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DOUZIÈME LETTRE

QUELS SONT LES PRINCIPES d'aPRÈS LESQUELS ON EMPLOIERA,

A l'avenir, l'artillerie de campagne

Lorsque je terminais ma dernière lettre, je croyais

avoir satisfait votre curiosité, votre question se rapportant à la manière dont, entre la guerre de 1866 et celle de 1870, s'était accomplie la transformation de notre artillerie, je m'imaginais l'avoir traitée tellement à fond que je n'aurais plus aucune raison de vous parler de sujets ayant trait h l'artillerie de campagne.

Mais vous continuez à me questionner; vous voulez,

entre autres, connaître mon avis sur la manière dont, à Tavenir, on devra employer Tartillerie de campagne, maintenant que celle-ci a tellement étendu sa sphère d'action qu'avec des obus elle obtient à 5 000 mètres des résultats en réalité fort marquants; ses shrapnels, en outre, produisent à 3 500 mètres des effets considérables; ces effets, on serait tenté de les appeler réellement destructeurs jusqu'à une distance de 2 000 èf 2 500 mètres, si Ton consent à ce que l'on prenne pour norme et base des spéculations les résultats obtenus au polygone. D'ailleurs, si vous avez envie de contrôler ces résultats, vous n'avez qu'à acheter le règlement de 1877; vous le trouverez chez tous les libraires, et les tableaux des résultats des différents tirs y sont imprimés.

J'ai failli me refuser à étudier en détail cette question, car premièrement voilà tantôt douze ans que je suis plus ou moins étranger à l'arme; je ne puis donc plus rendre un compte exact de sa nature et de son caractère actuel; je ne connais pas ses secrets, et, pour ce motif, je ne saurais plus formuler un jugement qu'on devrait prendre pour définitif. Je pourrais vous dire : Laissez le passé à la vieillesse, et, pour ce qui est de l'avenir, adressez-vous aux jeunes.

En second lieu, je pourrais vous faire remarquer que j'ai consacré dix lettres à vous exposer quelles transformations ont subies les principes réglant l'emploi de l'artillerie de campagne de 1866 à 1870, par suite du perfectionnement apporté à la précision avec laquelle tirent les pièces, et par suite, également, de l'extension de leur sphère d'action. Ces principes, vous disais-je, ont, dans la guerre de 1870 à 1871, subi l'épreuve avec le plus grand succès. Je pourrais donc vous éconduire en vous disant que des perfectionnements ultérieurs plus considérables encore n'entraîneraient nullement un changement de système, mais feraient simplement faire à l'artillerie un pas en avant dans la voie qu'elle a suivie et qu'elle a reconnue être bonne.

En troisième lieu enfin, je pourrais vous rappeler que, dès Tannée 1869, j'ai tenu devant la société militaire de

Berlin, une conférence dans laquelle J'ai développé mes idées sur l'emploi de Fartillerie de campagne combinée avec les autres armes, après que toutes les troupes eussent été armées de fusils et dé pièces rayés. Vous-même voua y avez assisté, mon discours a été imprimé et mis en vente, et je pourrais ajouter que les expériences que j'ai faites pendant la guerre de 1870 à 1871 ne m'ont nullement fourni l'occasion de modifier mes idées.

Mais, en me relisant, j'ai dû constater que les termes que j'ai employés ne répondent plus tout à fait à l'organisation actuelle des troupes de nos corps d'armée, avec leurs deux divisions d'infanterie, leur artillerie de corps et — éventuellement — leur brigade ou leur division de cavalerie, tandis qu'auparavant on parlait de l'avant-garde, du gros et de la réserve d'un corps d'armée. J'ai constaté, en outre, que j'indiquais en bien des endroits comme maximum des chiffres qui ne concordent plus avec la sphère d'action, maintenant plus étendue, des pièces et du fusil d'infanterie. Il me faudrait remanier totalement ma conférence, si elle devait avoir de la valeur et de l'intérêt pour le temps présent.

Je me décide donc, tout en suivant la même marche que dans le discours de 1869, à examiner quelles modifications les perfectionnements apportés depuis notre dernière guerre à nos armes à feu entraîneront par rapport à l'emploi de notre artillerie de campagne. A mon grand regret, je me verrai forcé d'abandonner souvent le procédé que j'ai suivi dans toutes mes précédentes lettres, le procédé d'induction qui se base sur les événements, et qui tire de l'expérience les enseignements qu'elle contient. Et alors il me faudra employer le procédé de déduction de la Iqgique, procédé qui, faute d'expérience, a recours à la spéculation. Mais je ne pourrai guère faire autrement, car nous n'avons pas encore acquis à la guerre de l'expérience avec nos nouvelles pièces de campagne.

D'ailleurs, je ne me cache pas tous les dangers auxquels

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on s'expose en employant le procédé de la déduction : bien des fois déjà, elle a entraîné les gens à se livrer h des spéculations artificielles qui, plus tard, en face de la réalité, écrasées par les faits, se sont dissipées comme des brouillards et des nuages. Souvent, en effet, la logique même la plus serrée s'éloigne de la réalité quand on prépare un système k coups de mots et de paroles, " car toute théorie n'est qu'une vaine fumée, >< comme dit le diable dans Faust. Pour commencer, nous devrons établir avec précision quelle est la sphëre d'action des différentes armes, d'après les résultats obtenus au polygone et aux différentes cibles.

D'après la hausse, l'infanterie commence k avoir un feu efficace k 1600 mètres; à partir de 1200, l'effet de ses feux est sensible ; cet effet va toujours croissant jusqu'à 500 mètres, distance à laquelle on peut admettre qu'il devient décisif; de 200 à 300 mètres et k plus petite distance encore, cet effet est destructeur.

L'effet produit par les feux de l'artillerie commence k se faire sentir à une distance de S 000 mètres déjà. Le tir avec les shrapnels devient efficace à 3 500 mètres et moins ; l'effet de ce tir est décisif à une distance de 2000 à 1500 mètres; l'effet produit par l'artiilerie est absolument destructeur à une distance de 1100 à 1000 mètres, en supposant que le champ de tir soit hbre. Depuis que les shrapnels k corps de fusée gradué k zéro produisent un effet si horriblement meurtrier, le tir de l'artillerie à une distance très rapprochée, k laquelle il avait subi un affaiblissement parce que le feu k mitraille était moins efficace, ce tir de l'artillerie est devenu absolument destructeur.

L'effet produit par la cavalerie s'est vu, pour ce qui est dfi l'essentiel, restreint à l'arme blanche, et cet effet est par conséquent, k l'heure actuelle, égal k zéro dans une|attaque de front dirigée sur un terrain libre et facile à dominer de de loin contre de l'infanterie ou de l'artillerie intactes et pourvues de munitions. Mais cette même cavalerie est

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restée jen possession de sa force absolument destructive vis-à-vis de ces deux autres armes dès qu'elle réussit à les surprendre ou bien encore quand elles n'ont pas de munitions ou qu'elles sont ébranlées de façon ou d'autre.

