LETTRE XIV
ou
,{^Ç5»^ ^Rtdi ^^samwW.
Blenheim,
Parmi tous les souverains que la maison d'Anjou a donnés à presque tous les trônes du monde , l'histoire n^en cite pas un dont l'ambition fut aussi active que celle de Henri II. Dans une vie aussi guerrière et aussi remplie, on ne s'attendait pas à trouver tant d'amour ; Henri a aimé Rosamonde comme la gloire , avec délire et passion. Il revenait de conquérir l'Irlande, et pour quelques instans fatigué de batailles il voulut se reposer à Woodstock , vieille résidence de ses devanciers. Gaultier de Clîfford, sénéchal du pa*
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lai&i sacbaut l'arrivée de son royal majh*e , avait Êdt tous les préparatifs d'usage : les ban^. nières aux trois léopards, auxquels on venait de joindre la harpe d'Irlande, flottaient dé* ployées sOr les mille tourelles du château. Les paysans, tenanciers des villages de Handborough , de Combe et de Bladon , avaient été sommés , 4'Rp^és la teneur de leur charte , de venir faucher les prairies du parc royal , et avaient reçu en échauge de leurs travaux deux pains et un gallon âicle. Les tenanciers, de Hordley avaient aussi , d'après une ancienne charge à eux imposée , balayé les chambi^s du roi. Toutes les dispositions avaient clé prises, Henri et Eléonore de Guienne ar-r ri vêlant ; grandes furent les réjouissances pen« dantplusieurs jours; joutes, tournois, chasses ne manquèrent pas.* Henri n'aimait que les jeux où l'on s'expose ; avec lui les tournois devenaient souvent des combats à outrance. Quand des ménestrels venaient devant, lui chanter ses propres exploits, il s'ennuyait tout de suite de Uurs louanges ; insensible à tout ce qu'il yjade doux dans la vie, il ne souriait qu'à la gloire, une femme n'avait qu'un
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rapide regard de lui. La superbe et fière ElécH nore en souffrait, mais elle ne pouvait s'en plaindre ; car elle savait qu'elle n'avait pas de rivale. Un jour la chasse entriùna le roi à plus de vingt milles de son parc; le cerf avait fittigué presque tous lés chasseurs^ il ne restait avec lui -que les plus intrépides : parmi eux , et en avant de tous, on distinguait le roi, Stong-* bows'prince de Galles^ et Gfaukier dé Glifford« Un orage, que la chaleur pesante du jour avait annoncé, vint à éclater ; la pluie tombait par torrens , le tonnenré gi*ondait sur la forêt, les éclairs éblouissaient les chevau^t et les chasseurs, Henri ne s'arrêtait pas; la nuit vint, il voulait poursuivre encore, mais Gaultier deCUffordluidit:
Très redouté seigneur , vous voyez sur cette colline une lumière briller, c'est au manoir de mes pères : plaira-t'^H à monseigneur d'y reposer cette nuit?
— Par notre-dame de Ronceray > répondit Henri, j'irai chez toi avec plaisir, beau sire de Clifford; ce ne sera pas la première fois que roi se sera reposé sous ton tdit} et mon fidèle Strongbow, qui ne m'a pas quitté dans
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mes guenxîs d'Irlande, me suivra dans mes aventures.
— Par saint David , s'écria le prince gallois, toujours et partout*
L'obscurité était complète, pas une étoile ne se montrait dans le ciel ; le vent et la ploie continuaient toujours. ClifTord, malgré la nuit, reconnaissait le chemin de son château, et tout fier et tout heureux de Tbonneur que lui faisait le roi, il bàtiait le pas de son cheval fatigué.
Enfin ils arrivèrent sur le sommet de la colline. L'homme d'armes qui veillait sur la tour du donjon ne voyait pas ceux qui s'avauçaient vers le. château; -mais il entendit leur marche et sonna du cor : agssitôt ceux qui veillaient dans la salle d'armes prirent leurs lances et montèrept sur lesmurs. A la lueur des torches, on voyait biiller les casques et les armui*es. La pluie et le vent agitaient ces lumières et menaçaient de les éteindre. I^e sire de Clifibrd se fit reconnaître, alors les feux disparurent du haut des murailles; mais à travers les petites fenêtres des tours , on s'apercevait que ceux qui portaient les flam-
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beaux descendaient au-devant de leur niidtre*
La poite s'ouvrit et le passage voûté qui conduisait du pont*levis à la cour, parut tout illuminé par la lueur rougeatre des torches. Le sénéefaa) avait mis pied à terre, et prenant la bride du cheval de Henri , il dit à haute voix :
Le roi I
A ce nom^ le passage retentit du salut des armes, et après ce bruit de fer , on vit accou* rir une jeune fille de quinze à seize ans ; elle se jeta dans les bras de Clifford : c'était sa fille bien-aimée , la belle Rosamonde.
Oh ! mon père, s'écria-t-elle, montez > montez vite chez ma mère...
— Mon enfant, dit le sénéchal, voici le roi qui a daigné. ..
— Mon père, ne perdez pas un instant : ma mère est fort noal.
— Il faut rendre à notre royal hôte...
— Il n'y a qu'un instant , elle pouvait paiv 1er encore, elle vous appelait, mon père... et disant ces paroles, la jeune fille, les yeux gonflés de pleurs et le sein agité, avait saisi la main du sénéchal : tout entière à ses craintes>
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eHe n'aTait remarqué ni le roi , ni le prince Strongbow, ni entenda les paroles de son père.
— Suives votre fille , dit Henri à Clifford , nous sommes mieux ici que dans la forêt ; votre majordome aura soin de nous. Allez donner vos soins à votre femme ; allez , je vous IWdonne.
Rosamonde , alors pour la première fois , tourna les yeux siu* celui qui venait d'ordonner d'aller soigner sa mère : son premier regard à Henri fut ainsi un regard de reconnaissance ; il fut tel qu'il pénétra jusqu'au cœur du guerrier.
Pendant que le majordome du sire de Clif« ford introduisait le roi dans la grande salle que l'on s'empressait d?éclairer, et que l'on allumait un grand feu dans le vaste foyer , des cris perçans retentirent dans les chambres supérieures du château : la noble et pieuse épouse de Clifford venait d'expirer , et Rosamonde n'avait plus de mère ; comme les femmes qui l'entouraient , la fille désolée ne criait pas , son désespoir était muet; arrachée des bras roides et refiroidis de sa mère, elle alla
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se jeter daiis ceux de son père, et pleura avec lui.
Clitrord recevant son roi , avait déjà rêvé des projets de féte^ p et voilà comme ses idées de plaisirs , de tournois et d'honneurs devaient se réaliser. Que de rêves de joie changés en réalité de douleur I
Le lendemain matin , Henri alla.au devant de son hôte, et lui dit : Je comptais passer quelques joyeux iustans avec toi } ta douleur ne me chasserait. pas; mais je Connaissais les vertus de celle que tu viens de perdre ; die a été attachée à ma mère, de très regrettée mémoire ; je veux qu'elle dorme dan$ la cha-^ pelle de Woodstock, auprès de son ancienne maîtresse et amie. J'ai donné des ordres , ses restes vont y être portés avec les honneurs qui sont dus à châtelaine de si haut rang*
ClifTça^d, ému, mit un- genou en terre > et baisa la main du roi. Rosamonde ne fit que lever les yeux sur lui ; mais ce regard disait , qu'elle aussi le remerciait d'honorer ainsi la mémoire de sa mère.
Le roi et Strongbow partirent ensemble quelques jours après ; Rosamonde et son père
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suivirent la marche lente du convoi funéraire.
Les obsèques furent dignes de la munificence royale : cent messes chantées furent célébrées pour le repos de Famé de très haute et très puissante dame de CUfibrd ; cinq cents pauvres furent vêtus d'étoffe noire, et une statue d'argent de sainte Mathilde, sa patronne ^ fut o&!»te auxreli^euses de Godstovr.
Pendant quelque temps le sénéchal ne rem* pUt point les fonctions de sa charge ; retiré dans un des pavillons de Woodstock^ il y vivait avec sa fille. Jamais le roi Henri n'avait autant partagé la douleur d'aucun de ses sujets; à la cour on remarquait qu'il allait bien souvent consoler le sire de Qiibrd : on s^étonnait de tant de sensibilité. Quelques courtisans proncmcèrent le nom de Rosa*monde ; malgré ses longs habits de deuil , malgré sa douleur, on avait entrevu sa beauté , «t l'on se plaisait à la vanter.
La reine Eléonore voulut en juger par ellemême , elle vit la jeune fille , et la trouva trop belle pour rester à sa cour : elle témoigna au sénéchal toutes ses craintes, et le décida à la
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mettre pendant l'année de son deuil à Fab*baye de Godstow y dont la Ténérable abbesse lui tiendrait lieu de mère.
GlifFord trouva ce projet sage , et conduisît sa fille bien-aimée dans la sainte maison ; il prit pour l'y mener le moment où le roi était allé cbasser dans sa forêt de Windsor.
