‹ Lettres sur l'Angleterre, ouChapitre 7 sur 19 · LA GAAYATE DE DENTELLE · texte numérisé non relu

LA GAAYATE DE DENTELLE

Les histoires de revenans sont celles qui restent le mieux gravées dans la mémoire. Lequel de nous^ mon cher ami , ne' se souvient encore du saisissement qu'il éprouvait alors que dans ses plus jeunes années il enten^ dait raconter, soit chez son père, dans la chambre des enfans , soit dans une des grande^ salles d'un collège, quelque apparition d'une ame qui était revenue au milieu de la nuit demander des prières ou ordonner une restitution ?

Quant à moi, je me rappdle toujours une histoire que Walter Qifford , mon ami de col* lège, me dit il y a bien des années. Cet ami aimait de passion les choses sombres et mysté*

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rieuses^ il me disait quelquefois : Je voudrais mourir^ quand ce ne serait que par curiosité. Il est mort jeune, et aujourd'hui tous les mystères lui sont révélés.

La scène de l'apparition que je vais vous redire est le château da Windsor. Aussi en le visitant, je m'arrêtai plus long-temps qu'ailleurs dans la chambre du roi... je regardai ce gi*and lit avec ses rideaux de velours et ses gros panaches, cette haute et large fenêtre. • • mais je m'arrête. Si voys recevez cette lettre au milieu du jour, ne la continuez pas : «ttendez pour la lire que la nuit soit venue. Alors, à la fûble lueur d'une bougie, auvrez4a^ et vous verrez que

Le 4 janvier 1736 tout étaifen mouvemBOt au château de Windsor : la reine Sophie ^ femme de Georges I**^ , se mourait. . . £Ue avait fait appeler le roi; tout le monde avait été renvoyé de la chambre de la mourante^ les deux époux étaient restés seuls pendant plus d^une heure ^ et Ic^ courtisans avaient reaiar^qué que Georges, malgré sa froideur halu-tuelle , avait eu en sortant de ce lugubre en* ti^etien, le visage baigné de larmes.

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Le reine Sophie voyait la mort Tenir sans eilroi; malgré la couronne, la\vie ne lui avait p9$ été douce : elle s'était vue négligée par son royal époux, que lady Horatia D.... avait subjugué depuis plusieurs amiées par sa coquetterie et ses clmniies. Feoune soumise , Sophie de Bruos^ck avait souffert en silence ; nviis avant de mourir, elle Voulut essa^^er de rompra les liens criminels de son mariJLorsqu'elle i^t Georges debout à cMé de son lit dé mort, elle lui tendit la main, en disant d'une voix défaillante : jdh Ije ne mourmU pas si i4te si ffpus m'apiez aimée !' ,

Le roi se p^achant sur sa utaîn^, la baisa , y laissa tomber quelques lavmes^et voulut parler; mais la reine reprit : Georges, à présent tout est oublié, tout est pardonné ; Dieu qui m'appelle à lui voit dans mon cœur... ce cœur vous aime encore; aussi je ne vousfe-^ rai pas un seul reproche, mais je vous adres-^ serai une prière , et en disant ces mots, elle se souleva à demi^ serra la main du roi avec toute la force qui reste à une femme mourante , et ajouta : Au nom du Rédempteur des hommes , si ce n'est par amour , par pitié pour

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moi, poar TOtre salut étemel, je tous en conjure^ Georges, renoncez à la yie coupable que TOUS menez. Si je deTais tItto encore , TOUS pourriez croire que c'est pour mon bonheur que je tous &is cette prière. •• mais demain je serai froide et insensible à tout dans «mon cercueil; ami, c'est pour Totre ame que je TOUS implorer ne Toyez plus lady Horatia.

— Je TOUS le promets, répondit le roi. Sophie, ne parlez pas ainsi ; ces pensées-là tous font mal.

— Elles m'en ont bien fait; mais à présent je Tois le ciel... Il n'y a point de jalousie dans le ciel !... Quand tous y Tiendrez, Cîeorges , TOUS n'aimerez que Dieu et moi. Là, on n'aime que ce que l'on doit aimer. . . Demain. . •

— Eloignez cette idée : tous n'êtes pas aussi mal ; les médecins assurent que nous pouTons conserrer de l'espérance. Toute l'Angleterre prie pour tous.

-~La Tie d'ici-*bas n'est pas ce que je.yeux : ce que je Teux , ce que je demande , c'est que TOUS songiez au monde où je Tais entrer... moi demain, et tous dans un an.

En prononçant ces dernières paroles^ la

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voix de la reine mourante avait repris de la force, ses yeux fixes s'étaient attachés sur ceux du roi^ et elle ne parlait plus que son doigt levé montrait encore le ciel.

Après cet effort , elle garda un long silence, ses yeux ne se rouvrirent plus et ses lèvres s'agitèrent sans proférer une parole distincte. Le roi s'éloigna alors de sa couche, et tout Windsor remarqua sa douleur.

G>nune la r^e Pavait axmoncé , le lendemain elle fut froide , insensible à tout, et exposée morte et couronnée sur un lit de parade.

Toute la com* vint en deuil pour lui rendre les derniers hommages , et lorsque la voiture de lady Horatia s'arrêta devant le grand escalier du château, des officiers du palais s^approchèrent de la portière, et signifièrent à l'ancienne favorite qu'elle ne pouvait être admise.

Bientôt cette disgrâce fut connue; on en parlait tout bas en traversant les appartemenS| et même dans la chambre funéraire on se répétait: Si elle avait été éloignée avant , ce jour, celle qui est gisante ici ne serait peut^

ISâ LETTRES

être pas morle sî vite... D autres disaiei^t t Ce u'est que par étiquette , la disgrâce ne sera pas longue. Ceux*Ià ne se trompaient pas ; avant peu de mois, ladj Horatia avait repris tout son séduisant empire. Georges était retombé sous le charme , mais son amour, mais les distractions que l'on cherchait à lui donner, ne pouvaient effiicer sa tristesse j tout enétant infidèle , il se souvenait malgré lui de la dernière prière de la rrine; et tout en s'en rappelant, il ne pouvait résister à l'enchanteresse qui re-> doublait d'efforts pour le captiver. Georges aimait beaucoup la musique ,* lady Horatia lui donnait de ravissans concerts, et au milieu de tous ces plaisirs , il entendait une voix qui loi répétait : Moi demain, vous dans Un an ! Déjà il y avait six mois que la reine était morte ; la favorite avait reçu Georges chet elle, mais n^avait point reparu à Windsor; son amour-propre et le désir d'humilier ses rivales et s^ ennemis lui faisûent vivement désirer d'y revenir. Souvent elle en avait parlé au roi^ qui jusqu'alors avait toujours répondu par les mots de deuil et de cônçe^ nances; elle l'emporta enfin, et elle revînt au

château resplendissante de parure et radieuse de fierté. Jamais ses regards n^avaient été si biiUans de Tivacité et d'orgueil , jamais ceux du roi n'avaient été ni si tristes , ni si humbles^ car il ayait un grand poids sur le cœur. La journée fut longue et embarrassante pour lui.

