‹ Lettres sur l'Angleterre, ouChapitre 17 sur 19 · LETTRE XXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXIV

. JBUbUgtan, chatbau db i^otb JICMnvbAlCy euismB 4ioDia>B; chatbav db

tl0ttinjji)am, &dvoix-

Ge fut à grand regret ^é nous parûmes si Tite de Matlock , mais nous ayions encore d& beaux lieux à visiter , et il nous restait peu de temps; car ce royage d^enchantemens appro^ ûhait de sa fin : nous n'étions plus qu'^à cin^ quante lieues de Londres. Certes il* y a un

grand charme à aller ainsi de merveille ea

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iBi^nrâHe, à ne voir que le beau des choses. Dans tous ces magnifiques châteaux, nous n^apercevions que ce qui peut fiûre envie; les aisances de la comfortabilité , les prestiges des arts, l'éclat de la richesse. & nous fussions restés plus long-temps sous ces somptueux lambris, nous eussions peut-être découTert dans cçs grands salons des dissensions de famille ; dans ces terres immenses , des embarras de fortune ; mais dans nos rapides explorations nous ne voyions pour ainsi dire que le dessus doré de la yie , nos yeux n'allaient pas plus ayant.

NuHe part nous n'airions trouvé plus de tranquillité et d'air de bonheur qu'à Kedleston , ohiteau de lord Sçarsdàle. Après Woptworth-house , ce palais ( car on peut l'appeler ainsi) est ce que nous ayons vu de plus classiquement pur : c'est une architecture tout-àfait palkuUenne; un magnifique péristyle Ibrmele centre du bkiment et se tteà de beaux pavillons par deux parties semi*- circulaires. Cette disposition est graâeuse et se d^Ioiè bien sur la pelouse. Le péristyle donne dans un de ces haiis que> les Angbis aiment tant*

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Dix -huit ^colonnes d'une espèce d'agate du pays appelée Derby sJdre spar soutiennent la voûte de ce noble vestibule que de belles statues et des vases antiques décoi^nt aus^. En le voyant, je me disais : Cette entrée est trop belle; elle écrasera le reste de la demeure. Non^ le grand salon lui est au moins égal. Ce n'est pas le plus riche que nous ayions vil en Angleterre , mais c^est celui qui m'a semblé avoir les plus belles proportions. La distribution de tout le château nous a aussi paru mieux entendue qu'ailleurs.

Vous allez roir, mon cher atiii, que Péconomie domestique n'y est point oubliée. Nous venions de parcourir les salons, les galeries ^ nous étions arrivés à la chambre de la dame châtelaine ; la femme de charge qin étsât ikotre conductrice ouvrit une porte opposée à celle par laquelle nous étions entrés dans cette chambre, et de l'endroit où j'étais fapes'çui^ une tribune; je crus que c'était celle de la chapelle. Je me trompais : cette tribune don^ nait àaas la cuisine. De cette galerie^ dominant les tables et les fommeaux , là noble maitresae de maison peut de plain«pied inspecter

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et surTeîUer les cuisÎDières et leurs aidés. Lés étrangers s'aperçoirent de cette surveillance. Jamais rien d'aussi propre y d'aussi appétissant que cette cuisine ne s'est ofièrt à eux. Audessus du haut et large foyer , on lit en grands caractères cette spge inscription :

JVant naêj waste not.

Que je traduis ainsi :

Usez , n'abusez pas.

Ou j\uâ littéralement : Ne manquez de rien ) ne gaspillez riené Vraie maxime de ménage.

Et pour que la régularité et l'exactitude se joignent à l'ordre et à Téconoaùe, une horloge placée dans le mur^ en face de la cheminéei marque et sonne les heiires du service et des repaB.

