‹ Lettres sur l'Angleterre, ouChapitre 8 sur 19 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

Blcaheini...

Pétsis si empressé de vous redire tout ce que j'avais vu et éprouvé à Oxford , que je ne vous ai point parlé de deux châteaux qui se

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trouvent sur la route de Windsor, et que nous avons cherché à voir.

Nous étions y comme je vous l'ai déjà dit , partis de Londres avec un itinéraire tout tracé et taiit de main de maître j nous savions ce qu'il y avait de plus beau et de plus curieux à voir dans toute l'Angleterre , et nous croyions avoir la certitude que nous serions admis partout ; nous savions que les grands seignew^ dés trois royaumes, ûecs de la noble existence qu'ils ont dans leurs terres, aiment à ce que les étrangers voyageurs en aient un aperçu. On nous avait assuré que toutes les barrières dés avenues et des parcs s'ouvriraient devant nous i on nous avait dit toutes^ une seule nous est restée fermée , c'est celle de Park-place, appartenant à M. Maitland. Son régisseur, d'après des ordres exprès, nous a refusé l'entré^ de ce délicieux domaine. Je les dénonce tous les deux aux voyageurs ; c'est en vain qu'ils s'aiTèteront à la jolie lodge qui domine la hauteur de Henley : ils auront beau, comme nous, envoyer leurs noms et un billet bien poli , ils n'obtiendront qu'un refus. Gomme nous , ils s'en irriforoAt ; car ce

que l'on peut apercevoir de Park-place semble ravissant , et donne grande envie d'être audelà .des palissades qui bordent la gaucbe du cbemin.

Le château à l'italienne est bâti sur le haut d'un coteau, dont la pente douce descend ▼ers la Tamise «pii ceint la montagne , et qui se dessine au loin dans la plaine comme un ruban d'argent ; un vallonement dont les par* ties les plus élevées sont couroniiées de massif, forme pelouse en face des fenêtres de cette jolie demeure ^ de beaux cèdres sortent du gazon de cette vallée, dont la pente incline veis la rivière.

Sur le pont qui la traverse> nous sommes descendus de voiture, et, pour voir cette terre de délices où il ne nous était pis permit d^entrer, nous avons longé pendant long-temps le bord de la Tamise qui ne dépend pas de M. Maitland ; enfin , en face d'une ruine gothir que d'im charmant effet, et que je m'amusais à dessiner , nous rencontrâmes un pécheur qui nous ofiîît de, nous faire voir de plus près les beautés de ParL-place : la rivièire coule pour tout le monde,. nous prîmes flxtce dans son

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bateau , et les longs rameaux des saules qui croissent sur les terres de M. Maitland , malgré lui nous abritèrent quelques instans ; nous n'étions pas chez lui , mais nous avions son ombi^y et la brise nous apportait le parfum de ses fleui*s.

Un chemin publie coupe son parc en deux j avec un art infini : il a su, ou plutôt on a su avant lui, masquer cet inconvénient ; on passe sous ce chemin qui appartient au pubtic, sans s'en apercevoir, sous une arche qui forme point de vue et du château et de la rivière.

Le visiteur qui ne fait que d'arriver, qui ne connaît point encore le parc , et qui est venu s'asseoir sous cette arche, entend tout à coup comiftè un tonneiTe , c'est une voiture à quatre chevaux qui roule rapide comme l'éclair à quelques pieds au-dessus de sa tète. Du haut de cette arche nos regards ont plongé dans cette vallée en pente, que j^ai cherché à vous décrire tout à l'heure.

Le soleil penchait vers son déclin , et les ombres des massiiss^alongeaient sur le gazon, un grand calme régnait dans tout ce paysage ;

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une petite fille portant du lait dans des vases defer-f^anc bien poli, vint à passer; elle chan« tait. A sa yoix> des centaines de lièvres et de lapins se mirent à bondir sar la pelouse , s^arrétèrent accroupis, la regardèrent et s'enfui* rent encore.

D'une petite chaumière perdue dans les arbres, on voyait s'élever une fumée bleuâtre, la villageoise y portait son lait : sous ce chaume on allait prendre le thé. £n France, à la même heure, la ménagère aurait été occupée-à préparer la soupe aux choux , ou la galette de blé noir.

