‹ Lettres sur l'Angleterre, ouChapitre 15 sur 19 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

JOSIAH MABTmS«

Cette célèbre église a une haute antiquité V elle date des premiers temps de l'établissement du christianisme en Angleterre^ en 697. Ed-* iffin-'le-Grand, qui tenait le sceptre de la Bre^ tagne avec force et justice , (ut converti par saint Paulin^ et baptisé avec ses deuit fils sous une tentCi élevée à Fendroit où la cathédrale se voit aujourd'hui. A cette tente succéda un petit oratoire en bois, et puis une chapelle , et une belle église qui fut brûlée et rebâtie plusieurs fois ; et enfin , la merveilleuse basilique qu'un énergumdne a brûlée de nos jours y comme pour prouver que les in-

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cendies entraient dans la destinée de oette cathédrale. Jadis à chacun de ses désasti:es , la piété des fidèles était là pour les réparer , et la foi la faisait renaître plus brillante et plus belle du milieu de ses cendres.

Mais aujourd'hm qu'ad^iendraH-U? malgré l'opinion de bien des gens , je crois que cette église se relèTera de ses ruines récentes. Ce ne seront plus les mêmes sentimens qui réédifieront le temple ; mais Pamour que les Anglais ont pour leurs monumens nationaux restaurera celui-ci. Le motif ne sera plus aussi pur que la foi de nos përes^ mais il sera encore digne d'éloges j et ^land un bien arriTe, ne demandons pas quel «entîment l'amène? Jouissons-€n : celui qui lit dans les pensées les pèsera et les jugera.

J'avais lu dans les journaux, quelques mois ayant, que la belle église d'York avait été brûlée et en partie détruite; mais je l'avoue , frétant pas de la paroisse , je Pavais oublié , et quand nous arrivâmes sur la place qui en* toure la cathédrale, nous fûmes surpris de voir des mines entassées autour du monument, des murailles noircies par l'incendie ,

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et presque la moitié de l'église découverte sans un reste de voûte ou de cliarpente.

Qudques ouvriers travaillaient à enlever les pierres calcinées^ leur journée finissait, nous les vîmes bientôt descendre de leurs échafaudages et quitter Féglise où nous venions d'entrer; un d^eux nous dit qu'il allait être obligé de fermer les portes 9 et nous pria de sortir en nous indiquant la demeure du sacristain chargé de fiûre voir la cathédrale. Il se reprit et dit : Les tristes restes de la ca^ thédrale , the sad remains!

Le sacristain arriva , il était pâle et tout vêtu de noii* ; son air triste et solennel allait bien avec les décombresqui nous entouraient : on aurait dit un ancien Juif, redisant les malheurs du temple de Salomon. Accoutumé dés long-temps à montrer les magnificences de son ^hse, il les savait par coeur^ et nous disait souvent d'admirer ce qui n'existait plus. Alors s'apercevant de la méprise , il soupirait et s^écriait : Je crois les voir encore ! f et puis fi:appant du pied, il ajoutait : Un homme, avoir détruit tout cela ! Un Anglais , avoir brûlé la merveille des trois royaumes ! £t nous

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répéta plus d'uoe fois, que la cathédrale d'Tork était la plus grande de l'Angleterre y qu'elle avait 52^ pieds et un quart de long, et que saint Paul n'en comptait que cinq cents; que les brandbes de la croix avaient a aa pieds de longueur, et les tours autant de hauteur.

Pétais impatient de le voir à bout de toutes ces mesures; j'avais jugé de l'ensembb 4^ l'édifice qui a dû être magnifique, malgré quelques manques d'unité et d'accord qui prouvent qu'un seul homme n'en a pas conçu la pensée, ni tracé le plan. J'avais hâte de lui faire raconter tous les détails du sacrilège incendie. Vous savez combien j'aime les his* toires racontées sur les lieux mêmes où les faits se sont passés. Notre guide céda enfin à mon désir, et nous menant auprès d'un vieux tombeau , celui de John Haxby, ancien tré^ sorier de l'archevêché , il nous dit : Cest là^ sous cette pierrey que le misérable (the Wretched) s'était caché le ^ février 1838, le jour de la Chandeleur. Or , il faut que vous sachiez qu'avant la réforme, c'était une grande fête a York que la Chandeleur. Du temps du/xp* pisme, le diocèse était sous la protection de

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la viwge Mane, et alors il se faisait, le a février, des réjouissances et des cérémonies qui attiraient la foulé de bien loin* Toutes ces colonnes étaient alors ornées de festons et de guirlandes ; et à l'office du soir il y avait plus de mille cierges qui brûlaient dans ce sanctuaire que TOUS ne pouvez plus voir ; car c'est par là que le monstre Josiah Martins a commencé son œuvre.

Et ce Josiah Martins ! demandai-je, c'était donc un fou 7

Oh! non; il savait ce qu'il faisait.... il

n'était pas fou ! mais on l'a fait passer pour

tel : il est à Bedlam pour le reste ao ses jours.