Enfin la nuit vint le sauver de la représentation I mais il ne vit point s^en aller avec la foule le remords qui attristait son ame. Quand fl fut dans sa grande chambre, en se rapprochant de son Kt , il se rappela que c'était la rrâaie qui en avait brodé les draperies et les omemoifis ; 41 voulut chausser cette pensée, «lie revint : sur sa cheminée il avait un calendrier , ses yeux se fixèrent dessus ; il compta les mois écoulés ^ il y en avait déjà six : encore un ressouvenir qu'il s'efforça vainement d'âoigmer. Comptant que le sommeil le délivrerait^ 9e& sombnespenséeS) il se bâta de se coucher ; mais le soonnml ne vint pas ; le plus pauvre bboureinr -de ses trois royaumes dormait au bout de sa journée, lui ne le pouvait |Mis; c'était en v^in qu'il se toumadt et se retoumait-siir sa ooucAiè, ses yeux se refusaient

à se fermer. A travers les hautes et larges fenêtres de sa chambre ^ la lune projetait de longues gerbes de lumière qui se dessinaient sur le tapis ; tout à coup il vit entre le lit et la croisée quelque chose qui ressemblait à de la fumée y et qui s'élevait du milieu de lappartement ; il crut qu'une étincelle avait mis le feu au plancher^ il se leva pour l'aller étendre; mais arrivé à l'endroit d'où il avait vu partir la fumée , il ne trouva rien. Seulement il s'aperçut qu'une odeur d'encens et de ces baies que l'on brûle à l'entour des morts , s'était répandue dans sa chambre. A peine re* couché, il vit de nouveau la vapeur bleuâtre s'élever du parquet : elle ress^nblait à un léger nuage , mais bientôt elle se condensa. D'abord sa forme avait été indéterminée ; mats petit à petit ce brouillard en se roulant sur liûrméme prit l'aspect d'une figure humaine; en revêtant cette forme , le feuatôme , si c'en était un, avait gardé sa transparence , et les rayons de la lune perçaient ce corps qui ne formait aucune ombre. Georges le vit qui s'avançait vers son lit : par un mouvement in* volontaire , il se retourna pour ne pas voir ce

qui lui semblait surnaturel; mais une main plus glaciale que le marbre d*un tombeau se posa âur son épaule nue , et en même temps une voix douce répéta trois fois : Georges I Georges! Georges /Alors tressaillant et couvei t d^une sueur froide, lecoupable époux deSophie de Brunswick tourna la tête, il vit penchée vers lui Fombre de la reine ; la mort n'avait fait que pâlir ses traits , ses grands yeux noirs brillaient d'un éclat extraordinaire au milieu de sa pâleur sépulcrale, son vêtement n'était autre qu'un long linceul; sur sa tête brillait encore cette couronne que l'on place aux funé« railles dans les cercueils des rois et des reines.

D'un accent solennel, au milieu du profond silence de la nuit, elle proféra ces paroles : Georges, vous avez oublié la promesse sacrée que vous m'aviez faite sur mon lit de mort , Dieu m'a permis de venir la rappeler. Georges^ convertissez-vous au Seigneur, ses jugemens sont terribles, et en vérité, en vérité je vous le dis, votre jour approche; celle que vous aimez d'une coupable passion, peut vous précipiter en enfer; mais ne pourra vous re-

tenir sur la terre un jour de plus que le jour fixé. Georges ! Georges, convertissez-vous au Seigneur !

Après ces mots, comme un petit souffle passa sur le visage du roi ; il regardait toujours, il ne vit plus rien ; il écoutait encore, et tout était silence. EstK^e que je dormais? se demanda-t-il ; serait-ce un songe? Maie non je suis sûr que je ne dormais pas ; comme cette ombre lui ressemblait!.. Oh ! il n'en faut plus douter , c'est un avertissement du cid.

J'y suis décidé , je ne reverrai plus celle que je ne dois pas aimer. . . et pour confirmer cette bonne résolution, le roi se nnt à prier ; toutes les heures de la nuit se tramèrent Ion* guement, il les compta toutes résonnant sous les voûtes du château.

Le lendemain avait été fixé pour une fête chez lady Horatia j Georges fit dire qu'il ne s'y rendrait pas, et que pendant plusieurs jours il voidait ne voir que ses ministres.

Cette subite résolution effraya la favorite. Elle intrigua si bien qu'elle parvint à revoir le roi malgré lui; d'abord il voulut être froid et sévère, mais elle fut si aimable,« séduisante

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qu^il allait redevenir tendre , quand ses rÏB*gards tombèrent tout'-à-coup sur l'endroit même où la reine lui avait apparu. .. Alors retirant sa main des mains de la belle maîtresse, il dit : Cest ici même qu^eile m'a dit cette nuit de renoncer à tous.

— Qui? demanda Horatia , qui vous a vu cette nuit?

-^- Celle que Dieu m'avait donnée pour épouse , la reine Sophie.

— Vous et l'Angleterre l'avez pleurée; Georges, ne prisez plus à elle, elle est en paix dans son tombeau.

— Les tombeaux se rouvrent quelquefois, et le sien s'est rouvert. . • Elle en est sortie. . • cette nuit... ici même, là près de mon Ut, je l'ai vue... vue des yeux de n^on corps... Je l'ai entendue, elle m'a crié : Georges I Georges! convertissez-vous au Seigneur , et renoncez à votre coupable amour 1

— Ah ! sire, vous ne m'aimez plus 1 et pour rompre les liens qui faisaient mon bonheur , vous recourez aux visions et aux songes^.... Georges, il serait plus simple de me dire : Horatia, je ne vous aime plus. . .

Des sanglots et des larmes suivirent ces paroles, et le roi qui s'était éloigné de son amante, revint près d'elle et ajouta : Horatia, comment pouvez-vous dire que j'ai cessé de vous aimer? si je ne vous aimais plus, je ne serais pas si à plaindre ! Mon devoir me cne de ne plus vous voir, de rompre avec vous, mon amour est plus fort que mon devoir. •• que Dieu même... car il m^envoie les morts pour me commander de ne plus vous aimer... et cependant je vous adore toujours. ••

Parlant ainsi Georges serrait Horatia sur son sein , et les larmes qui Pavaient fait revenir à elle furent promptement sécbées.

Il y a tant de puissance dans les paroles de la femine qu^on aime! elles savent si bien s'insinuer dans le cœur et dans l'esprit , qu'avant la fin de la journée Georges ne pensait déjà plus que c'était bien un avertissement de Dieu qu'il avait reçu la nuit précédente, et que c'était bien Sophie de Bruns^ck qui lui avait apparu. La conviction qu'il avait eue le matin^ il ne l'avait plus à la fin de la journée ; elle s'était pour ainsi dire fondue devant les sourires d'incrédulité de son amante.

