QUINZIÈME LETTRE
QUESTIONS A l'oRDRE DU JOUR TOUCHANT l' ARTILLERIE
l"" Artillerie de réserve. 2"* Réglage du tir depuis an point situé en arrière de la position d'où l'on va ouvrir le feu. 3^ Salves de batteries, é"" Positions échelonnées. S"" Feux croisés. 6"" Couverts pour les avant-trains et les pièces. 7"" Artillerie & cheval. S"" Suppression de Tartillerie de corps.
1» La conclusion que vous tirez de ce que j'ai dit
précédemment est juste. J'ai exposé que les perfectionnements apportés aux feux de l'artillerie ont entraîné la suppression de l'artillerie de réserve. Oui, vous avez raison, je pense également que les perfectionnements apportés
à Tarme depuis notre dernière guerre ne peuvent qu'êtpe une raison de plus pour nous de faire jouerldès le début du combat le plus d'artillerie possible et de ne pas retenir en arrière une réserve d'artillerie (comparez le paragraphe 195 du règlement et ce que j'ai dit à ce propos dans mes lettres précédentes).
Mais vous m'objectez que, vu l'effet destructeur du shrapnel, le duel d'artillerie aura pour la partie vaincue une issue tellement néfaste qu'il ne lui restera plus d'artillerie du tout pour prendre part au combat de près qu'engagera l'infanterie, du moment qu'il n'aura pas formé une réserve d'artillerie. Mais je vous ferai observer que le duel d'artillerie, s'il devait réellement avoir une issue aussi funeste, amènera probablement l'anéantissement de celle des deij^ parties qui aura mis en position des pièces en nombre inférieur.
Ayez une seule batterie . de plus que l'ennemi et vous pourrez déborder et prendre en flanc sa ligne d'artillerie ou l'écharper, et cela seul, dès le début du combat à la distance du tir efficace des shrapnels, pourra faire pencher la balance en votre faveur, et, si l'on en croit les données fournies par l'école de guerre, l'anéantissement de l'adversaire ne se fera pas attendre si, dès qu'on commence à prendre le dessus, on en profite pour concentrer convenablement les feux. Ne nous a-t-on pas dit que cela ne prendrait qu'un quart d'heure? Quant à moi, je ne crois pas, comme je vous le disais dans une autre lettre, que le duel d'artillerie ressemblera à ce fameux combat que se livrèrent deux lions et qui se termina par ceci, que les combattants s'entre-dévorèrent, je ne le crois pas, parce que, d'après moi, on se canonnera d'ordinaire d'abord à de très grandes distances et que les combats, d'après la loi naturelle que nous avons vu confirmée si souvent, seront moins sanglants, grâce aux perfectionnements apportés aux armes à feu.
. Mais, si réellement il ne fallait qu'un quart d'heure à
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l'une des Eirtilteries pour anéantir l'autre, it faudrait pour cela même chercher d'autant plus à £aice agir te plus vile possible toutes les pièces réunies des que l'assailiaut a résolu d'attaquer, qu'il a choisi le point où il attaquera et ^e le défenseur verra se développer l'attaque. Car si de deux artilleries d'ailleurs égales l'une laissait un tiers de ses pièces en réserve, les deux premiers tiers seraient rapidement anéantis par l'adversaire disposant d'un Donhbre supérieur de canons, et cet adversaire, par après, aurait d'autant plus vite fait d'anéantir également le dernier tiers.
Dès lors, me dites-vous, en raisonnant de la sorte, les autres armes ne devraient pas non plus former des réserves; «lies ne devraient pas même former plusieurs lignes, mais il faudrait, au contraire, qu'elles tendent à se porter sur la première ligne de suite avec tous leurs combattants. Mais la comparaison n'est pas juste.
Pourquoi les antres armes forment-«lles des lignes et des réserves? 1'* pour recueillir et rallier des troupes qui n'ont plus de cohésion, afin qu'elles reforment leurs unités et soient de nouveau en état d'engager le combat, car des troupes d'infanterie et de cavalerie qui ont perdu toute cohésion dans le combat non seulement sont affaiblies et peu solides en face de forces s'avançant en ordre serré et intactes encore, bien plus, elles sont absolument à leur merci; 2* pour pouvoir tirer parti d'une débandade se produisant chez l'ennemi et finir de l'anéantir; 3° afin de disposer encore de troupes si des cas imprévus nécessitaient leur emploi sur un point nouveau du champ de bataille.