Il a eu des amis bien puissans; et cependant

celui qui brûle le temple du Seigneur n'en

mérite guère. Cétait sous cette figure du tré*

sorier Haxby^que vous voyez là étendue sur

la pierre , et que le sculpteur a représentée

mangée par les vers et toute décomposée par

la corruptioni que Martins s'est caché. Après

l'office du soir, quand j'ai fait ma ronde avant

de fermer les portes, je n^ai vu personne ; je

suis rentré chez moi à la nuit tombante... j'ai

déposé les clefs à leur place accoutumée; et

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rien ne m'a averti ^ aucun pressentiment ne m'a dit que je venais de renfermer le criminel dans le monument même qu^l avait juré de détruire ! . • • Car Josiah Martins est un de ces sectaires exaltés qui révent la réfonne de notre religion déjà réformée^ et qui voudrûent la réduire à rien, en la privant de ses temples et de ses cérémonies. Déjà plusieurs fois cet énergumène avait écrit à l'archevêque d'York et à l'évêque de Durham , qiûils étaient des adorateurs de Baaly que leur ventre était devenu leur Dieu , et que leur coupable mollesse ramenait dans le culte purifié toutes les abominations idolâtres de tègUse romaine.

Non-Seulement l'enthousiaste Josiah criait cela dans les nies et sur les places publiques y mais il l'affichait dans l'église et jusque sur le trône archiépiscopal. Unjour il parvint dansla chambre de l'évêque de Durham, et tirant une arme dedessousson habit, ilmyenaçaleprélatde mort en l'appelant papiste idolâtre y adorateur de BaaL Cette fois son zèle fut trouvé coupable , et Martins fut arrêté, jugé et condamné à six mois de prison. Sa captivité ne fit qu'exalter encore son esprit. Après sa demi - année

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de réclusion , profitant de la liberté qui lui était rendue y il se mit à parcourir les campagnes. Prédicateur £EUiatique, il ameutait quelques misérables vagabonds^ et leur apprenait à répéter comme lui des passages des Saintes-Ecritures ; mais ses disciples en haillons ne le suivirent pas long-temps; car il ne pouvait faire de miracles pour les nourrir. Se trouvant isolé , il revint à York ; il se rappelait que , malgré la réfprme , le clergé de cette ville, par un ressouvenir des anciennes cérémonies catholiques, le jour de la Qiandeleur , allumait encore un grand uomr bre de bougies dans le sanctuaire de la cathédrale. Aux yeux de l'enthousiaste, c'était une bien coupable superstition. •••• et il se dit : La superstition se punira elie-méme.

Il assista au service du soir j il vit s'écouler la foule. Blotti sous la tombe, il me laissa fidre ma ronde. Il entendit la grande porte se refermer avec bruit , et ce brait résonner sous les voûtes^ et il resta ferme dans son coupable dessein. Quand tout est redevenu silencieux dans le temple , le voyez - vous partir de dessous le tombeau ? .... Le voilà seul ,

debout, avec son horrible pensée. ... Ses yeux parcourent toutes les parties de Pédifice sacré. Avec un ef&t)yable sourire , avec une expression satanique, il se dit : Je Tais détruire tout cela.... le temple profané par le culte et les prêtres de Baal va tomber.... Allons, mettonsHious à l'œuvre. ... Et parlant ainsi, il place sous le siège de l'archevêque, sous celui du chantre, sous l'orgue et sous la table de la communion , de petits amas de matières combustibles; il a apporté avec lui des paquets d'allumettes et un briquet... Le jour ne pénétrait plus dans l'église ; la nuit était venue ; Martins entendait sonner toutes les heures ; mais celle de son crime n'était pas encore venue; il s^était dit : Ce sera à une heure après minuit.... Et en attendant, il se promenait dans la vaste étendue solitaire, et aucune bonne pensée ne venait le détourner de son sacrilège. . . •

Occupé de se sauver^ il avait ouvert un paneau d'une des fenêtres , y avait attaché ime corde nouée pour se laisser glisser extérieurement. Il avait apporté près 'de cette ouverture une des échelles dont on se servait

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pour nettoyer les murs de l'église. Pi évoyaut aussi qu après son œuvre ^ il aui*ait besoin d'argent y il était retourné au siège de l'archevêque y et du tapis de velours cramoisi qui le recouvrait y il avait détaché un morceau de frange d'or.

Minuit venait desonner. . . Josiah ^ au milieu du profond silence qui avait succédé aux sons graves de l^orloge, se mit à s'écrier de toutes les forcés de sa voix : Gloire à Dieu ! gloire à Dieul

Vous figurez- vous ce cri dans la sohtude de cette église^ dans ce calme imposant de la nuit...» Un autre bruit suit cet éclat de voix , c'est le battement du briquet. Une&ible lueur naît et se répand d'abord en cercle autour de l'incendiaire. . • Quelques-uns des piliers se dessinent en blanc au miheu des ombres; Martins va droit au sanctuaire , il prend une des torches des candélabres, il l'allume , et la lueur s'accroît ; elle monte bientôt jusqu'aux voûtes, elle éclaire les statues des tombes placées autour du chœur... Josiah sourit de nouveau, et répète : Tout cela va être détruit par moi; et sa main qui ne tremble pas, va

BgO LETTRES

mettant le feu, et sous le siège de Parcheyèque, et sous celui du chantre, et sous Porgue magnifique, et sous la table de la communion : la paille s'allume , le bois pétille , la flamme s^élève, et l'incendiaire se met à courir et dans la nef 9 et dans les ailes de l'église qui s'éclai* rent de plus en plus , en criant : Gloire à Dieu ! gloire à Dieu! Dans cet afl&^ux délire, le sacrilège criait tellement fort , qu'un habitant d^ork rentrant chez lui à cette heure avancée, en passant sur la place, crut entendre quelqu'un qui appelait. Il tombait alors tant de neige , que cet homme , quoique très près de la cathédrale, ne pouvait la voir; sans cette circonstance il aurait probablement distingué la lueur de l'incendie naissant, à travers les vitraux des £mètres.