Stm L^ANGLETERRE. lâg

Quand il rentra seul dans la chambre royale, il se répétait : Horatia a raison, c'était un vain songe de mon esprit, les morts ne reviennent pas*

Il se trompait, Dieu permet quelquefois que les sépulcres se réouvrent , et la reine reparut encore. Pâle comme la veille , son visage cette seconde fois était plus sévère. Georges , dit le spectre qui se tenait debout au pied du lit, et dont une des mains soulevait le rideau de pourpre ; Georges, vous aimez mieux ' la croire que moi^ vous avez dit comme elle que Dieu ne vous avait pas parlé par ma bouche ; que ce n'était qu'un vain rêve de votre esprit... £hi bien^ Georges , écoutez -moi: c'est la dernière fois que moi qui fus votre épouse, que moi qui suis dans le cercueil, ferai entendre une parole*. • Après cette pa-« rôle mon silence sera étemel^ mes lèvres tomberont en poussière* Georges, conveitisrsez-vous au Seigneur, car votre heure approche... et pour que , demain , vous et elle ne disiez pas encore : Non, Sophie de Bruns- Wick n'est pas sortie de son tombeau , voilà un témoignage que je vous laisse*. . Si la main

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d'un mortel peut défaire ce nœud que la main d'un habitant du sépulcre a fait, alors riez-yous de mes paroles , de mes avertissemcus ; mais si au contraire ni yous , ni elle , ni aucun autre ne pouvez dénouer ceci, alors dites-vous : Cétait bien une vision réelle j c^était bien Sophie de Brunsvnck qui est venue me répéter de me convertir au Seigneur mon Dieu.

En prononçant ces paroles^ le spectre se pencha sur le lit, prit une cravate de dentelle que le roi avait quittée^ la noua et la jeta sur le sein de Georges étonné et tremblant.

Après ce geste, les lourds rideaux de velours retombèrent en agitant leurs anneaux dorés, et la vision disparut.

Alors le coupable époux de la reine Sophie ne doutait plus. Couvert d'une sueur froide , entendant battre ses artères , il restait immobile j ses yeux ouverts demeuraient fixes comme s'il la voyait encore. Il écoutait , mais la voix s^était tue, et le bruit triste et monotone de la pendule troublait seul le silence de la nuit. Ce léger morceau de dentelle pesait d'un poids immense sur son sein , et il n'osait

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l'dter de dessus lui... Enfin, rougissant de sa frayeur, il se leva tout-à-coup, prit la cravate nouée , et la porta près de la lampe qui brûlait dans un cabitiet voisin. Avec un tremblement nerveux, il essaya et essaya à diverses reprises delà dénouer... mais tous ses efforts étaient vains , et chaque essai infructueux augmentait son émotion et sa crainte.

Rentré dans sa chambre , il ne songea plus à dormir ; il fit allumer beaucoup de lumières, et se fît lire les requêtes qui lui avaient été remises pendant les fours précédens ; mais au milieu de toutes ces occupations , la pensée de la vision restait fixe et constante.

Le lendemain , Georges alla le soir chez lady Horatia , il y vint avec un visage somibre et sévère \ elle était toute parée pour une fête ; le roi la voyant accourir en souriant au-devant de lui , lui dit : Le moment des sourires et des enchantemens est passé. Tous m'avez trompé, madame, elle m'est encore apparue cette nuit.

— Votre imagination s'égare , votre esprit se trouble et vous trompe , répliqua la belle Horatia.

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— C'est TOUS qui me trompez , vous seule , répartit Georges avec sévérité ; vous m'avez dit que ce n'était qu'un songe , eh ! bien voyez ! Parlant ainsi, il lui donna la cravate, et ajouta : Voilà ce que la reine m'a dit.

Georges , conçertissez-çous au Seigneur , car 9otre heure approche..* et pour que, de-rnain, vous et elle ne disiez pas encore : Nony Sophie de Brunsu^icJb n^est pas sortie de son tombeau , voilà un témoignage que je vous laisse... Si la main d'un mortel peut dé/aire ce nœud que la main d^un habitant du se-pulcre a fait y alors rie z^ vous de mes pa^ rôles et de mes avertissemens } mais si au contraire ni vous , ni elle y ni aucun autre ne pouvez dénouer ceci, alors dites-vous : (détail bien Sophie de Brunsivick qui est venue me répéter de me convertirau Seigneur mon Dieu.

Horatia , voilà ce nœud , essayez de le dé* nouer ; si vous y parvenez je ne croirai plus à la vision. .. je serai tranquille et heureux.. .

— Qu'à cela ne tienne , répondit Horatia , qui voulait encore sourire mais qui commençait à trembler ; qu'à cela ne tienne , je vais bientôt avoir défait ce nœud. . . Et de ses jolis

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doigts tout brillans de bagues et de diamans , elle tournait et retournait dans tous les sens la cravate de dentelle; elle essayait, s'arrêtait et essayait encore , mais toujours sans pouvoir relâcher le moindrement ce nœud surnaturel.

— Vous voyez bien , dit le roi , que vous ne pouvez réussir.

— Eh ! bien , répondit la jeune femme impatientée et inquiète, je ferai comme Alexandre avec le nœud gordien..^, et elle jeta la cravate nouée dans le feu.. .

— Le roi la retira, mais elle était déjà en flanmie; il la jeta loin du foyer : en tombant, elle toucha à la robe légère de lady Horatia ; la ga^ s'enflamma aussitôt. Effrayée et perdant la tête, la maiti^esse de Georges se mit à courir en appelant du secours ) le mouvement , les portes ouvertes redoublent le feu. Bientôt Horatia jetant d'affreux cris parcourt le château j on dirait un météore flamboyant traversant les longues salles... on ne reconnaît plus la jeune amante du roi parée pour une fête... Elle tombe enfin exténuée de dou-

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leur... elle tombe et expire dans d'horribles soufirances...

Depuis ce jour, Georges devint de plus en plus mélancolique : on le voyait passer de longues heures en prières ; il fonda un hosrpice et fit beaucoup de bien au nom de la reine Sophie : Il répétait souvent. IJnfi partie de ce qiûelle a dU a été prouvée y aucune main n'a pu dénouer ce qu^eUe avait noué; Vautre moitié de la prophétie s'accomplira aussi ^ et je mourrai bientôt.

Le roi en parlant ainsi ne se tronf^t pas ; deux mois après la mort de lady Horatia , il mourut ; l'année do la mort de 1^ naine n'était pas révolue.

Vous aurez trouvé ma deniière lettre bien longue, mon cher ami, mais vous m'excuse-

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rez en pensant que Windsor est le Versailles de l'Angleterre; et puis vous connaissez mon goût pour tout ce qui rappelle les vieux jours du passé : où je trouve des souvenirs , j'aime à rêver long-temps. Ce n'est rien q^e de v(Mr des yeux du corps ; on regarde mieux avec ceux de l'esprit , et ces regards-4à aiment à se pro-longer. Dans notre rapide voyage on me fait souvent violence , on m'accuse de ne pas assez admirer les ensembles et de rester trop longtemps devant quelques détails : certes je ne puis me plaindre , car si l'on m'arrache à ce que je regarde ^ c'est pour me conduire vers d'autres mwveiUes ; mais la vieillerie devaat laquelle je me plaisais, il mêla faut quitter. Par exemple, de tous les monumensde Westminster celui qui m'a intéressé davantage, c'est une pieiTe brute enchâssée dans un vieux siège de bois vermoulu ; mon guide m'avait dit que c'était sur cette pieiTC que les rois d'Ecosse, et depuis les rois d'Angleterre , se faisaient sacrer; et mon imagination s'était attachéeà cette pierre , et je commençais déjà à évoquer tous les princes qui s'y étaient assis , quand un de mes amis vint me reprocher de donner tant de

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temps à si peu de chose. Je le suivis en pensant qu'il avait raison ; mais c'était un sacrifice que je faisais.

