‹ Lettres sur l'Angleterre, ouChapitre 11 sur 19 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

À Stowe nous aurions pu nous croire en itftUe 'y le palais , les monmnens du parc , tout était pur et classique ; et même pour complé* ter l'illusiim , nous ayions eu pendant notre exploration un ciel bleu et un beau soleil.

Au château de Warwick que nous venons de visiter ce matin, c'était tout un autre aspect : ici plus de toits plats ornés debalustres et surmontés de vases ^ mais de hautes tours déchirant la nue avec leurs couronnes de créneaux*

Ici plus de pelouses verdoyantes s'étendant jBollement autour du manoir, mais des ro-

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chers à pic, et une rÎTière bouillonnante à deux cents pieds au-dessous des fenêtres.

Pour avoir une idée juste et exacte de Warwick-Castle , figurez -vous, mon cher ami, une demeure féodale dutr^adènie siècle , a laquelle on dirait que l'on n'a rien changé , et qui a y cependant, toutes les recherches, tous les comforts du temps actuel*

Comme pour préparer le visiteur au noble et sévère aspect que le château va lui offrir , l'avenue n'a rien de riant ; elle est taillée dans le roc. A droite et à gauche, s'élèvent deux hauts pans de rochers granitiques, ornés de plantes avec leurs branches projetées, ou leurs festons oppendus. Pendant quelque temps le voyageur marche ainsi dans ce chemin creux et resserré ; mais parvenu à un détour, tout* à-coup Tenace s'élargit, et le noble ma<ioir apparais avec toute la majesté des jours de chevalerie. Rien de moderne n'est là pour affaiblir l'impression que vous éprouves en Êice de ces vieilles murailles ; cela devait être e^etementainsi au temps de Guillaiune-l6-Goiiqué* rant, ou de Henri de Neubourg, premier comte de Warwick ; car déjà un château avait

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remplacé la tour qu'£thelfrida, fîtte d'Alfred , ayait fait élever dans ce lieu. Les douves ne sont plus remplies d'eau, mais un luxe de plttitesy d'arbustes et d'arbres a remplacé le flot qui battait les murailles. Ces masses de verdure se dessinent bien sur la couleur grise des remparts. Qceri ne pourrait rien inventer de plus pittoresque et de plus imposant que cette scène qui se déploie subitement comme une immense toile de fond, au débouché de l'avenue.

Après avoir entendu les chaînes du pont-levis résonner, après être passés sous un double porche et sous la herse à longues pointes de fer, nous entrâmes dans la dernière enceinte. Cette cour entourée de toutes parts par de hautes murailles , n'est pas triste : des massifs d'arbres au feuillage varié, des bouquets d^arbustes à fleurs, y sont dispersés avec art ; les lignes crénelées qui tranchent sur le ciel, ne sont pas nues ; le lierre a poussé où marchaient les hommes d'armes. Une vaste nappe de gazon s'étend entre, tous les bâtimens ; le soin, le bon goût, se montrent dans cette antique demeure avec un charme tout

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particulier. Si fêtais poète , je comparerais ce gotUque manoir si bien entretenu, à un vieux chevalier couronné de roses.

Du côté de la cour , le château n'a cfue deux étages j du côté de la rivière , il en a cinq. Cest du bord opposé de VAiH}n qu'il &ut prendre une vue de Warvrick - Gistle: ses hautes murailles ne semblent faire qu^un avec les beaux rochers qui les portent ; et ces grandes masses de granit dominent elles* mêmes de magnifiques cèdres qui croissent sur le bord des eaux. Un pont à balustres, une cascade, une ville en amphithéâtre, complètent le paysage. Je n'en connais qu'un que Ton puisse y comparer, Qisson....; maisà Qisson , la demeure du connétable est en ruines \ à Warwick, pas une pierre ne manque; le mouvement de la vie l'anime , et quand vient la nuit, on voit briller des lumières à toutes ces nombreuses croisées !

Pour que tout fût bien en harmonie , un vieil invahde fut notre guide dans la partie réservée du parc. L'âge et les infirmités l'em* péchaient d'aller vite. Nous lui demandâmes de parcourir le pleasure ground sans lui y

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il nous le permit et alla s'asseoir au soleil y à coté d'un porcbe en ogive. Cétait une figure à peindre » que ce bon vieillard , avec son long bâton , assis entre une touffe de lilas et d'ébéniws , et cet arceau , sunnonté d'un écusson et d'un çasqiie gothique.