Mais l'effet produit par l'artillerie subit des modifications plus considérables encore que par le passé par l'habileté plus ou moins grande avec laquelle on vise, par l'exactitude plus ou moins grande avec laquelle on évalue les distances, avec laquelle on observe l'effet du tir, avec laquelle on le règle, par le don qu'on a ou qu'on n'a pas d'apercevoir l'ennemi, qualités que l'artilleur comprend toutes sous une seule dénomination, celle de <( régler le tir des batteries ».

Or, à mesure que les distances auxquelles on tire deviennent plus considérables, la difficulté que présente le réglage du tir augmente également; il devient même problématique, vu qu'aux distances les plus grandes il est finalement impossible de voir, même avec la longue-vue la meilleure. Plus grande donc que devient la portée d'une pièce, plus exact que devient son tir, plus il importe qu'on vise, qu'on observe l'effet du tir, qu'on le règle le plus soigneusement possible, et moins il importe que les coups de canon qu'on tire se succèdent rapidement.

Mais il importera d'autant plus aussi de faire prendre position à ses batteries rapidement, plus rapidement que l'ennemi, et en nombre supérieur, afin de gagner ainsi le temps dont on aura besoin pour tirer avec calme, pour régler systématiquement sop tir et pour écraser l'ennemi de sa supériorité.

Par contre, les distances énormes auxquelles Tartillerie actuellement peut ouvrir son feu et atteindre l'ennemi ont fait surgir un nouvel élément qui mérite qu'on le considère avec la plus grande attention, parce qu'il favorise l'assaillant et qu'il nous sera très agréable, à nous qui, depuis l'époque du grand roi, procédons de préférence offensivement. Sur cent cas, en effet, on pourra avec sûreté compter que, dans quatre-vingt-dix, l'artillerie de Vassail-

lanl trouvera dans le terrain, à une distance de trois à cinq kilomètres de la position défensive de Tennemi, des positions qu'elle pourra occuper sans être aperçue deTennemi, vu qu'elle sera favorisée par des couverts, par le jour qu'il fera, par un temps trouble, ou simplement par la distance; Tartillerie de l'assaillant ne sera remarquée de l'ennemi que quand elle ouvrira ses feux.

La plupart du temps, par conséquent, l'assaillant aura le temps de bien établir ses batteries. En 1870, nos pièces rayées portaient moins loin; eh bien! je ne me souviens d'aucun cas où les feux de l'artillerie du défenseur aient le moins du monde inquiété nos batteries au moment où elles ouvraient le feu. Notre artillerie seule, — j'avance la chose pour ce qu'il m'a été donné de voir en tant que témoin oculaire, — notre artillerie seule, dis-je, a anéanti des batteries ennemies au moment où elles ôtaieni l'avant-train, avant qu'elles eussent pu ouvrir le feu, et cela à Sedan. Mais cela, elle l'a pu à une distance de 1200 à 1600 pas, c'est-à-dire de 900 à 1200 mètres, et lorsqu'elle disposait d'une supériorité vraiment écrasante.

De tirer d'une façon trop précipitée, d'ouvrir le feu sur des buts fixes sans que le feu soit systématiquement dirigé, cela sera plus inefficace encore actuellement, vu que le tir de nos pièces est bien plus exact. Plus que jamais, la nécessité se fera sentir de donner à l'artillerie le temps dont elle a besoin pour tirer chaque coup de canon sans se presser (elle n'a pas pour cela besoin d'affecter une lenteur pédantesque), car, comme nous le disions, un feu trop précipité, fourni par des artilleurs qui ne prennent pas la peine de viser, ce feu-là ne produira aucun effet. On fait bonnement du bruit, et ce bruit-là inspire du courage à l'ennemi.

Avec le matériel de notre artillerie de 1870, on a cherché à entretenir le combat d'artillerie à des distances inférieures à 2500 pas, parce que, à des distances plus considérables, ce combat n'était plus qu'une canonnade traînante. Eh

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bienl à Theure présente, où le terrible shrapnel porte à 3S00 mètres, on devra préluder au combat d'artillerie à une distance de 4 à 5 kilomètres. Cela n'empêchera pas que, partout où la chose pourra se faire, on ne cherche pas à atteindre, étant à couvert, une position plus rapprochée, car il faudra toujours avoir pour premier principe qu'en tout temps on devra s'approcher de l'ennemi le plus qu'on pourra.

On ne devra s'attendre à un efifet décisif de la. part de l'artillerie qu'à des distances inférieures à 3500 mètres (le règlement exige même qu'elles soient inférieures à 2 500 mètres). Cette distance est assez considérable encore, pour qu'il arrive facilement qu'on se trompe dans les observations qu'on fait, que l'ennemi puisse se mettre à couvert de façon qu'on ne le voie plus. Dès lors on se verra contraint, dans la plupart des cas, de se rapprocher à une distance sensiblement moindre, du moment qu'on cherchera à frapper le coup décisif. L'effet de l'artillerie ne deviendra, actuellement encore, absoluijaent destructeur qu'à une distance de 1000 à 1600 mètres et moins.

Quand elle aura de l'infanterie devant elle, l'artillerie, au début et quand elle en aura le choix, cherchera à ouvrir son feu à de3 distances supérieures à 1600 mètres. Mais, au cours du combat, elle ne devra pas hésiter à s'exposer par-ci par-là aux feux de l'infanterie à une distance de 1100 à 1200 mètres. Mais l'artillerie, quand elle combat isolément, devra éviter de s'approcher davantage de l'infanterie tant que celle-ci sera intacte. Une fois que cette infanterie sera ébranlée et que l'artillerie combattra de concert avec les autres armes, elle ne devra pas hésiter à se rapprocher davantage, surtout si elle est sur la défensive. En effet, depuis qu'avec le shrapnel à fusée graduée à zéro on obtient un effet tellement destructeur à très petite distance, on pourra espérer qu'avec ce feu-là on fera vivement battre en retraite un ennemi qui sera arrivé jusque devant les bouches de vos pièces.

Les différents buts que Fartillerie se propose d'atteindre sont restés les mêmes; ce sont ceux que vous connaissez pour les avoir appris étant officier-élève. Les voici :

1* Elle doit préluder au combat; 2° traîner le combat en longueur; Scelle a la mission de préparer la décision; 4** elio doit attirer sur elle, en l'éloignant des autres armes, les feux de Fartillerie ennemie; 5° elle a pour mission de poursuivre Fennemi et 6® de servir de soutien à d'autres troupes.

Pour qu'elle remplisse d'une façon satisfaisante ces différentes missions, il faut que le chef de l'artillerie reste en communication permanente avec le général commandant auquel il est attaché et qu'il fasse en sorte de toujours être au fait des intentions de ce général. Je vous ai précédemment (dans ma 7* lettre) parlé de cela en détail. D'ordinaire, le chef de Fartillerie ou bien recevra directement les ordres du général, ou bien il connaîtra au moins ses desseins en gros, de façon à pouvoir, en s'y conformant, agir sans ordres.

Dans le cas seul où le général dirigera son attaque contre un ennemi résistant avec une opiniâtreté telle qu'il se verra obligé d'engager ses dernières réserves et de se rendre de sa personne au plus fort de la lutte, dans ce caslà seul le chef de l'artillerie devra, pour attaquer, agir selon sa propre inspiration. Mais, en ce cas, sa conduite sera toute tracée. Il devra vivement se porter en avant, de façon à atteindre le plus vite possible avec ses pièces la position enlevée par son général, car le feu seul de vos canons rendra définitive la possession d'une position conquise.

