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LETTRE VIII

Windior....

£n vous décrivant Westminster, je vous ai parlé longuement de la chapelle de

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Henri YII , je vous ai dit qu'elle était devenue la salle du chapitre de V ordre du Bain : l'autre ordre illustre de l'Angleterre , celai de la Jarretière , a son chapitre dans une dépendance de la chapelle royale de Saint- Georges de Windsor.

Les derniers évènemens politiques ont beaucoup accru le nombre des chevaliers de cet ordre : les gentilshommes honorés de cette haute distinction ne se plaindront pas , leurs nouveaux frères en chevalerie sont des empereurs, des rois , des princes vainqueurs du vainqueur de l'Europe.

Un roi dont l'ame était toute chevaleresque, Edouard III, avait attaché aux illustrations de son ordre des hommes non moins vaillans que les hauts etpuissans seigneurs de la Jarretière ; on les nommait les pauvres chevaliers de Windsor j the poor hnightSy milites pau-pères. Ces hommes riches seulement en honneur étaient, par la charte de leur incorporation, unis au doyen et aux chanoines de la chapelle royale de Saint-Georges ; ils étaient au nombre de treize. On voit encore leurs successeurs assister au service divin avec

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leur robe rouge y leur manteau bleu brodé jet orné sur l'épaule de la croix de Saint- Georges. Cétait, ce me semble^ une noble et salutaire pensée que cette institution des paa-près chepaliers. Il est bon de prouver aux hommes qu'il y a de la gloire et de l'honneur ailleurs que sous les armures rehaussées d'or. Nous ayons lu sous un porche gothique cette épitaphe qui nous a singulièrement touchés : G-gtt le corps du capitaine Richard Fau» ghan, de Pantglass , du comté de Chëma-von, qui se conduisit avec distinction et honn neur au sennœ du roi Charles P' {^dontla mémoire soit à jamais bénie) j il avait comn battu avec ccurage et constance pendant les guerres civiles^ et ayant perdu la vue par un coup de feu , il obtint pour récompense iétre nommé au mois dejmllet i663 , un des paur^ vres chevaliers de ce chapitre ^ il mourut d 80 ans. Je me figure ce vieux guerrier avenue, venant prier pour le fils du royal martyr, Charles II d'Angleterre ^ en revenant à Windsor , aura parlé à ce défenseur de son père, lui aura dit : Aaii, à quelle bataille afr-tu été blessé ? au}aurd'hui as-tu tout ce qu'il faut

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à ta vieillesae ? Nous avons tu aussi d^ autres pauvres chevaliers y après d'autres guerres civiles.. . et un Charles de France , les récom-* penser par une toucliante parole et un ser* rement de main... Oh! que les rois sont riches! un regard, une parole d'eux paie bien des sacrifices.

Je reviens» cher ami ^ aux magnificences de Windsor. Dans une des premières salles, la salle de bal de la reine , nous avons remarqué des tables, des consoles , des trépieds , des candélabres , des entourages de glaces en argent massif et d'un très beau travail; cet argent que la propreté anglaise ne laisse pas noircir, tranche bien sur les couleurs rembrunies de l'appartement. Ces objets ont été offerts à Qiarles II par la cité de Londres, lors de la restauration.

La longue suite de salles est resplendis- ' santé de dorures et ornée de peintures allégoriques; elles rappellent beaucoup celles de Versailles : ce sont des triomphes , des apothéoses; le héros, ou le demi- dieu, c'est Charles II.

Malgré mon attachement à la noble et mal-

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heureuse race des Stuarts , je dois avouer que j'ai trouyé ces peintures trop louangeuses} celles de Versailles sont plus vraies.

Dans la chambre à coucher de la reine, le lit n'étonne pas par sa richesse, mais ses ri*deaux et ses tentures sont l'ouvrage de pauvres orphelines^ que la dernière reine protégeait. Pour reposer d'un doux sonmiâl , ce lit en vaut bien un de pourpre et d'or.

Letronenebrillepasnon'plus d'une grande splendeur, mais j'y trouve encore quelque chose de touchant ; le dais qui le surmonte a été brodé par la duchesse de Bruns^ck , mère de Georges I". Certes, ce ne sont ni l'or, ni les pierreries qui manquent aux souverains des trois royaumes , mais ils ont pensé qu'un souvenir de famille était bon à conserver, alors même qu'on est roi.