Quand il voulut reprendre les fonctions de sa charge y il ne trouva plus dans le roi la bonté à laquelle il était depuis long«-temps habitué ', mais plus Henri était froid pour lui, plus la reine Eléonore devenait bien-^ veiilanteé
Henri venait de faire renfermer d'une haute palissade une partie du parc de Woodstock ; on y entendait journellement le bruit des ouvriers , mais on ne pouvait voir leurs mystérieux travaux; les matériaux qu'ilsemployaient n'arrivaient que la nuit. On répandait que c'était une surprise que le roi réservait à Eléonore. Quelques-uns disaient que c'était un site de la Guienne , que Henri voulait imiter pour lui plaire; d'autres assuraient qu'un savant de la ville d'Oxford avait été consulté y et qu'il avait apporté et montré au roi un plan
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du fameux labyrinthe de Crète. Pendant que l'on formait toutes ces conjectures , la cour partit pour Londres. D'autres objets amenèrent d'autres conversations , et bientôt on ne parla plus des travaux de Woodstock , mais Henri ne les oubliait pas.. Quelques instans de trêve lui laissaient le temps de penser à Rosamonde , et souvent il s'absentait de la capitale. Dans ces voyages de quelques jours ^ le sÀiécfaal ne l'accompagnait plus ; il venait ainsi seul hâter les travaux du labyrinthe; car ^c'en était vraiment un qu'il avait fait construire. Les jours sombres de Uhiver étaient passés, et Woodstock allait être- témoin de nouvelles fêtes. Ermengarde , fille de Richard, vicomte de Beaumont , cousine de Henri II , allait y épouser Guillaume, roi d'Ecosse. Une cour plénière devait être tenue par le roi et par la reine ; et des pas d'armes et de grands carrousels étaient annoncés.
Henri voulut devancer sa cour ; il partit seul avecStrongbow, cheminant dans les campagnes entreOxford et Woodstock. Leprince gallois lui dit : Seigneur , je vous ai souvent répété mon cri de guerre : toujours et partout]
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mais toujours, quand l'hoimeur parlera ; paré^ tout y où il y aura de la gloire. Dans l'expédition que vous projetez , je ne Tois ni Pun ni l'autre j je ne me mêle point d'affaires d'àmoiu* , adieu. Quand vous lèverez l'étendard j'accourrai , mais pour aujourd'hui , adieu.
—Tu es keureux d'être mon frère d'armes, s'écria Henri avec colère !
— Si je ne l'étais pas, je vous prouverais que je suis digne de l'être, répondit Strongbow en portant la main à son épée. Je prouverais que je ne crains pas le plus brave de l'Angle* terre.-— *Donne moi la main , feroucke et sauvage Gallois , ajouta le roi , va t^en ; j'ai eu tort de compter sur toi en pareille matière , adieu ; ton regard me gênait.
StrongboYT rebroussa chemin ; et Henri j avec cette impétuosité d'action et cette vior lence iiréfléchie qui le distinguaient, mit son cheval au galop^ et arriva en peu d'instans à l'abba je de Godstovir . Les portes sacrées s'ou* vrirent devant le roi. Amenez*moi Rosamonde de Qifford ^ dit-il d'une voix haute et impérative à l'abbesse troublée de cette visite inattendue, son père la demande.
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Rosamonde parut. Je vous mène à votre père. La jeune ûUe de Clifibrd rougit et trembla, et y obéissant au roi, elle monta en croupe sur son blanc palefroi; elle ne put s'empécber de laisser échapper quelques larmes , quand elle fut hors de l'enclos du monastère.
— Ne tremblez pas ainsi , lui dit Henri en se retournant vers elle; passez votre bras autour de moi , vous êtes avec un ami.
-—Oh! je Le. sais y répartit la timide vierge ; mon seigneur et mon roi aime et honore mon père } mais pourquoi n'est*il pas venu me chercha linrméme? £st-*il malade? Vais^e le pwdre aussi ?
-— Tel malheur no vous menace pas ; le sénéchal est auprès de la reine. Rosamonde , pourquoi cessez-vous dé vous tenir à moi 7 mon palefroi va vite y vous pourriez tomber, l'ai haie d'arriver.
-— • £t moi de me trouver auprès de mon père.
— Vous ne le verrez que dans quelques jours.
— Avec qui serai-je en l'attendant ?
-** Avec moi , Rosamonde ; avec moi qui
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TOUS aime depuis le jour où je vous ai vue pour la première fois ; avec moi , avec votre roi y votre maître , votre amant*
Disant ces paroles, l'impétueux Henri avait saisi la jeune fille dans ses bras , était sauté à bas de cheval , et par une porte mystérieuse , s'était élance avec elle dans le nouveau labyrinthe.
Quand elle fiit un peu revenue de sa pre* mière fi^yeiu* , elle regarda autour d'elle. Henri l'avait déposée dans un pavillon élevé au milieu d'un champ de roses, et s'était aus* sitôt éloigné. Desfemmes apportant des joyaux et des robes éclatantes, lui dirent : Par ordre du roi, nous sommes à vous et devons vous obéir.
Ah ! amenez -moi mon père , s'écria en pleurant la pauvre Rosamonde.
Les femmes se regardèrent et ne répondirent rien ; et pendant que leur nouvelle maîtresse laissait couler ses pleurs , elles étalaient sur la toilette et sur les sièges , des colliers, des bracelets, des manteaux lamés d'or, et une brillante couronne. Sans chercher à voir toutes ces choses, la jeune fille les voyait.
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Après un long silence entrecoupé de soupirs, elle demanda à la femme qui était restée debout près de la toilette : £t pour qui cette couronne?
— Pour la reine de ces lieux , répondit la femme d'atours y pour la belle Rosamonde ; c'est un grand roi qui la lui donne, comme à la plus belle de ses royaumes.
— Abl ce voile sombre me convient bien plus, dit la fille du sénéchal; je l'ai reçu à Godstow 9 je ne veux pas le quitter. . • •
— Cependant, répondit la femme d'atours, notre très redouté seigneur et roi nous a ordonné d'en débarrasser vos beaux cheveux. • . Et parlant ainsi, elle s'avançait comme pour ôter le voile noir ; avec un geste fier et d'une voix qui voulait être obéie, Rosamonde l'arrêta et ajouta : Si je suis maîtresse ici , sortez , laissez-moi seule.
La femme sortit .... Seule dans ce pavillon, oii tout le luxe d'alors avait été déployé , la fille de seize ans promena ses regards autour d'elle. Des emblèmes sculptés sur les murs , des devises à sa louange
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s'offraient de toutes parts ; toutes ces mer- Yeiiles avaient été créées pour elle. Il y avait donc long-temps que ce roi, qui avait été insensible aux charmes des autres femmes , l'aimait en secret.. •• Régner sur son roi...» oh! cette idée était loin de son cœur.... ; mais elle pouvait se dire : S je le voulais, je serais plus aimée que cette superbe Eléonore qui a été souvent dédaigneuse pour moi ! Passant devant un miroir d'acier poli , elle vit son lo.]>g voile ; elle allait peut-être l'ôter; mais se rappelant ce qu^elle avait dit àla femme d'atours , elle le garda*
Ses yeux, étaient déjà moins rouges ; elle sortit du pavillon pour reccxmaitre le lieu où elle était. Ayant passé du temps à Woods«* tock , elle en avait vu toutes les beautés ; mais rien d'aussi élégant que ce pavillon n'avait frappé ses regards ; ce pavillon , bâti tout exk marbre de Deii>y , présentait huit pignons en ogive, des colonnes de marbre blanc bien sveltes et bien élancées se des^naient curies murs veinés de lilas. Une galerie du méme^ genre d^architecture liait ce petit bâtiment &
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UQ bâtiment plus vaste , mais qui était entièrement caclié par un masâf d'arbres toujours verts*
Le pavillon semblait isolé au milieu d'an champ de roses. Au-dessus de la porte , on voyait une rose sculptée, avec cette devise :
Non Rosamundœ Motm miÊtuli,
Pas à BasamondejUiBis à la rose du monde.
La fille du savant sénéchal savait assez de latiua pour comprendre ce jeu de mots : si elle n'avait pas été iiussi triste^ peut- être j eût-elle souri.
Pendant qu'elle restait assise, comme la douleur , avec ses vêtemèns noirs , au milieu de toutes ces roses ^ une suave harmonie vint jusqu'à elle ; les airs qu'elle entendait étaient ces mélodies d'Irlande, fort à la mode au retour de la conquête. Tout à coup ces airs cessèrent y une marche guerrière reten*^ tit. Henri II parut ; elle voulut se lever, il était à ses pieds. Une portait plus sa sombre
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cotte-d'armes > il était resplendissant d'acier et d'or. Sur son casque surmonté de hautes plumes flexibles, brillait la couronne des rois j et son écharpe était aux couleurs des ClifTord.
— Ah ! seigneur , s'écria Rosamonde , c'est moi qui dois tomber à vos genoux, pour tous suppUer de me rendre ma Uberté.