On peu consolés de n'avoir pas été admis à Park-pkce , nous fîmes un excellent dîné à Henley. Il nous restait peu de tenips, et nous voulions voir avant la nuit le château deNuneham app&rtenant au comte Harcourt. Malgré que la soirée fût fort avancée, la grille du parc s'ouvrit et notre voiture suivit les beaux et gracieux détours de l'allée qui sert d'ave* nue (the apprbach). Il y a quelques siècles qu'à la nuit tombante nous ne fussions pas arrivés si près de la demeure d'un sir Har* court ; dos fossés , de hautes murailles d'en*

ceinte , des ponts*le vis , nous auraient tenus à distance ; grâce au genre actuel rien ne nous empêcha de parvenir jusqu'au château. Une vaste pelouse l'entoure de toutes parts. Nous ne vîmes aucune lumière à travers les fenêtres, les maîtres étaient absens; quelques chiens aboyèrent, et un palefrenier nous cria: qui va là? Nous avions laissé la voiture un peu plus loin. A cette heure avancée , on pouvait nous prendre pour toute autre chose que pour des visiteurs ; nous regrettâmes beaucoup d'êti« venus â tard , et de ne pouvoir visiter l'intérieur du château, rempli de beaux ta* bleaux. Le parc asix mille et demi de tour, ses arbres sont d'une beauté remarquable, et en grande abondance ; le pleasure groujid a trente-huit acres, et une profusion de fleurs , une grotte, un temple et des statues. L'antique nom d'Isis vient.se mêler à toutes les beautés de Nuneham, c'est ainsi que s'appelle la jolie rivière qui baigne ses gazons.

Voilà mon oubli réparé ; j'aurais dû vous parler et de Park - place et du château de Harcourt avant ma description d'Oxford ; mais je vois tant de choses ^ que j'aide la peine

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à melti*e un peu d^ordre dans cette suite de lettres que vous m'avez demandée. Si , en vous redisant tout ce que je vois , je vous donne envie de visiter ce pays ^ mes lettres auront atteint leur but. En France , on regarde trop à se mettre en route ; le moindre voyage fiât peur ; nous , si légers et si actifs ^ nous sommes^ par un étrange contraste 9 un peuple casanier.

Croyez-moi, mon cher ami, le détroit n'est pas large , et vous ne serez pas perdu , quoique votre sous-préfet ne veille plus sur vous. N'allez pas craindre d'aimer moins la France, parce que vous aurez vu TAngleterre ; on revient au pays toujours avec plaisir^ et l'on y rapporte des souvenirs et des améliorations. Celui qui veut embellir un château doit vernir étudier ceux de ce pays'-ci ; celui qui n^a qu'une maisonnette doit le visiter encore , et il apprendra à orner son cottage. A son humble demeure il n'aura ni pilastres, ni colonnes ; mais il aura, pour ainsi dire , sur les murs de sa maison , une architecture de fleurs et de verdure. Rien de plus joli que ces légers treillis, que ces portiques champêtres que

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les Anglais savent mettre au-dessus de leurs seuils ; les fleurs 9 le chèyre-feuille | le lierre y grimpent ; et là où un Français mettrait une corniche ou un cordon de pierre de taille , l'Anglais fai^ courir une guirlande de roses et de jasmin.

Dans le moindre village nous admirions le bon goût de ces petites demeures ; on ne pouvait les voir sans les désirer; en sortant de tous les grands châteaux, j'emportais de Tadmiration; et quittant les cottages , c'était dçs regrets : le bonheur veut si peu de place ! et dans tous ces palais dorés l'envie et la méchanceté ont leurs coudées si firanchesl

Mais je pi^nds mal mon moment pour faire ces réflexions y car nous approchons de Woodstock,et je vais voir Blenheim, l'orgueil des trois royaumes. •••

Il y avait à peine une beureque nous étions sortis des murs d'Oxford, que déjà nousqomr mencions à remarquer sur la droite du che« min les plantations du parc. Nos yeux étaient constamment fixés de ce côté ; nous cherchions à apercevoir de loin le château ; mais la campagne est si. boisée, les ombrages

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sont si beaux , qu'il faut avoir traverse le joli village de Woodstock, avant d'entrevoir la merveille de la Grande-Bretagne.

£n France , quand il y a quelque lieu célèbre pu curieux à voir près d'une ville ou d'un village , on a mille peines pour pouvoir s'y rendre ; la route n'est pas une route de poste y et vos postillons ne peuvent vous y mener ; les chemins sont mauvais ; on ne sait pas si l'on sera admis». .. En Angleterre, aucun de ces obstacles ; partout où il y a quelque chose à voir , tout a été prévu d'avance ; le voyageur sait ce que ses postillons pourront demander et pour le temps et la distance qu'exigera P exploration qu'il va faire : ainsi toutes les épines sont ôtées du chemin.

hes posP^foys j accoutumés à ces visites , sont devenus des espèces de guides ou de ciceronià cheval : sans que vous leur disiez, ils prennent les routes les plus pittoresques et s'arrêtent où il y a des aspects remarquables. Chez nous, fiez -vous donc au goût d'un postillon 1

A Woodstock , nous trouvâmes à acheter plusieurs livres qui expUquent toutes les ma*

gnificences de Blenheim : phrases ampoulées, citations de poètes , détails minutieux , gra* Tures ^ rien n'y manque : aussi on les vend très cher.