On dit que quelques Ecossais sont doués d'une seconde vue (second sight ); ils voient dans l'avenir : moi , je ne vois rien de ce côté, qued'épaisbrouillards, et je ne m'en plains pas ; mais Dieu m'a donné aussi une seconde çue , c'est celle du passé : souvent il me revient et se déroule sous mes yeux; quelquefois ses faits m'apparaissent comme des tableaux à demiefiacés par le temps^ d'autres fois ils sont tout brillans de couleurs vives ettranchantes.Dans les vieux manoirs y sous les gothiques voûtes des rois et des chevaliers , je ne trouve jamais de solitude ; un sentiment qui ressemble à une émotion religieuse s'empare de moi , je m'isole du moment actuel, et sans efforts je remonte les siècles ; alors les grandes salles que je parcours sont habitées comme elles l'étaient jadis. Ici, dans cette profonde embrasure de la fenêtre, tout près de cette croix de pierre, qui rappelle des souvenirs de croisades , et qui a fait donner à ces ouvertures le nom de croisées^ je vois la noble châtelaine assise à son

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métier de tapisserie, près de ce large et haut foyer ; j'écoute, ainsi que tous ces jeunes enfans que j'aperçois assis sur ces bancs creusés dans l'épaisseur des murs, sous le manteau de la cheminée, les histoires de batailles que raconte le vieux chevalier, haut et puissant seigneur du lieu que je visite. Préoccupé ainsi du passé , je ne vois pas tout le matériel du présent ; aussi je suis fort mauvais pour prendre des mesures exactes. Qu'unautre vous dise combien ces voûtes ont de hauteur , combien ces salles sont longues ; moi , je n'en sais rien, j'ai bien mieux aimé leur demander les faits qu'elles ont vus que ce qu'elles comportent de pieds et de pouces ; l'im m'importe plus que l'autre.

Si dans le plus simple petit castel, bien vieux et bien historique , j'éprouve toutes ces émotions que j'aime et que je recherche, jugez , mon cher ami, de ce que je dois éprouver ici; dans les villes ordinaires, on est obligé de chercher les monumens, il faut passer devant des maisons vulgaires pour arriver à ce qui vaut la peine d'être visité. A Oxford , ce qu'il y a de plus rare, c'est un bâtiment qui ne soit

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historique ; toutes ces longues murailles entrecoupées de tourelles, ces toits surmontés de dômes, ces porches en ogives, ce sont des rois et des reines , des cardinaux , des ministres ou des princes qui les ont bâtis : on dirait que les simples bourgeois ont été bannis lors de la construction de la ville savante. Le voyageur est comme étourdi des grands noms que lui redit soii guide en le promenant à ti*avers tous les magnifiques collèges. A celui de Sainte- Madeleine (caria protestante université d'Oxford a conservé toutes les anciennes dénominations catholiques, de collèges deToi^^am^^, de toutes amesj de corpus Christi, etc., etc.), on vous montre le tombeau du fondateur Waynflete , chancelier du malheureux Henri VI. Au QueerCs collège , on vous cite Robert d'Eglesfield , confesseur de la reine Philippa d'Espagne , femme d'Edward III. A Unipersity collège , c'est AIfi*ed , roi troubadour et guerrier, qui le premier rassembla dans ce lieu quelques en£uis de la harpe et de la science.

Plus loin , à Oriel collège ^ vous entendez le nom d'Edward II. Balliol collège redit ce-

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lui de son fondateur, Jean Balliol, père de Balliol, roi d'£cosse.

Puis TOUS entendez citer les patrons , les saints de la réformation protestante , le chaste Henri Y III , la vierge reine Elisabeth et le cardinal Wolsey.

Dans ces vastes et nobles collèges les cha<* pelles attirent toujours l'attention des voyageurs , c'est la partie la plus soignée : pas une pien*enemanque à leurs voûtes, pas unefeuille à leurs corniches; les statues mêmes de ces saints que l'on n'y vénère plus sont réparées avec un soin extrême. Nous avons remarqué des têtes nouvelles remises sur les corps de sainte Ursule et de sainte Brigitte ; en vérité > si , comme je le crois, le cathoUciune rentre un jour dans ses vieilles églises d'Angleterre, il n'aura à y rapporter que des tabernacles et des confessionaux. Pendant que nos voisins gardent ainsi la forme matérielle de l'ancien culte de leurs pères , nous, nous bâtissons des églises qui n'auraient rien à changer pour devenir des temples protestans.

Au-dessus de la porte d'entrée de Unii/er- 3i$y collège^ nous avons remarqué une statue

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de Jacques II; elle a été offerte à ce collège par un gentilliomme catholique romain. Je suis bien aise que cet hommage randu à un roi malheureux l'ait été par im des nôtres : dans les trois royaumes il n'y a que deux statues de Jacques II , celle d'Oxford et celle de Whitehall. Chez tous les peuples, la force et la résignation dans l'adversité ne sont pas les vertus qui obtiennent le plus d'hommages.

Parmi les édifices sacrés de l'université j l'église de New -collège est ce qu'il y a de plus cité : c'est là que nous avons admiré de beaux vitraux ; à côté des brillantes couleurs des fenêtres gothiques , nous avons vu avec plaisir des peintures modernes sur verre dé^ poli; elles représentent les quatre vertus cardinales y et sont l'ouvrage de sir Joshua Reynolds, et d'un Français, M. Jervais.

Au-dessus de ce tableau (car on peut lui donner ce nom) on en voit un autre , la nativité du Sauveur. Par une heureuse idée , le peintre a fait partir toute la lumière du corps de l'enfant Jésus , de ce soleil de justice qui se lève pour éclairer les nations.

Ces peintures ont quelque chose de magique.

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On dirait une vision lointaine; les nuances sont pales et vaporeuses. Sachant qu'il ne pouvait faire revivre les brillantes couleurs des vitraux d'autrefois , l'artiste , inventeur de ce genre n'a guère employé que le blanc qui tranche sur un fond d'ombre. Le jaune rayonnant, la couleur de chair , un peu de verdure» voilà tout ce que j'y ai vu. Mais le verre sur lequel sont peints ces tableaux n'étant pas coupé en aussi petits morceaux que nos anciens vitraux, l'œil suit mieux le contour des formes et devine plus &cilement et les personnages et les sujets.