Jusqu'ici on n'a vu, dans le combat d'artillerie qui précède chaque moment critique de la lutte, non pas un combat décisif, mais simplement un combat par lequel on préludait à la bataille, tout au plus un combat qui faisait passer celle-ci d'une phase à une autre. Sans nul doute, cette manière de voir se modifiera à l'avenir. Le shrapnel.

en effet, et l'obus à double paroi produisent un effet tellement meurtrier qu'il est permis de considérer le combat comme décidé en faveur dç celle des deux parties dont les batteries auront, dans le combat d'artillerie, triomphé de celles de l'adversaire. Ces batteries, en effet, pourront dès lors lancer le plus vigoureusement du monde tous leurs projectiles sur les autres armes de l'ennemi.

Dès lors, le duel d'artillerie formera le début de la décision, dès qu'on l'engagera en obtenant avec les shrapnels un effet prépondérant. On devra donc s'appliquer, plus encore que par le passé, à n'entrer en scène qu'avec de grandes masses d'artillerie, afin d'être, dès le début, tellement supérieur à l'ennemi sous le rapport du nombre des pièces, qu'on écrasera son artillerie. Rien alors ne nous sera plus agréable que de voir les batteries de l'adversaire entrer en ligne successivement : elles se feront écraser une à une, car alors nous les anéantirons ainsi sans subir de pertes de notre côté.

Plus le tir de l'artillerie sera exact, plus la portée des pièces sera grande, plus aussi il importera de la faire agir de bonne heure et avec son effectif complet. On l'emploiera donc en masse; dès lors on devra établir en principe que jamais elle n'entrera en scène batterie par batterie, mais toujours par Abtheilungen complètes. Ce qui plaide encore en faveur de ce mode, ce qui exige qu'on n'emploie, par principe, l'artillerie qu'en Abtheilungen de trois ou quatre batteries, c'est qu'ainsi il sera bien plus facile de diriger le tir, de concentrer le feu de plusieurs batteries sur le point le plus important de façon à obtenir un effet destructeur, d'observer l'effet du tir et de régler celui-ci.

On ne fera d'exception à cette règle que s'il s'agit d'artillerie détachée auprès d'une brigade (d'infanterie ou de cavalerie), ou bien d'une avant-garde ou d'une arrièregarde d'un effectif si minime qu'on ne saurait lui attribuer plus d'une batterie.

A la vérité, l'artillerie devra toujours avoir pour premier

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principe qu'il faut éviter des canonnades sans effet à de trop grandes distances, mais souvent nous nous verrons absolument contraints d'ouvrir, malgré nous, le combat d*artillerie à des distances considérables. D'ailleurs, ce combat devient actuellement efficace à des distances auxquelles, dans la guerre de 1870, on était bien obligé de déclarer que les feux qu'on ouvrait ainsi constituaient une dépense inutile de munitions.

C'est pourquoi, à l'avenir, bien des engagements se dérouleront tout autrement que jusqu'à ce jour. Les tableaux des trajectoires pour nos pièces de campagne rayées indiquent, d'après le règlement de 1877, une distance de 7 000 mètres, par conséquent de presque un mille allemand. A cette distance, la moitié des projectiles tirés atteignent encore un but large de 15 pas. Si donc, par exemple, une batterie du défenseur occupait le prolongement d'une route large de 15 pas, elle pourrait, à presque un mille, canonner les colonnes d'infanterie couvrant cette route, et cela d'une manière si efficace qu'on ne ferait pas bien de leur faire continuer leur marche sur cette route.

Dès lors, l'assaillant se verra contraint de conunencer le combat d'artillerie à très grande distance, afin de dégager la troupe en marche, et il pourra se faire qu'on sera en butte au feu de l'artillerie et forcé d'y répondre, qu'on commencera donc un combat d'artillerie avant que les pointes des deux infanteries se soient rencontrées, tandis que, jusqu'à ce jour, la danse commençait par des coups de fusil des deux infanteries, qui poussaient en avant leurs premières lignes en quelque sorte conune des antennes.

Mais plus la distance est grande à laquelle on prélude au combat, plus épais aussi est le voile qui cache les dispositions de l'ennemi. C'est pour lever ce voile qu'on fait commencer l'attaque par l'artillerie. De la sorte, l'ennemi se trahira au moins grâce à son artillerie ; il naîtra une canonnade pendant laquelle l'assaillant pourra faire des reconoaiManccs et prendre des résolutions. C'est ainsi que, grâce

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à la plus grande extension donnée à la sphère d'action des pièces, toute la masse de Tartillerie se verra employée bien plus tôt.

Quand l'assaillant aura pris sa résolution quant à Tendroit et au moment où il attaquera, alors seulement le chef de son artillerie pourra, en se conformant à cettei résolution, s'avancer dans le but d'engager un combat d'artillerie décisif à la distance à laquelle les shrapnels produiront tout leur effet, car il devra, lui aussi, chercher à amener avec son artillerie la décision à l'endroit où devra avoir lieu plus tard le combat décisif de l'infanterie.

De tout cela il ressort que la canonnade par laquelle on préludera à l'action durera plus longtemps encore que jusqu'ici, parce qu'elle commencera à une distance plus grande. A la vérité, le combat décisif entre les artilleries des deux parties durera moins longtemps, vu l'effet énorme des shrapnels, mais on fera bien de l'engager plus tard, afin que riiifanterie, c'est-à-dire l'arme qui constitue l'armée proprement dite, ait le temps de s'avancer et de se déployer pour faire suivre immédiatement la décision du combat d'artillerie de l'action énergique de l'infanterie, pour contribuer à exploiter les succès obtenus par l'artillerie avant que celle de l'ennemi ait eu le temps de se rétablir pour être de nouveau à même de prendre part à la lutte. Alors l'artillerie suivra son infanterie dans le combat de près, elle l'y soutiendra, finalement elle assurera la possession de la position conquise, et de là elle prendra part à la poursuite.

Permettez que je rende plus claire par des exemples concrets cette idée générale. Figurez-vous qu'une forte ligne de nos pièces de campagne du modèle le plus récent occupe les hauteurs de Lipa (champ de bataille de Eônig- ' grâtz). Elle battra la grande route jusque vers la hauteur de Dub, avec cinquante pour cent de coups heureux, çt conti;aindra l'assaillant — au cas où il voudrait faire suivre cette route à ses colonnes de marche — à conunencer sa

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canonnade prélnnmaire depuis la Hgne de hauteurs à l'ouest de Mzan-Dnb-Ober-Cemotek, afin de détourner les feux ennemis de ses colonnes de marche à loi.

Le 3 jniUet 1866, Fartillerie de l'assaillant a pu et du s'avancer jusqu'à la montagne de Roskos, afin de lutter contre les batteries du défenseur, qui s'étaient ayancées jusqu'au bois de Skalka et dans le voisinage de Sadowa, et, quand ces batteries farent ramenées jusque dans la position principale de lipa, la distance qui séparait cette position de la montagne de Roskos était trop considérable pour l'artillerie de l'assaillant, et d'ouvrir le feu à cette distance, c'eût été une dépense inutile de munitions.