Enfin nous vîmes un arc de triomphe : c'est la porte d'entrée du parc... Notre voiture s'arrêta et je lus l'inscription suivante :

This gaie mas buili iheyear afier Ihe deaih

Of the most iihutnous John^ duàe of Marlborough^ by orderofSarah ,

His most beioved wift% To whom he ieft the sole direction ofthe

Many things Thnt remained tmfinished oftïUsfahric, The services ofÛUs great mon to his

Countr/j the piilar ff'iii teiijrou , which the duchess has

Ereetedfor a iasting ifonument ofhis giory and her affection To him,

M.DCC.XXm.

Cette porte a ëté b&tie un an après la mort

De trtf îllMtre Jean , dnc de Marlborough, par Tordre de Sarab ,

Sa femme bien aim^ , A laquelle il avait laiasë le soin de terminer -

Beaucoup de cbotea Qui nVtaicnt pas finies dans cette r^idence.

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Les Mrvîces que ce grand homim

Rendît à ion pays Voos «eront redits par la colonne Que la duchesse a i\tv4é , Comme monument Durable De sa gloire et de son alTection Pour luit

Cette inscription me fâëha ; j'aurais touIu que tout ce qui redit la gloire du nom de Marlborough eût fait partie de la dotation nationale. La reine Anne y en faisant bâtir le château de Blenheim , aurftit dû éviter à la famille de sonhéros le soin d'élever, et cet arc* et la colonne triomphale. A cette inconvenance près ) tout est royal f tout est grand y noble et majestueux dans cette récompense. Quand une nation paie ainsi les services qu'on lui rend , elle doit touver du dévouement.

Je connais Un pays où l'on ne le paie pas^ et où il s'en trouve toujours , où il croit conmie une plante sans culture*. • • Dites-moi , mon cher ami, à votre avis, quel est le plus noble peuple ? Est^H^e celui où l'on paie si

ifl

bien 9 ou celui où l'on n'a pas besoin d'être payé?

Nous venions de passer l'arc ; oh ! alors quelle magnifique scène 1 le château apparaît d'ici dans toute sa gloire. Sur un coteau , dont vous êtes encore séparé par une rivière , TOUS le voyez déployer sa façade et ses ailes ; à gauche, s'élève au-dessus des masses d'arbres^ la tour de Woodstock ; à droite , vous plongez sur une profonde vallée, où des eaux abondantes brillent au milieu des ombrages; réunissant les deux coteaux , un pont est jeté sur la rivièi'e. J^ai entendu admirer ce pont et le comparer au Rialto de Venise. Son arche , de cent pieds de large , a de la hardiesse ; mais son architecture m'a semblé lourde et massive^ Les hommes qui sont chargés de fiôre voir toutes les beautés de Blenheim , ont grand soin de vous dire que , dans les deux piles qui ont trop de saillie , il y a des logemens pour deux familles : tant mieux pour les familles , mais tant pis pour le pont.

La grande avenue ( the grand approach )

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passe sur ce pont, et y remontant ensuite la pente du coteau qu'elle tourne un peu pour adoucir la montée, elle arrive de coté au château.

Les hôtes illustres de ce palais descendent sous un magnifique péristyle d'ordre corinthien ; c'est de ce point que l'on a le plus bel aspect de tout Blenhôm. On chercherait en ▼ain à se figurer une scène plus grande , plus imposante. De dessous ce péristyle l'œil s'empare de tout le pays, le parc n'a plus de bornes, on dirait que la nation anglaise a donné toute la contrée à son héros. Une pelouse d'une immense étendue part du château, s'étend en descendant vers la rivière. Rien ne papillote sur ce vaste tapis vert : d'imposans massi& le bordent, mais pas un objet ne le coupe ni ne l'interrompt; la déclivité du coteau n'empêche pas de voir le lac qui sépare les deux collines. Sur celle qui est de l'autre coté du pont, s'élève, droit en face de la grande porte du palais , une colonne triom«phale de cent trente pieds de haut : elle est surmontée d'une statue du fameux duc de Marlborough.

iSa LETTRES

les appartemens i tous les souyerains coalisés contre notre grand Louis XIY , ont donné à Venvi au duc de Marlborough les objets les plus rares et les plus précieux. Il avait raflfermi leurs trônes en arrêtant nos victoires. Ils lui devaient bien quelque chose^ ils ont payé leur dette.