— Que parlesrtu de liberté, tu es souveraine ici , c'est moi qui suis esclave ?. • • Et le roi n'é« tait plus à genoux , et son casque ne cachait plus son noble front ; il l'avait jeté sur le gazon , et il s'était assis auprès de la jeune fille
émue Une passion comme celle de
Henri devait être partagée. Bientôt Rosamonde l'aima de toutes les forces de son ame ; le voile noir avait été jeté bien loin , toutes les magnificences du luxe lui étaient prodiguées ; les plus beaux diamans se mêlaient aux fleurs dont elle se couronnait ; tous les enchantemens des plaisirs se succédaient dans le mystérieux labyrinthe, un passage secret y conduisait son royal amant : de temps en temps elle parlait de son père , mais Henri lui disait qu'il l'avait chargé d'iuie haute mis-
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sion pour son frère le roi de France ; et au milieu de tous ses plaisirs la jeune fille prenait patience et attendait. GbiTord avait su Tenlèvement de Rosamonde du couvent de God*sto w : l'abbesse avait cherché à cacher le nom du ravisseur, mais en vain; et le sénéchal irrité était venu redemander sa fille avec l'autorité d'un père. Poussé à hout par les refus insultans du roi y il avait tiré Pépée ; mais se sentant entraîner loin du monarque , furieux et écumant de rage, il l'avait brisée en criant : Puisque je nepms n^en servir contre lui y je la brise y je ne pourrais plus la tirer pour le défendre.
De ces paroles , de cette action on avait fait un crime de haute trahison , et le malheureux Glifibrd fut enfermé dans un château sur les. frontières d'Ecosse. Pendant qu'il gémissait dans cette afteuse captivité , la jeune victime^ ignorant le sort de son père, vivait au milieu des fleurs et des plaisirs !
La superbe £léonore avait entendu GlifTord redemander sa fille , elle n'ignorait plus maintenant le nom de son heureuse rivale ; mais ni sa jalousie, ni son désir de se venger , n'a-
aaa lettres
yait pu lui faire deviner l'endroit où yivaît Rosamonde; on avait bien parlé du labyrinthe , mais des gens apostés par la reine avaient veillé aux portes et n'y avaiiMit jamais vu entrer Henri; et cependant il ne faisait pas d'absences; jamais le château de Woodstock n'avait eu autant de charmes poui* lui. Enfin, la guerre se rallutnant en France , il pattit ; l'amour avait été puissant sur son cœur, mais c'était a dé&nit de gloire. Ses adieux à Rosa-monde furent tendres , et ses promesses de revenir fidèle y appuyées par les plus saints sermens. La pauvre fille séduite n'osait plus redemander à voir son père ; abandonnée de Henri qu'allait-elle avoir dans sa profonde solitude? ses remords et son repentir.
Il est parti , s'écriait-^e ; oh f que je vais être seule !
Il est parti j répétainNiussi Eléonore; oh I quel plaisir j'aurai à me venger I L'épouse délaissée de Henfi n'aurait pas été reine, qu'elle aurait encore trouvé le moyen de parvenir auprès de sa rivale. La jalousie > â ingénieuse et si forte dans l'ame d'une femme ^ ne la guidait-elle pas? A force de séductions , de pro-
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messes et d'or, la def du bbyrinthe loi fut livrée par. une des fenimes de Rosamonde. Quand elle fut parvenue dans la mystérieuse enceinte, elle késita un insftant déTatit les mille s^itiei^ qui s'offrai^at à elle ; et puis avec un sourire qui fut compris de celle qui lui avait ouvert la porte du labyrinthe , elle s'éprià : Pour tronver ma rivale , je ne te de- Hiâq4e pas de fil conducteur, ma haine me guidera» Et faisant fasilier un poignard, elle a'élança dans un des mille détours, et.dispa-^ rut sous oes épais ombrages. La femme qui avait trahi Rosamonde avait p^ne à suivre la reipe , la honte ne court pas aussi vite que la haine. Souvent £léonore était obligée de revenir sur ses pas, elle s^ndignait des obstacles qu'elle rencontrait, de toutes ces murailles de verdure , de houx et d'i& qu'elle ne pouvait franchir. Gomnle elle approchait du pa^ villon , elle entendît une roix , une douce voix : c'était ceUede Rosamonde, ellechuntait :
Don MM tffroi ; Clos la paaplère , Ta paavre mère Ne peut dormît..^
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Ces mots ont tout révélé à la reine. Sa ri^ Taie , son heureuse rivale est mère... Son dé« sir de vengeance redouble j elle voit à quelques pas d'elle Rosamonde avec le petit Geofirojr sur ses genoux. Pour firapper sa victime , il faudrait &ire un détour, retarder le coup qu'elle veut porter. Elle se jette dans la haie qui entoure le champ de roses; ses plantes épineuses ne l'arrêtent pas. Ea désordre , les vêtemens déchirés, rouge et palpitante de fatigue et de fureur, Eléonore, le poignard tiré, apparaît tout à coup à deux pas de Rosamonde... Oh ! épargnez mon enfant , s^écrie la jeune mère, et elle est tombée à genoux et elle élève son fils vers la femme outragée de Henri. On raconte qu'une mère de Florence voyant son enfant emporté par un hon , s'était jetée au-devant de l'animal qui allait dévorer sa proie; mais que le cri de la m^ avait été si déchirant, son geste, sa prière si énergiques, que le roi des déserts , vaincu par l'accent maternel, avait abandonné l'en&nt. Il en fut de même de Rosamonde. Sa firayeur pour son fils , son désespoir, ses larmes allèrentau cœur d^Eléonore. Le poignard tomba de ses mains... Le
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fer ne me vengerapas, dit-elle; malheureuse créature, emportez cet enfant de devant moi.
Rosamonde obéit , et remit le petit Geo&oy aux bras d'une des femmes. Pendant ce temps, la reine ^ debout, immobile, les yeux en feu , le sein agité , regardait les menreilles de la demeure de sa riTale...»
^-» Indigne fiUe de Gliffbrd, dit'-elle quand elle vit revenir Rosamonde , savez - vous o& est votre père?....
— Oh 1 madame. ... je n'ose plus y penser, mon père .«..mon noble père.... Et la pauvre malheureuse, cachant son visage dans ses mains , ne fit plus entendre que des san« glots.
— Répoitde2».«k. savesà-vou3 où est votre père?
— On m'a assuré qu'il* était en France , chaîné d'une mission du roi . . . .
— Le roi ! répéta Elébnôre , le roi ne charge pas s^s fidèles attiis de missions honorable.. •• Cest une prison qu'il leur donné ; $es faveurs sont pour des filles perdues. . . .
— Oh ! accablez-moi de vos mépris ; je les
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mérite tous... ; mais, au nom de la pitié, au nom du Dieu que j'ai offensé , dites - moi , madame, rà est mon pè^? ...•
— Dans une prison d'état , 4ceuaé de haute trahison. ...
— Ses jours sont -ils menacés? cria avec un accent déchirant la fille de Clifibid....
— Non , repartit la reine ; celui qui l'a accusé de haute trahison sait qu^k était sa trahison. Clifibrd ne Yonlaitpas vendre Fhon«* neur de sa fille. .. Ce crime ne lui Taudrapas lamort....
— O vons qui Teniez vous yenger et me
donner une mort que je mérita tous,
madame I tous m^apporlee des paroles de
bonheur. Mon père TiTra que celle qui
m^a donné c^tte assurance soit béaîei ... Et disant ces paroles, Rosamonde baisait les pieds de sa superbe efmeaûe^
— ReleTez - tous. On i^ûraît que tous étiez fière dans Totre igqomkiie. Je vous Tois honteuse, repentante ;j;e vous pardonne. ... Avant le retour du roi , y^m quitterez ces lieux....
— Oh ! je vous le prouoets ; j?irai à pied
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à tniTers les campagnes , j'irai jusqu^au-dessous de la prison de mon père; je lui crierai : J'ai péché contre Dieu et contre vous. J'implorerai son pardon, et je m'ensevelirai dans le cloître le plus austère pour le reste de mes jours.... Devant vous, madame, et devant ce ciel que je n'osais plus regarder ^ j^en fais le vœu...
— Persévérez dans vo*re repentir , dit la reine d'une voix plus douce , et Dieu vous pardonnera....
Après ces paroles , elle s'éloigna Rosa*-
monde restait à la même place. On lui rapporta sonen&nt ; on le mit à côté d^elle sur le gazoA où eile était encore à genoux. Le petit Geoffiroy vit briller quelque chose sur l'herbe j il le prit : c'était le pcngnard qui était tombé des mains d'Eléonore... A cette vue^ die pensa au danger qu'elle avait couru , à la pitié de la reine; et, voulant remercier Dieu, elle éleva son enfant vers le ciel.... Lui était innocent !
De retour à son palais^ Eléonore pensa aux moyens d'éloigner sa rivale des environs de Woodstock ; mais , malgré toute sa puis-
sance , elle ne put parvenir à la faire sortir du labyrinthe. Avantde partir pour la France, Henri avait voulu s'assurer de son trésor. Il avait nommé Arnold, un de ces favoris su* balternes dont les rois se servent pour ac- * complir leurs volontés secrètes, de veiller à la garde du labyrinthe. En partant, les dernières paroles du roi avaient été : Si Rosamonde de Cliffordsort morte ou vive de l'enceinte que j'ai tracée , ta tête tombera sur le seuil qu'elle aura , ou qu'on . lui aui*a &it franchir....
Arnold doubla donc le nombre des gardes , quand il sut les projets de la *reine. La femme qui avait trahi Rosamonde ne reparut plus devant elle. Un jour elle fut mandée.de-- Tant le gouverneur du labyrinthe , et depuis on ne la revit jamais.