Les jardins sont bornés d'un côté par la nvî^^ de l'autre par les vieilles fortifications. Us ontpéu^ d'étendue ^. c'est là que nous avons vu les plus beaux dèdres de PAngleterre. Sur un des rochers qui portent le château, je vis unepetite^plaqûe de marbre noir ; elle redit que G. Bagott, né à Dublin , s'est noyé sous leainui*s du château en jouant Sur la rivière* Son esquif est venu.se briser contre la cascade; et oe jeune homme, qui sortait du collège,* qui allait revoir sa mère , a trouvé' sa tombe- dans ce beau Heu de Warwîck f .

Le plus magnifique vase antique que possède aucun particulier appartient au comte de Warvrick; on a élevé une serre exprès pour lui ; il la mérite bien .

Ce vase a été trouvé au fond d*un lac près de la ifilla d'Adrien, non loin de Tivoli, et

fut d'abord acheté par sir W. Hamillon, ambassadeur de S. M. B. à la ccmride Naples, qui l'a vendu au comte actuel de Warwîclu Il est de marbre blanc , d'une forme circulaire^ et peut contenir i63 gallons (i 3q4 bouteilles). Des branches de yiffie fonnent les anse»! et unegiûrlaade de pampre r^^ tout àl'entour sur sa partie supérieure. Sur le corps de cette énorme coupe, est jetée une peau de panthère, emblème bien connu du dieu du Tin ; des têtes de satyres , des tkyrses, des cepsde vigne, s'y voient aussi sculptés avec un art infini.

Le noble propriétaire de ce bel antique l'avait d abord placé en plein air dans ses jardins ; mais sous le oel brumeux de P Aup^ gleterre , il commençait à m détériorer. Im comte de Warwick lui a fiùtélever un élégant abri , une serre à coupole arrondie ; et C9 beau vase se voit maint<^naut au milieu des fleura et des plantes les plus rpu^^s*^

Cest aujourd'hui le modèle le plus en vogue; on le retrouve chez tous U» orftvres de Londres et chez tous les fondeurs des trois royaume?*

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tieschromcpieB disent que la fille àa grand Alfired, EtheUrida^ suzeraine des Memens y a fondé le château de Warwick : il n'était pas alors ce qull est aujourd'hui. Une sinqple touTi perchée sur les roehers qui bordent FAvon^ était la demeure de cette fenone guemère*

Henri de Neubourg, venu en Angleterre avec le conquérant , est le premier comte de Warwick de la ligne normande* Sous Henri III 9 Wilham Mauduit , qui araîk pris partit pour le roi oontce les barons, se laissa pren? dre dans le château^ et lui et la comtesse de Warwick finwnt gardés prisonniers dans leut propre demeure* Peu de temps après^ibi> teresse fut rasée, et les tours seules restèrent debout.

L'intérieur du château a bien le caractère qui conrient ; le hall, ou Testibule, n'a rien de grec ni de romain ; son aspect est noble et sérère, il est routé et lambrissé de chêne ; dos casques, des cuirasses , des boucKer^,' des lances , des épées , des gonfimons^ des ban-* mères et d'énormes bois de cerfe , fonnent toute sa décoration. Ici l'on nous a montré

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le casque de Gromwell ; c'est sous ce fer que la ]peDsée du régicide a gemié. A coté de ce heaume y on en voit d'autres : ceux des partisans d'Olivier, appelés têtes rondes, et ceux des cavaliers y vaiUans et fidèles défenseurs de la royauté.

On nous montra également l'armure du duc Monmouth , fils de Qiailes II , Stuart ; il a été malheureux comme son meul , et sa t6te aussi a roulé de dessus l'échafiiud. De ce tpatibule od a un aperçu dé toute la longueur du cliâteau ; l'enfilade des pièces qui se tipumntetsesùivent, est déplus de trois cents pieds* Toutes ces salles sont ornées de tableaux y dont plusieurs des plus grands maîtres.

Saint Ignace de Loyola par Rubens :

l'homme die guerre sevdit encore «sous l'habit religieux i le génie et le courage brillent dans son regard plein de vie et d'expression.

Le comte de Lindsay y par Cornélius Janssen : ce portrait est bien à i;a place à War- ^ich; celui dont il rappelle les traits combattait pour le roi. En 164^ ^ il commandait à la fameuse journée de Ëdgehill; il y fut

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morteUemcnt blessé , fait prisonnier^ amené au château de Warwîck, où il rendit le der^ iiier*soupir.