Le roi de Sardaigne ^est distingué par sa magnificence : c^est lui qui a donné tous ces tableaux qui composent la galerie du Titien , les amours des dieux. Cette galerie A'est pas sur le chemin de tout le monde , la pudeur l'a reléguée dans un coin du château.

Parmi cette foule de tableaux que l'on ne voit qu'en courant, j^en ai remarqué quel-* ques-uns ; ce ne sont probablement pas les meilleurs , mais ceux qui m*ont (M^ le plus / je ne juge que par mes émotions.

Je n'entrerai point, mou cher ami, dans une longue nomenclature de toutes les merveilles des arts rassemblées à Blenheim^ elles ne sont pas du pays que je veux vous peindre. L'Angleterre peut être fière de ses parcs , elle les a créés ; mais ces musées , elle ne les remplit qu'avec des productions étrangères «

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Quand tous les visitez , vous n'entendez votre cicérone prononcer à sa manière que des noms italiens, français, hollandais ou espagnols. Reynolds et Lawrence, voilà leurs plus beaux noms en fait de peinture.

La bibliothèque est une des pièces les plus remarquables du château , la voûte est supportée par de magnifiques colonnes de marbre blanc. Cette galerie, prîmitivement destinée à recevoir des tableaux , a cent quatrevingt-trois pieds de long , et contient dix-huit mille volumes : j^ai remarqué, dans cet asile des sciences et des arts, une belle statue de la reine Anne. Cette reine a été (enpetit)^ pour PAngleterre, ce que Louis XIV -4 été pour la France. La Uttérature anglaise a fleuri sous son règne j son image se voit avec plaisir parmi les Muses qu'elle encourageait, et n» peut être nulle part plus à sa place qu'à Blenheim.

Sur le piédestal on lit :

(1) To the memory o/^ueen Anne , Under whose auspices

(1) A la mémoire de la reine Anney souf lefauspicet

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John duke of Maribarough

CoMfuered ^ And to wfiose mMfdfiunee Ht and hit posterity fTiAgraiitude Oufe the possession ofBUnheim.

A D... MDGGXXYI.

Cette inscription est belle, simple et. noble.

La chapelle n'a rien de très remarquable \ elle contient cependant le cénotaphe du dac et de la duchesse de Marlborough ; ce monument est de Rysbrach : il ne m'a pas semblé un chef-d'œuvre.

Après avoir passé plus d'une heure et demie daiis l'intérieur du château , ne nous arrêtant qu'Hun instant devant chaque merveille 9 nous revînmes pipr un long détour au second vestibule qui communique avec le premier et qui porte le nom de Grand Salon {the saloon )• Il ouvre sur une autre immense pelouse du côté du ^ud ; ses murs sont peints d'une manière bizarre ; ime iausse galerie

de laquelle Jean, duc de Marlborough, a étë victorieux, et à la munificence de laquelle lui et aa postérité doiveul avec gratitude la possession de Blenheim.

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règne à l'entour ; un peintre français, nommé La Guerre, a représenté, appuyés sur la balustrade et regardant dans la pièce qu'ils do^ minent^ un Français (c'est le peintrelui-méme), un énorme Anglais au teint rouge et ver-* meil (c'est le chapelain de la duchesse Sarah de Marlborough) , un Ecossais , un Chinois, un Tartare , un Hollandais , etc. ; tous ces représentans du monde nous ont paru de vraies caricatures indignes du bel emplacement qu'elles déshonorent.

Nous sortîmes du château par le péristyle du sud ; cette &çade me plut plus que la grande qui regarde le nord; mais la scène qui se déploie de ce côtéest bien moins grandiose que celle que j'ai essayé devons peindre. Au nord, c^est la Gloire... ; au sud , c'est le Repos... : bien des gens hésiteraient entre ces deux pars* pectives... ; pas moi.

Du côté de la grande façade, je vous ai dit que l'immense pelouse n'était coupée par rien . La pelouse du sud est toute salie par de petits arbres que je pris d'abord pour des pommiers; leurs fleurs blanches et roses , leurs fonnes basses et arrondies me l'avaient fait

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croire ; c'était des aubépines* Je ne puis vous dire cotnbien les Anglais aiment cet arbuste ; ils en mettent partout ; et cette seconde pelouse de Blenbeim , qui serait si belle, est toute hérissée de ces vulgaires épines.... Le duc actuel fait des changemens à ce côté du parc ; il j travaille lui-même ; s'il avait gagné des batailles comme son aïeul > on le comparerait à Cincinnatos , à Dioctétien ^ au grand Gondé.