Après avoir 'visité cette cuisine modèle, nous repassâmes dans la salle à manger. Le couvert était mis ; la petite table annonçait que la &mille était peu nombreuse au château. Lord et lady Scarsdale sont fort âgés, et ce que nous avons vu de domestiques a vieilli avec eux. Dans toute cette belle demeure, je dirais que j'ai trouvé qudque chose depatriarphal; mais je me souviens que les pa*

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tiiarches vivaient sous la tente, et que toutes leurs richesses étaient pastorales et sans luxe. Pans un enfoncement de la saUe à manger, je remarquai un buffet à étages , ce que nos pères appdaient un dressoir; des vases d'argent et d'or y des amphores et des brocs , des plats à bords découpés , ciselés et relevés en bosse y étaient placés en évidence. Les Anglais ont ce bon esprit , c'est de jouir tous les Jours de ce qu^ils ont acheté à grand prix; ils ne cachent rien dans leurs armoires , et les yeux touchent ainsi à chaque instant l'intérêt de

Un des vieux domestiques qui nous mon-r traitle château nous entendant parler français, me demanda si je connaissais le comtadeM. • . • Je lui répondis qu'à mon passage^ je l'avais vu à Paris. — Est-il heureux? ajouta le vieil** lard ; car ici nous nous intéressons tous à lui. Il a i^u dansce pays, et nousPaimons tous. Il était gai avec tout le monde, et fier ai^ec aucun. Nous iimes grand plaisir à ce brave homme, en lui apprenant que le tH>mte de M avait yu son dévouement et sa fidélité

récompensés par de hautes dignités et par la confiance d'une illustre princesse.

Il n'y a point de chapelle particulière chez lord Scarsdale ; Péglise paroissiale arec son cimetière touchent au château. Des offices on peut entendre la pelletée de terre qui tombe sur le cercueil. De la plupart des fenêtres on doit Toir creuser les fosses. Les Anglais s'arrangent de tout cela.

Vous figurezHTOus iine fike , un bal qui s'apprêtent : voilà d\m côté les instrumens qui résonnent , les airs vi6 et gais des contresdanses qui se font entendre; de Pautre^ les tintemens lents et lugubres du glas funéraire.

Oh ! comme il faut aimer la danse pour danser alors ! Mais , me dira-t-on ^ lord Scaradale a asses de crédit pour faire attendre le mort. On ne l'enterre qu'après le bal ^ et quand il ne peut gêner personne. Je ne sais si fin* fiuence du seigneur de Kedleston va jusquelà; miôs je sais qu'il a cent foÎ3 oflfort en Tain de bâtir ailleurs une plus beUe et plus grande égtiae que celle qui est si près de hii^ et qun les habitans du pays se sont toujours opposés

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à ce désir y à cause du cimetière. Ils ont répondu : Non / on ioucheraii aux ossemens de nos pères : nous ne wulons pas qiûUs soient troublés dans leurs ideilles tombes. Lord Soarsdale a compris, cela. Oh ! puisse-t^ ne pas entendre somier les funérailles d'un fils. . . Pendant que ndus visitions le château, nous aperçâmes de loin un jeune homme pâle 'et soufirant : c'était un des fils de lord et de lady Soarsdale. Ah ! (pie le cours de la nature ne soit pas interverti 1... que le père, que la mère n'aient point à pleurer leur fils ! qu'ils n'aient point à voir une nouvelle tombe s'élever dans le cimetière qui est si près d'eux I

En nous éloignant de Kedleston , nous repassions en revue ce que nous j avions vu de très remarquable, et nous convenions tous que c'était le château le mieux entendu pour la vie ordinaire d'un grand seigneur, que nous eussions visité.

Nous comptions aller coucher i ffingham sans nous arrêter. Le soleil penchant vers son déclin dorait déjà toutes les campagnes ; une tiède ondée de printemps avait arrosé les routes et abattu la poussière \ notre voiture

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roulait rapidement en descendant la pente douce d'un coteau ; de l'autre côté de la yalr lée nous ^apercevions les maisons rouges de Nottingliam , que les rayons du soleil couchant rougissaient encore. Tout-à-KîOup sur notre gauche un portique surmonté de tourelles e^ de petits dômes moresques fiappa nos regi^rds : cette construction toute nou- ▼elle, bâtie sur le bord du chemin, annonçait ^ne nqble demeure. Nous ciiâmesii nos postillons d'arrêter , et demandâmes quel était ce bâtimep^. Pendant qu'ils nous apprenaient que c^était l'entrée du parc de lord middleton , nous -vipies les portes bronzées tourner sur leurs goqds et ^'ouvrir devant nous. Un concierge en grande livrée nous (Et qu'il ne Sfavait pas si nous serions admis à -visiter Fintérieur du çhfîtefi^u^ car lady Middletqn j était; mais que potre voitui» pouvait entrer et faire un tour dans le parc. Nous profitâmes de cette* permission. A peine j étions*nous entrés , que nous emteqdjmes le bruit des cimbales^ des trompettes et des grosses caisses : c'était toute une troupe.de musiciens à che- Yf4; £^ nous voyant passer ils fir^it hake , se