Lord Darnley , époux de la belle Marie Stuart ; Martin Luther le réformateur. J'ai cherché dans son regard de la piéë( et de l'humilité ; je n'y ai vu que de l'orgueil. En eflfet , il en &llait beaucoup pour oser dire i Tout le monde s'est trompé avant moi.

Henri VIII enfant j à côté , Anne de Boleyn.

Charles I"j à côté , Gromwell en^ armure. -

Dans la salle du déjeuné, on nous a fait remarquer un lion et une lionne peints par ftubens*... On a vraiment peur d'en approcher : c'est beau et tenîble comme la nature. Voila ce qu'on raconte de ce tableau : Rubens désirait voir le roi des déserts dans un accès de foreur , il voulait le représenter rugissant. Le gardien , pour complaire au grand maître, se chargea d'exciter la colère du lion. Pour y parvenir , il se mit a lui arracher des poils de sa barbe. Pendant plusieurs jours l'animal , patient comme la force, le laissa faire; mais à la iGui il s'irrita, terraasa

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l'imprudent gardien et se coucha tranquillement sur lui» Tremblant et respirant à pône, le malheureux homme n'osait remaer'} il craignait, en dérangeant le lion^ de le ficher de nouyeau. Pour ne pas être dévoré tout Tiranfti^il allait être étouffé, et restait immo* hile sous le poids qui Poppressait.— Pour le délivrer, on n'hésita point à sacrifier le lion : un coup de fusil, tiré à bout portant à travers les barreaux de la cage de fer, le blessa à mort.... Mais avant d'expirer, le terrible animal se leva en rugissant , secoua sa crinière ^ et déchira en lambeaux le pauvre

Avant de quitter Warwick * Gastle, nous visitâmes la tour de Guy : ctte a cent six pieds d'élévation, et de dessus sa plate*-fonne la vue du paysest mugnifiqu^ ; sa forme est un pdh|r* gone à douze pans. La première pierre en a été posée par Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, sous Richard III.

Près de cette tour est celle de César.

En i44i ^ 1^ fameux comte de Wanvick , surnommé le fi^seur et le dé faiseur de rc^ , reçut dans son château Edouard II , auquel

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il Tenail de donner la couronne. Alors il offrit au souverain cfe sa façon de magnifiques et somptueuses fttes. Plus tard, quand l'ingratituded'Edouard eut poussé le comte dans te parti du duc de Qarence, Warwick voulut que celui qu^ s'était naguère choisir pour maître eût un autre souvenir de son château ^ que cdui de la brillante réception qu'il lui avait faite après son couronnement.

Q>mme tous les plus puissans seigneurs de r Angleterre, Warwick avait eu à souffrir de l^mpertinencedu £Qivorid'£douard,de Pierre Gaveston , dont la morgue et les railleries atteignaient et blessaient les plus fiers barons. L'insolent Gascon amusait le roi par les surnoms qu^l distribuait à toute la cour. Le gerUU comte Thomas de Lancastre avait reçu de lui le sobriquet de i^ieux Pourceau y le comte de Pembroke , de Joseph^le-Juif ; le comte de Glocester, du Coucou j et le comte de Warwick avait été appelé le Chien noir des bois.

La Chien noir avait juré que le favori sentirait ses dents : voilà comme il accomplit sa vengeance. Gaveston, assiégé dans le château

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de Scarborough par les barons qui avaient résolu de le perdre^ fut forcé de se rendre. Confié à la garde du comte de Pembroke, qu'il avait cruellement offensé , il aurait dû craindre pour sa vie ; et loin de là , il ne fît que chanter ballades et lais Hamour. Pen* dant toute la première nuit de sa captivité , il se répétait : Josephrle^uifvoùià Tor; il va en demander au roi pour ma rançon , le roi paiera , et je serai sauvé .

Il n'en fut point ainsi. (C Avant le jour , <c Gaveston reçut l'ordre de s'habiller et de <c sortir de sa chambre. A sa grande surprise, <c il ne vit plus à sa porte ses anciens gardes : ce il ne reconnut plus le comte de Pembroke, «ç mais son mortel ennemi , le comte de War- « vnok y avec une troupe nombreuse. On le ce plaça immédiatement sur une mule , et son a arrivée au château de Warwich fut ance noncée par une musique militaire , et des a cris de triomphe.