Nos peintres français devraient s'essayer dans ce genre. J'ai entendu des personnes de goût trouver ces vitres supérieures à celles du la* siècle. Ce n'était pas mon avis. Je cite celui des autres, n'étant jamais certain que le mien soit le meilleur. Mais je leur demandai si à travers ces pâles transparens la lumière projetée dans l'église aurait la magie, la chaleur, le religieux de ce rayon de soleil traversant une fenêtre gothique , peinte en rouge, en or , en pourpre et en violet.

On nous a montré dans le sanctuaire de

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cette chapelle la crosse de Wikeham, évéque de Winchester. Ce bâton pastoral est en vermeil et orné de pierres précieuses incrustées^ et a sept pieds de haut. Il porte dans sa partie recourbée la figure du saint fondateur du collège. Il me semble que cette crosse doit faire Ain singulier effet entre les mains d'un évéque protestant.

A Jesîis-'collegej on feit voir aux visiteurs une montre qui a appartenu à Charles I'' . Qui n'aurait cru autrefois j que la montre d'un roi ne devait lui indiquer que des heures heureuses?... Et cependant cette montre lui a fait voir, le 99 janvier 1648, sa dernière heure , celle de son exécution !

Ce collège a conservé aussi un énorme étrier qui servait jadis à Ehsabeth, et un bol en vermeil qui contient dix gallons et pèse 278 onces. La loce ou cuiller qui sert à cet immense bol est du poids de i4 onces, et contient une demi^pinte de liquide.

Dans différens endroits nous avons vu de ces vases énormes où les Anglais aiment à faire brûler le punch pour leurs grands jours de fêtes et de réjouissances.

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Au Musée ashinoléen(the ashmolean Muséum) fondé par Elias Ashmole , et bâti par sir Cknstopker Wren , il y a une foule de choses curieuses que bien des gens appelleront des vieUlenes: entre autres

Une amulette jadis portée par Aifred4e- Grand; d'un côté est la figure de saint Cuthbert^ et de l'autre une fleur grossièrement taillée. Les omemens sont d'or , et sur une plaque on lit en lettres saxonnes : Alfred wla fait faire.

L'épée offerte par Léon X àHenri TIII ! . . Le livre qui explique toutes ces curiosités dit que ce qn'il y a de plus curieux dans cette épée c'est la poignée qui est de cristal et d'argent ; ce qui nous a semblé le plus curieux à nous , c'est de voir cette épée donnée au dé-fenseur delà foi par les mains d'un pape , pré^ cieusement conservée par le prince apostat ?

L'anneau de feule cardinal d'York, avec le portrait du premier Prétendant et sa femme*

Une montre d'or ornée de turquoises , portée jadis par la reine Elisabeth ; à côté , celle de Grom-wel! Un peu plus haut nous avons parlé de celle de Charles I*'; le temps a mar-

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ché pour le bourreau , comme pour la victime.

Un vieux soulier tout recouvert de pièces et de morceaux de cuir vous est aussi montré : il a appartenu à John Bigg, commis d'un des juges de Charles I"*.

Lorsque la restauration rendit les Stuarts à l'Angleterre, ce valet de régicide ne put se consoler; il tomba dans une noire mélancolie, se retira dans une caverne, et fit vœu de mendier. Il ne mendiait que des morceaux de cuir et s'en servait pour raccommoder tous ses vétemens, il portait à sa ceinture trois bouteilles^ deux pour de la bière et une pour du lait ; ceux qui le regardaient comme un con/èsfieur àe la foi républicaine, les remplissaient. Cet homme avait eu de l'aisance et de l'instruction. Son soulier jeté au milieu des joyaux des rois , fait encore après des siècles prononcer son nom; cette destinée nous a semblé bizarre.

Le collège de la Triniie possède un magnifique calice en vermeil , jadis de l'abbaye de Saint- Alban ; de toutes les richesses de cet établissement , ce calice 'et sa patène sont les

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deux seules choses qui restent. Dans le trésor de ce collège on ne voit plus de vases d'or , mais on y montre un reçu de Charles Stuart, qui reconnaît que toute la vaisselle précieuse lui a été donnée par les membres de TriniPycollège^ pour le soutien de la cause royale.

Oxford a été une des villes les plus royalistes de l'Angleterre ; elle en est aujourd'hui une des plus religieuses : Pespritprétre (pour parler lelangagedu jour) s'y est conservé malgré la réforme. Voyez ce qu'en dit Rubichon djftns son dernier ouvrage.

Jjà collège de Christ^Church déploie une belle &çade de plus de quatre cents pieds ; la porte principale, flanquée de quatre tourelles, est surmontée d'une haute tour terminée en dôme. Cest au fameux Christopher Wren que l'on doit la régularité et la majesté de ce monument. La grande salle ou le réfectoire > l'escalier, le vestibule , sa voûte surtout, sont très remarquables.

Le réfectoire a ii5 pieds de long, 40 de large et 5o de haut. G>mme llionneur de re* cevoir les rois d'Angleterre appartient à Chnst-chiiroh collège , cette vaste salle a bien

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des fois reçu des convives couronnés :

Henri VIII , en 1 53 3 ; la reine*vierge, en^i 566 j Jacques T'ie fiel-Esprit, en 1592; et plus tard son infoilunë fils !

En 18149 on vit sous ces nobles voûtes une bien illustre assemblée, Georges IV, alors prince régent, Alexandre, empereurde toutes les Russies, François, empereur d'Allemagne et roi des Romains , Guillaume, roi de Prusse, le feu duc d'York, la grande-duchesse d'Oldenbourg et leur suite, le prince Mettei*nich et Blucher, et le généralissime duc de Wellington. Oxford se souvient avec fierté de cette visite , de cet hommage rendu aux Muses par des empereurs et des rois, qiti s'honorèrent de recevoir des diplômes de membres de son université. On montre aujourd'hui les fauteuils où se sont assis ces augustes personnages, et les guides vous font encore avec emphase les récits du banquet qui leur fut offert dans la rotonde de la bibliothèque de Raddiff.

Dans le réfectoire de ChrU^hurch , les murs sont décorés de nombreux portrfiits, la pliipait de personnages historiques, et qui ont clé.éUidians de<ce collège; parmi eux j'ai

SUR L'ANGLETERRE. l^rj

distingué lord GrenTille , et le duc de Portland et le célèbre Canning, poète, ministre, homme habile j mais qui me semblait trop i^publicain pour bien défendre une monarchie. J'ai vu avec plus de respect le portrait d'Edmund Burke; celui-là ne disait pas que si P Angleterre élevait sa bannière, les mécontenSj les radicaux y les jacobins de tous les pays ^y rallieraient {\). Burke avait une plus noble idée de l'oriflamme de son pays ; il ne voulait la déployer que pour des guen^es saintes , contre les peuples qui jugent et qui tuent leurs rois.

Pendant que je regardais le portrait de Georges Canning, peint par sir Thomas Laurence, im Anglais vint me demander si la souscription que le Cotz^^/^i/^tz/z^/ et M. Charles Dupin avaient ouverte pour l'érection d'un monument à la gloire de cet homme d'État selon leur cœur, avait produit beaucoup. Je crus voir de la malignité dans la question , et je lui répondis : Je ne sais où en est cette collecte libérale ; nous avons tant de

(i) Paroles du ministre CajiniDg.

