d'État de l'autre côté de TA tlan tique.
Voilà pour le Times; mais que dire du Morning Herald?