Actuellement, un combat d'artillerie engagé par la grande ligne d'artillerie de Gravelotte contre la position du Pointdu-Jour et de la ferme de Moscou (2 500 mètres) amènerait bien vite la décision, grâce à l'effet meurtrier du sbrapnel. Ce combat d'artillerie, dans la journée du 18 août, avait duré pendant toute la bataille sans que l'une ou l'autre des deux lignes d'artillerie eût reculé.

Dans mon discours, je pouvais, en me basant sur la sphère d'action de nos pièces, établir ce principe que le feu de l'artillerie à une distance de plus de 2 500 pas n'était qu'une canonnade traînante. Actuellement, à cette distance-là, l'une ou l'autre des deux parties devra bientôt renoncer à continuer la lutte.

L'artillerie à cheval aussi se verra contrainte de modifier ses procédés quand il s'agira pour elle de soutenir la cavalerie dans un combat engagé par celle-ci. Jadis on pouvait admettre que l'artillerie à cheval, même quand elle commençait à agir à temps, n'avait, pendant que la division de cavalerie à* laquelle elle était attachée passait de la colonne de marche à la formation de combat, tout au plus un quart d'heure ou une demi-heure pour préluder à l'attaque. On tirait de là la conclusion qu'elle devait se mettre à tirer sur la cavalerie ennemie dès qu'elle l'apercevrait, sans se soucier de l'artillerie de l'adversaire.

Actuellement, grâce à la sphère d'action plus étendue de l'artillerie, le temps que durera la canonnade préliminaire sera plus long. D'autre part, l'effet meurtrier des shrapnels de l'artillerie ennemie contre notre cavalerie nous imposera la nécessité absolue de paralyser d'abord cette artillerie, après quoi seulement nous dirigerons nos feux sur la cavalerie ennemie. D'ailleurs, cela ira de soi, si, de part et d'autre, la cavalerie est habilement dirigée, car les deux parties seront obligées de se tenir plus éloignées l'une de l'autre, et dès lors on aura plus souvent l'occasion^ grâce AUX plis du terrain qu'on trouvera, de cacher la cavalerie aux regards de Tartillerie ennemie. Cela n'empêchera pas de faire tirer au moins une fraction de l'artillerie sur la <5avalerie ennemie dès que celle-ci se laissera prendre à portée efficace des pièces, car il n'est pas permis de jamais perdre de vue qu'il importe avant tout de battre la cavalerie, €tque, si l'on atteint ce but, l'artillerie de l'adversaire tombera également entre vos mains.

Ce même principe, on devra l'appliquer également pour Tartillerie qui jouera le rôle d'arme auxiliaire dans le combat d'infanterie, et l'artillerie devra bien se garder de croire que, du moment que le duel de l'artillerie par lequel toute bataille débutera est devenu plus long et plus important, elle n'a d'autre but final que ce duel. Le but final est et sera toujours de battre l'armée ennemie; donc l'infanterie et l'artillerie devront toujours contribuer pour leur part à ce que ce but final soit atteint toutes les fois que l'occasion s'en présente, n'importe où qu'elle se présente.

Ce que nous venons de dire sur le mode d'emploi à venir de l'artillerie nous amène à parler d'un des points essentiels concernant cette arme, à savoir de la place qu'elle devra occuper dans l'ordre de marche, car il est tout naturel que, dans l'offensive, les troupes soient engagées dans l'ordre daps lequel elles arrivent. Quoique l'artillerie, mobile surtout comme elle l'est actuellement en prenant le trot, puisse dépasser l'infanterie en marche dès qu'on la porte en

avant, il ne faudra quand même pas que la distance qui la sépare de la tète de la colonne (c'est là, en effet, le premier théâtre de son action) soit trop grande, qu'un temps trop long s'écoule avant qu'elle puisse apparaître en masse suffisante; les masses d^infanterie seraient, en effet, obligées de l'attendre trop longtemps tout en élant exposées au feu du défenseur jusqu'à ce qu'elle eut détourné d'elles ce feu.

Il faudra donc que Tartillerie marche le plus avant possible. Pendant la guerre de 1870-1871, on avait déjà compris cela ; les motifs qui alors rendaient la chose nécessaire n'ont fait que devenir plus nombreux, plus pressants, grâce à Textension de sa sphère d'action. Et quelle place lui assignerez-vous en avant? me demandez-vous. Je ne chercherai pas à préciser cette place, je ne vous demanderai que de considérer ce qui suit :

Le général commandant l'ensemble des troupes aura hâte, plus encore que par le passé, d'engager toute son artillerie afin de pouvoir, à l'abri d'une canonnade fournie par le plus grand nombre de pièces possible, commencer par reconnaître l'ennemi et prendre sa résolution. Jusqu'à ce que ceci soit fait, il ne lui faudra pas, en avant de son gros, d'autres troupes que celles qui seront nécessaires pour reconnaître le terrain et servir d'escorte à cette ligne d'artillerie.

On peut même prétendre que, jusque-là, il devra lui être désagréable d'y voir plus de troupes, parce qu'elles y seront inutilement exposées au feu ennemi et qu'il ne sait pas encore s'il ne les dirigera pas de préférence vers un autre point. Pendant qu'il fera tirer par exemple son artillerie près de Dub, dans la ligne de hauteurs à l'ouest de Mzan- Dub-Ober-Gernutek, les dispositions prises par l'ennemi pourraient lui faire prendre la résolution de diriger le gros de son infanterie par Cernutek et Hnewcowes contre le flanc droit de l'ennemi, et il lui serait bien plus agréable si, au moment où il prendra sa résolution, la tète du gros de son infanterie n'arrive qu'à Milowitz que s'il commençait déjà à se déployer près de Dub.

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Dès lors, ce n'est que sur la ligne de marche qu'au début rinfanterie pourra couvrir la première position de Tartillerie. L'autre aile, si l'artillerie ne prend position que sur un des côtés de la route, au cas contraire les deux ailes devront, au début, être couvertes insuffisamment par de la cavalerie.

D'ailleurs, cette escorte sera suffisante au débul, car la position ennemie est fort éloignée encore ; il suffira donc de jfaire battre le terrain, afin qu'on ne tombe point dans une embuscade.

Le peu d'effet qu'aura le combat d'artillerie à cette grande distance contraindra l'assaillant, dès qu'il disposera d'un nombre de pièces suffisant, à se rapprocher de l'ennemi alors même qu'il ne désirera pas encore engager, à la distance exigée pour les shrapnels, un combat d'artillerie décisif. Pour nous en tenir à notre exemple, la ligne d'artillerie s'avancera bientôt, soit en deux échelons, soit avec toutes ses pièces simultanément de front jusqu'à la ligne qui va de Mzan à la montagne de Roskos. Il arrivera donc fort souvent qu'elle sera de beaucoup plus avancée que les fractions de son infanterie qui tiendront la tête. Et alors, se trouvant plus près de l'ennemi, elle sera exposée à de plus grands dangers ; dès lors elle devra user de prudence, en faisant exactement reconnaître le terrain sur son front et ses flancs.