Josiah ayant accompli son oeuvre, sortit de l'église par la retraite qu'il s'était assurée ; et regardant souvent en arrière > il s'éloigna de la ville. Arrivé dans les campagnes, il re* garda encore; ne voyant aucune flamme il crutn'avoir pas atteint son but, et s'en désola. Il se trompait, le feu ne s'éteignait pas, ses progrès allaient toujours croissant; il dévorait

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tout dans l'intérieur du temple; mais une fumée épaisse et qui ne trouvait pas d'issue cachait encore ses ravages ; ce fiit à sept heures du matin qu'un petit garçon allant à l'école , et passant près de la cathédrale, ^amusa à glisser sur la neige gelée et durcie ; en jouant ainsi il tomba sur le dos , et renversé à terre il aperçut un tourbillon de fumée qui sottait d'une des hautes croisées du chœui*; alors effitiyé, il courut chez son père, en criant le feu est à la cathédrale! Ce cri lut aussitôt répété dans toute la ville. Les habitans se hâtent d'accourir, chacun veut porter secours à l'édifice sacré. Sur la place^ à l'entour de l'église, la foule est immense, muette et encore inactive. •• Les gardiens arrivent avec les cle&... on se presse près des portes , elles s'ouvi^nt!... A l'instant la flanune, comme endormie jusqu'alors sous d'épais nuages, se révttlle ,. s'élance. • • les flots de fuméesont tels, que les honunes qui ont les premiers franchi le seuil du temple sont jetés à la renverse et tombent suflbqués... L'air en s'engoufTrant dans la nef a activé l'incendie ; maintenaait ses langues 4^ flammes tournent à l'entour des

piliers, et s'attachent aux voûtes les plus élevées. Les fenêtres craquent et éclatent, le plomb fondu coule , les grilles de fer rougies s'écroulent avec leurs supports, et l'orgue tout entouré de flammes, à Knstant où la foule se précipitait dans l'église, ayant été atteint par l'air, rendit un son terrible et lamentable, comme un dernier soupir et s'abima...

Les boisei'ies du chœur, les stalles, le trône de l'archevêque , les pupitres , les tables consacrées , formaient un brasier immense et tellement ardent , que tout ce qui l'entourait par-^ tait en éclats. Les tombes se fendaient comme au dernier jour, et les ossemens arides des morts se voyaient à cette terrible lueur. Les statues tombaient de leurs monumois , et leurs casques , leurs mitres et leurs cou* ronnes de bronze fondaient dans cette vaste fournaise.

Tel fut à peu près , mon cher ami , le récit de notre guide ; il nous apprit que ce qui avait Eût découvrir Josiah Martins avait été le morceau de frange d'or qu'il avait emporté du siège de l'archevêque. Le frère de ce fou terrible est un des meilleurs peintres actuels

sua l'anglbtërre. 393

de TAngleten^; lui, avait toujours été paavre; je crois qu'il était cordoonier ou tailleur. Gomme un autre Erostrate, il a voulu de la célébrité, ou bien il a été poussé à ce<;rime par ces sectaires enthousiastes qui veulent un culte sans autels et sans temples.

Un des plus beaux morceaux de sculpture de l'égËse , c^est le jubé ; le feu n'y a fait au* cun mal ; la blancheur de la pierre n'a même pas été altérée. On y voit , dans des niches gothiques merveilleusement ouvragées, les statues de quinze rois^ depuis Guillaume I^' jusqu'à Henri YI. D'un câté de l'entrée du choeur, il y a sept figures; de l'autre huit ; cette irrégularité en £ût apercevoir d'autres dansPéghae.

Jadis la voûte du sanctuaire avait été en pierre } je ne sais plus sous quel archevêque on crut apercevoir que l'édifice fléchissait. On enleva le poids de la voilte de pierre , et l'on en substitua une en bois. En Angleterre plus que partout ailleurs, on devrait bien se dégoûter de faire entrer du bois dans la construction des monumans ; je ne connais pas de pays dontl'histoire raconte autantd'incendies.

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A Tentour du sanctuaire, les ïJtb& des bas* côtés de l'église continuant, c'est dans cette partie que sont placées les tombes, le feu les a faitéclater , et rien n'étaittriste à voir, entre les creyasses des marbres , comme ces ossemens blancs dans la noirceur des sépulcres. Dans l'une de ces tombes entr'ouvertes , je remarquai quelque chose qui brillait , c'était la crosse dorée d'un archevêque ^ les bras déchaiTiés et croisés du squelette retenaient encore le bâton pastoral. Parmi tous ces tombeaux je vis celui d'un Sterne , ancêtre de Yorick.