Les deux premiers motifs n'existent pas pour l'artillerie ; le IniUième perd de son importance au toi et à mesure qui' s'iMend la sphère d'action de l'arme. Quand l'artillorii' l'iuit obligée de s'approcher de l'ennemi à la distance ie 1 lHH) pas si elle voulait obtenir un tir efficace, lorsqu'il giouvait fort bien lui arriver de n'être plus qu'à
400 pas de Tennemi qui la menaçait avec de Tinfanterie et de la cavalerie, on ne pouvait pas compter avec sûreté d'être à même d'employer sur un autre point la fraction de Tartillerie qu'on avait une fois engagée. Il fallait la. considérer comme étant « dépensée ». Mais plus l'artillerietire loin^ moins elle est « dépensée », plus elle reste, peilr dant le temps même où elle combat, à la disposition dju. général en chef. Il lui est possible encore de faire remettre l'avant-train et d'employer les batteries sur un autre point.
Dans la lutte que.^utint le corps de la garde à Sedan, îL fallut faire l'évolution appelée « prolongement des ailes >i, La batterie Roon était postée à l'aile droite . de la troir sième Abtheilung quand elle reçut l'ordre de se rendre à l'aile gauche de la division. Elle remit l'avant-traini pour reculer, puis longea au trot [les autres batteries et prit position à leur gauche, et cela au milieu d'un feu de chassepots très vif et. à portée efficace, dont l'un des projectiles avait atteint le capitaine au bas-ventre peu après qu'on eût enlevé l'avant-train.
Dans la même bataille, toute V Abtheilung. à cheval s'est, rendue à la même allure depuis l'extrême aile, droite jus#qu,'au. centre;, où elle a été engagée, pour retourner plus, tard à l'aile droite, la troisième batterie allant, même jusqu'à l'extrémité de cette ailci La àBxisxhvckB Abtheilung i. pied de, l'artillerie de corps a, très bien pu quitter sa. prefitîère poisitiott\à la droite de la première Abtheilung pour se rendre dans . la seconde à sa gauche.
Mais, même lA à l'avenir le feu ennemi devait être bien, plus violent qu'il nelefoi è. Sedan, on pourrait quand même disposer d'une ligne,. d'actittfiriè qui aura déjà engagé la luUe, pourvu qu^elle occupa uae position quelque pea couverte. La distance à laquelle oUe aura ouvert le feu seo^a plus considérable, encore, ell& ]i!aura donc qu'à, cesser de tirer çt à ramenée ses pièces .qn <fti^i^, et l'ennemi ne la verra plus et ne tirera plus sur elle (ce ^t «mon
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cas à Sedan, comme je vous l'ai déjà dit), et c'est k cfi moment-là qu'elle devra se tranEporter ailleurs.
Quant à l'artillerie qui, à une faible portée du shrapnel, sera engagée en plein dans le duel d'artillerie, celle-là, on ne sera, dans un pareil moment, pas du tout tenté de l'employer ailleurs, car la violence même de la lutte constituera la meilleure preuve qu'elle est postée au point où l'on en a le plus impérieusement besoin.
Ajoutez à ceci que plus loin elle tire, moins elle aura besoin de se déplacer pour ouvrir le feu ailleurs. Même les pièces avec lesquelles nous entrâmes en campagne en 1870 pouvaient, quand elles étaient postées au centre sur le front d'un corps d'armée, porter secours sur tous les points où ce corps avait engagé le combat sans bouger de leur place, simplement en dirigeant leurs feux vers ce point. Depuis la position de Saiat-Privat qu'occupaient les batteries de l'artillerie de la garde, celles du centre tiraient par delà la grande route sur des masses ennemies qui s'avançaient contre l'aile gaucbe du corps, puis, plus tard, à droite, sur des ennemis qui dirigeaient un choc violent contre la division bessoise ; de même à Sedan elles tiraient sur des ennemis qui attaquaient l'extrême aile droite du corps, puis contre d'autres qui se dirigeaient vers son aile gaucbe.