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ipirent en ligne sur le bord de l'allée , et nous donnèrent une courte et bruyante sérénade y nous apprîmes du jardinier qutf lord Middle* ton avait uqi commandement militaire , et que ces musiciens étaient à lui.

Le château de Middleton , auquel nous par« Tînmes par une longue allée droite , est un des pins réguliers que l'on puisse voir , c'est un bâtiment carré , flanqué de quatre tours crénelées } du centre s'élève un donjon por« tant à chaque angle une autre tourelle; cette partie élevée est en retraite des façades, et laisse autour d'elle une vaste et large terrasse qui règne sur le hXte du château; le tout est bâti en belles pierres de taille, et orné de sculptures gothiques. On travaillait aux jardins qui ne nous parurent pas encore termipés ; nous y admirâmes une belle serre entièrement construite en fer de fonte et remplie de plantes rares et curieuses. Nous alUons partir sans avoir rien vu de l'intérieur de cette noble demeiire, quand nous vîmes déboucher de derrière un massif une élégante calèche; elle suivait l'allée qui mcaoait au château : une fenime seqle y était assise. Le vent du soir

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agitait les longues plumes blanches de son chapea,u de paille d'Italie. Gomme elle passait detant nous avec k rapidité d'une vision , nous la saluâmes; elle nous rencfit gracieuse^ ment notre salut. La voiture arrivée au perron, la nôUe dame en descendit, nous regarda encore et disparut. Nous nous en alKons; un des gens du château vint nous dite de la part de lady Middleton que si cela nous était agréa^ ble , nous pouvions visiter quelques-uns des appartemens. Nous acceptâmes. Le vestibule est d'un style sévère et imposant. Des armures et des bannières décorent ses murailles. Le salon ressemUe a un élégant salon de Paris. Sur la table ronde du miHeUi nous vîmes des journaux anglais et français, des dessins, des caricatures, des crayons, des album, des li* vres sérieux et des romans, des prospectus de bienfaisance et des listes de souscriptions pour l'encouragCTOient des beaux-«rts. Sur ces listes, nous vîmes, avec orgueil le nom de S. A. R. Madame, duchesse deBerry. Quand U&ut faire le bi^Qy ou bien fiûre, nos prmcés ne connaissent ni mers , ni Alpes> ni Pyrénées. Nous traversâmesNottingham sans pouvoir

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nous y arrêter, et ce ne fut pas s»b$ regret ; car cette ville est agréablement b^tie en amphithéâtre, et a un air d^aisance et de prospé^ rite qui donne envie d'y séjourner. On y re*piarque son vieux château tout rempli de souvenirs historiques, et ses nombreuses ma« nufactures de bas de soie et de colon* J^ nous y arrêtant pour passer la nuit, nous eussions été trop loin de Belvoir-Gistle que nous devions voir le lendemain matin ; nous poussâmes donc jusqu'à, fiingham , toute petite ville, mais où nous trouvâmes encore une excellente au^ berge.