Toute reiiie qu'elle était , £léonore fut donc obhgée de renoncer à éloigner sa rivale. Aiiiold ne s'opposait pas à ce qu'elle pénétrât dans l'enclos qui n'était plus mystérieux pour elle ; car il se disait : Je n'ai pas juré au roi mon maître de ne pas laisser entrer la reine dans Te labyrinthe j j'ai fait jser-
sutt l'anglbtkrue. 2^9
ment de n'en pas laisser sortir Ros«imon(Xe de Clifibrd ; mais dois-je m'opposer à ce que des paroles de vertu viennent à la jolie pécheresse? .... Non , et Dieu me remettra peut-être bien de mes péchés , si je n'éloigne pas de Rosamonde les moyens de se repentir.
La reine savait qu'il y avait dans la Ibi-êt de Windsor une femme citée poursa profonde science ^ tous les mystères de la nature lui étaient connus ;'eUe jetaità volonté des sorts sûr lies Hommes , les animaux et même sur les cbosès inanimées. L'arbre qu'elfe maudissait se desséchait à l'iiisbmt..;. Giirtha parut donc à Woodst-ock, et le jour qu'elle y vinttous les corbéaiix du pays ne (irent que vollîjgei**èn toûriiant au-dessus du labyrinthe. Le âel était' obscurci par leur^ nombre, elle pays, assourdi par leurs cris ' filéoixore la fit paraître devant elle.
Ourtka , acooutpmée à vivre dans les follets y ne sembla nullement étonnée de la magnificence du. cabinet de la reine....; mais apercevant un crucifix d'ivoire au - dessus
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du prie* dieu , elle dit : Je ne puis parler si TOUS n'emportez cette image.
-^£h quoi! reprit l'épouse de Henri, estce que pour vous consister il faut renier mon Dieu ?
— Votre Dieu n'est pas le mien j ma puîsh sance ne vient pas de lui; devant sonima^* . . mon esprit troublé ne verrait pas l'avenir. •• .
Alors ( je rougis de le dire ) Eléonore de Guienne se leva de son fiiuteuil , <pt j/eia un voile sur l'image du Sauveur.
Aussitôt Gurtl^a qui , jusqu'à ce moment , avait été comme courbée sous le poids de ses ans , grandit tout à coup ; ses yeuse enfbncéB brillèrent d'un éclat infernal , elle étendit ^n bras décharné y et touchant de sa main le coeur de la reine , eUe en compta quelques battemens, et puis dit avec assurance : Je sais ce que tu veux } c'est de la vengeance.
— Oui, répondit Ëléonor^^et, en prononçant ce mot , elle u^oaa iregarder du c6lé du crucifix qu'eUe venait de voilei'. . . «
Reine j est-ce d'une reine que tu veux te venger ? demanda la sorci^.
SUR l'angleterbe. 23 1
Non , répliqua £léonore , celle que je liai^
ne porte point là couronne; mais elle est plus
heureuse qu'une reine , elle a Famour d'un
roi , die tt|:a tayi le cœur de mon ëpoux.
— Il &ut l'en punir. ...
-~> Cest pCMir cela que j'ai recours à ta science.
— Femme de roî^ tu aë la puissance , pourquoi ne pàrléfr^fu peis ? Auprès de volis autres grandi de b UMéy il y a toujours des hommes prétsà obéir^ dils : Je veux qu'elle mèiire, et elle mourra. ...
-^ Là lnor|i Dieu défend de la donner aaènleà son ênnétiii.
-*- Si tu vetm obéit à ton Dieu , pourquoi m'as^tu fait venir ?««. Fatrt4l tëpatler èomme hà y alors je te dirai : Féttude ^Sëtaissée de Henri , Ya embraisëi< Rôsàmohdë ta irivale , celle reine de beauté. ; ».
— ^Cfe^te reineLdeàéaùiéyTipétàitÀéonorè...
ceiie reine de beauté ! je sais que c'est ainsi que le peuple l'appelle.... Cést son empire qoe je ^enx détruire , c^est ce diadème de beauté q%r'il feut lui enlever... Je ne veu\ pas la Tohr morte-, je veux la voir laide.
93a LETTRES
— Dès ce soir la laideur germera dans son sein y avant huit jpurs l'œil même de son amant ne pourra plus la reconnaître.
— Tiens, tiens , dit la mne y prends cet or..,.
— Donnerle à ceux qui s'en servent^ dans mes bois je ne saurais qu^en faire.
— Mais ta récoqipense ? :
— Je l'ai y puisque je faisjq mal ; fidre souf* frir y c'est ma joie et ma destinée. Quand veux** tu commencer ta vengeance 7
— Ce soir. . .
— A ce soir. Et Gurtha disparut dii cabinet delareinesansque l'on entendît lebhnt des portes y et sans que les courtines des portières fussent le moindresneçt agitées .
En atteiMJUmt le soir, ^^éonore fiik Loîa d'étrp tranquille j elle n'osa ôter le voile que sa main avait jeté sur le Çh|îtf :, il y a des jours où l'on voudrait pe.p^;^ ^tra vu de Diw- . »
Enfin , le soleil se couaba , ^ Gurtha se trouva au rendez-yous. X^a rçic^ y éti^t treœr blante, et pouvait à peine mwcher. La vieille^ aimée de i'enfer, lui tendit sa main ridée et
SUR l'angletbrre. 233
l'aida à franchir le seuil du labyântbe. Pendant leur marche^ Tune pensait à ses conjurations , et l'autre se disait : Pourquoi trembler ainsi ?••• Je ne yais pas lui donner la mort... Sa beauté a été fatale à mon repos. Elle a rendu mon époux parjure. Je vais la lui ôter... Dénuée de ce don fatal , le lien impie sera brisé ; mon époux me sera rendu y et elle pourra bien mieux se repentir. •• Alors marne que l'on fait le mal, on cherche k lui donner Pair du bien , on s'abuse poiir ne pas être retenu dans le cliemin qu'on veut suivre.
Les enchantemens du labyrinthe avaient cessé depuis long*temps ; Rosamonde ne voyait plus se succéder les fêtes. Solitaire el abandonnée , dile attendait ;. mais' cette^ attente n'était plus de l'eapoir, c'était de l'inquiétude. £Ue savait que la jalousie ne pardonne jamais. £Ue entendit des pas. dans les allées tortueuses , et cjle se dit : Cest la reine. Elle ne s^ti:oia(ipait.pfts.*£léonore s'avança seule ; penMtce*avecGurtha, c'eût été comme mie sentence de i&ort.
RjOSfimopde. était assise près du pavillon.
2l34 LBTTRBS
A la vue de la souveraiiie elle se leva , et trem* blante, elle gardait le silence»
Fille de Oifford, dit la reine en s'asseyant sur le banc de marbre , avez-vous oublié votre vœu?
Non , répartit Rosamonde ; j'y ai pensé chaque jour depuis que je l'ai prononcé : mais, ma très redoutée reine et souveraine sait que je ne suis pas libre.
—Vous n'étespas libre de sortir de celaby-^ rinthe , je le sais , et toute ma puissance n'a pu vous en arracher ; mais, fille repentante du vertueux Clifibrd, je puis rompre vos liens ; parlez, voulez-vous qu'ils soient à l'instant brisés»
L'amante de Henri ne répondait pas.
Eléonore reprit : Votre père sera consolé dans sa captivité, s'il apprend que sa fillè est revenue à la vmrtu. Ses chaînes lui seront moins lourdes, si vous rompez celtes du vice. . • Hésitez-*vous , Rosamonde ?.;. leila voix de la reine devint douce , et presque eàrfessàsHte.
— Parlez, madame, votresèjhranteécout» et obéira. • ^ En prononçant ces mots , la pauvre malheureuse fut obligée de s^appuyer sur le
SUR l'anglbtbbrb. â35
dosâer du banc j ses geooux tremblans se dérobaient sous elle.
La reine ajouta : Vous sf^yez, Rosamonde, qu'à force d'études et de travaux^ il y a des êtres qui ont surpris les secrets les plus cachés; leur science s'est élevée jusqu'aux astres , et a pénétré jusque dans les entrailles de la terre) un de ces étre^ a obéi à ma Tùix : Gurtba , habile dans l'art de composer des philti^es , est ici^ elle tous en apporte un^ en le buvant TOUS n'aimerez plus Henri , il ne vous ainlera plus.
Ah 1 ne pouvez-YOus m'en donner un qui me tue? ^'éoiia douloureusement la mèM de Geo&Xkj i j'aimerais mieux la mort !...
— Arrêtez 9 fiUe coupable , vous retombez dans le délire* ^ et votre vœu ^ el votre père ! « A cet instant Gurtha sortit du massif de cypvès où elle était restée cachée. Rosamonde &*émit en la voyant avanoor* Hideuse à vcnr , l'qeil brillant de la ntiaUce des enfers^ la %eg^ cière i^approcha de k^ victime; d'une maio elle lui présentait un4 coupe d'or, de l'autre elle, tenait un petîl vase d'airain qm avait la: forme d'un dragon ailé.
236 LBTTRBS
Que celle qui veut rompre des liefus d'amour boive ce breuvage, et les souvenirs délirans et les regrets s'envoleront de son cœur , et elle redeviendra tranquille comme elle était aux jours de son enfance , alors qu'elle n'aimait que son père et sa mère ; voilà ce que promet Gurtha.