Actuellement, la spbére d'action s'est élargie encore; donc l'artillerie, tout en ne changeant pas de position, sera à même de porter secours sur des points plus éloignés encore. Par conséquent, un corps d'armée devra toujours cliercher à faire ouvrir le feu par toute son artillerie réunie. S'il voulait garder en réserve de l'artillerie qui pourrait encore trouver place dans la position, il agirait cfiumn! ces stratégistes de l'ancien temps qui postaient des réser\'es hors des limites du théâtre de la guerre (conuie le corps posté à Halle en 1806), tant que Napoléon ne leur eùL pas , prouvé qu'on ne saurait jamais avoir trop de troupes pour livrer bataille.
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A certains égards, il n'en sera pas de même d'une armée entière; la pièce de campagne n'a pas encore une portée telle que depuis une seule et même position il lui serait possible de battre le front de bataille d'une armée tout entière. Pour elle, il pourrait plutôt paraître opportun de disposer d'une réserve d'artillerie pour le cas où la nécessité apparaîtrait de déployer une vigueur particulièrement considérable sur l'une ou l'autre aile de l'armée. Mais une armée comprenant des corps nombreux tiendra en réserve un certain nombre de corps d'armée entiers, et les batteries de ces corps constitueront pour elle la réserve d'artillerie dont elle pourra peut-être avoir besoin. C'est ainsi que, dans la bataille du 18 août 1870,1e IIP corps d'arnaée, qui de toute la journée n'a pas pris part à l'action, dut envoyer en avant son artillerie de corps dans la position de Vionville.
Pour répondre à votre dernier argument en faveur de la formation d'une réserve, que le duel d'artillerie étant fort violent on courrait risque après une bataille de n'avoir plus d'artillerie pour la journée du lendemain, je vous ferai finalement remarquer qu'il importe uniquement de vaincre dans la première bataille. Si vous êtes vaincu dans celle-ci, de toutes vos pièces celles-là tomberont aux mains de l'ennemi dont les attelages et les servants auront été tués par les shrapnels. Si, au contraire^ vous êtes victorieux , eh bien ! vous n'aurez qu'une chose à faire : c'est de vous procurer immédiatement une nouvelle artillerie pour remplacer celle qui aura été ruinée par le feu ennemi. Vos pièces n'auront pas souffert du tout des shrapnels, les chevaux seuls et les hommes auront succombé. Nous attellerons par conséquent à nos pièces les chevaux des caissons vidés , qui pourront parfaiteme»t se contenter de deux chevaux, et, pour servir lès pièces, nous prendrons les hommes qui escortaient les caissons. C'est ainsi qu'après la bataille de Saint-Privat les colonnes de munitions du corps de la garde cédé-
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Tent 200 chevaux aux batteries. Drcsky doit égalemeot avoir complété par ce même procédé ses batteries k cheval après la bataille de Viohville, car elles avaient perdo les trois quarts de leurs chevaux , et pourtant nous les voyons prendre part à l'action dès le 18 août.
2° La deuxième question dii jour que vous mentionnez est celle-ci : n Devra-t-on régler !e tir depuis un point sitoé en arrière de la position d'où l'on va ouvrir le feu? » J'avoue que je m'en suis beaucoup occupé aussi. Autant que je sais, on espère obtenir de brillants résultats en opérant de la sorte. S'il est une vérité irréfragable, c'est celleci : dans le duel d'artillerie, celle des deux qui aura sa régler la première son tir sera à peu près sûre d'imposer «ilence k l'autre. Cette vérité a donné naissance à l'idée suivante : on commencera le feu k une distance très grande, simplement pour régler le tir; puis on tirera sur une position qu'on comptera occuper tout à l'heure pour le duel décisif; par la différence entre les deux distances, on ■obtiendra celle où se trouve la nouvelle position par rapport à l'ennemi ; là-dessus on se rendra, peut-être avec les pièces chargées et les hausses toutes mises, à l'allure la plus rapide, dans ta nouvelle position, et l'on commencera le duel d'artillerie avec des pièces dont le tir sera tout réglé contre un ennemi qui, lui, aura encore à régler le sien. Exemple : je tire sur l'ennemi à 5000 mètres, je choisis -nne hauteur où je me rendrai pour me mettre en position, je règle mon tir sur cette hauteur, je trouve qu'elle est éloignée de 3000 mètres, et, dès lors, je sais que cette position sera HisÉante de âOOO mètres de l'ennemi.
