‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 81 sur 95 · SYSTEME DE DENIGREMENT EN CE QUI TOUCHE LES FEDERAUX 3C · texte numérisé non relu

SYSTEME DE DENIGREMENT EN CE QUI TOUCHE LES FEDERAUX 3C

La feuille du parti tory conteste de son mieux, elle aussi, les succès des fédéraux, mais c'est sur le ton de la rage. A l'entendre, la guerre peut encore durer vingt ans, et M. Seward est un imbécile s'il croit le Sud épuisé parce que Washington n'est plus en danger, parce que Philadelphie n'est pas encore en flammes, et parce que,, dans Baltimore, les canons du fort Mac-Henry tiennent en respect les tendances sécessionistes de la population. Ce qui exaspère le Morning Herald, c'est l'idée que la prochaine malle lui apportera d'Amérique des nouvelles de nature à confirmer ses espérances : allusion au refus du gouvernement anglais de reconnaître le Sud. « Oui, s'écrie tout frémissant de colère le journal aristocratique, encore quelques jours, et M. Seward apprendra qu'il a encore six ou neuf mois iiour l'achèvement de son « œuvre infernale » {fiendish work) ; il apprendra qu'on a refusé ici de prononcer le mot qui pouvait donner la paix à un continent et sauver peut-être la vie à cinquante mille hommes. » Comment la reconnaissance du Sud aurait mis fin à la guerre, au lieu de la rendre plus terrible, ainsi que le croient beaucoup de bons esprits, c'est ce que le Morning Herald ne daigne pas nous expliquer. Il ajoute, hors de lui : « On sacrifie à des intérêts de parti « la plus sacrée des causes » (the holiest of causes). Il faut que le Lancashire meure de faim pour que le comte Russell reste en place. » Ici encore, le Morning Herald oublie de nous dire par quel genre de prodige la reconnaissance du Sud donnerait du pain aux ouvriers du Lancashire. Si cette reconnaissance n'entraînait pas la guerre avec le Nord, le blocus continuant, pas de coton après comme avant. Si, au contraire, la guerre avec le Nord suivait, les ouvriers du Lancashire, qui manquent de coton, risqueraient en outre de manquer de blé. Mais que vous semble de « la plus

sacrée des causes » ? Quoi ! c'est en ces termes que la cause de Tesclava^e est définie en Angleterre par un Anglais! 0 Wilberforce, reconnaîtra is-tu ton pays si tu sortais du tombeau?

ie pourrais pousser plus loin cette lamentable revue des organes de l'opinion; je pourrais mettre sous le regard des lecteurs les mille sophismes auxquels se complaît la presse anglaise, dans son ardeur de prouver à tous, et peutêtre, hélas! de se prouver à elle-même, que les fédéraux ne sont pas plus avancés aujourd'hui qu'hier, et que « la plus sacrée des causes » a encore toutes les chances de son côté. Mais je m'arrête de tristesse et de dégoût; — de tristesse, car, de la part de l'Angleterre, cette étrange façon d'observer la neutralité entasse dans le cœur des Américains du Nord des ressentiments immortels, les dispose à tourner vers l'Europe la pointe de leurs épées quand ils en pourront manier la poignée selon leur désir, et prépare ainsi des malheurs dont la seule idée donne le frisson.

LA DlPLOiMATIE ANGLAISE DANS L EMBARRAS 363

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