Même avec la moindre portée des anciennes pièces rayées il arrivait que de grandes lignes d'artillerie étaient obligées de précéder de beaucoup leur infanterie la plus avancée. J« ne vous rappellerai que le premier mouvement en avant de Dresky avec l'artillerie de corps à Vionville, alors qu'il franchit le pont dont il a été question déjà, au moment où Flavigny se trouvait encore entre les mains de Tennemi.

L'ouvrage du grand état-miajor nous parle (à la page 704) d'un mouvement semblable exécuté par l'ensemble de l'artillerie de corps du IX® corps d'armée pour se porter dans la position entre Vernéville et Amanvillers au début de

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la bataille de Saint-Privat, mouvement pendant lequel elle fut surprise par Tinfanterie ennemie, qui s'était embusquée et qui lui fit subir des pertes fort sensibles.

Quand le corps de la garde, dans la même bataille, fat engagé, et que la première Abtheilung à pied s'avança en échelons avec l'artillerie de corps, nous fûmes, pendant un certain temps, de 1 900 mètres en avant de notre ligne d'infanterie, en train de soutenir la lutte. A droite, la ligne d'artillerie s'appuyait à la division hessoise, mais son flanc gauche, à Saint-Ail, n'était, pendant un temps assez long, couvert uniquement que par le régiment des hussards de la garde.

Le colonel de Dresky écrit ce qui suit, sur sa position du 18 août : « A ce propos, je voudrais qu'on évitât, en reconnaissant ses positions, de procéder avec la légèreté dont je me rendis coupable à Vernéville. La position choisie par moi était bordée à droite par une forêt. Tout absorbé par la lutte, je ne m'étais pas assuré si les nôtres occupaient cette forêt. Plus tard, j'appris qu'au moment où mes batteries prirent position le bois était encore occupé par les Français. Qu'il leur eût été facile de m'apercevoir ! et, s'ils m'avaient aperçu, c'en était fait de l'artillerie de corps du III® corps d'armée. J'en ai tiré cet enseignement qu'en choisissant une position il fallait toujours faire reconnaître le terrain couvert qui se trouvera à droite et à gauche par des sous-officiers ou des trompettes avant de prendre position et d'y laisser ces hommes en observation jusqu'à ce que notre infanterie eût occupé cette bande de terrain.

Rappelons également que la position de l'artillerie des V® et XI** corps, au moment où ils furent engagés, à la ba-^ taille de Sedan, était tellement éloignée des lignes d'infanterie que leur aile gauche au début ne put être couverte que par de la cavalerie.

Plus la sphère d'action de l'artillerie prendra d'extension, plus fréquents seront ces mouvements en avant isolés des grandes lignes d'artillerie de l'assaillant.

Une fois que l'infanterie s'avancera à son tour pour en-

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gag^r le combat de près, Fartillerie ne se trouvera plus exposée, et dès lors elle engagera le duel d'artillerie décisif.

Je vous ai exposé d'une façon si détaillée mon opinion sur la manière dont, après ce duel décisif, l'artillerie devra soutenir l'infanterie dans son attaque, quand dans mes lettres sur l'infanterie je traitais spécialement l'attaque sur une plaine découverte, que je ne ferais que répéter ce que je disais alors si j'étudiais derechef ce point.

Je crois avoir suffisamment développé ma manière d'envisager l'emploi à venir de l'artillerie dans les engagements en rase campagne ; si vous y ajoutez ce que précédenunent déjà je vous donnais comme étant le résultat des expériences que j'avais faites à la guerre, vous pourrez formuler vous-même le système concernant l'emploi de l'artillerie combinée avec les autres armes. Quant à moi, je n'aime ni les systèmes, ni les tableaux établis d'avance; je préfère ce que j'appellerai la tactique opportuniste.

De tout ce que je vous ai dit en détail sur l'artillerie, je relèverai les thèses suivantes :

l"" Il faut que rartlllerie considère comme le point essentiel de son action, qu'elle apprenne à Mon tirer et ce qui s'ensuit.

2° Il faut que, dans ses manoeuvres, l'artillerie tende d'abord de toutes ses forces à être à même d'apparaître en masse, et cela en temps opportun, c'est-àHllre é, foornlr au trot allongé des courses longues, très longues, longues même de plusieurs milles allemands, et cela en marchant par pièce en colonne et de front.

3» Ce qu'on devra éviter surtout, c'est de tenir à ce que le premier coup de canon soit tiré immédiatement après qu*on aura enlevé l'avant-traln. Il n'est pas nécessaire qu'on perde Inutilement du temps, mais l'essentiel est que pour ce premier coup de canon on vise bien et qu'on observe bien l'effet du tir, afin que l'on soit à même de bien régler celul-d.

4® A mon avis, Texlension de la sphère d'action de TartîUerîe aura pour conséquence que le feu, en général, sera ouvert plus tôt, le duel d'artillerie gagnera en importance et par conséquent en violence, il sera donc à supposer que Faction de l'artillerie durera jusqu'à la dernière phase du combat d'infanterie; Tartillerie, durant la poursuite, sera la dernière des armes qui cessera d'agir. Dès lors, à l'avenir, on dépensera pour l'artillerie une pins srr&nde quantité de munitions encore que durant la dernière guerre, et l'on devra prendre ses dispositions afin que les manitions ne soient Jamais épuisées, qu'elles ne le soient surtout pas dans les moments critiques.

Quelque ennuyeuse que soit la chose, je tiendrais à parler en détail de ce dernier point. Il me semble absolument nécessaire qu'on considère comme partie intégrante de la batterie en tant qu'unité de combat son premier échelon de caissons (trois caissons et un chariot de batterie) et de toujours le faire suivre immédiatement. Ce n'est que quand le capitaine, arrivé dans une position, voudra y faire enlever l'avant-train, qu'il pourra donner l'ordre à ces voitures de se poster sur telle ou telle aile, à moins qu*il ne les fasse se poster derrière la batterie.

Mais même les voitures du deuxième échelon ne devront pas être trop éloignées de la batterie, elles ne devront surtout pas s'en séparer trop tôt, sans quoi on s'expose à ne plus les revoir de toute la bataille. Quand le chef de VAbtheittmg assignera leur position à ses batteries, alors, mais alors seulement, il sera temps de donner l'ordre que les voitures des deuxième et troisième échelons se réunissent sous le commandement d'un officier et de leur assigner la place où elles devront se tenir.

Considérez, je vous prie, que le règlement, pour le feu rapide, fixe les intervalles entre chaque coup de canon à six, tout au plus huit secondes. De la sorte, tous les caissons de la batterie sans exception seront vidés en moins d'une demi-heure. Vous conviendrez qu*il peut fort bien se faire

qu'au moment critique on soit embarrassé, c'est-à-dire qu'on manque de munitions si, dès Fabord, les voitures du premier échelon n'ont pas été maintenues si près de la batterie que, en tirant systématiquement avec lenteur, on ait pu aller prendre les gargousses une à une aux voitures afin de n'être pas obligé d'entamer les caissons et de pouvoir les laisser complets en vue du feu rapide.

En efifet, si vous commencez par dépenser environ la moitié des munitions contenues dans les caissons pour le feu lent et qu'en même temps les voitures du premier échelon soient à une certaine distance de la batterie (ce qui, au cours de l'engagement, pourra bien entraîner une interruption des communications entre celles-là et celle-ci), que soudain une crise se produise dans le combat qui nécessitera le feu rapide, la batterie se trouverait, en moins d'un quart d'heure, privée de munitions et, par conséquent, à la merci de l'ennemi.