« La 9 les chefs du parti tinrent conseil sur (C le sort du prisonnier. A la proposition de ce lui laisser la vie , une voix répondit : Vous a ayçz attrapé le renard , si vous le laissez

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ui échapper , tous serez obligés de le chasser «c encore. EtUfutdéfinitivenientrésoluqu'on « n'aurait aucun égard à la capitulation , et ce qu'il serait mis à mort , conformément à a Tune des ordonnances. Quand on lui pro- <c nonça son jugement , CkiYeston se jeta aux ce pieds du comte de Lancastre 9 et implora ce en vain la pitié et la protection de son aice mable lord. On le conduisit à Blacklowce hill I et il fut décapité en présence du comte ce de Lancasti^, de Honfordj et de Surrey. ce La nouvelle de ce meurtre fut reçue par la ce nation avec étonnement et terreur \ les ance nales du royaume ne fournissaient aucun (c exemple d'une pareille exécution. » Le roi, en apprenant la fin tragique de son favori , entra dans des accès de fureur qui firent trembler tous ceux qui l'entouraient. Au milieu de ses larmes et de ses sanglots , le jour , la nuit, il répétait : Je le vengerai. Il a tenu parole.

Au nom de Warwick bien d^autres souv^ nirs historiques viennent encore se lier. En parcourant les galeries et les salles du château^ ils affluaient tous dans mon esprit et je

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VOUS les redk au hasard , et dans le désordre de dates où ils se présentaient à moi.

Edouard Plantagenet , le dernier de la race qui porte ce nom, était comte de Warwick. Ayant inspiré de Pombrage àHenri VU , ce prince le fit enfermer dans la tour de Lon« dres : il y eut pour compagnon de captivité le femeux Perkin Waërberk, qui s'était £dt passer pour le dernier fils de Richard III. L'aventurier flamand , et le noble fils du duc deClarence^ se lièrent dans les cachots et concertèrent ensemble les moyens de s'échapper. Le fils d'un cordonnier, séduit par un moine Augustin, se donna, sur cesentre&ites^ pour le comte de Warwick ; car ce beau nom tentait tout le monde.

Henri VU saisit cette occaôon pour se défiiire du véritable comte qu'il redoutait toujours, et le fit décapiter en i499<

Pendant sa longue détention dans la tour , un autre homme du peuple , Lambert SimneU voulut aussi se fidre passer pour Edouard Plantagenet, comte de Warwick ; il était parvenu à se saisir d'une ombre de couronne ;

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des partisans Pavaient reconnu roi à Dublin en 1487 ; mais son empire fut de courte durée. Ayant liTré bataille aux troupes de Henri , il fut battu 9 bit prisomûer^ et de son trdne éphémère il descendit aux cuisines de son compétiteur, où il obtint la chargé de marmiton. Ce fîit là toute la vengeance du roi !

Dans les cachots de la taar de Guy^ nous ▼Unes 9 avec Paide d'un flambeau, un grand nombre de noms de prisonniers gravés ou inscrits sur les murs : on y voyait aussi les dates de captivité, il y ena de fort anciennes \ nous en avons vu de \^io.

En 16421, lord Brooke, auquel appartenait lechatean de Warwick , s'était déclaré contre le roi, et avait épousé la cause du parlement. Aussi parmi ces noms de prisonniers , la plu* part sont des noms de royalistes. Ces fidèles défenseurs de la bonne cause avaient pris la même devise, le même cri de guerre que les Vendéens, et les mots God and the King, Dieu et le Boi, sont écrits sur les murailles des cachots de Warwick , comme dans les sou* terrains du château de disson.

Avant de laisser soilir les visiteurs , le con«^ cierge, ou portier de Warwick-Castle^ a gi^nd soin de leur faire voir l'armure du célèbre Guy et celle de son coursier, son énorme épée et son immense marmite. Toutes ces reliques du héros de la contrée sont gardées avec respect, et le portier a grand soin de dire que lorsqu'un Warurick vient à naître et à se marier, la fameuse marmite est remplie de punch, et que l'on n'a encore jamais pu la vider, sans qu'une grande quantité d'habitans du pajs n'aient été obligés de coucher sous le porche , tant ils avaient pris part à la joie du seigneur.

Avant de finir cette lettre, je veux encore ajouter quelques mots sur la ville de Warynck'y elle aussi, mérite d'être décrite: elle est pittoresquement située sur un amas de rochers qui dominent la jolie rivière d'Avon. Si l'on en croit les antiquaires du pays, son origine remonterait au commencement de l'ère chrétienne.; Gutheline, roi de Bretagne, aurait été son fondateur.