Jf vous avouerai que cttlc idée est tellement séduisante qu'au premier abord moi .tussi je l'acceptai. Mais plus je l'approfondissais au point '!•' vue de l'application, plus la conviction s'affermissait t?ii moi que rarement la chose •nra possible. Tout d'abord on devra se dire que la position plas rapprochée de l'eniitimi où l'on compte se rendre
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sera occupée par celui-ci, que, dès lors, on ne pourra pas y all^r, ou bien elle sera occupée par nos troupes, et, pour cela, il ne sera pas possible de tirer dessus; on .ne pourra donc employer cette méthode que gr&ce à un concours de circonstances exceptionnelles, dans le cas où, avant que no6 troupes aient occupé la nouvelle position, nous eussions dû tirer dessus parce qu'elle était en la possession de Tennemi.
Ou bien il faudrait qu'on^eût eu le temps d'envoyer un officier à 3000 mëtres en avant pour donner Tordre aux troupes occupant la position de se ranger de côté afin d'éviter les projectiles qu'on va y lancer, et, quand elles auront opéré ce mouvement, il faudrait que l'infanterie ennemie ne mit pas à profit l'occasion de s'y porter vive» ment et de prendre possession du terrain évacué.
En outre, il faudrait que la nouvelle position se trouvât directement dans la ligne de tir de la première, car, sans cela, il serait impossible de calculer la différenoe. De plus, le front de l'artillerie ennemie devrait se trouver dans une seule et même ligne, et le front de la nouvelle position que nous serions dans l'intention d'occuper devrait être, dans toute son étendue, exactement parallèle au front ennemi, sans quoi la distance serait toute différente pour Tune des ailes que pour l'autre.
Mais, lors même que toutes ces conditions devraient se trouver remplies, il me faudrait soulever des doutes et vous adresser les questions suivantes : .
!• Quand nous croirons avoir réglé notre tir à 5-000 mètres, mais que nous nous serons trompés vu la grande distance, que faire alors? Si nous avons, par exemple, tiré trop loin de 300 mètres ou que nous croyions avoir touché le but, ce qui est fort possible à la distance de 5 000 mètres, nous tirerons trop loin de 300 mètres aussi quand nous aurons occupé la seconde position à 2000 mètres de l'ennemi, qui, lui, nous décimera sans que nos feux produisent le moindre effet sur lui, car nous tirerons par-dessus sa tète au lieu de lui imposer silence par l'effet de notre feu.
2^ Que fera-t-on si rartillerie de Teniiemi, qui paraissait^ à la distance de 5 000 mètres, être postée sur une seule ei même ligne, a établi chacune de ses batteries aune distance différente? On ne profitera que vis-à-vis d'une seule batterie de ce qu'on a réglé d'avance son tir, tandis que les* autres vous écraseront.
3** Si, avançant au galop, à fond de train ou à n'importe quelle allure vers la position, .on ne trouve pas de suite le point sur lequel on a réglé son tir, que fera-t-on alors? Et ces choses-là peuvent fort bien arriver, car, vu de loin, le terrain a un tout autre aspect que quand on le traverse. Je n'ai qu'à vous rappeler la chasse aux perdrix, à vous qui êtes un Nemrod passionné. Combien de fois n'arrivet-il pas qu'on descend une perdrix ; elle tombe dans le» tiges des pommes de terre, là-bas, à côté de certaine fleur îaune. On se transporte à cet endroit, et, se trompant de fleur, on passe des heures entières à chercher vainement le gibier. Allez-vous, avec une Abtheilung partie au galop, vous mettre à chercher pendant des demi-heures le point où vous allez mettre vos pièces en batterie? Mais, pendant ce temps, l'ennemi aura vite fait de vous anéantir.
4<* Vue de derrière seulement, la nouvelle position vous aura paru appropriée à votre dessein, qui était de pouvoir bien prendre l'ennemi corps à corps. Une fois que vous y serez arrivé, vous constaterez que de là il est impossible de même l'apercevoir. Que ferez-vous alors? Vous courrez de ci de là avec vos hausses mal prises, et, tout en recevant les décharges de l'artillerie ennemie, vous chercherez une position. C'est la pire chose qui puisse vous arriver.
5® Supposons que vous trouviez votre position, mais que vous constatiez qu'une seule de vos batteries (pour ne pas dire une seule de vos pièces) y trouve place. Vous aurez affaire à un terrain dont la configuration sera telle que les autres pièces devront se poster soit en avant, soit en arrière, et que, dès lors, elles ne pourront pas tirer à la distance qu'on aura obtenue. Une seule de vos batteries, dans ce
cas, tirera bien; toutes les autres n'atteindront pas le but et auront le dessous.