Je voudrais bien , mon cher ami, que mon style pût changer comme les choses que je vois et que j'ai à vous décrire j je vais me servir de mots et de phrases que j'ai déjà employés^ et cependant ce sont des émotions nouvelles que j'ai ressenties. Belvoir-Gastle , appartenant au duc de Rutland , ne ressemble ni à filenheim, ni à Stowe, m à Wentwortk* house, ni à Ghatsw orth ^ ni à Kedlestcm. Cest plus une demeure de chevalier qu'un palais , et pourtant toutes les. richesses des palais s^y trouvent* Le jardinier paysagiste n'a riea eu

$1 créer ici; la nature y a prodigué le pitt<H resque. Figurez-vous une immense plaine.... une vapeur blanche s'en élevait pendant que noua la traversions; elle était froide et hu* mide, et nous hâtions notre course à travers ce brouillard du matin : le soleil perça enfin ce voile tendu entre le ciel et les prairies , ses vay ons donnaient sur un fiiisceau de tours qui semblaient bâties dans les nuages; c'étaient cellesîdeBelvoir-Gistie. La montagne dont la cime porte le château était cachée par les nuées de vapeurs , et le noble bâtiment apparaissait seul tout rayonnant de lumière. 11 y avait quelque chose de magique dans ce tableau : on eût dit la demeure d'un être surnaturel... A mesure que nous avancions , le soleil prenant de la force fondait petit à petit le voile Vjaporeux. Nous^ eommençions à apercevoir tout le luxe de végétation du pays qui entoure la montagne et qui la revêt presque jusqu'à son sommet. Jamais plus magnifiques chênes ne nous avaient abrités , et maintenant ce notait plus au-dessus des nuages que le château lions apparaissait^ mais au-^dessus d'^ine immense et haute massç de verdure; c'était

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comme là éourone crénelée de Gybèle posée sur une forêt. L'arenue tourne en spirale autour dû mont; une autre route qui n'est pas celle des maitres monte dans un sens opposé s les provisions suivent ce second chemin qui aboutit à un souterrain. Cest par là que le service se fiiit. Les màita*es n'en voient rien^ el les choses nécessaires à la vie leur parviennent sans que leur aspect vulgaire rencontre jamais leurs yeux.

Ce beau château de Belvoir a été bâti par Jodine,porte^tendard de Guillaume-le-Gon-> quérant. (Tout en Angleterre veut dater de cette époque de conquête.) Sa position militaire a toujours tenté les différens partis. Aussi dans les guerres civiles , Belvoir-Gastle a souvent été pris et repris. Cette magnifique propriété est venue à la famille actuelle pai^ l'alliance d'un Manners et d'une héritière de l'illustre famille de Roos. Thomas Manners^ lord Roos , fut le premier comte de Rutland sous Henri YIII.

Sous Charles I"*', ce château fut assiégé^ {nia et pillé par les têtes rondes de GromwelL Sous Charles II ^ il fiit restauré. On a long-

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temps cité en Angleterre la splendide hospitalité des seigneurs de Belroir. Leur demeure était si belle et si noble qu'ils la préféraient aux plaisirs de Londres. On ne les voyait que rarement à la cour. Nous avons vu plusieurs ordonnances du roi d'Angleterre^ enti'autres une de Jacques I"*, qui enjoint aux grands propriétaires de vivre dans leurs terres et de perdre peu de temps dans la capitale de ses royaumes. Cette mesure nuisait sans doute à Pédat de sa cour; mais cwtes elle ajoutait à k prospérité de ses provinces. Cette Elisabeth que je n'aime pas. mais queje regarde comme un roi habile, avait en recours aux mêmes moyens. De k part d'une fisnune (on dit qu'elles aiment toutes les £ktteurs) , cette ordonnance est encore plus admirable.

Si j'étais seigneur deBelvoir<!Iastle, Londres me tenterait peu. Toutes les grandes exislmces que j'ai rêvées jusqu'à ce jour pour les heureux de ce monde sont au-dessous de celle du duc dé Rutland. Sur ce haut lieu dominant tout un pays qui lui appartient, qoeHe misère d^k vie peut l^atteindre? Les premiers rayons du soleil sont pour lui et brillent sur ses tours