Dans la sacristie on montré beaucoup d'antiquités. Je regardai avec intérêt une vieille chaise, sur laquelle on sacrait les rois de l'Heptarchie saxonne ; aujourd'hui on la place dans le sanctuaire lorsque l'archevêque est à York. On nous montra aussi une coupe appelée la coupe de charité, ou poculumcha^ fitatis : elle est en bois, garnie d'argent. On lit sur ses bords :

Eichardy archevêque scrope, accorde d tous ceux qui boiront dans cette caiipe soixante jours de pardon.

Le trésor possède encore une autre anti-

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quité curieuse, une corne d'ivoire avec cette inscription :

Ulpfius, prince de la partie occidentale de Deira , donna cette corne à VégUse de Saint- Pierre d^YorJb, avec toutes ses terres^ rêve-' nus et dépendances.

Henri ^ lord Fairfax, rendit cette relique qui avait été long-temps perdue, au doyen et au chapitre , après ravoir décorée de nourveauy en iGyS.

Voilà comme on raconte que le prince Ulphnsfit don de cette corne à la cathédrale. Il yit que ses fils se disputaient , dès avant sa mort 9 la couronne qu'il allait bientôt laisser , et que, pour avoir son héritage, il y aurait du sang de répandu ; alors il partit pour York , emportant avec lui la corne dans laquelle il avait coutume de boire; arrivé devant Tautel, il l'emplit de vin, s^agenouilla et l'ofint à saint Pierre avec tout ce qu'il possédait.

La salle du Chapitre est une des merveilles du genre gothique : c'est un octogone régulier qui a 63 pieds de diamètre et 67 de hauteur ; c'est par la que nous finîmes notre exploration.

Le lendemain dimanche , tout à côte de ta cathédrale tant renommée, nous allâmes eutendre la messe dans une petite chapelle bien humble et bien modeste. Un jeune en&nt ca* thoUque que nous rencontrâmes dans la rue nous y conduisit. C'était le jour oà Ton chantait le Te Deum pour Témancipation qui venait d'être promulguée. Après une touchante prière dite à haute voix et en anglais par un. prêtre, on lut la lettre pastorale de l'évéque de Londres. Je me souviendrai long-temps de cette messe et de la douce musique qui accompagnait les prières du peuple dâivré. La magnifique cathédrale projetait son ombre sur notre pauvre oratoire. Les fils ont été dépossédés de l'héritage de leurs pères, et les en£ms de ces vieux catholiques, qui ont bâti toutes ces belles églises dont l'Angleterre est si fière , étaîcct presque réduits à prier sous la tente*

Après la messe, avant de nous remettre en route , nous allâmes voir le château. Cest là que nous avons encore été à même de voir combien les Anglais aiment leurs vieux bâtimens. Cette forteresse, qui datait du temps de

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GuiUaume-le-Gonquérant, tombait en ruine.

Les habitans du comté et de la ville d'York , après en avoir démoli tout ce qui n'était pas solide, ont rebâti, sur le même plan à peu près, le château d'aujourd'hui; ils lui ont scrupuleusement conservé, à l'extérieur, son ancien caractère ; nous n'avons vu nulle part en Angleterre d'aussi belles pierres que celles employées à cette magnifique reconstruction. Le château tel qu^il est aujourd'hui sert de prison, et son enceinte renferme de vastes bâtimens, un tribunal et une chapelle; sa cour est immense et pourrait contaûr 35,ooo personnes. Quand nous y entrâmes, c'était l'heure à laquelle les étrangers sont admis à visiter les détenus. Nous voyions de petits groupes se former à distance les uns des autres. Une femme avec des enfans venaient à un mari et à un père, un frère à un frère, un ami à un ami. Ici le père n'embrassait point ses enfans. En France , nous aurions vu plus d'expansion ; cependant le cœur d'un Anglais qui se voit consoler par ses fils bat comme le cœur d'un Français. I/Anglais renferme son émotion j le Français la laisse paraître au-dehoi^. En

4oO LETTRES

en y descendant » nous crûmes bien que nous allions trouver ce que nous n'avions pas encore rencontré depuis notre arrivée en Angleterre, une mauvaise auberge; l'extérieur nous Taimonçait* Nous nous trompions j nous fûmes à merveille, et l'hôtesse, femme fort avenante et causant beaucoup, nous assm^ que si nous restions plusieurs jours chez elle 9 nous n'aurions pas un moment d'inoccupé, taqtil y avait de choses à voirdansles environs. Nous lui dîmes que le lendemain nous voulions aller à Wentworth-house, chez lord Fitz-William. £lle nous engagea beaucoup à commencer nos explorationspar Wentvirorthcastle , qu'elle assurait être bien plus magnique que la résidence que nous voulions voir. Certainement elle se trompait ou voulait nous tromper j car jamais plus noble demeure n'a existé que TVentworth-house. C'est le mot de palais qui peut seul lui convenir. Ici , tout est pur , grand et majestueux. Quel noble et imposant déploiement de batimens ! quel magnifique péristyle ! Comme on y arrive bien par cette pelouse immense, légèrement penchée vei-s les eaux que l'on voit

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briller dans le lointain. On a dit souvent que le genre français conyenait aux palais, et le genre anglais aux simples habitations : que ceux qui ont encore cette idée viennent yisi-* ter Blenheim, Stowe , Wentworth^house j et ils verront que les jardins pittoresques taillés en grand ont autant de majesté que les lignes droites et régulières de Le Nôtre.