La maison de Brunsvnck n'éloigne pas d'elle les souvenirs des Stuarts, elle semble au contraire vouloir profiter des sévères leçons qui ont été données à ses devanciers. Dans la chambre à coucher du roi se trouve un tableau représeptant l'exécution de la belle Marie, reine d'Ecosse; aucun des détails du sup-

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plice n'a été épai^é. Cest toute la dernière journée de la victime d'Elisabeth : on la Toit d'abord les yeux élevés vers le ciel y la main posée sur son cœur, écoutant la cruelle sentence dictée par sa rivale; plus loin , elle fait sa toilette de mort^ si'agenouille pour communier , et distribue le peu qui lui reste à ses femmes et à de vieux serviteurs ; puis vient la terrible scène de l'échafaud drapé de noir ; et enfin, cette belle tête dans la main du bourreau I

Voilà ce qu'un roi d'Angleterre peut voir tous les matins à son lever; il est vrai que ce tableau est comme perdu au milieu de mille images gracieuses de Vénus, d'amours, de scènes pastorales et de guirlandes de fleurs.

Dans un des appartemens de la Tour ronde ^ nous n'avons pas vu sans émotion un beau portrait du prince Charles Edouard, the un successfull preiender to the throne, in the reign of George the II. Si le succès avait secondé son courage , il n'y aurait rien eu à changer aux peintures de Windsor ; c'eût été un fils succédant à ses pères« • .'un Anglais déplus.

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Je me rappelais dans ces grandes salles dorées quej'aTâis été, bien jeune encore, fidre ma cour à des ladies Stuart; ce n'était point dans ces palais que je visitais aujourdliui , que j'étais venu payer mon tribut de dévouement aux trois descendantes des rois d'Angleterre; mais dans une petite maison d'un petit village près de Londres : c'était à Hampstead que vivaient parmi les émigrés français les nobles exilées du trône; de vieux catholiques anglais les reconnaissaient encore princesses du sang royal, et les honoraient' comme telles. Il y a ime grande fidélité dans notre religion, nous tenons à nos rois parce que nous tenons à nos dogmes.

La maison de Btiinsvrick, pour mettre sa conscience en repos, a élevé desmonumens à ceux dont elle a hérité; aussi Georges IV vide joyeusement sa coupe d'or dans la salle de banquet des chevaliers de Saint-Georges.

Cette salie sera ce qu'il y aura de plus beau à Windsor, elle sera digne des illustres chevaliers de la Jan^etière , et du roi qui l'a £dt bâtir; son architecture rappellera les plus magnifiques ouvrages gothiques.

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Alors que les cheraliers de SsdnlhGeorges seront assis dans celte salle des'banquets , entourant leur roi et buyant à la prospérité de la pieUle Angleterre ; alors qu'ils verront flotte leurs bannières annoiriées au-dessus de leurs têtes , et qu^ils entendront les chants de rule Biitannia , ils £ront peut^-ètre : Ces honneurs dureront toujours , toujours cette salle sera témoin de la gWire de l'ordre.

Rien n'est moins certain : nous avons vu la saHe du chapitre de l'ordre illustre du Saint- Esprit , nous avons reconnu les armoiries de nos plus nobles familles sculptées sur les cent piliers de la grande galerie du mont Saint-Michel..... Quand cesécus des chevahera furent appendus dans cette salle de l'ordre, les chevaliers de Saint -Michel et du Saint-Esprit ne purent-ils pas dire: Cecidurera toujours? L'emplacement existe encore, on y entend encore des voix... mais la salle des chevaliers est devenue un atelier de travail , les voix qui s'y élèvent sont celles des prisonniers qui chantent ou qui jurent dans leur captivité. Comme je l'ai dit ailleurs , là où était l'honneur on s'est plu à mettre le crime.

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Nous ayions parcouru tout le palais , nous descendîmes ^dans le parc; il n'est remarquable que par la beauté de ses arbres qui retracent encore à trayers des campagnes irré^ gulières de longues allées droites, éclairdes par le temps.

Au bout de la longue allée se voit la résidence d'été de S. M. actudle, the royal lodge. Ce cottage se j^essent de l'hôte illustre qui l'habite; c'est en Tain qu'on voudrait s'y croire dans une chaumière. La magnificence perce sous le chaume, et si c'est vraiment la simplicité des champs que Georges lY vient chercher dans son cottage , il ne doit pas souvent Fy rencontrer.

Ce qui prouve que la grandeur et la puis^ sance que tant de gens envient portent bien leur ennui avec elles , c'est que tous les rois aiment à s'en débarrasser, à s'échapper de leurs palais et à aller se reposer sous quelque abri champêtre, ou du moins qu'ils croient tel, et où l'étiquette trouve encore le moyen de les suivre.