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ayant d'éclairei' la plaine. Ses arbres sont les plus beaux y ses pâturages les plus fertiles , ses champs les mieux cultivés^ ses fermiers les plus heureux. Que peut* il lui mancpier? Ah ! demandez à toute la contrée : tous ses habitans vous diront que sous les ddmes des tours, sous les yoûtes du château, il y a une douleur et des regrets qui ne s'eflbcent pas. Celle qui était Famotu* , Toi^eil et la providence du pays , la dernière duchesse a été en-> levée il y a peu d'années; die a été cruellement arrachée d'une vie toute de bonheur et de bienfaits. Quoique jeune encore, elle était mère de onze en&ns. Nous avons vu son mi^ gnîfique tombeau, et ses petits enfans qui étaient partis avant elle sont représentés re* descendant du cid au-devant de leur mère; ils lui portent des palmes et une couronne , et la gracieuse figure de k duchesse s'élevant du cercueil tend les bras à ses fils qu^elle reconnaît malgré leurs ailes, et sourit au ctd dont elle entrevoit la gloire. Cette idée m'a semblé pleine de sensibilité et de grâce. Je ne me rappelle plus le nom dn statuaire; l'architecte chargé du mausolée est le célèbre Binja-

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min Wyatt. Il n'a point voulu pour la chapelle funéraire la forme d'un tombeau grec ou romain j il s'est heureusement souvenu de ce que le genre saxon avait de plus pur et dé plus sévère; et l'on croira dans quelques an^ nées que cette sépuhuré date des premiers âges chrétiens dé l'Angleterre.

Après nous être fait expliquer le monument qui n'était pas encore achevé^ nous descendîmes dans le crypte^ ou caveau moituaire. Les murs sont tons percés d'ouvertures qui ont six pieds de profondeur : c'est la dedans que l'on poussera les cercueils y et que les plus grands et les plus puissans seigneurs de Bel* voir-Gastle dormiront. Par une noble conscience de la durée de sa race , le duc de Rut-^ ^ land actuel a fait faire un grand nombre de ces étroites demeures. Dans ce premier caveau^ me dit notre guide j il y a place pùur centj et frappant.du pied pour nous fidre voir qu'il y avait encore un autre souterrain sous celui où nous étions y il ajouta : Ici dessous^ il y a place pour mille.

Celui qui pense ainsi à la perpétuité de son nom est digne d'en porter un beau^ Fier du

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pAssé , il compte sur l'avenir. Avec cette con- Victioii, on fonde de grandes choses; mais n^ penser qu'ati présent , c'est le vice des petites âmes. Elles ne comiprennent que le jour qui lès voit végéter : il faut le leur laisser, et ne leur parler ni de ce qui a été, ni de ce qui sera.

La très aimée et très regtettée duchesse (c'est ainsi qu'on désigne dans le pays lâE dernière duchesse de Rutland) aimait beaucoup' les fleurs. Sur le penchant de la montagne, dans un espace dégarni d'arbres , elle se plaisait à cultiver un parterre-, elle y arnvaif par une allée droite plantée d'ifs. Ces ifs sont si Vieux qu'on les dit contemporains de Guillaume-le-Gonquérant. Elle aimait leur sombre' et triste verdure, et s'asseyait souvent sous leur ombrage. Les êtres destinés à mourir jeunes trouvent ainsi de l'attrait aux choses mélancoliquiss , et ne leis fuient pas. C'est à cet endroit de prédilection que le duc son époux â fait élever son magniiiqué mausolée. Jamais maison de mort ne fut mieux conçue.

Comme pour mettre le gracieux à côté du grave, en sortant dii mausolée, nous allâmes à ta laiterie de la duchesse. Bien de plus irais

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et de plus joli que cette laiterie, si ce a'est lu jeune fille qui nous la fit voir. L'intériçur de cette élégante et utile fabrique est revêtu de carreaux de faïence, blancs comme le lait qu'on y garde. Au milieu de tous les vases d'une éclatante blancheur, une gerbe d'eau s'élève vers le plafond et retombe en répan- .dant la fraîcheur. Ce jet d'eau n'est point un jeu puéril : il entretient dans tout cet intérieur une extrême propreté. Au-dessus de la laite^ rie est la fromagerie. On nous la fit également voir, et de là nous allâmes à une ferme très renommée, bâtie par la duchesse : la maison^ les dépendances, tout a été fait d'après ses plans; et pas un agriculteur dans les trois royaumes n'aurait pu faire quelque chose de mieux. Rien de plus simple, de plus sage, de mieux entendu que cette fenne 5 aucun luxe ne s'y montre. On voit que celle qui l'a fait construire ne visait pas au pittoresque j mais au commode. Une des façades de la maison rurale donne sur les champs en labour y l'autre sur une cour carrée tout entourée des bâtimens qui servent à l'exploitation. Le sol de cette enceinte penche vers une vaste fosse