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gloires françaises à honorer, que je ne me suis nullement occupé de celle de votre ministre. Jeanne d'Arc n'avait qu'un monument qui n'^était pas digne d'elle; nous allons lui en élever un nouveau, et nous ne vous propo* serons pas d'y souscrire.

Dans la chapelle de Christ-church collège^ on montre la châsse de sainte Fridesivide ; elle est surmontée d'un dais de pieiTe à petits pinacles gothiques d'un travail précieux. De chaque côté de cette tombe, autrefois vénérée comme une relique > on voyait deux statues couchées : elles étaient de bronze et représen* taient le pèi*e et la mère de la sainte : ceux qui lui avaient donné la vie étaient ainsi venus se i^eposer sous sa gloire.

Sainte Frîdesvnde mourut le 19 octobre de l'an 740 ; à pareil jour, il y a encore chaque année une foire tenue en face de l'église où elle repose. Demandez à cette foule ce qu'était sainte Fridesviride, elle n'en sait rien ; le catholicisme a gardé le souvenir des bienfaits des saints, le protestantisme n'a conservé que leurs noms.

Ce collège de Christ - ohurch compte

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comme premier fondateur le carcUnal WoU sey , qui avait touIu y établir un diacre , un sous-diacre , cent chanoines , dix lecteurs , treize chapelains , un organiste et seize enfans de chœur; mais la disgrâce de cet ambitieux ▼int avant qu^il pût réaliser tous ses grands projets. Celui dont il avait été le flatteur et le bas complaisant, Henri YIII , annula tout ce que le cardinal avait fait , s'empara de la dotation , et légua pour quelque temps son nom au collège! Elisabeth vint ensuite^ et changea ce que le défenseur de la foi croyait avoir établi à perpétuité. Malgré ces puissantes volontés, malgré les mots coulons et ordonnions , ce grand et beau collège ne porte ni le nom de Wolsey, ni celui de Henri YIII, ni celui d'Elisabeth.

Les dix-neuf collèges réunis de l'université, et les cinq halls ( qui en sont comme les succursales ) comptent près de cinq mille ëtudians {jnembers on the boots).

Cette jeunesse nous a paru tranquille et studieuse, respectueuse pour les vieillards, les femmes et les étrangei*s qu'elle rencontrait. £n Frtace, nous aurions entendu plus de

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bruit y plus de mouvement. Dans ces vastes cours, dans ces longues galeries , sous ces clôtures y nous nous trouvions sur le chemin d'une foule déjeunes gens se rendant à l'étude : leur démarche était grave , ils Êdsaient moins de bruit que nos avocats n'en font au Palais. Leur mise ressemble un peu à celle de nos hommes de loi: ils portent tous une toge noire et une petite toque plate et carrée ; mais l'agilité et le mouvement de la jeunesse s'accom* modant mal de ce long vêtement^ ils laissent pendre et flotter cette toge ouverte , comme ua manteau^ et la manièi^e dont ils placent leur toque nous a rappelé un peu, malgré la différence de forme, les bonnets de police de nos sous-lieutenans.

Dans cette Angleterre que certaines gens nous citent sans cesse comme la terre classique de la liberté, les étudians des universités ne sont pas indistinctement confondus. Nous avons vu dans les réfectoires des places privilégiées pour les jeunes nobles (sons of noblemen). Le (ils d'un noble, d'un homme titré,' a deux habits : celui des grands jours est de soie violette damassée, richemei ^nié de

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galons d'or; celui des jours ordinaire^ est une toge de soie noire.

Après ces fils d'kommes titrés, Tiennent les gentlemen commoners , qui ont deux toges de soie , l'une unie et Vautre chargée de glands de soie noire.

Les simples commoners ont la toge en laine et sans manches. Les nobles ont la toque de Telours avec le gland d'or ; les gentlemen^ en velours, mais a.T«*2 un gland de soie; et les commoners^ en drap noir avec une touflPe de soie.

Ainsi le pays de la Hberté n'est pas celui de Pégaliié^ et Ton n'a pas craint d'y distinguer les rangs; chaqne rang jouit de sa liberté, et Tenviene gâte pas le bonheur que cette liberté assure à chacun. Un homme accoutumé dès son enfance à voir d'autres hommes au-dessus de lui j reste plus à sa place et s'a^te moins danslemonde.Lorsd'unegrande cérémonie ily aura trouble et tumulte, si vous n'avez pas marqué d'avance des places distinctes ; si au contraire , vous avez désigné les rangs , il y aura paix , ordre et dignité : il en est de même de la société : là où l'on n^est pas classé il y a

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maLaifle, désordre et murmures. En Angleterre, on a senti tout cela y aussi rien n'y est confondu , c'est ce qui nous y a frappé davantage; en France^ on s'irrite contre une supériorité quelconque, on la croit toujours envahissante et hostile; en Angleterre, onla respecte parce qu'on la regarde comme tutélaire et protectrice. Avec cette disposition il y a moins de jalousie dans les esprits , et par conséquent plus de bonheur et de calmi.

L'uniyerâté d'Oxforda pensélong-4emps que les principaux ou gouverneurs de ses collèges ne devaient pas être mariés; cette pensée était un ressouvenir de l'ancien enseignement catholique; il y a même encore aujourd'hui quelques grades où le mariage n'est pas per« mis.

Dans tous les pays et dans tous les temps on a dû penser que les hommes qui n'ont pas d'enfans à eux s'occuperont davantage des en* fans des autres*

Le premier dignitaire de l'Université est le chancelier; on a toujours soin de le choisir dans les hauts rangs de la société : il fiiutqu^ ait été élevé à Oxford, car on veut que ce

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protecteur aimel'UiiiTersité avec tous les sou* ▼enirs de son jeune âge.

Le yice-chanceber, nommé par le chancelier, est tenu à résidence ; c'est lui, qui de con* cert avec quatre prcM^ice-chanceliersy suryeille tous les collèges et les halPs , y maintient la discipline et Tobseryancect^^ anciens statuts ; car ici, comme dans presque tout, lesAn<glais montrent leur respect pour ce qui a été établi par leurs devanciers. Les jeunes étudians ficelèrent au milieu d'usages que nous réfoiv menons en France , parce que nous les regarderions comme surannés , comme peu en harmonie açec nos mœurs. £n Angleterre , dans l'enseignement , comme dans les lois , comme dans les habitudes de la vie, on a conservé et maintenu des choses d'autrefois. Avec cette sage et bonne disposition , je m'étonne toujours du changement de religion qui s'est opéré dans ce pays de constance et de bon sens. On ne peut l'expliquer que par le déchaînement des passions et par la profonde immoralité de Henii YIII , premier pontife de la réforme , qui achetait les consciences et payait les apostasies avec l'argent de cette

i^glise dont il 8'était déclaré le défenseur.

