LETTRE XXIII
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Vous souvenez-' vous, mon cher ami, d'un charmant roman de Waher Scott, dans lequel il peint si bien la restauration de Charles II au trône d^Angleterre ? Ce qu'il écrit des temps passés, nous Pavons Vu de nos jours.' Combien de Feverik du Piè n'a^ vons-nous pas connus? Combien de braves et: chevaleresques gentildionîmes n'àvonsr
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nous pas yus courant au-devant du prince pour lequel ils avaient combattu et souffert ^ et connue Geoffroi Feveril trouver encore quelques cents francs pour donner des fêtes et brûler des feux de joie? Combien de compagnons d'exil allant chercher un regard de reconnaissance et un mot de souvenirs? Ce vieux château où lady Peveril reçut à la même fête et les tétés rondes dé la république et les capaUers loyaux des Stuarts^ je viens de le voir; je l^ai parcouru avec un grand intérêt : il est très pittoresquement atué à mi-côte; ses murailles et ses tours créneiëes se montrent en gris dans lepaysage qui commence àprendre ici un caractère différent de ce que nous avions vu jusqu'alors; les collines deviennent plus nombreuses et plus hautes; dans les vallons plus resserrés, on voit de fréquens rochers pei*cer le gazon des prairies : on dirait les ossemens de la terre. La Derwent, jolie rivière dont le cours est rapide et bizarre , coule audessous du castel : nous la traversâmes sur un pont dont l'arche en ogive était ornée de festons de lierre et de pervenche. Un beau rayon de soleil donnait sur le portail fermé de l'an^
tique demeure , et réchaufiait un vieillard assis auprès de la poterne. A notre Tenue , le vieux concierge découvrit ses- cheveux blancs , s^approcha de notre voiture et npus offrit dç nous montrer le château.
La tradition raconte quHl a été bâti par un.
Guillaume Peveril, bâtard de Gruillaume*le-c
Bâtard. Quoique fort ancien i^ je ne crois pas
qu'il remonte jusque là. Ce château n'est pas
d'une grande étendue , mais son ensemble est
parfait, comme demeure féodale. Bien u*j^
vianque : un peintre décorateur ne pourrait
rien composer de mieux pour la grande scène.
d'un mélodrame chevaleresque ; il pourrait
tout prendre, même le vieillard gardien de
cette demeure abandonnée. Je crois qu^elle
appartient au duc de Rutland qui n'y vient
plus que très rarement , et comme par respect
pour une antique habitation de famille. Pas
mie ronce qui obsti^ue l'entrée, pas une pierre
ipanquant au perron : rien de ce qui annonce
l'abandon ne frappa nos regards. Dans la cour
carrée tout entourée de murailles et de bati-
mens, |e cherchai en vain cette brèche par
laquelle lady Peveril avait &it entrer les têtes
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rondes pendant que les capfiUera défilaiaol 90US le porche. Les premiers venaient à la fAte en chwtant des psaumes; les seconds en ré«pétant de joyeux refrains d'amqur et de ba* tailles.
I^ pij^ la plus Taste du château est la salle à manger. Nous y Ttmes une de ces ta-» blés dont Waltjdr Scott pi^rle souTent : une des extréuûtés ost plus élfSTée que l'autre ; c'était laque s'asseyaientles plus nobles PonyiTes. On remarque encore aux parois des murs des mains de fer qui tenaient autrefois les gonfa^ nous et les banmères, les torches et les flam.* beaux. A l'un des bouts de lu salle» il y a ^l)^ tribune où se plaçaient les mu^iens. la eut* sine touche d'un côté à la salle à manger, et d^ l'autre à la ohaoïbre de la dame diatelaine. D^ tapisseries de haute lisse arec les armes des Vemon et des M^^nners ornent encore cette chambre.
Un des caractères des plus vieux batimans d'Angleterre distingue celui-ci; ces bow windows (ou fenêtres en arc) qui sont en si^illie ^ur la façade , et qui par leur largeur hors de propqrtion prodliisent up fnauvfits effet. Paas
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un pays où le soleil est rare , on n'en yeut pas perdre un rayon, et c'est pour cela que les Anglais ont inventé depuis long -temps ce genre de croisées^ fort laid au-dehors, mais fort agréable pour les intérieurs^ parles diffé* rentes rues quPelles oflrent.