Sur la base de cette colonne triomphale dont je vous ai parlé y et qui forme un si noble point de vue pour les habitans du cha* leau^ des bulletins entiers sont gravés, avec Facte du parlement qui domie à perpétuité la terre de Blenbeim à Jean^duc de Marlborough et à sa postérité. Pour lire ces inscriptions , il faut au moins une grande heure ; ce n'est pas le style lapidaire» Je connais une autre colonne qui atteste bi«i d'autres victoires que celles du général anglais, et qui en dit plus, sans en dire si long !

On attribue cette inscription au fameux Bolingbroke.

Cette partie du parc , qui entoure ( the

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pilar) y est plantée régulièrement ; on y voit une allée droite qui a plus de deux milles de long. Uarchitecte paysagiste a su mêler avec un art infini le genre français et le genre anglais. Cette longue allée, régulière dans son intérieur y forme à Fextérieur des massifs irréguliers, qui se dessinent comme des pans de forêts sur les pelouses.

Le tour (the ride), que vous font &ire les postillons, TOUS fait voir toutes les beautés du parc. Tantôt votre voiture traverse des espaces vides comme des savannes ; tantôt elle s'enfonce sous d'épais ombrages; des arbustes croissent sous les grands arbres et forment un rideau qui voile la campagne. Tout à coup les lilas, les lauriers, les alatemes cessent , et vous vous trouvez sous d'énormes chênes contemporains de Henri et de Rosamonde.

Leurs troncs droits percent le gazon , et leur sombre feuillage forme une voûte sur votre tête. • • . Alors , comme entre les colonnes d'un temple , on aperçoit les vallées , les coteaux et les ondes brillantes du lac.

D'autres fois, ces vieux témoins des plaisirs de Woodstock sont bizan^ment contournés;

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leur Tieillesse décrépite s'est rajeunie de la verdure du lierre ; souvent ce lierre ne recouvre que la mort ; mais la cognée ne se presse pas d'abattre cette double image de la vieillesse et de la constance.

Cest du côté de ces vieux chênes que nous avons vu la demeure du fameux Wilmot , duc de Rocbester ; c'est à cette fabrique^ qui porte le nom de Hgh lodge, que le favori de Charles II, l'homme à la. mode , le roué de l'Angleterre, est mort dans des sentimens de religion et de repentir.

Hert dfing PflimotcaugHi rel^ion's/lame ^ And àreath'd eonùithn/or a Ufe ofshame, Condemn 'd his wit , revok*d hisfoiies past , Andfix*d his anehor on At skies at last

Nous sommes montés sur cette high lodge ( loge élevée), et nous avons joui d'une ma-gnifique vue. Presque tout le parc se déploie au-dessous de vous. Rochester avait bien choin son ermitage; par un reste d'habitude il n'était pas loin de la demeure des rois ; le vieux palais de Woodstock, dont il ne reste pas aujourd'hui le moindre vestige, était à peu de distance.

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Parmi les Tisiteurs de filenheim , il y en a beaucoup qui ne pensent qu'à ce qu'ils ont sous les yeux ; et j'avoue que la ils sont plus excusables qu'ailleurs , car le présent est si beau, qu'il a de quoi occuper l'esprit. Cependant , au milieu de toutes les magnificences de Jtlenheim , j'ai recherché des souvenirs de Woodstock. Cette terre que je foulais ne s'était pas toujours appelée filenheim ; ces campagnes, avant d'avoir été données à un guerrier par une reine et par un peuple , avaient appartenu à des rois. Alfred y ce barde couronné, a chanté ici ses combats, assis sous des ombrages qui ont précédé ceux d'aujourd'hui. Ethelred, en 866, a tenu des états ( held a parliament ) à Woodstock : ici , Edward -le-Confesseur a rendu la justice sous des chênes qui ont vécu leors siècles ; Guillaume-le -Conquérant s'y est reposé de ses batailles , et Henri I'' avait peuplé le parc d'alors de lions, d'ours et autres bêtes féroces^ pour que la chasse ressemblât davantage à la guerre , et qu'on n'y allât pas sans danger.... Mais c^est surtout Henri II et Rosamonde qui ont laissé le plus de souve-

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nirs à Woodstock. L'histcnre <ie ces deux amans est restée populaire parmi les Anglais ; je viens vous la dire comme elle m'a été ra* contée. Adieu ^ ce sera dans ma première lettre : je tous demande grâce pour au* jourd'hui.

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