Donnez, donnez vite, et versez le breuvage, dit Rosamonde en saisissant la coupe. Mon père , c'est à vous que je bois ! Et la fille de Gliffbrd but jusqu'à la dernière goutte le fatal breuvage; et la reine, les yeux remplis d'une craelle joie , cherchait déjà sur le charmant visage de Rosamonde les effets du philtre de 'Gurtha. Vous avez obéi, maintenant Henri peut revenir; adieu, je viendrai vous voir. demain. Après ces mots, Eléonore et Gurtha s'éloignèrent, et l'amante du roi resia seule y immobile^ intenx>geânt sa pensée et son cœur, et se disant : Le philtre n'opère pas 9 j'aima encore mon héros. Henri , on dit <|ue je ne t'isdmerai.plusjeh bien ! entends mon dernier mqt d'amour, je t'aime plus que jamais. Geoffroy, Geoffroy, viens, doux enlint, joli portrait de ton père , viens que je te presse
SUR l'angjletërre. 287
sur mou coeur ; Henri , jamais je ne t'aimai davantage. Oh ! comme elles m'ont trompée avec leur philtre j je savais bien qu'il n'y en aurait pas d'assez puissant pour m'ôter mon amour*. • Mais qu'était donc ce breuvage ?... Ce n'est pas la mort qu'£léonore a voulu me donner , on ne l'apporte pas en parlant de devoir et de vertu ; et l'autre jour n'a-t-elle pas laissé échapper son poignard? pourquoi donc cette inquiétude dans mon sein , cette sueur froide sur mon front? mon fils , viens me réchaufier par tés baisers, j'ai froid.
£lle n'était plus debout , elle s'était laissée tomber sur le banc à la place de la reine. Le petit enfant vint, monta sur ses genoux, et se mil à caresser sa mère.
Le lendemain , la reine se hâta de revenir au labyrinthe. En approchant du pavillon, elle n'ejotendit plus la douce voix de Rosamonde , tcMit était triste dans le champ des roses : elle franchit le seuil de l'appartement de sa rivale^ et sous les chiffres amoureux elle vit sa victime étendue sur un lit de repos. Le charme n'a pas opéré encore? dit la reine. Rosamonde se méprenant sur le sens de ces
!l38 LBTTHBS
paroles I répondit: Oh madame 1 pour renoncer au bonheur d'aimer, accordez-moi quelques jours; ma Tolonté, le souvenir de mon père aideront le breuvage. Vous le savez^ j'en ai fait le Toeu.
— Je ne l'oublie pas ; tnais je trouve que le philtre manque de puissance; vous n'êtes pas changée , vous êtes la même qu'hier ; Gurtha m'aurait-^lle trompée ?
•^ Gomment? est-ce que je devais. . .
— Vous deviez l'oublier^ s'empressa d'ajouter la reine; vous deviez être changée aujourd'hui... et cependant vous m'avez encore parlé de lui.
— Par pitié prenez patience, dit la jeune fille en joignant ses belles mains d'albâtre; madame, de grâce, un peu de temps.
— Je reviendrai demain.... En' disant ce
peu de mots > elle disparut encore ; et ,
comme elle s^éloignait , une des femmes lui entendit répéter : Comme c^est lenàl Gurtha m^aurait-^lle trompée ?
Non , Gurtha n'avait point trompé la vindicative Eléonore. Le lendemain sa joie fut grande, lorsqu'elle revint auprès de celle qui
SUR L^ANGLBTBRRG. a3g
avait été la plus belle des femmes ; la rose du monde n'avait plus de fraîcheur.... Si la tempête l'eût jetée à terre , elle eût fait moins de pitié.... Mais elle qui attirait, qui char-» mait tous les regards , les repoussait mainte* nant. Un seul être pouvait prendre plaisir à la contempler dans cet état : c'était Eléonore.... Aussi y comme elle se repaissait de cette horrible vue !!.... Les progrès du philtre avaient été rapides. Les yeux si voluptueusement doux de l'amante de Henri étaient ternes et fixes ; son teint, plus frais que la rose, dont elle portait le nom , était plombé et d'une couleur violatre ; ses mains , ses jolis pieds étaient enflés... ; ses beaux cheveux se détachaient de son front ... ; sa taille, élancée et gracieuse, étaitcourbée... ; et tout ce chan« gement s'était fait en si peu de temps ! Oh ! beauté, que tu es fragile ! oh! jalousie, que tu es puissante, quand le cœur d'une femme t'a nourrie !
Assise sur sa couche , la fille de Clifford , celle qui avait été Rosamonde, voulut se lever quand elle vit entrer la rtme.
&4o LETTRES
Non^ non , dit Eléonore ; restez y ne vous dérangez pas •• . ; le philtre a produit son effet... ; regardez-vous , rose de l'Angleterre ! rose du monde ! regardez - vous! Je suis vengée. Et parlant ainsi, l'épouse de Henri plaçait sous les regards de sa rivale un miroir fidèle.... et ajoutait : Qu'il vienne donc maintenant tomber à vos genoux , cet amant qui devait vous adorer toujours ; qu'il vienne , il reculera épouvanté : il n'y a que moi qui puisse vous regarder avec plaisir....
Rosamonde, en se voyant dans le miroir y avait jeté un cri d'horreur , et avait caché
son visage avec ses mains déjà flétries
Ainsi dérobant une cruelle jouissance à son ennemie , la victime de la jalousie dit d'une voix encora ferme : Vous ne triomphez qu'à moitié , madame ; votre philtre n'a changé que mon corps ; mon anie est restée tout entière à Henri« Vous m'avez trompée ; je suis dégagée de ma promesse.... Je vous le déclare, je l'aimerai jusqu'à mon dernier souffle. Tout affreuse que je sois maintenant , Henri me trouvera moins abominable qu'une
stm l'angleterbe. 24 ^
empoisonneuse. Quandj^aiséduitvotreépoux,
ce n'était pas avec des crimes son noble
cœur vous repoussera, • . .
Je n'ai point attenté à vos jours , répondit Eléonore. Quand j'ai employé le savoir de Gurtha, je n'ai point voulu vous ôter la vie ; je n'ai voulu que vous enlever votre beauté : j'y ai réussi; votre enfant aurait peur de vous aujourd'hui.
£h l n'est-ce pas ôter la vie h une mère que de lui arracher l'amour de son enfant 2 demanda avec douleur la mère de Geofiroy .
Ainsi vous ne rougissez pas de votre coupable maternité^ s'écria la reine.. •• Malheureuse ! je vous laisse avec votre laideur, votre bâtard et vos remords.... '
Depuis cejour, Eléonore revenait de temps en temps au labyrinthe. Rosamonde la fuyait; elle avait repris son grand voile noir ; elle ne parlait plus qu'au petit Geoffroy. Souvent on la voyait à genoux. Sa démarche devenait de plus en plus faible et lente. Le chagrin minait son existence, etelle sentait venir la mort avec plaisir.... Il ne me verra point telle que Ton m'afaite,se disait-^Ue. Quand il est parti,
a43 LETTRES
j'étais belle ; ce sera ce souyenir - là quUI gardera de moi ; et quand il viendra sur ma tombe, il m'appellera encore comme il m'appelait ici, Rosamonde.
Un jour elle priait dans une des grottes du jardin ; elle entendit les pas d'un guerrier dont l'armure résonnait ; il approchait d'elle. Elle se Toila à la hâte... : c'était Arnold.