Venant de Bamsley , nous longeâmes pen-^ dant quelque temps le mur d'une terrasse plantée d'arbres d^une grande hauteur; à notre droite , la pelouse s'inchnait vers ime rivière y et par de là les eaux nous voyions le parc étendre ses ombrages et ses savanes de verdure tout animées de daims , de bestiaux et de troupeaux de buffles; et pour annoncer que ces campagnes lointaines ne sont pas des campagnes vulgaires, des colonnes, desmo** numens s'élèvent au milieu de la verdure et ennoblissent le paysage.

Le château a six cents pieds de façade; à

droite et à gauche du corps de logis, deux

bâtimens moins élevés prolongent la ligne;

de beaux vases sur leurs piédestaux bordent

la grande allée qui amène au péristyle. Cette

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entrée frappe par son grandiose , et l'admira** tion est loin de décroître, lorsque de dessous ce péristyle corinthien on entre dans un vestibule de soixante pieds de long et de quarante de hauteur ; dix «huit colonnes de marbre dé Sienne portent une galerie qui règne tout à Pentour du halL

Les Anglais pensent que la première impression Ta plus ayant que toutes les autres et dure plus long^temps. Aussi ils comptent beaucoup sur leurs vestibules ou halls pour produire de Peffet ; quelquefois ces première» pièces promettent et sont comme des préfaces trop louangeuses. Je ne fais pas cette réflexion pour la demeure de lord Fitz William : tout y est parfait , noble et bien entendu. Nous avions été introduits dans ce beau vestibule ^ et I en attendant la pwsonne qui devait nous montrer le château, nous admirions Ik haiv diesse des colonnes et la variété des marbres , quand une dame , vêtue d'une robe do gros de Naples vert, coiffée en cheveux, et portant des chaînes et des bracelets d'or, c'était la femme de chargé (the bouse keeper), vint à nous et nous fit des excuses de nous avoir

Stm L^ANOLBTBBRB. 4p^

fait attendre. Je demande pardon à oes daines^ dit*eUe; mais sa seigneurie anÎTo dans quel-» ques jours et nous ayons eu à recevoir mille tenanciers de mylord. Pendant que le régis^ seur comptait avec eux, moi je fiûsais les honneurs du commun aux fermiers qui se succèdent ainsi depuis plus de deux semaines. . • mais à présent je suis aux ordres de ces dames, et leur montrerai Tolonti^^ le château.

Parlant ainsi, elle nous précéda et nous fit Toir tant de magnificences, que je ne saurais , mon cher ami, comment vous les décrire: statues antiques, beaux tableaux, Tases de marbre et deporphire, riches étoffes, meubles comfortables et de bon goût, voilà ce qui m'est resté dans la mémoire. Je me sauve d'une plus longue description , pour éviter que cette lettre ne ressemble trop à celles que je vous ai écrites en sortant de Blenheim 4t de Stowe : mêmes objets veulent à peu près mêmes paroles, et je ne pourrais trouver de nouvelles phrases pour vous décrire encore ce que je vous ai déjà peint. Ma palette est à bout, de nouvelles couleurs me manquent. Je vous dirai seulement que dans un des

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salons nous avons remarqué un magnifique piédestal en bois précieux et d'un travail admirable. Lord Fitz William vient de le fiûre faire pour porter une énorme coupe d'argent que ses concitoyens lui ont offerte comme un gage de la reconnaissance du pays. Un enfimt de sept ans pourrait se baigner dans cette coupe. Je suis fâché de le dire; mais elle est bien plus belle que celle que les Alsaciens ont donnée à certain député.

Dans cette même salle on nous a montré un de ces meubles que les Anglais appellent cabinet, espèce d'armoire ou de secrétaire porté sur des colonnes. Celui-ci est d'une extrême richesse , il est tout en ébène, ivoire etor massif ; son intérieur représente le temple de Salomon : l'ouvrier a mis plus de vingt ans à l'achever. Tous les chapiteaux d'un millier de petites colonnes, tous les balustres des galeries sont d'or pur ; on estime c^ joujou plus de trois cent mille francs.

En parcourant tous ces grands châteaux que nous étions venus voir , je m'étais toujours demandé comment allait la vie de tous les jours dans ces nobles demeures? Nous avions

sun l'anglbtebrb. 4^5

Yu de majestueux vestibules , de riches salons, de somptueuses galeries , de précieuses bibliothèques, des salles de banquets et de musique; mais nous n'avions pas encore tu les rouages qui desserraient tout ce monde supérieur. A Wentworth- bouse ^ la figure aimable et h. bonne humeur de notre conductrice me donna la hardiesse de lui demander à voir comment était établi le service. Après m'a voir assuré que jamais elle ne montrait cette partie du château , et que nous allions trouver une grande solitude dans ce qui était ordinairement habité et animé par plus de cent dômes* tiques ^ elle nous montra le chemin des régions inférieures.