Ob ! que les crimes des rois ont de terrîbles suites ! et que les cruelles voluptés du meurtrier d'Anne de Boleyn et de Catherine Ho- 'ward ont coûté cher à ^Angleterre ! que de sang, que de ruines, que de parjures, ont suivi l'apostasie de ce libertin couronné 1

Dans toutes les collections de tableaux je reti^ouve son portrait , son ame y est peinte : dans ses yeux petits et vifs on voit la cruauté et la finesse du tigre ; son front dégarni de cheveux annonce ses débauches , son énorme embonpoint redit son intempérance ; la recherche de sa mise , sa petite toque posée sur Toreille , montrent ses prétentions d'homme à bonnes fortunes. C'était bien là ce sourire , ce regard qu'il devait avoir quand il voyait une femme qu'il voulait attirer dans sa couche pour la faire passef de ses bras sous la main du bourreau.

Je ne conçois pas que les Anglais reproduisent autant ce portrait ; en France , les pot^ traits de Charles IX et de Louis XI sont peu mis en évidence ; mais j'oublie que Henri Y III est un père de l'église anglicane !^

SUR l'anglbterub. i55

La bibliothèque Bodleyenne {the Bodleian library ) , fondée par sir Thoinas Bodley , est la plus riche et la plus remarquable de toutes les bibliothèques des différens collèges d'Oxford. Tout membre gradué a droit d'y venir étudier. On y Yoit un grand nombre de manuscrits orientaux : elle compte 43o,ooo Tokimes. Au treizième siècle, la première bi« bliothèque en Europe , celle deGlaston Bury, possédait 4oo volumes. Le jardin botanique mérite aussi d'être visité. Cest le premier de ce genre qui ait existé en Angleterre : les plantes les plus rares et les plus précieuses croissent et fleurissent aujourd'hui là où l'on jetait jadis les rebuts du monde. L'emplacement de ce jardin était anciennement le cimetière des Juifs.

Deux statues de Charles I*' et de Charles II ornent le portique de cet établissement ; ces statues ont été payées avec l'argent prove^ nant d'une amende imposée à Tantiquaira d'Oxford, Anthony Wood^ convaincu d'avoir cherché à diffiimer le comte de Claren^ don , dans la premî^e édition de son ouvrage intitulé A^nœ OnomenseSk Si tous les

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lomniateurs étaient ainsi punis , la morale et les beaux-arts y gagneraient.

Je vous ai parlé du chancelier^ du vice^ chancelier, des pro-vice-chanceliers, des cha* pelains de l'Université; mais il faut que je vous cite encore une autre charge que les temps auraient pu supprimer, et que l' Université a conservée , celle de barbier ou tonn sor. Le barbier est encore un personnage y les dignitaires lui doivent les égards de la^Yz-* temité, et lui donnent à souper une fois par an dans les grands appartemens. Il ne frise ni ne poudre plus^ il rase rai*ement , mais il n'en est pas moins incorporent immatriculé.

' Je crois vous avoir tout redit ce qui m'a frappé à Oxford ; l'impression que vous fait cette ville ne ressemble à aucune autre, tout y est historique autour du voyageur. L'hôtel du Star où nous sommes descendus est un des meilleurs d'Angleterre ; nous y sommes arrivés le soir, à travers des rues illuminées par le gaz. Tous les vieux monumens, tous les pignons pointus, tous les por^ ches gothiques éclairés par cette lueur blan- <;he et vive, se montraient à nous dans notre

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course rapide , comme des apparitions des temps passés. Descendus à Phôtel du Star y nous y avons trouvé toutes les comfortabilités des temps actuels , et j'en ai été bien aise ; car si j'aime la magie du passé , j'apprécie Vaisance du présent , et je me plais à rêver aux hautes salles voûtées , aux longues galeries où le vent siffle et gémit , quand je suis commodément assis , in a nice and snug sitting room , seul avec mes livres et le silence de la nuit, ou bien avec de bons amis et leur douce causerie. Adieu , c'est avec cette pensée d'amitié que je vous embrasse.

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M. RUBICHOlf.

Dans ma lettre d'hier y je vous ai cité le nom de M. Rubichon; j'y reviens aujourd'hui. Quand on voyage dans la Grande-Bretagne , il est bon de lire ses ouvrages; il a habité longtemps ce pays, il en connaît autre chose que la superficie : on dirait qu'il a regardé en dessous pour découvrir quelques-uns des rouages qui font aller cette riche Angleterre ; à l'en croire, bien de ces rassorts commencent à s'user et ne doivent pas être imités par nous.

£n vous écrivant g mon cher ami , je m'étais défendu de vous faire des citations des auteui^ qui ont écrit sur le pays que nous visitons ; souvent j'aurais pu alonger notre correspon-

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dance de bien des choses que quelques*^ns d'entre eux disent à menreille, qui me plaisent et que vous aimeriez aussi... Je ne l'ai pas fait, et Yoilà y oh ! surprise ! que je Tais vous citer un homme qui n'est ni poète , ni romantique, un écrivain qui n'est ni de l'école de Chateaubriand, ni de celle de Lamartine , un homme positif et spécial, M. Rubichon enfin.

Avec un cœur qui s'exalte pour tout ce qui est beau, pour tout ce qui est bien, avec une imagination vive, ardente et méridionale, M. Rubichon ne s'enivre point d'enthousiasme ; il voit les choses comme elles sont : écoutez ce qu'il dit du comté d'Oxford.

ce Le comté d'Oxford devint dans le temps moyen la métropole de la religion catholique, non-seulement pour l'Angleterre, mais pour le nord de l'Europe. C'est de ce foyer que la lumière évangélique partit pom* se répandre de nouveau ^3 France^ et venir donner ses prenûères lueurs à l'Allemagne. La catholicité n'y a pas existé sans y laisser des traces profondes de son caractère essentiel, laper* pétoité. La réforme y a exercé , ainsi qu'ailleurs , ses destructions; mais comme il y avait

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beaucoup à abattre, elle y a laissé plus de racines. Certains germes y conservent encore quelque chaleur; certaines traditions y ont survécu, et de tontas les univerâtés proies* tantes, celle d'Oxford est la plus savante , et , sans aucune espèce de doute, la plus rappro* chée de l'église catholique par ses principes de hiérarchie et par Tordre élevéde ses études. Cambridge , sa rivale ^ me parait avoir dérogé de sa dignité en se livrant trop aux sciences exactes, domaine du bureau des longitudes. ttLa ville d'Oxford est gouvernée par le vice* chancelier de l'Université; l'influence de ce gouvernement s'étend naturellement dans tout le comté, et ce que je vais dire du comté d'Oxford s'applique, à peu de chose près, aux comtés voisins. Ils n'ont ni manufactures, ni usines , excepté celles qui , comme les moulins à moudre le grain , sont nécessaires à toutes les localités et ne peuvent èti^ placées ailleurs. Le comté d^Oxford est situé, ainsi que le comté de Lancaster, auquel je vais le comparer, au nord-ouest de Londres. Le premier à vingt, le second à quatre-vingts lieues de cette capitale.