Les autres échelons non plus ne devront pas se séparer trop tôt de la batterie ; ils ne devront pas en être trop éloignés si Ton veut être sûr que les munitions épuisées soient toujours remplacées, si l'on ne veut pas que la circulation soit coupée par d'autres troupes.

Présentement, on peut lire dans beaucoup d'ouvrages intitulés « études » ou autrement, et de fort méritoires d'ailleurs, que leurs auteurs, pour la simple marche de guerre, alors qu'on n'entend ni ne voit encore rien de l'ennemi, assignent dans la colonne de marche une autre place aux seconds échelons qu'à leurs batteries, qu'ils les placent par exemple à la queue de Pavant-garde, voire même à celle de toute la division.

D'autres proposent même, pour le cas où Ton assignerait aux batteries des cantonnements de rassemblement dans le voisinage immédiat de l'ennemi, de faire cantonner les seconds échelons sur un tout autre point.

En présence de ces propositions, je ne peux m'empêcher de craindre qu'après une période de paix de treize ans on

LCTTRKS SUR L*AhTILLERIE. 18

ne songe de nouveau à faire adopter des dispositions artificielles qui, appliquées en temps de guerre, auraient les conséquences les plus néfastes. Fig:urez-vous un peu les deuxièmes échelons marchant à la queue de la division, par conséquent à 3 800, voire même à 7 SOO mëtres des batteries. Supposez que celles-ci reçoivent l'ordre de gagner une position au trot et qu'elles parcourent à cette allure les distances que je viens d'indiquer. En peu de temps les deuxièmes échelons seront éloignés de presque 15 kilomètres de leurs batteries, car elles ne trouveront pas un bataillon qui leur fasse place pour les laisser passer. L'infanterie, elle aussi, aura h&te d'engager l'action et ne consentira pas & se laisser barrer le chemin par ce qu'elle appellera « une colonne de munitions ». Probablement, ces batteries auront 1« sort que j'ai eu à KOniggrâtz, c'eat-à-dire que, de toute la bataille, elles ne reverront plus leurs caissons.

Autre chose encore. Noua sommes assurés de dépenser à l'aveair plus de munitions que par le passé. Il est donc probable, il est même sur que, dans toute bataille oîi la lutte sera quelque peu violente, l'artillerie devra, pendant la durée même de la bataille, renouveler ses munitions en puisant aux colonnes de munitions. Déjà à Saint-Privat, où nous tîr&mes notre premier coup de canon à. midi passé, nous fûmes obligés d'aller chercher des obus à ces colonnes pour pouvoir continuer à tirer.

Si une bataille commence, par une journée d'été, de grand matin, on pourra être sûr, comme je l'ai déjà démontré précédemment, que les munitions contenues dans les coffrets et les caissons de la batterie ne suEEiront pas pour toute la journée. Ces munitions-là, le feu rapide les épuisera en moins de deux heures. Â la vérité, on ne saurait se figurer un fou rapide de cette durée-là, mais le feu ordinaire (avec des intervalles de quinze à vingt secondes) les aura épuisées en quatre ou cinq heures.

Alors même qu'une batterie ne tire pas sans interruption, il f&udra pourtant avoir pris ses dispositions de façon que

ses munitions paissent être épuisées dans l'intervalle de six à huit heures et que les coffirets d'ayant-train puissent avoir été remplis derechef avec des munitions provenant des colonnes. Or les voitures des deuxièmes échelons ont pour destination spéciale d'aller chercher ces mimitions aux colonnes. Celles-ci suivent la troupe à 7 500 mètres, voire même à une demi-journée de marche, par conséquent elles suivent la tête à la distance d'au nuoins 15 kilomètres. Elles pourront atteindre le point qui leur aura été assigné au plus tôt trois ou quatre heures après que le combat aura été engagé. Mais, h ce moment-là, les caissons des deuxièmes échelons des batteries devront avoir atteint ce point-là aussi, afin qu'on les remplisse, car on perd du temps à transborder des munitions, à les mener aux batteries, où on les transborde une seconde fois.

Or il est impossible de venir à bout de la besogne dans le temps prescrit si les deuxièmes échelons marchent à la queue de la troupe, même s'ils devaient réussir à trouver leurs batteries pendant l'engagement et à établir les communications entre celles-ci et les colonnes de munitions ; en effet, elles n'y parviendraient au plus tôt qu'après un intervalle de trois à quatre heures. C'est pourquoi il est absolument nécessaire que les deuxièmes échelons des batteries, pendant la marché de guerre, forment une partie intégrante de celles-ci jusqu'à ce qu'elles sachent où elles devront elles-mêmes prendre position et que, d'après cela, il leur soit possible de fixer le point où devront s'arrêter les deuxièmes échelons.

Il me reste à traiter un point qui concerne tout spécialement l'artillerie. Je vous çn ai, à la vérité, parlé en passant à plus d'une reprise, mab» |e ne saurais le passer sous silence dès que l'occasion se présente d'y revenir, car je le tiens pour important. Voici ce dont je veux yous parler :

A mon avis, il n'est pas permis à une batterie ife revenir

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\ en iarrière simplement parce qu'elle a épuisé ses muni-

tions. Si ce cas se présente, elle n'a qu'à rester au feu tout en ne tirant plus. Vous me trouverez peut-être bien cruel, bien tyrannique. Moi aussi je trouve que c'est cruel, mais il faut que cela soit. A Kônig-grâtz, le capitaine von der Goltz donna. l'ordre à sa batterie de rester au feu, et il y resta, et, en 1870, cela était formellement prescrit.

D'ailleurs, il est étonnant de voir avec quelle rapidité une batterie se procure des munitions, dès qu'elle est contrainte de rester au feu sans tirer. Von der Goltz procéda, dans le cas ci-dessus cité, « par voie d'annexion. » Le sabre au poing, il s'empara de caissons qui ne le regardaient en rien et qui ne savaient où trouver leurs propres batteries. Et, dans ce cas-là, ce n'était vraiment pas un malheur : au moins ces munitions-là furent-elles lancées sur l'ennemi, lui causèrent-elles des pertes, au lieu d'être charriées de ci de là sans servir à rien. Au demeurant, toute batterie qui aura ouvert son feu viendra volontiers en aide à la batterie voisine dont les munitions seront épuisées, et la chose ne pourra que lui être profitable.

Supposez, en effet, qu'une batterie n'ait plus de munitions et que celle d'à côté dispose encore de deux caissons complets, c'est-à-dire de quoi garnir entièrement les cofl^ets d'avant-train de ses six pièces. Si elle cède à la première un caisson, c'est-à-dire quinze isalves, elle pourra compter qu'au moins pendant le temps que dureront les quinze salves les plus rapprochées l'ennemi sera canonné par le nombre de pièces double. Et, jusqu'à ce que ces quinze salves-là soient fournies, les munitions peut-être pourront être renouvelées.