A travers son voile , elle vit le soldat tomber à genoux à quelque distance , et il lui dit : Haute et puissante maîtresse , j'étais chargé de veiller à votre sûreté j j'ai laissé le malheur approcher de vous : oh ! dites-moi que vous me pardonnez ! . . . . •
Oui , si tu m'amènes la consolation. Je vais bientôt mourir ; conduis près de moi un saint religieux , et réconciliée avec Dieu , je ne t'en voudrai plus... Le soir même, Arnold revint avec l'aumônier deGodstow. Cétait un saint vieillard. Il se rappela que son divin maître n'avait pas repoussé la pécheresse de Jérusalem , et il écouta avec charité la jeune fille égarée. Se rappelant un instant peut-être encore son amour criminel, elle avait peine à espérer le pardon de Dieu. Le
SUA l'anglbxeràb. 2243
k^g^eux lui dit : Pour être assurée d'obtenir ce pardon.^ allez dire à votre plus cruelle ennemie que TOUS lui pardonnez* Vous avez été belle entre toutes les femmes , et tous en avez été fière* Allez à ce palais où l'on tous a admirée : s'buaiilier et pardonner , c'est le plus sûr moyen de s'ouvrir les portes du ciel*
Rosamonde pria long^temps , enfin elle se releva de la terre qu'elle avait arrosée de ses larmes 9 eLd'une voix défai^Uante fit entendre ces motsr : Je pardonne du fond de mon cœur, et je vais aller le dîreà la reine ; mais vous, mon père ^ vous redirez au sire de Gif* ford, que sa fille s'est repentie et a pardonné. . •
Le soleil était dans* tout son éclat» Rosamonde , suivie de deux de ses femmes, sortit du labyrinthe , et se présenta sans voile au palais de Woodstock. Grande fiit la foule sur son passage , et grande la pitié de tous ceux qui la virent ; on avait tant de larmes dans les yeux, qu'on aperçut mal sa laideur* Elle monta d'un pas chancelant le grand escalier du palais , et arrivant sur le seuil du cabinet de la reine , elle tomba à genoux , et élevant les bras , eUe cria : Oh vous ! ma souveraine
q[ue j'ai offensée , tous à qui j'ai rayi criminel* lement l'amour 'd'un époux , pardonnez-moi comme je vous pardonne !••• A ce moment la reine et tous ceux qui furent présens à cet abaissement sublime , trouvèrent Rosamonde encore belle : il y a tant de beauté dans une noble action. Eléonore, touchée malgré elle^ voulut tendre la main à sa victime ; mais celle qui avait opprimé, manqua de force. La reine y à demi-soulevée , retomba sur son fauteuil : Rosamonde mourante fut moins fidble. Elle retourna au labyrinthe. Peu de jours après , se sentant plus mal ^ elle dit au saint religieux : Voila Geoffroy , menez-le au roi d*^ Angleterre , priez Henri en faveur de monpère, dites-lui ce que j'ai souffert, ce que . j'ai pardonné^ qu'il ne se venge sur personne. • . Après ces recommandations, elle ne parla plus ; on la voyait prier tout bas et baiser le crucifix avec amour, et enfin elle rendit au Dieu qui pardonne son ame contrite et humiliée- La reine , pour apaiser sa conscience, voulut faire enterrer avec magnificence, à l'abbaye de Grodstow, sajeune et malheureuse
SUR l'anglbtebhb. 245
rivale 'y mais au moment où les prêtres allaient emporter le cercueil de l'enceinte du labyrinthe y Arnold et des hommes d'armes se mirent à l'encontre du convoi , et le gouverneur montrant un ordre signé du roi , fît voir qu'il devait , sur la responsabilité de sa tète , empêcher Eosamonde de Cliffbrdy morte ou vive j de sortir du labyrinthe de Woodstock confié à sa garde. Le cercueil fiztdonc déposé dans le pavillon des Roses ; et y resta jusqu'au retour de Henri. Alors il fut porté avec pompe> à la sainte maison des religieuses de Godstovr. Des prières à perpétuité furent fondées pour le repos de l'ame de Rosamonde , et pendant plusieurs siècles y des lampes et des cierges brûlèrent autour de son tombeau,, ou l'on retrouvait un souvenir du pavillon d'amour : car sur la pierre tombale, on avait écrit :
ffic j'acet Non JRosanumda Sed Rota mundi.
S46 LETTBBS
&uckinçfijjxaif &towe.
Stowc...
Il faudrait , pour bidu voir Blenheim, s'établir pendant quelques jours ^ns une des jolies auberge de Woodstock , et de là aller tout à son aise se promener, s'asseoir et rêver et le matin et le soir sous le^ beaux ombrages du parc, et étudier ainsi ses divers aspects à différentes heures du jour. Nous avions été obligés de Toir et d'admirer tout tout âun trait s et l'admiration même fatigue quand elle est sans repos. Nous nous retrouvâmes donc avec bonbeur en voiture \ et là cha* cun de nous analysait et classait dans sa pensée les merveilles qui nous avaient frappés davantage. Lorsque l'on a vu pendant pinceurs beures une foule d'objets divers , ce
SUK L^ANGLSTJiERE. ^47
que Von empoi'te dans son esprit, ressemble à une bibliothèque dérangée ; il faut un peu de temps pour remettre de l'ordre dans ses souvenirs. Cest ce que nous éprouvions tous. Notre pensée de toute la journée fut donc Blenheim ^ et quand le soir nous arrivâmes à la petite ville de Buckingham , c'était encore de Blenheim que nous parlions.
Nous descendîmes à l'hôtel des Armes de Gobham j car en Angleterre les armes des grands seigneurs n'offusquent pas ceux qui sont sans arnioiries ; et dans la plupart des villes, nous avons trouvé des auberges ayant pour enseignes les écussons des plus nobles familles du voisinage.
Nous ne faisions que de nous arranger dans le joli petit salon qui nous était destiné, quand nous entendîmes de l'harmonie au - dessous de nos fenêtres. En Angletetre , c'est chose rare. Nous écoutâmes : c'était ti^ois Allemands chantant en partie de. charmantes ty-' roUennes... Dansions les spectacles de Londres, l'Opéra Italien excepte, nous n'aurions pu entendre rien de si mélodieux que ce concert d'une rue de village.
aJ^S LETTRES
Depuis quinze ans , les Anglais n'étant plus livrés à eux-mêmes, et s^étant mis en relation avec l'Italie ^ l'Allemagne et la France ^ ont ùlt des progrès dans les arts ; leur aiv chitecture a plus d'élégance , leur peinture plus de vérité , leur danse moins de gaucherie ; mais leur musique est restée la même.
Le peuple d'Alfred a tout-à«fait oublié les accords de la harpe royale ; il n'a que deux beaux chants : mais , il faut le dire à sa louange, ce sont deuxchants nationaux, le God saçe the king, et le rule Britannia. U\xa est doux et religieux comme la prière, l'autre fier comme la victoire. Les Irlandais ont leurs vieilles mélodies , les Ecossais leurs antiques ballades; les Anglais n'ont que des chansons de chasseet de table. Un recueil àenosromances d'amour et de chevalerie serait une charmante collection de petitspoëmes nationaux^ quel'on pourrait donner comme modèles de simplesse et de sentiment. La Harpe , dans son Cours de Littérature , n'a pas dédaigné d'en citer plusieurs. Depuis le temps où il écrivait, il en a paru un grand nombre de très remar. quables ; celle du beau Dunois partant pour
la Syrie , a été si chantée dans toutes les rues de France , que Pon ne se met plus aux fenêtres pour l'écouter. Mais en Angleterre , son refi^ain que nou« entendîmes sur un orgue de Barbarie, nous fit revenir à la croisée que nous avions quittée après le chant des Aile* mands.
Cétait une Française qui chantait ; jamais figure plus lamentable ne s^était montrée ; chaque mot que prononçait la chanteuse lui ar« rachait une grimace à la fois si burlesque et si doulom^use , que l'on ne pouvait s'empêcher de rire ( tout en se le reprochant) , car on voyait bien qu'il y avait des larmes au fond de sa chanson. Cette femme avait été johe ; du moins il £siut le croire : elle avait été enlevée de Verdun par un officier anglais. Il y avait eu bien des malheurs et des années entre le moment de sa beauté et le moment où nous la voyions. Peu de temps après son enlèvement, la pauvre Française avait été aban* donnée par son séducteur, et avait été réduite à chanter , en pleurant , l'inconstance des amours et les ennuis de la patrie absente.... Ayant entendu quelques mots de français
dSo LBTxafis
prononcés auprès d'elle , elle fut toute heu^ reuse de renconti*er des compatriotes , et ra* conta sa triste histoire à un domestique , en ajoutant : Je sais bien qu^d présent je chante mal; y ai eu tant de misère! mais (fest égal; ça fera plaisir d des Français et d des Fran-çaises d! entendre ici une chanson du pays.
Après une nuit passée à l'excellent hôtel de Cobham, nous partîmes pour Sto^e , qui n'en est éloigné que de deux milles. Une longue avenue droite conduit du grand chemin à l'entrée principale de cette somptueuse et magnifique demeure : nous étions encore pleins du souvenir de Blenheim, qui ne peut être rangé dans la classe des habitations particulières. Cest une résidence royale , donnée comme récompense par un grand peuple.
Blenheim est donc tout-à-fait hors de ligne ; mais Stoire, que nous allons voir , n'est ni une demeure de rois, ni de princes -, cest celle d'un sujet qui y vit de ses i^ntes et de sa propre illustration : c'était donc là que nous allions avoir un aperçu de la noble existence d'un grand seigneur anglais. Je n'hésite pas à le dire^ nous n'avons rien en France
sur cette écheUe4à ; nous entendons mieux les plaisirs et la vie de là ville, nos fêtes de Paris ont plus de poésie, d'élégance, de grâces; les beaux-arts y sont plus à Taise que dans les rout8 de Londres ; mais à la campagne, dans leurs terres, que les Anglais nous laissent loin derrière eux ! Ce sont eux qui ont vraiment compris la vie de château, et l'existence d'un grand propriétaire; ils mettent tout leur orgueil , toute leur gloire, à vivre noblement où ont vécu leurs pères ; leur influence , -leur patronage , est un bienfait pour le pays qu'ils occupent pendant huit mois de l'année* Ceux qui, dans leur voisinage , ont des demeures plus humbles que leurs châteaux , ne s'irritent point de la hauteur de leurs tours , de l'étendue de leurs parcs. En France ( il fiuit bien l'avouer ), il y a aujourd'hui une telle haine de toute supériorité, qu^un grand propriétaire ne pourrait, en dépensant autant d'argent que le duc de fiuckingham , ou que lord Grosvenor , avoir^ dans nos provinces , l'existence que ces jiobles personnages ont dans leurs comtés. Quedirait*on parmi nous, si un pair de France , revenu dans son châ-
s52 LETTRES
teau après les dâ>ats parlementaires, &isait hisser sur ses tours son paçillon armoirié , pour prévenir la contrée de son arrivée , et ainsi faire savoir que, pendant toute la saison, il va tenir table ouverte! Certes, l'on crierait à l'orgueil féodal! Eh bien ! dans le pays classique de la liberté , on s'arrange encore de ces mœurs d'autrefois. •• Le bon sens anglais a compris que l'égalité était une chimère } il l'a bannie de ses lois et de ses habitudes* Les radicaux sans doute se plaignent de cet état de choses ; mais l'aristocratie peut se rire de leurs criailleries. Ses racines sont enfoncées avant dans le sol , et le souverain ne cédera aucun des droits de cette aristocratie : car ils font aussi la force de son trône.