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« Ce comté deLancaster est coupé en divers sens par des chaînes de coteaux de cinquante à cent toises au-dessus du niVeau de la mer ; ce ne fut que peu de temps avant la révolution française, que le duc de Bridgewater, pour donner plus de valeur à ses propriétés, fît couper un canal de communication entre les deux principales villes du comté, Man-* chester et liverpool. Cette entreprise pré* senta quelques difficultés que Part a vaincues. De ce moment ce comté , par le bas prix des transports, réunit les avantages matériels des pays de plaine, aux avantages que les pays montagneux donnent par leui*s mines de charbon et de fer. L'art de filer, tisser et imprimer le coton était presque nouveau en Europe ; Manchester le perfectionna. Tout le monde sait que d'ingénieuses inventions de métier vinrent économiser la main-d'œuvre; les mécaniques à vapeur^ que dans le comté on compte par centaines , y furent appliquées ainsi qu'à l'extraction de la houille, aux fourneaux , aux forges , aux fontes de fer; les arts mécaniquess'attirèrent mutuellement, et en tel nombre, et avec un tel ensemble, que d'après

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l'impôt mis sur les usines et les mamifactures, nous voyons que ce comté de Luncastei* contient plus d'un quart des manufactures de toute l'Angleterre j quoiqu'il n'occupe pas la trentième partie de sa superficie. liverpool, devenu l'insti*ument de cette industrie , a bâti des magasins d'entrepôt , a creusé des bassins, a construit des vaisseaux; enfin par son commerce et ses pompes, ^e se regarde comime une liyale de Londres.

m Antérieurement à l'année x8oi, les données sur la population de l'Angleterre n'étaient qu'approximatives ; mais elles se sont depuis trouvées assez justes. £n 1781, le nombre des habitans du comté de Lancaster qui a trois cent dix-neuf lieues cannées de deux nûUe toises >

Etait estimé être de 4^^><^^^*

En 1801 , le recensement officiel l'établit à 67a,73i.

En i8ai à 1,052,869.

ce Chaque lieue carrée contenait, en 1821 , .trois nulle quatre cents habitans , tandis qu'à la même époque, elle n'en contenait que onze cents dans le comté d'Oxford. Il est inutile

SUR l'angletbrrb. , l63 de dire qu^un pareil surcroît de population à nourrir | à habiller , à logw et meubler , a fiiit participer l'agriculture du comté de Lan* caster à cet accroissement subit de richesses ; et le revenu imposable de chaque arpent de terre est estimé à cinq pour cent de plus que dans le comté d'Oxford.

a Certes , Toilà des prodiges ! et tous bien dus aux arts mécaniques. Les ai^ libéraux n'ont jamais &it de pareils miracles : car lorsque dans l'espace de quarante ans, le nombre des habitans du comté de Lancaster a augmenté, comme on le voit , de cent cinquante pour cent, celui du comté d'Oxford n'a augmenté que de quarante-cinq.

a.Ge qu'un voyageur aime et cherche le plus, c'est le mouvement ; il ne sort de chez lui que pour en voir et en avoir. On peut s^imaginer l'etfthouâasme qu'il éprouvelorsqu'aprèsavoir passé lei.pâle comté d'Oxford^ il arrive dans celui de Lancaster , dont chaque lieue carrée est trois fois plus peuplée, et la population trois fois plus active : et encore dans ce premier coup d'œil, nVt41 aperçu que cette partie des habitans qui ont l'air de se reposer.

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comparatiyement à ceux quHl trouye ensuite dans d'immenses souterrains , où ils minent des métaux , du fer et du charbon ; sous des voûtes où ils travaillent du coton y ou encore à Tembouchure de tant de fournaises ardentes, pour forger le fer et donner le mouvement à diverses mécaniques.

<c Mais ici, il y a deux sujets d'observation, la chose et l'honmie. Un voyageur sage, et il en est , ne voudrait rien de tout cela dans sti terre , s'il en a une ; mais en attendant, il admire et encourage par son admiration. Hors de chez eux la plupart des hommes demanderaient à Cure l'essai d'un tremblaient de terre. »

Après cet exposé, M. Rubichon fait voir qu'avec son immense populatioQ, le comté de Lancaster n'a que soixante-dix paroisses > tandis que le comté d'Oxford en compte deux cent dix-sept : Vindustne est donc moins religieuse.que la science.

Dites-le moi, mon cher ami, n'aimeriezvous pas mieux habiter dans les contrées paisibles et vertes d'Oxford, que dans les campagnes tumultueuses et noircies du Lan-

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casier? La vieille ville où les rois ont bâli des asiles pour les Muses , me plairait plus que Liverpool et que Manchester avec leurs usines , leur mouvement et leur population enfumée. Il ne serait pas sage à moi de me prononcer encore, il faut que j*aie vu ces deux villes pour pouvoir parler avec connaissaiice de cause; en attendant^ je ne puis dire qu'une' chose, c'est que j'aime bien Oxford et tons ses historiques monuroens : on dirait ^e la science de ses nombreux collèges a découlé sur le peuple ; je l'y trouve plus poli, plus attentif qu'ailleurs.

Lors de l'émigration française , l'université d'Oxford fit imprimer un grand nombre de bibles catholiques pour être distribuées aux malheureux exilés*

oc Les habitans du comté d'Oxford», dit encore le sjnrituel et original auteur que je vous ai déjà dté, a influencés par les traditions de cette charité catholique que la théocratie et les arts libéraux ont perpétuée , se sont imposé exclusivement, pour l'usage des pauvres et indépendamment des autres dépenses publiques , la soDOime annuelle de vingt-^ept francs

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par tète. Les cent trente-quatre mille habitans dont le comté se compose, ont distribué trois millions deux cent mille francs à seize mille malheureux, ce qui faisait la huiti^e partie des leurs, et deux cents francs par tète.

ce Les habitans du comté de Lancaster lirrés aux arts mécaniques, surabondans de richesses et indépendans de ce quHls nomment priesicrafty c'est-à-dire de toute fraude sa^ cerdotale, se sont imposé sept francs cinn quante centimes par tète. Ayec pareil tribut ils n'ont pu secourir que la vingtième partie de leur population , et encore de la manière la plus inefficace.

ccll y a donc un esprit général de miséri* corde chez les uns, et d'insensibilité cha les autres, puisque les deux cent dix-sept paroisses du comté d'Oxford , ainsi que les soixante -dix du comté de Lancaster, ont chacune agi isolément? » •

Je n'ai pu résister au plaisir de vous trans« criro tous les calculs de M. Rubichon : ils sont si Trais et si justes ^ que des gens intéressés à les nier n'ont pas osé les attaquer. Je

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sais que certain parti a voulu prendre en défaut l'auteur du livre intitulé de V Action du Clergé dans les Sociétés modernes y que ce parti a fait fisiire des recherches en Angle* terre) et que des Anglais ont répondu : Attaques l'écrivain royaliste sur autre chose ; mais ce qu'il dit sur Oxford , sur le Lancashire , sur notre clergé et sur nos pauvres ,. est vrai et fort de raison.

Alors l'attaque n'a pas eu lieu; nos jour^ naux anti-monarchiques et anû*catholiques se scHit tus y et le mensonge est resté nraet devant la vérité.

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