Ce sont là des événements fâcheux qui entraveront notre tir et qui le rendront même absolument inefficace si nous donnons suite à la proposition de certains exaltés épris surtout du procédé que je critique en ce moment. En effet, ils demandent qu'on se porte en avant, nos pièces étant toutes chargées de shrapnels, qui, dés lors, devront être réglées, et dont la première décharge, si les circonstances fâcheuses énoncées plus haut devaient se présenter, serait absolument perdue. Si Ton ne chargeait qu'avec des obus, on pourrait au moins changer la hausse si Ton était contraint de mettre les pièces en batterie sur un autre point que celui qu'on avait choisi; mais, une fois que le shrapnel est réglé, il n'y a plus rien à y faire, du moment que le projectile se trouve dans le canon.
Abandonnons les déductions abstraites et revenons au champ de bataille de Kôniggràtz et à la situation qui, à plusieurs reprises déjà, a servi de base à nos démonstrations. Supposons donc que l'artillerie du défenseur se trouve sur la hauteur de Lipa, celle de l'assaillant sur la montagne de Roskos, et que cette dernière ait réglé son tir à 4 000 mètres. L'infanterie de l'assaillant s'est emparée des ponts sur la Bistritz, elle a occupé le bois de Skalka et pénétré dans la forêt de Hola. On est parvenu à prévenir cette infanterie que son artillerie va régler son tir sur l'arête saillante qui descend de Cistowes vers le bois de Skalka et que l'infanterie ait à ne pas occuper cette saillie. On croit y trouver, à la distance de 1780 mètres de la montagne de Roskos. un point d'où l'on pourra bien tirer sur l'ennemi posté à Lipa, et c'est sur ce point qu'on règle son tir.
Il se trouvera un peuplier sur cette arête qui se dessine nettement sur l'horizon , si bien qu'il est impossible d'admettre n'importe quelle erreur qui pourrait vous être préjudiciable. Il ne saurait être question de se porter en
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ayant au galop, car il s'agit de franchir la Btstrilz. Hais près du bois de Skalka on trouvera un point de passas^ situé dans un angle mort, parce que l'ennenii, depuis Lipa, ne peut pas l'apercevoir. Cesi là qu'on franchira la rivière, puis on se déploiera, et, £ûsant front Abihtiùmg par Abiheilung, on arrivera près du peuplier.
Pourra-t-on, depuis ce point, réellement voir l'ennemi, et, si même une des batteries le pouvait, les autres le pour* ront-elles? Lisez un peu, dans la description de la bataille de Kôniggratz, le passage qui a trait à cette partie du théâtre des opérations, et vous verrez combien de fois nos batteries ont dû changer de place parce qu'elles ne pouvaient pas bien voir Tennemi. Dans le cas que nous supposons être le nôtre, les ailes devront se porter plus avant que le centre en formant un demi-cercle pour pouvoir tirer. Mais si^ selon notre supposition, les pièces sont chargées avec des shrapnels dont les fusées auront été réglées, il ne leur restera rien d'autre à frdre que de tirer sans viser. De cette façon, elles auront bien nettement trahi leur présence à l'ennemi avant d'avoir pu commencer leur feu en pointant.
J'admets parfaitement que le cas puisse se présenter où Ton aura trouvé un point sur lequel on aura commencé par tirer et dont on aura ainsi fixé la distance, point que. par après, notre infanterie aura occupé et auquel on se rendra afin de le reconnaître. On y trouvera une position couverte, située en arrière d'une haie entourant un village, derrière une hauteur. On pourra également y faire arriva les pièces à couvert, sans que l'ennemi s'en doute. Mais un tel point n'ofirira que rarement un emplacement pour plus d'une seule batterie. Qu'on l'y mène, cette batterie unique, mais sans qu'elle ait chargé ses pièces ; une fois qu'elle s'y sera établie sans que l'ennemi l'ait aperçue, qu'on conmience au préalable par bien s'orienter, et, une fois qu'on sera tout à fait sur de son affaire, on pourra surprendre l'ennemi en ouvrant sur lui un feu rapide, peut-être même en lui lançant de suite des shrapnels.