Henri III fit de cette ville le rendez-vous

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général de ses troupes avant d'aller assiéger le château de Kenilworth , qui en est peu éloigné.

^ Dans la dixième année du règne d'Edouard I*, en laSi , une des grandes fêtes chevaleresques de la table ronde fut célébrée à Warwick.

En 167a , la reine Elisabeth y fit son entrée solennelle }à^sa suite on remarquait lés lôrds Burleigh et HoVurd , et tout ce qu'il y avait Ae "fius noble et <le plus iflùstre daiis lé pays.

Quand le corps municipal vit approcher le carrosse royal, il s'agenouilla > et ce fut d genoux que Forateur (the recorder ')> compli* metita sa majesté. Malgré l'humilité et la gène de cette posture 5 la harangue iiit longue , et Elisabeth ne put s'empêcher de témoigner un peu d'impatience. Le discours terminé , une bourse d'un travail précieux /et <!Ontenaïit inngt livres sterUngs , fut offerte à la magnifique souveraine d'Angleterre. En échange de ce don 9 elle donna gracieusement au bailli et à l'orateur ( the baillif and the recorder ) , sa main à baiser, et dit en souriant et familièrement : Approchez, mon petit recorder; il m'a

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été dit que iH>us auiez crainte de leçer les yeux sur moij et de me parler hardiment; maissoyez rassuré ^ vous ne poupiez pas avoir sigran^peur de moi , que mm de vous y à présent je vofss remercie de mouvoir rappelé mon devoir. Que Dieu vous soit en aide et à mm aussi!

S. M. résida au château de Warwick pendant quetq[ues jours^ et délasse rendit chee le comte de Leicester à Kenilworth. Ces deux noms rappellent le délicieux ouTrage de Walter Scott> et la fin si tragique de la douce Amy Robsart.

Q>mme la plupart des villes d'Angleterre, celle de Warwick a été brûlée plusieurs fois. Guillaume III la vit eu 1696 » à peine rdevée de ses cendres.

L'églisa de Sainte-Marie est la plus remaïquable. Au XIT"* siècle , les comtes de Warwick I de la ligne des Beauchamp, la choisirent pour le lieu de leurs s^oltures. Après lu chapeUe de Henri VU à Westminster, la chapelle Itinéraire de Warwick est une des plus belles que j'aie vues : on y descend de Téglise par un escalier en maiiire noir ; entre

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ces marches et Tautel s'élèvent les tombeaux. A gauche^ on Toit une petite porte abaissée : elle conduit à une galerie taillée dans l'épaisseur du mur} au bout de cet étroit corridor, une ouTerture carrée, fermée par des grilles de fer, communique avec l'église. Devant l'ouverture est un prie-Dieu&i pierre ; c'était là que s'agenouiUait le pénitent. Le prêtre écoutait sa confesâon ^assis dans lesanctuaire, dp l'autre côté du mur; et c'était de tont près de l'autel , que le pardon descendait sur le pécheur rq^eatant. Les marches de pierre sont tout usées par la prière ( Wom ont by piayer).

Un diMS gothique ( a gpthic canapy ) surmonte l'autel > où il n'y a plus de sacrifices pour le repos des âmes ; ce couronnement est d'un travail admirable.^ A droite et à gauche deux niches sont restées vides ; elles contenaient deux statues d'or massif, pesant chacune vingt livres : la réformation n'a pas épargné ces saints-là.

Au milieu de la chapelle git Richard Beauchaoqp , comte de Wai^wick. Gmune si son sommeil ne devait pas être long , comme s'il

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devait bientôt se relever pour d'autres ba^ tailles, le chevalier a gardé son armure dorée; sa téte^ ceinte de la couronne de comte, s'appuie sur un casque. Un cygne étend ses ailes sur lui , et un ûurs muselé est couché à ses pieds. A l'entour du tombeau on voit quatorze figures en bronze doré; au-dessous de chacune d'elles est un écusson avec toutes les couleurs vives du blason. Ces petites statues remplacent les pleureurs ordinaires, et sont des portraits des plusgrànds personnages du siècle, amis ou parens de notre défunt ; ce sont les ducs de Sommersét, de Buckingham , les comtes de Shrewsberry , Salisbury , West*Moreland et autres illustres noiabilités. Sur une banderole, on lit ces mots :

SUVto iaasttgloria

et DefuntHs nùsçricordia.