Le concierge nous fit voir dans un des coins d'une chambre à coucher une cheminée dont la construction semblait aussi ancienne que le ohâteau même ; il nous ^t : Yoilà la source de la fortune de M. Rumford. Il est Tenu ici il y a bientôt trente ou quarante ans , il a tout ▼iâlé avec grand détail ^ a dessiné cette cheminée ^ et c'est depuis qu'il a inwnié les nennes qu'il a données pour neuves, et qui ne sont que modelées sur celle-ci. Le vieillard ajouta : Il y avait bien de bonnes choses dans les jours d'autrefois (days of yore), et j'ai va de meilleurs temps que ceux-ci. Pal vu , dans mon eo&nce, un grand train dans cette noUe demeure, et aujourd'htd j'y suis seul avec mes petit»-enfiins : nos journées sont aussi tranquilles que nos nuits.
-— Il n'y a donc pas de revenans? demandai-je.
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*T-Pas que je sache, répondit le gardien. M* Scott m'a &it la même question que tous* {1 est revenu ici deux années de suite ; il nW pas ^er : il s'est assis là au soleil auprès de moi y ^t m'a bien fait jaser de mon jeune temps. Je voyais bien qu'il aimait les bistoires ; aussi je lui ai raconté toutes celles du pays.
J'aurais voulu avoir le temps de ihire recommencer à notre guide les récits qu'il aime sans doute à faire n mais le jour avançait et nous avions encore du chemin pour arriver a Matlocl^^ qui nous avait été annoncé comme ynlieu ravis3ant: en descendant du château de Peveril, nous cheminâmes quelque temps encore dans des vallées assez étendues entrecoupées de bouquets d'arbres et de hameaux ; maïs plus nous avancions vers Matlock et plus les coteau3( se rapprochaient; bientôt ce ne fut qu'un étroit vallon, bientôt une gorge resserrée o& il n'y avait plus de place que poiu* la rivière et le chemin que nous suivions. P^ous aviojQS à droite les flancs escarpés d'une montagne toute revêtue d'arbres verts, de uielèïes et de bouleaux; et à notre gauche , }es eaux de la Derwent, tantôt sombres en
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coulant sous les ombrages^ tantôt claires et reflétant Pazur du ci^l.
Par ce chemin enchanté nous arrivâmes à Matlock'baths y élégante petite ville assise au fond de la solitude, ofiGrant ses ondes sa-^ lutaires au beau monde souffrant, qui y vient chercher le plaisir et la santé. En y arrivant j'eus une pensée triste, ce fut celle que le lendemain je quitterais ce délicieux séjour ; j'aur nds voulu passer des mois entiers à Matlock , j'aurais voulu y être avec tous ceux que j^aime. Notre auberge me 3emblait un joli château^ billards, bibliothèque > journaux , harpes et pianos , rien ne manquait à la comfortabilité et à rélégance; à quelques toises au*dessous de nos fenêtres coulait la rivière , et de l'autre côté de ses eaux s'élevait le Uigh^tor, montagne dont la cime chauve et dégarnie d'ombrages était alors dorée des dernier^ rayons du soleil. Ce pic nu et stérile contraste avec le luxe d'arbres qui l'environne. En face de ce mont on en remarque un autre appelé Masson^hUl: celui-là est tout paré .de verdure, parmi laquelle on aperçoit de jolies ha-i bitations.
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Cette petite Tille, si propre et si attrayante aujourd'hui, était, il y a cent doquante ans , la triste résidence de quelques pauvres mineurs. Quelques chétires cahanes abritées par les coteaux, voilà tout ce que le voyageur y trouvait.
Mes compagnons de voyage qui avaient vécu quelque temps au milieu de la grande et imposante nature des Pyrénées , me disaient que Matlock ressemblait beaucoup à Saint* Sauveur. Moi qui n'ai pas encore vu ces gigantesques montagnes couronnées de neiges et de nuages, je regardais comme quelque chose le High-torét Mass&nr-tull : l'un avec ses quatre cents , l'autre avec ses huit cents pieds de hauteur. Le grandiose et le terrible manquent peut-être au site de Matlock , mais la grâce et la paix s'y trouvent à chaque pas.
Notre hôtel était adossé au coteau qui s^élevait à pic derrière nous; de sa pente sortait la source d'eau chaude qui attire à Matlock la foule de malades qui ont fait sa fortune. Cette eau est surtout salutaire aux personnes lymphatiques , et guérit lesaffections glandulaires . Tout le coteau de la fontaine est dessiné en
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jardin anglais : des sentiers un peu trop roides conduisent à sa cime et à dey grottes très renommées. Nous y montâmes s^us d'épais om-* brages, par des escaliers taillés dans le roc, et qu'une ^louase molle et yerte recouTrali comme un tapis. Arrivés à l'entrée de la carenÈBj une -vieille femme qm en est comme la portière^ nous demanda ce que l'on demande toujours en Angleterre (le shelUng obligé ); nous lui en donnâmes un par tête, elle ouvrit la porte de la grotte^ la refeitna sur elle , et nous laissa en dehors ; nous ne savions que penser de cette nouvelle manière de faire voir unecliose curieuse. J'appelais ^ on ne répon-* daitpas... Nous nous résignions, d^a nous allions redescendre, la porte se n^ouvrit , et la vieille de la caverne reparut, agitant dans chaque main des feisceaux de lumières pour faire briller les incrustalioiis de cuivre qui veinent les rochers de la grotte.
