‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 87 sur 95 · UNE LETTRE DE LA REIXE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE LA REIXE

nationales, la jouissance qu'ils trouvent dans des spectacles que l'humanité désavoue et dont la civilisation rougit.

Sous ce rapport, je le répète, il n'y a rien que de trèslouable dans l'inspiration qui a dicté la lettre de la reine au maire de Birmingham.

Mais, ainsi que je le disais en commençant, le fait de cette lettre soulève une question grave, non pas précisément de droit constitutionnel, mais de pratique constitutionnelle.

Dans un régime qui repose sur l'irresponsabilité du pouvoir royal, et qui part de cette supposition, artificiellement érigée en piincipe, que le « roi ne peut mal faire », n'y a-t-ii aucun inconvénient à laisser la royauté jeter dans la balance de l'opinion publique le poids de sou approbation ou de sa désapprobation, exprimées d'une manière éclatante et péremptoire?

Et cet inconvénient ne doit-il pas être surtout pris en considération, là où les habitudes aristocratiques, la dictature de ce qu'on nomme le bon ton, la puissance de l'exemple donné par les grands, et l'esprit d'imitation qui, chez les petits, est entretenue par la vanité, assurent aux idées qui, du trône, descendent dans les salons, des salons dans les boutiques, et des boutiques dans les ateliers, une influence sociale presque irrésistible ? Voilà ce que de forts bons esprits se demandent, et le dernier numéro du Spectator contient, à ce sujet, un article très-digne d'être médité. « La reine, dit-il, a été, sans aucun doute, aussi touchée du sort de Mary-Ann Walkley que de celui de M™^ Gencive; mais deux lignes de condamnation venant d'elle, et signées sir G. Phipps, auraient irrévocablement ruiné M'"^ Elise, et peutêtre changé le cours d'un important commerce. »

Le fait est que l'exercice d'un grand pouvoir doit être jugé, non d'après le bon effet qui en résulte dans un cas donné,

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mais d'après les conséquences qui en découleraient, s'il cessait d'être guidé par des intentions droites ou une saine appréciation des circonstances. L'abus, qui n'est pas à craindre de la part de la reine actuelle, ne sera-t-il à craindre de la part d'aucun de ses successeurs? Qui le sait? Qui se croit autorisé à en répondre? Les précédents sont choses auxquelles on ne saurait regarder de trop près. La conséquence rigoureuse de l'irresponsabilité serait l'inaction. Pour que, logiquement, le roi ne pût mal faire, il faudrait — étant donnée la nature humaine — que le roi ne fit absolument rien.

Si donc, dans un régime constitutionnel, le pouvoir royal agit, il importe que ce soit, en tout cas, le moins possible.^ Or, de quelle puissance d'action la royauté ne serait-elle pas investie, s'il lui était loisible d'user à son gré de son prestige, dans un pays aussi profondément aristocratique et monarchique que l'Angleterre?

Que le danger y ait été entrevu, cela prouve combien on y a de bon sens; et qu'il y ait été signalé, cela prouve combien on y est libre.

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