Près de cette rxyyal lodge s'élève une autre résidence, Frogmon lodge^ habitée par une

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des sœurs du roi j cette retraite favorite de la princesse Augusta est digne d'être TLsitée. Un des salons est entièrement orné de têtes d'études d'après Pantique, toutes dessinées par la princesse royale, feue reine de Wurtemberg. Dans les jardins on trouve une caverne marine sur le bord d'un lac , la cabane d'un bramine, et plus loin la grotte d'un ermite chrétien ; on voit le solitaire assis , lisant les Saintes Écritures , près d'une table couverte de firuits , d'œuÊ, de lait et de pain. Toutes ces choses que l'on voyait jadis dans les bosquets et les charmilles de France , et qui nous ont toujours semblé de si mauvais goût , reviennent trop à la mode en Angleterre. Les Anglais ont<-renoncé à la pureté des foimcs pom* leurs vases. Je crains que pour leurs jardins ils ne se gâtent aussi : nous avons déjà vu de ces jeux mesquins et de ces enfantillages ; les i& taillés et les buis en bordure commencent à reparaître.

Près de Windsor est le collège d'Eton, fondé par Henri YI. Dans les premiers temps de sa fondation , il n'était destiné qu'à recevoir vingt*cinq pauvres écoliers degrammaire,

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et vingt-cinq pauvres infirmes qui devaient , avec leui*s maîtres et les supérieurs ecclésiastiques , prier tous ensemble pom* le roi. Le nombre actuel des étudians est de cinq cents : mais pour bien remplir le vœu du fondateur, les cinquante pauvres écoliers et infirmes d'autrefois valaient mieux que les cinq cents étudians d'aujourd'hui.

The Castle liotel^ où nous sommes descen* dus ici, ne peut être trop recommandé aux voyageurs, ail the best accomodaiions are there to be found.

Cette excellence des auberges est une des choses qui étonnent le plus Tétranger qui visite TAngleterre. Peut-être plus d'un noble Anglais , en quittant pour la première fois son comfortable pays^ a-t-il cru que sur le continent ce serait même chose : à Calais, à Boulogne , à Dieppe, son illusion aura pu durer encore \ mais en avançant en France que de désappointemens ! que de mécomptes ! Il y a cependant dans le caractère français quelque chose de poli et d'accueillant, qui pourrait faire croire aux bons aubergistes; mais cette disposition à bien ac-

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cueillir e$t étouffée chez nous par l'amourpropre. Un mahre d'hôtel garni en Angleterre se contente d'être maître d'hôtel ; il s'occupe de son état, il vient au-devant des voyageurs jusque sur le seuil de son hôtel , prendre avec une respectueuse déférence les ordres des personnes qui arrivent chez lui : sa femme ^ ses wcùiers raccompagnent , et le voyageur qui descend de voiture est conduit par eux au salon ( the sitting room) où il trouve presque toute la confortabiUté du chez soi, puisque ce salon est réservé pour lui et sa famille. En France , le bruit d^une voiture fait bien arriver sur le seuil quelques garçons de l'hôtel ; naais ni le maître du logis , s^il est occupé à lire son jomnal, ni la maîtresse si elle est entourée des aimables du lien, ne se dérangent : ils croiraient déroger. Ils ne sont aubergistes qu'en passant^ ils aspirent à mieux , et font mal un état qu'ils font à contre-cœur. Tous les soins étant laissés aux subalternes j la propreté , les prévenances , les attentions man-« quent à l'étranger. Dans notre pays, en général^ on a hâte de quitter l'hôtel où l'on est descendu y tandis que je connais en Angle-

terre plus de vingt auberges où l'on passerait des saisons entières, sans qu'aucun des agrémens matériels de la vie de château manquât. Ces réflexionsjelesaifaitesdansdetoutpetitSTiUages. L'Angleterre, avec toute sa puissance, tou* tes ses richesses, ne peut acquérir les avantages que nous avons sur elle. Rien ne peut lui donner notre beau soleil, nos expellens fruits et nos vins généreux. Ces dons , nous les tenons du ciel, comme elle tient de lui ses brouillards et les mers qui Fentoui^ent et la défendent ; mais nous pourrions avoir , si nous le voulions bien, ses chemins , ses trottoirs et ses auberges : car c'est ellenoième qui s'est fait toutes ces choses, et ce que les hommes ont fait là , ils peuvent le faire ici. Adieu , cher ami \ vous voyez que notre part est la meilleure, et qu'elle ne peut nous, être ôtée. Soyons donc heureux et fiers de notre France, sans négliger d'y transporter tout le bien qui est transportable.

Si j'avais eu le temps, je vous aurais raconté une belle histoire de revenans , dont la scène est le château de Windsor ; mais ce soir il est trop tard , j'aurais peur. Adieu.

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