Cette scène me rappela quelques-unes des sorcières de Waker Scott Nous avions l'air de venir consulter la sibylle du rocher... Mais aucune parole prophétique ne sortit de la bouche de cette femme : elle nous dit seu*
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de préftdre plaiôr à entendre m'était dereim importim, et me disait : Hâte4oi de retour^ ner prèd des tiens ; hàte-toi , tes jourè coident TÎte comme meê ondes : et tu fe voii^ on meurt en voyage.
Les grottes de Matlock ont servi de refuge, en -174^ 9 aux babîlànsdu pays qui^s'étaient déclarés ccmtré le Prétendant. Lors de son entrée à Derby, les partisans de la maison de Brunswick vinrent se cacher avec leurs tré» soi^ dans les cavernes qni étaient alors moins connues qu'elles ne le sont aujoord'luii ; il parait que la contrée de Matlock conserve un vif souvenir dupaissage de ce brave et mal^ betfi^eux prince. Un livre que je trouvai dans notre salon y contenait un long et pompeux récHtde son titrée triomphale dans la cité de Derby^: on y passait en revise toutes les forces qui s'étaient jointes à lui , et tous les grands noms qm se rattachaient à la cause des Stuarts. Ce qui prouve que les historiens protestans et libéraux de France et d'Angleterre mentent quand ils affirment que cette royde fiimille n'avait plus de partisans dans les trois royaumes.
Depuis Edimbourg jusqu'à Derby y qui n'est
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distant de Londres que de trente lieues^ l'afmée de Charles -Edouard Sr'était accrue à ohaq|lie comté ^ à chaque Tille qu'elle avait traversée* A son approche de Derby, ceux qui aimaient les vieux souvenirs de PAngleterre et ceux qui étaient restés fidèles à la religion de leurs pèties se r^ouirent et coururent asi^vant du prince, tandis que tes pattisans connus de la nouvelle tiftaison régnante foyaient avec leurs richesses vers Londres y déjà eUe^méme tout émue; Quand le prince vit venir au-devant de lui les notables de la ville liB apportant respectueusement les elefs^ il descendit de cheval , et reçut avec Une affabilité mâlée de majesté Pbommage qui lui était rendu. Le peuple qui se pressait sar ^es pas , et qui pouvait le voir de près^ car Charies<> Edouard avait voulu faire son entrée à pied datia la vilfo , ne se lassait pas de le regarder , et lat fouk répétait : Il est aussi beau que vail^ lantl et puis on entendait dans ta nuihitude chanter le refrain de cette vieilleehanson roya^ liste que Pon avait cbantée pour Ghariesf II : Le Bûi reprendra sa couronne. Mon cher ami, rappelons-nous nos transports de 181 4
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et de 181 5, et nous remonterons à la joie des fidèles Anglais ) le 4 décembre 1745. Bien ne manquait à la beauté du fils des Stuarts j il avait cette double auréole du malheur et du courage ; grand et fort, sa noble taille était encore rehaussée par l'habit des montagnards écossais ) qu'il n'avait pas quitté depuis son débaïquement en Ecosse \ la toque à plumes noires ondoyantes, le plaid bariolé^ le petit jupon 5 les jambes nUes, ajoutaient à son air martial et noble; sur sa large poitrine on ▼oyait le vieil drdrie de Saint-André; les femmes jetaient des palmes sous ses pas, et sur sa tête, une foule de drapeaux blancs à croix rouge s'agitaient.Oh ! qu'alors ceux qui avaient attaché leur cœur à sa cause , ceux qui étaient venus de France atec lui , devaient être fiers et heureux !
Hélasl ce bonheur fiit court, Derby fut la dernière station de fortune et de gloire ; le malheur vint deux jours après cette entrée
triomphale Adieu^ je romps avec ces
souvenirs, ils sont tristes quand on voit suc* comber le bon droit et le courage» n'étaitce pas Charles-Edouard Stuart qui pouvait
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imeux qu'im autre inscrire sur ses drapeaux la deviise de l'Angleterre :
Dieu et mon droifT