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à iTumier; U pente y conduit tout ce qui s'échappe desétables. Une femme en souliers de satin blanc pourrait faire lé tour de cette cour sans faire une tache à sa chaussuire. Une haie d'aubépine entoure ce réceptacle d'ordures et en dérobe la Tue. Mais ce qui est ▼raiment rayissant de propreté, c'est l'inté^ rieur de la demeure du fermier et de sa fa-" mille. La plus jolie maison de )a Chaussée^ d'Antin ou de la Nouvelle-Athènes, n'est pas tenue avec un pareil soin. « # Mais je m^-aperçois^ cher ami, que je tous ai parlé du mausolée ^ que je commence à vous décrire la ferme ^ et que je n'ai pas encore cherché à yoiis dépeindre le magnifique intérieur du ch»^ teau. Pourquoi n'ai -je pas commencé pair là? En voici, je crois, la raison« Je vous ai décrit tant de beaux vestibules, tant de nobles salons, tant de somptueuses galeries^ que je suis las, etque vous l'êtes peut-être ausâ de toutes ces descriptions* Je me bornerai donc à vous dire qu^ les appfurtenens de Bel** voir^^jastle sont comparables à tout os ^pie nous avons vu de plms beau > et que dé plus la

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position du château leur donne des aspiect^ comme nous n'en avions Vu nulle part. Le grand salon est lambrissé avec une boiserie blanche et or .achetée à Paris il y a peu d'années. Ses moulures tourmentées rappellent le goAt de la régence, alors que tout grimaçait en France.

II n'jr a point à BeWoir un de ces ûmnenses kaUs que nous avions rencontrés dans la plupart des grandes résidences que nous venions de visiter. Ici le vestibule se lie à l'escalier et en fait en quelque sorte partie. Des faisceaux de sveltes colonnes gothiques divisent l'entrée en trois; c'est par le milieu que l'on arrive aux marches qui conduisent au premier étage. Le jour ne pénètre dans cette pièce qu'à travers des vitreaux de couleur. Je ne puis vous: redire combien je fus saisi de respect en y entrant ; je sentais que c^était bien là la demeure d'un fils des preux. Sur des piédestaux, entre chaque groupe de colonnes , il y a des tro* phées d'armures; des statues de bois entièrement recouvertes d'acier, avec la visière du casque baissée , avec la knce ou la bannière

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armoîriée en main, ont l'air d'hommes d'armes qm TOUS regardent passer. Des boucliers avec des devises et des emblèmes^ des étendards et des gonfanops sont appendus aux murs. Vos pas ne retentissent pas sur le marbre ; car de moelleux tapis marquent où tous devez çiarçher. Quand aous entr$unes dans ce Testi-. bule , la fenune qui nous conduisait nous pria de parler bien bas; car. le régisseur était à l'agonie. Nous passâmes deTJipt sa chambre , elle était pleine de domestiques qui pleuraient, li'homme intermédiaire avait touIu ressem* l>ler à son maître , et il s'était fait aimer .^ '

Georges lY, alors qu'il était prince régent , honoraBelvoir-Gastle de sonauguste présence. On parle encoredi^ fttes splendides qui furent données à cette occasion. La plus grosse et la plus haute tour du château s'appelle Stcuinton- ^M'^r (tourd^ Staunton). Un membre de cette ^mille i^vendiqua du duc de Rutland un droit qui avait appartenu à s%s pères : celui d'y recevoir le roi quand un roi y viendrait. En conséquence de cet antique privilège, l'héritier des Staunton, au moment où le souverain d'Angleterre mettait le pied sur U

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$ewï de la tour , vint lui offrir une clef d'or/

Pendant le séjour que le prince fit chez le duc deRutland, il tint sur les fonts de bap-. téme son fils , le manpiis de Oranb y.