Je vous ai souvent parlé de la propreté anglaise , eh bien ! je suis fâché d'avoir employé, pour ailleurs, les expressions qui la peignaient le mieux , j'aurais dû les garder pour ici. Vous savez qu'il y a un proverbe qui dit, qu'il y a deux choses qu'il ne faut pas. ifoir faire ^ P histoire et la cuisine. Quant a l'histoire^ je persiste encore à penser qu'il vaut mieux en lire une page intéressante que delà voir en action; mais depuis que j'ai vu

les belles cuisines de WeDtworth-house , et leiir appétissante propreté , je ne crois plus à la seconde partie du proverbe. Ici , l'on peut tout regarder^ tout examiner avec détails^ dans ce monde inférieur, tout est clair, blanc et sans tache ; la graisse et le sang n'ont rien souillé» En entrant dans l'inunense cuiâne nous vîmes, devant un vaste et ardent foyer, d'énormes rôtis tournant à plusieurs broches avec ordre et lenteur : il y avait quelque chose d'homérique dans tous ces apprêts^ on aurait dit qu'un peuple allait diner.

La house keeper vit notre étonoement , eUe me dit : Mylord arrive jeudi (nous étions au lundi ), nous avons commencé ce matin à quatre heures à metti*e la cuisine en train.

We hâve killed an o& (je traduisais à m»* sure à mes compagnons de voyage), nous avons tué un boeuf gras.

Two bullocks deux petits boeu6.

Four calves, « , • . • quatre veaux.

Seven sheep. . • , « . sept moutons.

Fourdozensoffbvirl.. quatre douzaines de

volailles.

And as many ducks , et autant de canards «

SUR l'angletërrr. 4^7

— Mais c'est donc pour long-temps? demandai-je.

— Non , me répondit-elk; c'est la même chose tous les dix ou douze jours.

Ainsi, mon cher ami, jugez par ce menu du train de irie qu'on mène chez le noble lord. Je dois cependant tous dire que dans toutes les cuisines et leurs dépendances, le parfum des truffes n'est pas venu jusqu'à nous. Tout était simple , propre iet tranquille dans ce que nous ▼oyions j pas un marmiton, pas un chef eu bonnet de coton ; des femmes , de jeunes filles travaillant en silence, et sans cette agitation que nous sommes accoutumés à voir autour de nos fourneaux \ le bruit régulier et monô^ tone des rouages des toumebroches était tout ce que nous entendions. Pour entretenir cette propreté que nous admirions, des tuyaux de fonte conduisaient l'eau chaude et Teau froide dans les différentes parties de la vaste cuisine. La vaisselle est lavée à une cascade d^eau bouillante , une fois grasse l'eau ne sert plus, et, comme le Rhône, di^arait sous terre.

Je m'étonnais de ne voir aucun honune : notre conductrice me dit avec une sorte de

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fierté : Mon fîis est le premier cuisinier de mylord, il est encore à Londres; il a été élevé en France, il amènera ses aides avec lui.

Après avoir examiné les réservoirs, les endroits où Pon pétrit les puddings , où Ton hache les mincepies, les étuves et les fours , BOUS sortîmes des cuisines pour aller visiter les autres salles de service ; dans une pièce ronde, je remarquai le plafond , il était perce au centre, de cette ouverture partaient plus de deux cents rayons de fil de fer , qui se dessinaient en noir sur le blanc du plâtre , et qui aboutissaient à deux cents sonnettes placées comme une coniiche mobile et sonore autour des murs de la salle. Au-dessous de chaque sonnette était écrit le nom ou le numéro de la chambre à laquelle elle coitcspondait; des hommes de service étaient toujours de garde dans cette pièce. Des bancs recouverts de cuir et deux grands fauteuils en fornûiient le mobilier. Sur une petite table je vis deux ou trois volumes, c'était la Bible > et le Manuel du parfait Domestique.

Dans le commun où mangent les gens dç

livrée, nous fûmes scandalisés d'un usage établi ; leurs repas ne leur sont servis ni dans la faïence , ni dans de l'étain : des planches d'à peu près deux pieds et demi de long et de dix pouces de large sont creusées aux deux extrémités ; c'est là-dedans que l'on place la portion de chaciue domestique, et ils mangent ainsi deux à deux et par couples. Auprès de ce qui représente Tassiette , il y a deux autres petits creux pour le poivre et le sel ; les cou* pes sont aussi en bois. Nos nègres de Saint- Domingue se seraient sentis humiliés d'être traités ainsi. Il parut que, dans le pays où toutes les classes sont si distinctement marquées , la livrée ne se révolte pas de cet usage. Dans cette même salle où les domestiques sont traités si simplement (pour ne rien dire de plus), ou plutôt dans une pièce voisine où les larguais viennent se poudrer avant les repas , on nous a fait remarquer plusieurs portraits de vieux et fidèles serviteurs. Leurs noms , leurs emplois, le temps de leurs services dans la famille, sont inscrits dans un des coins du tableau. Paime mieux cet usage que celui dos

4lO LETTRES

planches creusees^Vanw^H. touché, l'autre m'a horriblemeot choqué.