Le simple gentilhomme, qui veut que la constitution qui assure les libertés reste sans at* teinte , se garde bien d'en saper la base , et de se joindre aux niveleurs; il voit donc sans haine et sans en être humilié , des supériorités sociales qui sont akssi amies que nécessaires. Il se rend aux somptueuses réunions du château, aux longs dinés, aux brillantes parties de chasse du haut et puissant lord. Le paysan
8UH L'ANGLETERRE. 5253
ne sera pas non plus en défiance ; son bienêtre lui Tient du lord du manoir ;'son joli cottage y sa ferme si propre , si salubre, à qui les doit-il?...
Voilà surtout ce qui doit singulièrement ajouter aux délices de la yie de campagne en Angleterre, c'est cet air d'aisance qui r^e autour de vous. Si la magnificence décore le château y il en a ^ pour ainsi dire^ découlé quelque chose sur la chaumière ; elle a aussi son éclat, celui de la propreté, et d'un certain comfort.
Quel beau luxe que celui de rendre heureux ce qui vous entoure , et ce qui dépend de vous ! Cest celui du duc de Buckingham. A l'entour de Stowe , tout respire le bonheur et l'aisance.
Nous entrâmes dans le parc par une porte qui est un vrai arc de triomphe , de plus de soixante pieds d'élévation et d'ordre corinthien ; de cette nïagnifique entrée on aperçoit le château , bâti tout-à-fiiit dans^ le style pur itaUen. Placé entre deux larges massifs , il déploie sa façade sur une vaste pelouse, qui s'incline^ comme à Blenheim , vers de belles
254 LBTTAÉS
eaux i il y a dans cette scène moins de ma-» jesté <jue chez le duc de Marlborough ; mais Il s'y trouve encore beaucoup de grandeur et de grâce. L'une de ces habitations nous semble fidte pour la gloire , l'autre pour le bonheur j on voudrait passer quelques jours à Blenheim y on voudrait passer sa vie à Stowe. Le parc est entrecoupé de collines et de vallons ; la végétation y est superbe. On prétend que le genre de Stowe a vieilli, que ce n^est plus le goût pur d'aujourd'hui ; que l'on à surchargé les jardins Ae fabriques de toute espèce, que les pelouses sont trop resserrées, les massifs trop petits et trop fréqnens ; je n'ai pu y trouver ces dé&uts , les temples y sont sans doute en grand nombre; mais l'espace est si vaste , et chacune de ces constructions est si pure et d belle ! Quand le duc de Buckingham voyageait en France et en Italie , il avait avec lui un architecte de Rome , et lorsqu'il voyait un monument remarquable, il disait à son compagnon de voyage : je veux avoir cela comme fabrique dans mon parc de Stowe , prenez exactemoit les mesures de cet arc de triomphe, de ce temple, de cette maison carrée,
Stm L'ANGLETERRE. 255
et de retour en Angleterre, nous bâtirons des copies de ces monumens. Ce plan a été réalisé, plusieurs des&briques du parc de Sto'we ont coûté des sommes immenses, et sont des monumens grecs et romains transplantés en Angleterre avec leurs véritables proportions et leur pureté première.
Celle qui m'a le plus frappé est le temple de la Victoire et de la Concorde : on y arrive par un vallon resserré entre deux beayx massiÊ. Le gazon, d'une finesse extrême, s'étend sous les ombrages; jamais scène plus tranquille n'a été mtiée au mot de victoire ; il y a contraste entre ce nom retentissant et le calme de ce lieu enchanteur. Noos ne pûmes pénétrer dans Fintérieur de ce temple, je ne le regrettai pas. En général^ je reste froid dans ces temples où il n'y a pas de divinité à adorer. Cependant je ne fus pas sans émotion en entrant dans celui que le duc de Buckingham a élevé à V Amitié / là il a rassemblé les bustes de tous ses amis. Au-dessous de leurs images , j'ai lu les noms :
De Frederick , prince de Galles ; Du comte de Chesterfield ;
Du comte de Weslmorelandj •<
Du comte Marchmont ;
De lord Gobham ;
De lord Gower j
De lord Bathm^t;
De Richard Grenville, plus tard> Earl Temple ;
De William Pitt, plus tard, lord Chatam;
De Georges Lyttleton , plus tard , lord Lytdeton.
Une similitude d'opinions et de sentimens liait ensemble toutes les illustrations du temps«
Trop près de ce temple on aperçoit une fabrique gothique , qui contraste d'une manière trop heurtée avec le genre grec : cette espèce de vieille église bâtie en granit rouge j est placée sur la hauteur d'un coteau dégarni d'arbres ; pour y arriver en sortant du temple de V Amitié y il faut passer sur un pont à colonnade imité de Venise. Dans l'intérieur de cette fabrique on est retenu lûng*temps par la beauté des vitreaux peints qui y sont réu-» nis en grand nombre et avec beaucoup de goût.
Le pleasure growid de Stowe est un des
SUR L'ANOLfiT£RRâ. 5^57
jplus soigné que nous ayons vus; je crois* méme que les partisans du genre actuel trouvent que ce soin est porté trop loin : les gazons de la moitié de cet espace réservé sont Êiuchés tous les huit jours ^ et maintenus courts y kept short ^ par des troupeaux de moutons que de petits bergers gardent et re* tiennent loin des arbustes et des fleurs. Ces pelouses qui ressemblent à du velours ^ sont roulées par un énorme cylindre que traînent quatre chevaux ; et pour que ces chevaux ne laissent pas sur les gazons la marque de leurs pieds y on les chausse avec des bottines de cuir épais ; je crois que les soins sont encore portés plus loin : ce qu'il y a de sûr , c'est qu'aucune trace de leur passage ne se voit sur les pelouses qu'ils parcourent.
Dans aucun autre parc je n'ai vu cette re* cherche ; je crois même que le genre actuel dédaigne un peu tous ces soins; on veut tellement aujourd'hui donner l'ak* campagne à son parc, que les routes ou allées y deviennent très rares, et que celles qui existent, sont moins bien entretenues qu'il y a vingtscinq ans. Leurs bords ne sont plus aussi net*
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tement dessinés, et les gazons souvent coupes en tous sens par des sentiers que trace la routine. Les fabriques ou monumens commencent aussi à disparaître , et je pense que, si c'est un défaut de goût de les multiplier trop, c'en est un antre de n'en pas élever dans ses jardins. Les paysagistes ne manquent pas de jeter de l'architecture au milieu des touffes d'arbres, sur les bords des eaux , sur la cime des rochers qu'ils se plaisent à peindre. Le dessinateur d'un parc qui peut s'écrier : Et moi aussi , je suis peintre , ne doit pas négtiger les effets produits au milieu de la verdure de leurs massifs par les colonnes d'un temple grec, le pignon pointu d'un manoir gothique , la flèche aiguë d'une pagode ou la couronne dentelée d'une tour à créneaux. A l'effet que ces fabriques produisent dans la scène, il faut ajouter leur utilité ; elles sont quelquefois un but pour le promeneur , toujours un repos, et souvent un abri. J^ai vu des parcs que rien ne distinguait des campagnes environnantes. Cest, je crois, porter trop loin l'amour du simple. Tout le parc ne doit pas être orné et soigné comme le pleasure
St7R L'AlfOLBTBRHB. agg
graundf ou la piaisancû, va^ tomion en-* seiid>le dcât ôtre mieux quô les champa YOisiiis.
A Stowe 5 l'art fie Ifiisse deTinek* u^ peu partout } mais nulle part il n'a £dt d'efforts j il aide à montrer les beautés de la nature y il la £dt valoir^ conmxe un amant &it valoir son amie. Je sais cependant que \es puristes parmi les Anglais reprochent aux jardins du duc de Bucki^gham y trop de recherches et trop de monamens ; c'est sans doute moi qui me trompe , mais je ne puis être de leur avis. A présent que je suis loin de leurs beaux ombrages ^ j'ai gardé de Stowe un souvenir qui me plaît plus que celui dé Blenheim.
Parmi tous les monumens^. tous les souve^ nirs du parc de Stowe , il y en a deux qu'un Français ne peut passer sous silence. Dans une île y nous n'avons pu voir^, sans une vive émotion, un modeste autel en pierre , que S. M. Louis XVIII avait élevé dans les jardins de^€k>sfield , belle résidence que le duc de Buckingham avait offerte > à son arrivée en Angleterre , à la famille royale de France proscrite et exilée. Sur cette pierre, le petit-
2l6o LBTTRBS
fils de Louis XI Y s'était plu à graver sa re-conDaissanceiTuDesi noble hoq>italité« L'autel était ombragé d'ormeaux plantés par le roi. Voici l'inâcri]^ion qu'on lisait sur ùnede ses faces :
Hunt loeum ireorgu nuwchhnis a Buckingham^ Eiutque valons MartmNmgmi^ GenerùsHate^ Ludoçicui XVlil^ Fmneiœ et Nawurœ nx, EegisguÊ afratn nepot hudoçiott jtntontÊts BngoiUmœ eux PHmum in AngUa ffdbiiaviïïvnt.
Inàe MfaHa Josepha Ludooka Sabaudi<B
Fnuuim et Ifaçarra regma !