Je crois qu'une telle batterie pourra obtenir un effet surprenant et, si elle a pour elle le concours de toutes les circonstances les plus favorables, même un effet décisif sur la marche du duel d'artillerie. Mais vous conviendrez que ce concours d'une foule de circonstances favorables est indispensable et que, dès lors, on ne pourra pas établir en règle qu'il faille procéder de la sorte. Cette évolution échouera quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, surtout si l'on a affaire à une ligne d'artillerie comprenant plus d'une batterie, c'est-à-dire qu'elle amènera l'anéantissement de la ligne d'artillerie qui se porte en avant.
Connaissez-vous le dicton que les Berlinois ' emploient à tort et à travers : « C'est un bien beau rêve, mais les choses ne se passent pas de la sorte? »
3* Quelques-uns de nos novateurs vont jusqu'à demander qu'immédiatement après avoir ôté l'avant-train dans la position rapprochée qu'on se propose d'atteindre coûte que coûte, en avançant à fond de train et en laissant même en arrière les deux tiers des pièces, on fournisse une salve de shrapnels. Cela, pour sûr, n'aura qu'un résultat, celui de dépenser en pure perte ses munitions.
En général, je suis l'ennemi déclaré de la salve d'artillerie en tant que nioyen de coinbat. Une batterie, n'est-ce pas? doit charger, prendre la hausse, pointer, faire feu, observer le projectile et régler le tir après chaque coup de canon ; chacune des nombreuses fonctions est remplie par un autre individu, et toutes ces opérations doivent forcément cadrer si l'on veut atteindre le but. Eh bien ! cela constitue une machine si compliquée, si ingénieuse, que ce n'est qu'en contrôlant chacune de ses opérations avec la plus grande attention qu'on obtient tout le résultat désirable.
Dès qu'à la place du calme vous décréterez la h&te et la précipitation, dès que vos servants verront que vous ne les contrôlez plus, ils ne feront plus que de mauvaise besogne;
c'est ce qui arrive au polygone même ; que sera-ce donc devant l'ennemi? Si toute une batterie en fournissant une salve tire à faux et qu'un seul projectile atteigne le but, à qui le capitaine commandant s'en prendra-t-il? Apres la salve, il ne saura pas laquelle de ses six pièces était bien pointée. Lorsqu'au contraire il aura lui-même contrôlé coup après coup et qu'à chaque pièce il pourra demander compte de tout projectile parti en « déserteur »^ alors les servants s'appliqueront bien davantage à charger exactement, à bien prendre la hausse et à soigneusement régler la fusée, à pointer convenablement, etc. Dans ce cas-là seulement, le capitaine exercera la direction qui fera dire de lui : « Cet homme est maître de ses feux. »
Croyez-moi, je sais par moi-^même combien cela est difficile, en tout état de choses. Il n'est pas besoin d'un grand événement pour que tout aille de travers : il suffit d'une pièce qui rate, d'un canonnier qui est tué au moment où l'on va faire feu ou d'un autre dérangement de ce genre, et immédiatement une autre pièce veut vivement se mettre à tirer, et si le capitaine n'intervient pas, s'il ne déploie* pas une sévérité draconnienne, il se produira le plus beau feu à volonté du monde, un feu que notre règlement ne connaît pas, où l'on ne fait plus d'observations, où l'on ne règle plus le tir, où souvent même on ne vise plus et par lequel on n'obtient absolument rien qu'une impénétrable fumée.
Quant à moi, je ne me fie qu'à un seul feu, à celui qui, avec une minutieuse attention, conunence à celle des ailes où se tient le capitaine, la lunette d'approche à l'œil, à l'abri du vent; il observera chaque coup de canon et pourra intervenir dès qu'un projectile s'en ira en « déserteur », parce que le prochain coup de canon ne devra pas être tiré avant que le précédent ait été observé. C'est bien là ce que demande le règlement, car il va jusqu'à fixer pour le feu rapide l'intervalle minimum de six à huit secondes entre chaque coup de canon. Or, en six ou huit secondes, le projectile parcourra la distance la plus grande qui, selon moi,
puisse être assignée à une batterie ouvrant le feu rapide (de 2 500 à 3 000 mètres).