L'épitaphe est longue et écrite en vieil anglais, et redit que Richard Beauchamp est mort à Boan ( pour Rouen ) : He being at

stm l'Angleterre: ùS^

àhat tyme^ lieutenant genel and goverfiorof the roialme ofFraunce.

Non loin de cette tombe est celle du fa* meux Robert Dudlej, comte de Leicester, et de lady Letitia-Knoles «a noble épouse. Au-^ dessus du peu de poussière qui reste encore du favori d'Elisabeth , on a prodigué tous les titres les plus magnifiques. Le monument a à peine assez d'étendue pour contenir toutes ces brillantes appellations. En les lisant^ on s'étonne qu'un seul homme ait pu réunir tant d'illustres charges*

Cependant deux choses aident à le Êdre comprendre : l'amour d'une femme et l'ambition d'un courtisan. Si l'on avait voulu inscrire sur le jnème tombeau l'épitaphe de lady Letitia, comtesse de Leicester , on n^aurait point eu assez de place pour l'énumération de toutes les faveurs , de toutes les dignités; aussi on a relégué le bien que l'on dit de lady Lettice sur une plaque de marbre incrustée dans le mur de la chapelle. Après la mort de ces deux époux, c'est comme pendant leur vie. La femme n'est point un obstacle à la gloire de

Sgo LETTRES

son mari; son nom ne dérobe pas un titre h sa poussière.

Dans Fépitaphe de cette comtesse de Lei* cester, écrite en vieux vers anglais, j'ai re« marqué plusieurs passages touchans :

Then^ aU our lasse you may hehowVd Thert you may set thatfact , thaï hand fVhich once was/asrestin iheland.

She that in her youUt had bene Darling to the maiden queene Till she was content to quiti Her favourfor herfavoritt.

JVhilstshe ih'd, she iwed thus TUl that ffod dispieased with us Suffred her at last tofall , Not/rom hitn , butftom us aiL

Dans cette église de Sainte-Marie , à côte des restes de tant de puissances et de grandeurs, nous avons vu trois plaques de marbre consacrées par les comtes de Warvrick à la mémoire de vieux et de fidèles serviteurs de leur noble famille. Sur une de ces plaques^ j'ai la auprès du nom de François Parker :

Et quand je m'éçeillerai^ et quand Je me

SUR L'ANGLETERRE. agi

relèverai de mon tombeau açec mes maîtres et seigneurs qui dorment auprès de moi y puisse -je entendre ce joyeux éloge :

Tu as bien agi , bon et fidèle serviteur....

Une autre chose qui m'a frappé dans cette chapelle funéraire de Warwick, c'est cette inscription que j'ai lue sur pluâeurs monumens :

Deo viventiiun*

Au Dieu des piuans. Ces mots gravés sur les sépulcres des morts attestent la foi et l'espérance de ceux qui y reposent, et sont consolans pour ceux qui viennent honorer les cendres que la religion garde. Dans cet asile des morts, ces mots de Dieu des idçans font du bien. Cest comme cet évangile que l'on dit à la messe des trépassés, dans lequel notre Seigneur répète qu'il est la résurrection et la vie y et que ceux qui croient en lui ne meurent pas pour toujours. Lequel de nous, en assistant à ces messes funèbres qui reviennent si souvent , n'a senti ses larmes couler moins

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amèreS) en entendant ces mots : Ego sunt resurrectio et pitaj: qui credidU in me non mo^ rieturinœtemum.

Je croyais, mon cher anii, n'avoir presque rien à vous écrire sur Warwick, et voyez quel volume |e vous envoie ! En partant d'ici, nous allons visiter Stoneleigh-abbey , que l'on vante beaucoup , et les ruines du fameux château de Kenilworth. J'ai vu la tombe du &vori d'Elisabeth, je vais voir maintenant aa magnifique demeure; le souvenir du tombeau me suivra quand je parcourrai les lieux qu'il a si somptueusement habités ; il me sera comme un mémento de la vanité de la gloire ; et puis les ruines ne me diront-elles pas aussi que les honmies ne sont pas seuls à mourir, et que les plusbeauxmonumens ont aussi leur fin! Nous vivons des jours , eux des siècles. Les pyramides auront leur tour. Ainsi, mon cher ami, consolons-nous de la brièveté de notre temps, et employons-le à faire le bien et à nous aimer. Adieu.

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