Notre guide nous ayait répété souvent > en^ se redressant et en rajustant la chaîne d'or qu'elle portait au cou , qu'il n'y avait que les laquais qui mangeassent dans les pièces qu'elle venait de nous faire voir y et que c'était dans son salon qu'étaient admis à diner les valets de chambre et femmes de chamin^ de la &mille et des étrangers. Ce petit salon de ta house keeper était tout^-fait comfortable , lambrissé de bois de chêne poli. Les offices, les chambres à provisions , tout cela était sous sa main et sous l'œil du maitre-d'hôtel. Jamais et nulle part service de château ne fut mieux établi qu'à Wentworth-house; on peut le prendre pour modèle , hors le dîner des gens.

Les écuries sont extrêmement belles et peu* vent contenir plus de cent chevaux. Gomme sa seigneurie lord Fitz William était encore absent, nous n'en trouvâmes dans leurs stalles que soixante - quatre. Je crois que c'est là que l'on nous montra un cheval qui a rem*

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poité tant de prix à la course, qu'arec Targent qu'il a gagné à son maître on a pu bâtir ces ma** gnifiques écuries.

La devise delordFitz William est inscrite en grandes lettres au-dessus du péristyle ; je la trouve superbe : Gloria meafidos.

Dans une partie sauvage et pittoresque du parc, qui a i,Soo acres d'étendue, s'élève un mausolée à la mémoire du marquis de Rockingham( oncle, je crois, du propriétaii^ actuel de Wenlvirorth-house) ; ce monument est d'un très grand eSet. Dans la paiiie du mausolée qui sert comme de piédestal à une haute colonne funéraire , se trouve une statue du marquis de Rockingham. Les inscriptions y sont trop longues ; c'est comme à Blènheim, style de bulletin.

Pour explorer un si beau lieu^ nous avions passé une grande partie de notre journée. Nous n'arrivâmes a Sheflleld que vers les cinq heures du soir. Nous eûmes le temps avant la nuit de visiter des chambres d'exposition {des shew rooms) comme à Birmingham. Il y a rivalité entre ces deux villes. Dans toutes les deux, l'industrie est portée à son comble.

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Birmiiiglxaai a plus de cent mille habitans; Sheffield n'en compte que trente^six miUe : mais je crois que la plus grande et la plus rîèlie des deux cités ayant sa réputation et sa fortune faites, se donne beaucoup moins de peine aujourd'hui et apporte moins de soins à ses fabriications que dans les manufactures de Sheffield où le plaqué et Tacier me semblent supérieurs à ce qu'on nous a fait voir à Birmingham. C'est ici le pays des rasoirs et des couteaux. On a sept rasoirs pour dix fthellings ; on les vend à ce prix renfermés dans une jolie boite de cuir de Russie, et la plupart du temps leurs lames sont aussi fines, aussi bonnes que celles des rasoirs que l'on Tend beaucoup plus cher.

Dans les riches magasins de MM. Rodger and son, couteliers du roi, on nous a montré des chefe-d'œuvre en coutellerie, entr^autres un canif qui a dix-huit cent ying-neuf lames. Pareil canif a été offert à S. M. Georges IV.

La yille de Sheffield est située dans un pays de collines. Les rivières Sheœf^X Don y après avoir embelli ses campagnes , viennent donner la vie à ses usines et à ses fabriques de

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chaudronneiie, de quincaillerie et de coutel*lerie. £n nous en éloignant pour aller visiter Ghatsworth , villa renommée du duc de De-* Tonshire, nous traversâmes une contrée pittoresque et un peu sauvage. Rien de ce que vous rencontrez sur votre route ne prépare à ce que vous allez voir : un sombre et antique manoir féodal, avec des tours grisâtres et moussues irait bien au pays. Au lieu de cela , vous voyez de loin , au«dessous de vous^ dans la vallée, un palais tout blanc de jeunesse ou de restauration , et qui déploie son étendue sur un fond de verdure : c'est comme une riante pensée dans ime histoire grave. Chats- "worth est un vaste bâtiment à l'italienne ; mais après Wentworth-house qui a une si noble et si sage unité , le palais du duc de Devonshire manque d'harmonie dans son ensemble ; on ne le comprend pas tout de suite, et quand on l'a compris, on ne l'approuve pas.

Les constructions nouvelles et qui ne sont pas encore tout-à-fieût terminées sont immenses. On ne conçoit pas à quoi serviront tant de bâtimens ajoutés les uns aux autres. On dirait un quartier de ville commencée... une porte

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qui ressemble à un arc de triomphe et cotH stmit avec une pierre veinée comme du marbre, domie entrée dans une cour étroite et en terrasse au-dessus de la pelouse; on arrive ainsi au château par le flanc* Le vestibule ou plutôt la cage de l'escalier se trouve à l'une des extrémités. Au bas de l'escalier, la première statue qui frappa nos regards fut celle 4le Laetitia Bonaparte, mère de Napoléon. Cette figure asnse , malgré tout le talent de Ganova , manque de dignité. On y trouve une expression bourgeoise. Napoléon avait souvent à rougir du ton et des habitudes vulgaires de sa mère; il reste quelque chose de cela sur ce beau marbre.