Tout lieu célèbre dont on raconte les fiistes a ses pages de bonheur et ses pages d'adverttté. Au^ssous de ces lignes où je tous redise des fêtes et un royal baptême > il faut que j'éerive les mots d'incendie et de désastre. En 1816, le feu a dévoré une grande partie de cette riche et magnifique demeure. Tableaus^^ meubles 9 objets d'ftr|| tout a été ratage; la perte a été estimée plus de lao^ooo livrer «t^riing.

Quand nous avons visité ce beau lieu^ toutes les traces du désastre avaient disparu. Xie duc actuel a dépensé plus de aoo^ooo livres, sterling pour les effacer.

Dans deux écussons gravés sur le flanc des tours, nous avons lu avec plaisir ces deui^ versets des saintes Écritures :

Nîsi Dominas œdificaperit domumi in iHinmm laboraperuni qui œdijicant eam.

Niai Dominus custodierit ciçitatem^ frustra ^^^tfjui custodit eam.

SUR l'anglbterrs. /^BS

11 est noble , il est chrétien à un puissant de la terre de reconnaître ainsi que Dieu seul peut bien défendre et bien protéger les villes et les empires , les chaumières et les châteaux^ Cn lisant ces versets transcrits en latin, je me disais ; Si le duc de Rudand habitait la France, certains journaux ne manqueraient pas de le dénoncer comme un congréganiste.

Bien des choses m'avaient fait aimer Belvoir- Castle. Après le chevaleresque château de Warmcky c'était la demeure qui m'avait la plus ému, et je mets au nombre des choses qui m^ ont touché davantage ces deux inscriptions. Un riche de ce monde qui voit un affireux incendie dévorer une partie de ses richesses et de précieux; che&-d'œuvre des luts, qui ne fait pas entendre une plainte et qui , au contraire , reconnaît qu'il n'y a de bien gardé que ce que Dieu garde , est un homme rare aujourdliui, et son exemple est digne d'être cité.

En arrivant à Grantham, nous parlions encore de tout ce que nous avions vu et admiré le matin; nous eûmes le temps, avant notre ^w, de voir le fioneux clocher de cette

petite yille; il a ayS pieds de haut. Cest au poUège de Grantham que Newton reçut une partie de son éducation- -

Nous allàmeç coucher à Stamford, Nous n'étions plus qu'à trente-six Ueuesde Londres; on s'en apercevait an redoublement d'activité et d'agitation que nous voyions autour de fious. A l'entpur des gouffres, les eaux du fleuve tourbillonnent et s'agitent ; il en est de même des hommes à l'approche des capitales.

Gomme tous ces voyageurs sqnt enta;^^€|t dedans et dessus toutes ces voitures / Quelle foule ! quelle rapidité de course ! Ge vieillard que je vois y malgré se$ infirmités « monté sur l'impériale de cette diligence , va retirer son fils de quelque mauvais pas , l'arracher à quelque liaison flétrissante. Cette veuve vêtue de deuil va faire valoir les services de son mari piort pour la défense de l'Etat. Get adolescent ^ort du collège ; comme son cœur bat : il va voir Londres ! ! ! A chaque instant , il met la tète à la portière , e( son imagination lui fait voir long-temps d'avance et le dôme de 3aint- Paul , et les toui^ de Westminster. Gette jolie Ç}\\e si timide ^ si modeste, qui se cache si bieu

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dans un des coins de la voiture , va-t-eUe apriver seule?. .. Cet homme si court, si gras, â vermeil, qui monte tout essoufflé da^s sa chaise de poste , c'est un membre du club des beefsteacks ; il se r^nd au grand dîner annueL £t cette femime qui a hâte de partir, qui presse les conducteurs. .^ c'est une mère.^ Soii en- &nt est malade, elle va le soigner».. jOh ! comjmue elb trouve que l'on perd du temps !