Si, au contraire, elle ne cède pas la moitié de ses munitions, la batterie d'à côté ne pourra pas prendre part à l'aotion, et elle-même s'expose au danger d'être écrasée par l'ennemi, parce que six pièces seulement auront continué à tirer. Par conséquent, non seulement l'esprit de camaraderie, mais encore l'instinct de conservation personnelle

ne produisait autre chose qu'une canonnade traînante, et qu'un feu à une distance de 4 000 à 5 000 pas constituait une dépense inutile des munitions. Quand éclata la guerre de 1870, j'ordonnai aux batteries placées sous mes ordres d'éviter autant que possible d'ouvrir le feu à une distance au-dessus de 2 000 pas. Peu après, nous reçûmes du général commandant en chef l'artillerie de toute l'armée l'ordre de ne pas tirer à une distance supérieure à 1800 pas.

J'étais fermement résolu à agir en conséquence quand, le 18 août, j'abordai le champ de bataille, et mes batteries se hâtèrent de s'approcher de l'ennemi à la distance où le combat devient décisif. Au moment où le corps de' la garde commença à prendre part à l'action, elles rivalisaient même «ntre elles à qui arriverait la première pour tirer sur les batteries que l'ennemi avait, au début, poussées en avant sur le plan incliné depuis la position de Saint-Privat. Qu'arriva-t-il? Ces batteries avancées rétrogradèrent jusque dans l'intérieur de la position, et le mouvement en avant des miennes fut arrêté par cette ligne serrée de tirailleurs poussés fort en avant dont je vous ai déjà parlé et qui, de ses trois mille chassepots, nous commanda impérieusement de ne plus bouger.

Nous voici donc au pied de la hauteur, et l'artillerie ennemie que nous avions en premier lieu à combattre était quand même éloignée de 2200, de 2800 et même de 3200 pas. Que fallait-il faire? Nous approcher davantage, c'eût été passer tout droit à l'ennemi ; reculer, reculer avec une ligne de cinquante-quatre pièces (c'était là le chiffre de celles qui, sur ce point, avaient commencé la lutte), c'eût été avouer que la bataille en cekendroit était perdue pour nous. Rester là sans tirer et se laisser canarder par l'infanterie et l'artillerie ennemies, c'eût été une insanité ; on eût ■de la sorte exigé des canonniers une ténacité et un courage plus qu'humains.

Il n'y avait donc d'autre parti à prendre que d'engager le combat à des distances considérables, en dépit de ma

valeur morale, ont eu la tendance de lui fournir un appui en ayant une artillerie très forte et à remédier de la sorte à cet état de choses fftcheux. En outre, si nous considérons ce qui a été fait chez nos voisins, il semble absolument pratique d'augmenter Tartillerie. Si l'augmentation de deux batteries par corps d'armée devait, elle aussi, être insuffisante, chose que je ne saurais ni affirmer ni contester, alors il faudrait porter les Abtheilungen des régiments de l'artillerie divisionnaire de trois batteries à quatre.

On a fait valoir également cet autre argument contre l'augmentation de l'artillerie, qu'il y avait de grands inconvénients à augmenter le train de l'armée. Eh bien, mon cher ami, je me refuse à discuter avec des hommes qui, après les journées de Vionville, de Saint-Privat et de Sedan, donnent à l'artillerie le nom de train et non pas celui de troupe de combat.

Quand une division isolée fait marcher devant une avantgarde qui ne comprendra qu'un seul régiment, il n'est guère à supposer qu'elle lui adjoigne jamais plus d'une batterie. En ce cas, il n'est pas nécessaire de lui attribuer plus d'artillerie, car le gros- de la division sera plus rapproché et pourra plus rapidement envoyer son artillerie pour soutenir r avant-garde. Si mon avis devait prévaloir et qu'on adjoignît à chaque division un régiment d'artillerie de six batteries, alors il faudrait attribuer d'ordinaire à toute brigade d'infanterie détachée une Abtheilung de trois batteries.

Aux régiments qu'on détacherait, on ne pourrait, par contre, pas adjoindre plus d'une batterie.

De fractionner des batteries et d'attribuer des sections à telles ou telles unités, ceci il faudrait l'éviter absolument. J'ai indiqué les motifs qui plaident en faveur de ma proposition dans la conférence que j'ai tenue en 1869; ces motifs n'ont fait que devenir plus pressants depuis que le tir de nos pièces est devenu meilleur encore.

Poor ce qui est de l'artillerie à cheval attribuée à la divî-

sion de cavalerie, je vous ai dit ce que j'en pensais quand je vous écrivais mes lettres concernant la cavalerie. J'ai démontré qu'il était absolument désirable, dans l'intérêt de l'artillerie, de ne point fractionner VAbtheilung et de toujours en adjoindre une entière pour toute la durée de la guerre à chaque division de cavalerie. Tous les motifs possibles, qu'on les emprunte à la tactique, à l'administration, à l'organisation de l'armée, militent en faveur de ma proposition. Lors de la mobilisation, on ne disloque aucune des autres armes, on ne détache aucune unité de la force d'une compagnie ou d'un escadron. On devrait le faire moins encore pour celle des armes qu'il est le plus difficile de diriger, pour celle qui a les tâches les plus difficiles à remplir.

C'est que l'ancien principe que l'artillerie à cheval devait éviter d'engager un combat d'artillerie, ce principe-là n'a plus cours. Dès 1870, les batteries à cheval attribuées à l'artillerie de corps prirent une pMrt essentielle au combat d'artillerie, parce qu'elles étaient à même d'ouvrir le feu plus tôt que les aytres (voir ce que dit le général de Dresky sur la bataille de Yionville), et non seulement elles, mais encore les batteries à cheval des divisions de cavalerie, dès qu'il s'agissait de livrer bataille (Vionvillé, Saint- Privat, Sedan).

Pendant la bataille, en effet, la division de cavalerie n'a nullement besoin de l'artillerie à cheval, car elle n'a de charges à faire qu'aux endroits où l'artillerie et l'infanterie lui ont préparé le terrain. C'est pourquoi le corps de la garde n'adjoignait une Abtheilung à cheval à sa division de cavalerie uniquement que quand celle-ci était détachée pour être envoyée devant. Mais, dès qu'on livrait une bataille, VAbtheilung à cheval faisait retour à l'artillerie de corps.

Plus l'artillerie tire exactement, plus l'effet produit par son tir est meurtrier, plus il importe de mener rapidement au feu un nombre de pièces supérieur à celui dont dispose l'ennemi, plus aussi il serait fâcheux qu'on voulût, pendant la bataille, laisser l'artillerie à cheval attribuée aux divi-

2S0 LBTTRBS SUR L'ABTILLBRIB

8ioDS de cavalerie inactive auprès de celles-ci jusqu'au moment où elles feront leur charge et qu'on privât la ligne d'artillerie de toutes ces pièces.

Dans la réponse que vous avez faite à ma dernière lettre sur la cavalerie, vous m'objectez que d'attriiuer toute une Abtheilung à la division de cavalerie, cela reviendrait à rendre celle-ci trop peu maniable, à lui attacher un plomb au pied. En théorie, votre objection a l'air absolument juste, mais elle ne l'est plus dans la pratique. Trois li^Tes soûl plus lourdes que deus ; d'après cela, trois batteries devraient être plus difhciles k manier que deux. Mais uue divisiou de cavalerie organisée pour agir étant isolée a bien d'autres poids à traîner, bien d'autres plombs qui entravent son vol, tels que ses ambulances et ses colonnes de vivres. En comparaison, l'obstacle que constitue une batlerie en plus équivaut à zéro.