Je n'avais vu nulle part autant d'ouvrages de Ganova qu'a Cbatsvi^orth. Le duc de Devonsfaire n'a pas seulement une immense foiv tune y mais il est connu encore pour son amour des arts. Aussi son château a plus l'air d'un riche muséum que d'une habitation. Dans toutes les salles j'ai vu tant de dieux , dedemi* dieux, de héros, d'empereurs, de rois et de consuls , que j'y ai trouvé peu de place pour la vie de tous les jours. J'ai revu là plusieurs

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merveillôs que j'avais admirées à la Sfalmaîsou i dans un salon^ j'ai remarqué un portrait de la princesse Boi^hèse; elle est peinte en . i^estale avec un voile plat et serré autour de la tête. Je ne sais quel est le peintre qui a fait cette caricature.

Il y a une galerie assez longue entièrement tapissée d^ébauches et de croquis des plus grands maîtres. On retrouve là le jet du génie dans toute son originalité ; ces coups de crayon noir et blanc > auxquels le vulgaire ne comprend rien, sont les pensées fixées des Michel - Ange , des Raphaël , des Salvator* Rosa , des Rubens , des Téniers, des Poussins , des Reynolds , des West , des David , des Lavn*ence, des Le Gros, des Girodet, des Gérard et des Vemet.

Il &udraîl passer des journées et des mois pour étudier et s'inspirer de tous les chefà* d'œuvre rassemblés à Chatsworth ; et nous n'avions qu'une matinée pour tant de merveilles! Ma tête et ma mémoire étaient comme courbées sous le poids de tout ce que je voulais retenir. Je me souviens de plusieurs statues d'un jeune statuaire anglais ; je crois

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qu'il s'appelle Gibson , et qu'il est né à ÎÀYet* pool ; il est élève de Ganova et de Thornwaldsen. On voit qu^il s'est inspiré sous le ciel d'Italie ; mais sa manière a cependant conservé quelque ressouvenir de sa patrie. Cette statue d'un adolescent tenant un papillon est une réminiscence d'une figure anglaise. Ce n'est ni grec, ni romain» On trouvait que j'admirais trop ces ouvrages; on en accusait mon romantisme. Je n'avais aucun livret pour m'indiquer que telle ou telle statue était un chefd'œuvre. Je regardais ce qui me disait quelque chose , et je me suis arrêté avec plaiôr quatre ou cinq fois devant les ouvrages du jeune statuaire anglais.

A côté de la danseuse et de l'Hébé de Canova y on nous montra aussi une belle statue du iuédois Tornvraldsen. Cet homme duNordaprouvéque le génie jaillissait departout. Un des plus beaux monumens du siècle a été conçu et dessiné par lui ; c'est le lion de Luce](*ne, consacré àla mémoire des Suisses massacrés le lo août. Lisez, mon cher ami, la description que mon neveu Théobald Walsh fait de ce monument dans ses notes sur la

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Suisse. J'ai eu le plaisir de voir ceb notes chez un libraire de Loiidres ^ et j'ai su que les tou^ restes anglais les emportaient souvent dans leurs explorations helrétiques.

Au milieu de toutes les nouvelles construc^ tions de CEhatsworth ^ on a de la peine à reconnaître l'ancien chiteau tel c^u'il était il y a cinquante ans. Aujourd'hui une plate-formé en terrasse le sépare de la rivière. Une partie étroite de prairie s'étend au-dessous de cette terrasse , et va en pente jusqu'aux eaux. Du côté de l'avenue , cet aspect est noble et beau i une des façades latérales donne sur un bou-^ lingrin régulier terminé par une longue allée droite. A l'extrémité opposée ^ c'est un par^ terre finançais qui se voit au-dessous des fené^ très. Le château étant situé à mi - câte j les jardins qui sont derrière viennent en pente vers lui ; on a profité de cette pente pour y établir une cascade imitant celle de Saint^ Gloud. Les eaux partent d'un petit tem^ pie qui domine le coteau. L'homme qui nous montrait les jardins fit jouer toutes les eaux pour nous ; il en paraissait très fier^ et s'é^ tonnait que nous n'en fiissions pas plus émerr

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TeiUé»* Tout ce qui entoure le palais est dans le genre français et italien^ et l'on s'a-* perçoit que ce ne sont pas de grands artistes qui ont présidé à Tarrangement de cette partie de son décor.

En visitant cette riche et curieuse demeure du duc de PeTonshire^ je pensai sourent à s» mère que f avais connue dans ma |eunesBe y olors qu'elle, était radieuse du triple éclat de la naissance , de la richesse et de Fesprit* La duchesse de Devonshire aimait les lettres et les cultivait j Delille a trouvé ses vers dignes d'être traduits par lui • • • •

Tandîi» que nous visitions Chatsvrorth , le duc actuel était en Italie. Tous ces palais y tontes ces belles demeures>ces parcs immen* ses et la. noble existence qu'ils y ont ne peu* vent retenir les Anglais chez eux. Où irontils pour retrouver ce qu'ils abimdamieirt ? Dans la plupart des châteaux que nous avons visités y on nous disait presque tourfours : His hrdship or his grâce is abroadj sa seigneurie ou sa grâce est sih* le continent; El nous bous étonniotts qi^iU quittassent de si beaux parcs pour des grands chemins^ etdesirickes palais

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pour des auberges. Il y a donc quelque chose qui manque à lètir pays ?

Adieu y mon cher and : en voilà bien long ; mais j'ai tant tu de choses !

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