Yoilà^ mou cher ^mi, les histoires que je me contais à moi-même en regardant par ma fenêtre tout ce qui se passait dans la cour de pptre hôtel j en petit, c'était la vie : du gai et du triste y du burlesque et du touchant y et tout cela passant si vite, si vite , et puis plus de traces, plus de souvenirs»

L'hôtel où nous sommes descendus à Stamford a été ce que nous avons rencontré de moins propre dans tout notre voyage. Pour l'agitation et la tenue, il m'a rappelé le grand hôtel de Chartres. Je ne sais comment vous redire un singulier usage que j'y ai vu; nou , je ne vous le dirai pas. Devinez , si vous pouvez, ce qu'on place sur le traversin des lits qui p'ont pas encore de draps et qui attendent lesî

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voyageurs; devinez : en Basae-Bretagne, on ^'aurait pas une pareille idée.

he lendemain nous parfîmes^ après déjeAnë. Nous avions encore un château à voir, celui du marqms d'^eter. Il touche à Stamfordl , et a été bâti pour le p^nîstre fiivori delà reine Elisabeth ^ le iaçieux Burleigh. Cette grande et majestueuse demeure porte son nom Bur^ teighrhouae.Deux pavillons surmontés de lions iu*més indiquent Centrée du parc. On arrive au chl^eaupar une avenue tournante ^ passant sous des arbres magnifiques et dont on reconnaît encore Pancien arrangement* Toutes ces plantations étaient autrefois régulières; le temps et la mode ont &it des vides et interrompu les lignes.

Par-delà tous ces ombrages s'étend une vaste pelouse, et sur ce magnifique tapis pose la splendide résidence de Burleigh. L'aspect exï est grand et sévère; le ton gris des pierres tranche sur la verdure, et toutes les tourelles, les pinacles et mille cheminées se profilent sur le ciel comme de bizarres découpures. Le vestibule inmiense où nous fûmes reçus ne ressemblait à rien de ce que nous avions vu

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jusqu'alors ; je ne pouvais me rendre compte de son style et de ses proportions. Depuis j'ai $u que ce Aa// avait été jadis une égtise , et que le château y avait été postérieurement accolé. Je ne vais pas recommencer une description d'intérieur ; je vous dirai seulement qu'à Burn leigh*houseiIy a profusion de peintures t tous les murs en sont couverts. Le grand escalier est divisé en trois régions. Sur le plafond le peintre a placé Jupiter 9 Junon, Minerve ji Vénus ) etc. etc.; sur les murs de la première volée, Cybèle, Diane, Apollon berger, PaUi Pomonej et au res- de-* chaussée^ Piuton, Proserpine et leur infernale cour. ..Vous ne pouvez vous fiiire idée de Pensemble de cette composition ! Je pie crus vraiment dans l'en-; fer des Petites Danaîdesj jamais je n'avais vu une telle foule de dieux et de déesses, de gé* nies ailés et de démons cornus.

Nous traversâmes une longue file d'appartemens d'apparat ; dans une des chambres on nous montra le lit où la reine-vierge a couché : les rideaux sont de velours noir avec dea broderies orange. Elisabedi aimait à ce que les poètes l'appelassent la plus blanche

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des filles d* Albion, et ceux qui youlaient lui plaire, l'entouraient toujours de couleurs foncées pour fitire ressortir la blancheur de son teint. Le grave. Burleigh avait -il eu cette coquetterie pour sa souveraine?

Notre guide nous fît remarquer dans un petit cabinet, derrière la glace d'une armoire vitrée, un mouchoir, un dé, des ciseaux et une aiguilfe qui ont appartenu à celle qui a si bien tenu le sceptre de l'Angleterre*

Élizabeth qui avait saisi la lance et Tépée dans les champs de Tilbury, affectait de s'oC'* cuper d'ouvrages de femme.

Dans la longue suite des appartemens de représentation deBurleigh-House,nousavons beaucoup admiré des dessus de cheminées sculptés en bois de cèdre et de tilleul ; des trophée de chasse et dç pèche dépassent tout ce que nous avions vu jusqu'alors dans ce genre*

Me voilà , mon cher ami , à bout de toutes mes descriptions ; nous arrivons ce soir à Londres, dans dix jours nous serons de retour en France. Je vous écrirai encore une fois ayant mon départ, et puis j'irai yous em*

SUR l'angusterub. 4^1

brasser, et sous vos vieux châtaigniers , nous causerons enqore de ce beau pays, qui serait bien inférieur au nôtre si nous savions profi-* ter de tous nos avantages. Adieu.

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