On n'aura qu'à bien tenir réunie toute V Abtheilung, on n'aura qu'à observer strictement le principe qu'il ne faut l'employer qu'en masse, et dès lors il sera tout à fait indifférent, au point de vue de la mobilité de la division, qu'elle soit flanquée d'une, de deux ou de trois batteries. Maïs cela n'est pas indifférent au point de vue de la vigueur avec laquelle elle soutiendra le combat. Pendant la guerre, nulle division n'a eu trop de trois batteries, c'est le coutrairr qui était vrai.I<e généra) de Voigts-Rhetz n'a-t-il pas immédiatement porté l'artillerie à cheval de la cinquième division de cavalerie au nombre de quatre batteries, avec lesquelles le major de KOrber, à Vionville, surprit les camps français. Ce n'est qu'en temps de paix qu'où trouve qii'ii y en a trop, alors qu'on ne sait pas bien ce qu'il faut ii) faire.

Ce dont il foudra bien se garder, c'e;'' JiéÊMÊSSÊfi^ batteries en les attribuant aux brigade: \.

sont pas organisées en vue d'une u elles n'ont que rarement & agir i|^ excoptioo, ce cas se présentera g^

on pourra lui adjoindie une batterie; mais on n'en devrait pas moins établir cette règle que YAbtheilung tout entière doit toujours être employée comme ne formant qu'une seule batterie.

Même quand la division envoie devant une brigade comme avant-garde, je ne lui adjoindrais d'ordinaire pas de batterie. Ces brigades de cavalerie légère n'auront, en règle générale, d'autre mission que de voir ce qui se passe, d'inquiéter l'ennemi ou les populations, d'apparaître et de disparaître aussitôt. Quand c'est là sa mission, l'artillerie sera facilement un impedimentum pour elle. Mais, si elle est destinée à combattre, alors on lui attribuera une batterie. La question de savoir si on le fera sera tranchée par la nature des nouvelles recueillies sur le compte de l'ennemi, le terrain et le but qu'on poursuit.

Si une brigade est partie devant sans artillerie et que la situation devienne autre, que la destination de la brigade ohange, alors on pourra envoyer une batterie qui devra la rejoindre. C'est ainsi que nous avons procédé en 1870. La division de cavalerie de la garde avait commencé par envoyer en avant sans artillerie sa brigade de dragons. Quand celle-ci s'approcha de la Moselle et que là le cas pouvait se présenter où elle eût à enlever ou à défendre des défilés, on lui envoya une batterie d'artillerie.

Pour moi, le cas est fort probable oii toute VAbtheilung de la division se verra momentanément détachée à l'avantgarde. Si, par exemple, une localité ou un défilé est barré par un détachement d'infanterie relativement faible, soutenu également par quelques pièces d'artillerie, et s'il importe d'en vivement déloger l'ennemi, on préférera de faire rapidement agir une artillerie supérieure en nombre plutôt <jue de faire mettre pied à terre à la cavalerie légère pour l'engager dans un combat à pied où on l'exposerait à 3ubir des pertes trop considérables eu égard à ce point qu'il s'agit d'enlever.

Au cas où une division aurait à protéger deux routes ou

que commande le feu de shrapnels du défenseur. Il faudra donc que l'infanterie commence par s'en emparer. Mais l'infanterie chargée de cette opération devra-t-elle parcourir les derniers 500 mètres qui la séparent de la Bistritz, exposée qu'elle sera aux shrapnels du défenseur, qui les lancera en toute liberté? Croyez-vous qu'elle en soit capable, si l'effet du shrapnel est aussi meurtrier que le font admettre les résultats obtenus au polygone? Quant à moi, je ne le pense pas.

On n'aura donc d'autre parti à prendre que de poster des batteries sur la montagne de Roskos et près de Mzan, afin d'engager un combat d'artillerie et de lancer sur les batteries de l'ennemi une grêle d'obus telle qu'il sera contraint de ne plus s'occuper de l'infanterie. Cela n'empêchera pas des batteries isolées de mettre à profit de petits couverts pour chercher une position, par exemple derrière la tuilerie, à côté du petit bois qui se trouve auprès de la raffinerie de sucre ou bien partout où elles trouveront à se masquer afin d'ouvrir le tir avec les shrapnels pour renforcer l'effet produit par les obus. Vu la grande distance, il pourra fort bien se faire qu'une heure et plus s'écoule avant que le combat amène un résultat ; il pourra s'écouler un temps bien plus long même, si l'on ne réussit pas à régler rapidement le tir.

Je vous disais dans une précédente lettre déjà que, à en juger par les tableaux du tir au polygone, il était probable que le défenseur pourra battre de ses feux depuis Lipa la grande route jusqu'à Dub avec une telle violence que l'infanterie marchant sur cette route devra renoncer à avancer en colonne, et qu'alors la situation de cette infanterie exigera impérieusement qu'une ligne d'artillerie tire sur ces batteries de Lipa. Dès lors, il sera peut-être nécessaire que l'artillerie de l'assaillant, avant de se poster à la montagne de Roskos, prenne position à Dub. On conviendra donc que l'artillerie de l'assaillant devra tirer pendant deux heures ou deux heures et demie en tout avant que son infanterie

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commandant la division. Quand une fois rartillerie ouvrira son feu, ce général viendra, d'ordinaire, se placer à côté d'elle, car de la position élevée qu'elle occupera il pourra le mieux donner ses ordres ; le chef de l'artillerie sera donc auprès de lui, et il n'en sera séparé qu'au moment où le général de division se portera de sa personne en avant avec ses dernières réserves pour prendre part à la lutte. C'est alors que viendra, pour le chef de VAbtheilung, le moment le plus critique, car il devra prendre une décision des plus importantes : suivra-t-il le général à une allure rapide afin d'assurer la victoire ou bien restera-t-il dans la position qu'il occupe pour, en cas de défaite, arrêter et faire reculer par ses feux l'ennemi qui poursuivra les cavaliers de sa division et pour indiquer à ceux-ci le point où ils devront se rallier?

Permettez que je dise un mot encore sur cette question : Devra-t-on adjoindre à Tartillerie une troupe qui aura pour mission spéciale de couvrir celle-ci? Vous savez que je suis un adversaire de l'escorte spéciale permanente. En règle générale, on devra poster l'artillerie de façon que la situation générale soit telle que les troupes formées en combat la couvrent. Mais, comme d'ordinaire une Ab* theilung à cheval sera postée à l'une des ailes de la division et qu'elle ouvrira son feu de là, il faudra que son aile extérieure soit couverte. Si la position de l'artillerie est bien choisie, elle ne sera guère menacée à cette aile extérieure* Il suffira, pour la protéger, que l'on y envoie un peloton de cavalerie, avec l'ordre d'envoyer ses vedettes assez loin en avant pour mettre l'artillerie à l'abri de toute surprise. D'enlever à la division de cavalerie une escorte spéciale assez forte pour engager un combat, ce serait en-lever à celle-ci des forces par trop considérables et qui lui feraient défaut au moment où elle aura à livrer la lutte décisive . . . • .

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