Mariaque Theresia FraneiA EngoUsmœ duciua Confuges eorum earUsimm No9(B UUs tedibus sueeessere hos/nies ; Has hic uimos Bene memorum mêntwm ^ignora Manu ma plantaçenmi PM ! Kai. MaH.MDCCCIX.
Cnsceni iUa , creuei eigratUudô.
Ce lieu, Gnœ à la génteoM mtmifioeDce
De Gtofgt I doc de Bockin^am , et de
fiUR l'amlbtbrbs. s6j
Mtrie Nugmt , mn^i^
BaddngllMni , A été ha|>it^ A knr arrÎTée an Angldenv , Par iooU XVIII , roi de Franpe et deNaTam , Et par son neTei»
LoQÛ^Antoîne , doc d^AngouUmc ; Et plna tfrd , Pkr leurt (Uaitrea épooiec, Marie-Joieph-Loaije de SaToic , Beine deFranee et de Navarre ;
Marie-TliMM . fiUe de France .
Pnchciie d'Angouléme.
Lei ovmeaiiz de ce lien
Ont âtf plantés.
P*r lean propret mains
En 1800.
Paisse nt*i]s croître eommc leur reconnaissance!
Ces arhnfis ont grandi j et comme PaTait dit leroyal esdlé , la reconnaissance des hôtes du généreux duc de Buckingham a grandi comme eux.
Lorsque la terre (fe £;o5/!^/i fut vendue par le duc actuel , il enleva Pautel de ki gratitude, et le porta à la grande et noble demeure de sa
s6â LBrntfis
Emilie ; il a fait graver sur une des faoea cette
autre inscription :
liOuis, roi y Ayant été rendu an trâne De France , Et la paix , Avec la pefmusîon de Diea , A l^Knrbpe , Richard , dac de Baclungham , et Chaadoa, Apporta de GosÇeld Cet autel y Qui rendra durable a jamais Le souvenir De la splendîde et g^énérensc Hospitalité De tes parçns ; IirapUcé Parmi les souvenirs glorieux De ses ancêtres. À, D. i8a5.
Entre tous les titres de l'illustre Êunille de Buckingham^ p^^ seront f\m beawfc.que ee-^ lui ^e nous Tenons 4d oit^r. Dotatner aàuiÀ l'hospitalité à un roi ^ à 4es fik de Fni^ce , n'est pas chose commune ; et voir ce ooi-éle^ ver lui - même un autel à la i:ecqnnais§aiice, prouve que l'on a calomnié les princes en las appelant de grands ingrate.
SUA l'aN6LST£RHU. 263
On voit ausa^ dans une autre partie du parcdeStowe,la tour appelée lourdes Bourbons ( Aozirio/i tower)*y elle a soixante-cinq pieds de haut ; sa circonférence est de ceut dix; son inténeor est habité. A Pentour de ce monument un massif de chêne a été planté par
S. M* T. C. Louis XVIII;
Charles •*- Philippe Monsieur^
Louis-Antoine 9 duc d'AngouIéme;
Charles-Ferdinand 9 duc deBerry ;
Louis- Plûlippe, duc d'Orléans ;
Louis-Charles , comte de Beaujolais ;
Louis* Joseph-, prince de Condé ;
Louis-Henri , duc de Bourbon.
Tous ces hôtes augustes , avant de quitter les déUcieux ombrages de Stowe, voulurent eux-mêmes planter ces arbres de souvenir dans un sol hospitalier, mais qui n'était pas pour eux la terre de la patrie. . . IMeu a permis qu'ils ne restassent pas à Tombre de ces ar^* bres ; il les a pris comme par la main , et les a reconduits au beau pays des lis.
Dans ces immenses jardins , bien d'autres £ad>riques, ou remarquables par leur beauté , ou par les noms qu'elles rappellent , se trou-
vent disséminées , tantôt sur le haut des coteaux 9 tantôt dans le creux des vallons. L'obélisque du général Wolfe , celui du capitaine Grenyillej la colonne de G>bliainy celle de la reine Caroline, lenune de GeorgesU } le temple des illustres de la Grande Bretagne , le tombeau de Gongrève , la grotte et le banc de )a duchesse*... attirent tour à tour l'attention du visiteur : il faudrait des jours entiers pour bien voir toutes ces merveilles ; il &udrait pouvoir s'asseoir sous ces beaux ombmges, et laisser aller son esprit exalté par de si grands noms }
L'intérieur du chsiteau est digne de la ma* gnificence des jardins; dans ma prochaine lettre , je vou^ donnerai quelques détails sur tout ce que j^y ai vu et admiré.
Dans un des salons , j^ai remarqué le por* trait de l40uis XYI , en regard de celui d^ Charles I*' ^ et Marie Antoinette y auprès de Marie Stuart!!
Dans tout ce que nous voyons ^ il y a des le* çons et des enseignemens pour tout le monde. Les portraits que je viens de citer disent que 1^ couronnes ne sauvent pas du malheur^ Un
STTR l'aNGLBTBRRE. 265
autre portrait , que nous avons retr#UTé dans toutes les galeries, celui de l'infortuné Thomas Wentworth, comte de Strafford^ parle à tous ceux dont le cœur a battu de pitié à l'aspect d'une grande adversité.
Jamais portrait n'a plus arrêté que celui-là; il a comme un charme , comme une magie de malheur qui tous fixe et vous reti^it devant lui ; on se reprocherait de passer devant cette image de l'ami de Charles V, comme on rougirait de ne pas vouloir entendre la plainte d'un malheureux. Au moment^ où les yeux humides de larmes , on veut s'en éloigner , son regard vous retient encore ; sa bouche va s'ouvrir; il va répéter ces paroles qu'il laissa échapper quand Garleton lui apporta dans sa prison , sa sentence de mort , âgnée par son royal ami !
Oh t mettez donc votre confiance dans les en/ans des hommes !! Il n*y a point de salut à attendre dPeux.
Oui , en contemplant l'image de cette illustre victime , sacrifiée par un roi aux sangui-» naires exigences de son peuple , j'ai cru entendre ce cri parti d'un cœur cruellement ulcéré.
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Auprès dfi cette sentence que Strafford tient avec contraction dans sa main, je croyais voir celle de Charles lui-màme. Peut*étre, s'il n'avait pas laissé traîner son fidèle ministre sur l'échafaud de Jovf er-faill , Pécliafaud de Whitehall ne se fiit-il pas élevé pour lui. La faiblesse a plus souvent donné la honte aux rois que le salut.
Dans ce beau tableau il n'y a que deux figuresj celle du comte et celle de Carleton. Le roi* nistre » tout vêtu de noir 9 est assis près d'une table; il tient à la main la fiitale sentence; son regard n'est plus fixé sur le papier ; tout ce qui se passe dans son ame y est peint ; on y voit quelque chose de brillant comme des larmes ; il pense à sa femme , à ses enfims y à son ami qui le condamne !! LWtre figure se penche un peu en avant , comme pour épier l'émotion du comte.;* J'ai vu autre chose que de la curiosité dans ce regard ; j'y ai trouvé de la pitié.
CSiarles avait été long-temps avant décéder aux cris du peuple , aux exigences du parie* ment ; sa conscience d'ami et de roi lui fiûsait un devoir de résister toujours. Un jour,
l'archevêque Laud arrivant chez le monarque ^ le trouva tout en larmes; il tenait à la main la lettre que le comte de Strafibrd venait de lui écrire. Ah ! s'écria le malheurenx prince, je sois plus à plaindre que le dernier de mes sujets : y en a*t-il im dans înes trois tbjttàmeâ ^ que l'oA force i sacrifier son ami? £t cependant ils disent tous que mon salut , que la sûrieté de ma couronne. . • •
— Sire y repartit Lbud , il n'y a de salut que dans ce qui est bien ; la condamnation de votre ministre ne peut rien sauver , ce sang4i versé , 11 en coulera d'autre. ...
— Voyez ce qu'il m'écrit. Et d'une voix émue , Charles Stuart lut les lignes qui suivent :
<K Sirej
ce Pour pauê délivrer de vos ennemis , je consens à mourir^ condamnet^moi ; mon consentement vous acquittera plus devant DieUy que tout le monde ensemble : on ne fait pas (Tinjustice aux malheureux en consentant à ce quHls désirent ^ et comme la grâce du ciel me rend capable de pardonnera tous^ avec une tranquillité et une résignation qui
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jettent un contentement infini dans mon ame prête à départir y je puis , sire^ pous résigner cette vie mondaine > en échange de toutes pos extrêmes faveurs. :^
Ce dévouement Tolontaire de la victime ne fit qu'ajouter aux désirs que le roi avait de sauver Strafibrd. Pendant le court délai de trois jours qui suivit la sentence, il fit tout ce qu'il put pour attendrir les pairs : il leur eor voya son propre fik , prince tout ojmé des grâces du j«une âge , leur porter une lettreen faveur de son ancien ministre y de son cQiu^ tant ami. Mais ce ne sont pas les prières envers leurs peuples qui conviennent à la bouche des roisjla tête du ministre en roulant de dessus récha&ud y ne fit que précéder cdle de son nudtre.
Adieu, cher ami, voyez combien un seul portrait fiât rôver , et coipbieii les rêveries fon^ écrire.
SUR l'ànglbtbrrb. 369