A Taide d'une salve on n'enverra pas plus de projectiles dans les rangs ennemis qu'avec un feu rapide de ce genre, car on ne pourra guère laisser moins de trente-six à quarante-huit secondes entre des salves, si l'on veut que les hommes visent bien. Un feu d'aile bien régulier lancera autant de projectiles sur l'ennemi, avec cette différence qu'il l'atteindra bien mieux. En outre, si vous avez chargé vos pièces d'avance avec des shrapnels réglés d'après l'ancienne méthode maintenant supprimée, vous ne lancerei pas, avec le feu rapide, tant de projectiles en pure perte.
Beaucoup d'entre les causes qui à mon sens rendent inutile et préjudiciable la salve d'artillerie auront sans doute nui au tir à obus au temps où les capitaines commandant une batterie placés sous mes ordres exécutaient d'abord des salves, puis des feux d'aile contre un but mobile afin d'établir une comparaison entre les deux, et qu'ils n'atteignaient pas le but en fournissant des salves, comme je vous l'ai dit précédemment.
C'est pourquoi je me sens envahi par l'inquiétude quand je lis et que j'entends dire quels brillants résultats on compte obtenir dans le combat d'artillerie avec les sa;lves de batterie fournies surtout avec des shrapnels. Je crains sérieusement qu'on ne s'abandonne là à ime illusion des plus graves. Elle est grave, non seulement parce qu'une attente déçue exerce une influence pernicieuse sur le moral des individus, mais encore parce que toutes les batteries ayant fourni une salve inefficace seront par cela même sans défense. Il leur faudra commencer par régler leur tir, et, de la sorte, l'ennemi gagnera un temps considérable.
Nos adversaires dans la guerre de 1870 à 1871 avaient conçu, par rapport aux mitrailleuses, ces mêmes espérances sibsolument vaines.
Non que par-ci par-lâ ces pièces n'eussent un effet vrai-
ment frappant : dans Ton des engagements livrés au Bonrgeif une seule décharge d'une mitrailleuse tua vingt-deux chevaux de la deuxième batterie à cheval de la garde. Mais, la plupart du temps, nos hommes faisaient fi du feu de la nouvelle arme. C'est ce qui pourra bien arriver également h la salve à shrapnels. Par-ci par-là elle pourra produire un effet considérable, surtout si les hommes tirent avec calme et nue grande attention. Mais, dans la plupart des cas, elle constituera purement et simplement une dépense inutile de munitions.
Moi aussi, comme je vous le disais dans une de mes précédentes lettres, j'ai employé la salve de batterie à la guerre, non pas pour obtenir un effet, mais uniquement pour mesurer la distance. C'était à Sedan. Mais on ne tirait pas avec précipitation pour se mettre à charger aussitôt après. Il fallait, au contraire, qu'on procëdUkt avec lenteur, et les capitaines étaient tenus de contrôler le pointage de chacune de leurs pièces afin qu'aucune erreur ne pût se produire. Plus tard, toutes les batteries de l'artil^ lerie de corps et de la. première Abtheihing réunies fournirent une salve, uniquement pour donner au général de Pape le signal convenu qu'il pouvait avancer avec Tinfan* terie contre le bois de la Garenne, sur lequel nous ne tirerions plus à partir de ce moment.
Le règlement admet également la salve de batterie au paragraphe 200 afin de fournir un point d'appui à celui qui observe le tir au cas où il ne pourrait le faife avec les coups de canon tirés un à un. Il ne parle pas de la salve comme moyen de combat; par contre, au paragraphe 203, il formule cet avertissement qu'on doit se garder de la précipitation en ouvrant le feu.
Dans la brochure déjà citée qui porte le titre : « Conduite de l'artillerie aux grandes manœuvres et dans le combat » on fait la proposition suivante : VAbiheilimg fera fournir des salves à ses batteries avec des hausses différentes, la première batterie tirant par exemple à 2 000 mètres, la seconde
à 2 200, etc., afin d'obtenir rapidement et dès le moment où Ton ouvrira le feu, un point de repère assuré pour régler le tir. J'avoue que cette proposition me séduit fort. Seulement je voudrais qu'on ne lançât pas en avant VAbtheilung avec ses pièces toutes chargées et la hausse toute prise et qu'on n*ouvrit pas le feû' avec précipitation; ce faisant, on enlèverait aux hommes leur calme et on les entraînerait à tirer avec une trop grande, liâie ; je démanderais qu'on n^aippliquàt ce mode de procéder que dans le cas où l'on parviendrait à poster l'artillerie derrière un couvert, sans être aperçu de l'ennemi ; là on pourrait bien tranquillement contrôler le pointage de toute&les pièces une à une, et l'on serait, par conséquent^ en état de gwantir la justesse de la salve fournie. Les distances auxquelles le dudi d'artillerie devient décisif (de 2 000 à 2 800 mètres) sont tellement considérables encore que, à peu près dans tous les terrains, on trouvera des couverts, ne fût-ce -que pour quelques pièces, couverts où l'on pourra se rendre sans être vu, si bien que l'ennemi ne sera informé de notre présence qu'au moment où nous ouvrirons le feu, surtout si d'autres batteries, tirant déjà à de plus grandes distances, attirent son attention.
4^ Vous voulez savoir ce que je pense de la formation de grandes lignes d'artillerie en échelons chacun d'une batterie. Elle est très en faveur actuellement, on l'adopte quand le vent souffle de l'une des deux ailes et qu'il chasse la fumée de la poudre produite par l'une des batteries droit devant le front de la suivante, si bien qu'il devient très difficile d'obserter l'effet du tir. A la vérité, c'est là un très grand inconvénient, et on fait bien d'adopter la formation en échelons afin de l'éviter. A Sedan particulièrement, j'en ai eu beaucoup à souffrir; mais là il ne nous était pas possible de nous former de la sorte, la configuration de la crête où nous étions établis nous contràijg'nait à nous poster sui^ une ligne droite. Ce sera là souvent le cas.
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Au commencement de la bataille de Sedan, Scherbening, comme je croîs vous l'avoir déjà dit, se porta en avant avec ses batteries en échelons de 200 pas; en 1866, à Blunaenau, il avait déjà adopté cette formation avec succès. Mais il ne le iil pas à cause de la direction d'où soufflait le vent, mais bien pour induire l'ennemi en erreur par rapport à l'élévation qu'il lui faudrait choisir. Quand une fois nous nous fûmt's solidement établis, que nos observations furent bien faites, que notre tir tut réglé, vu que de plus il nous était défendu pour le moment d'avancer davantage, les batteries se postèrent à peu près sur la même ligne que les premières. De cette fa^on, on obtint pour tontes un champ de tir par&itement libre et l'on évita de causer aux hommes l'impression pénible qui se produit en eux quand ils voient certaines batteries postées à une plus grande distance de l'ennemi qne les autres. Aussi suis-je d'avis que, dans le cas fort rare où le terrain permettra la formation en échelons , on devra recommander de ne l'adopter qu'après mûre réflexion et d'une manière passagère.
&° Je suis entièrement d'accord avec ceux qui demandf lit qu'on cherche à prendre le front de l'artillerie ennemie en flanc, pour le moins en écharpe. Rien ne cause plus de pertes qu'un feu flanquant ou bien des coups obliques; ils portent tous, même quand on a tiré trop loin. Les éclats d'obus et les balles des shrapnels sifflent tout du long de la ligne entre les pièces, les avant-trains, les chevaux et les servants et produisent sur le moral des hommes un effet des plus désagréables. A la bataille de KOniggriitz,j'étaispostésurla hauteur de Chlum et j'avaisen face (le moi une ligne d'artillerie bien supérieure en nombre à la nôtre; mais elle ne nous faisait de loin pas autant d'cifet qu'une ou deux batteries qui étaient postées plus bas, eutre Swetî et Rosberitz à notre gauche, et qui nous pri-naicnt en écharpe.
On devra donc tendre à déborder la^position ennemie.
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même si cela n'était possible qu'à Tune des ailes. Sur cette aile-là on aura bien vite pris le dessus, et de là on pourra en quelque sorte par les feux triompher de l'adversaire par une attaque de flanc successive, vu qu'il sera possible de donner à un nombre de pièces toujours croissant une direction oblique sur le centre et la seconde aile de la ligne ennemie. Mais on a proposé autre chose, à savoir d'obtenir, dans un duel que se livreraient deux lignes d'artillerie postées en ligne droite Tune vis-à-vis de l'autre, la direction oblique en faisant tirer les batteries de l'une des ailes non pas sur l'ennemi qui lui fait face, mais bien sur les pièces de l'aile opposée. Eh bien! je crois qu'en adoptant ce mode de procéder on exigerait trop de la nature humaine. En outre, on se verrait obligé d'observer et de régler le tir en quelque sorte sur la diagonale du champ de bataille. Cela présenterait une telle difficulté que l'effet du tir serait diminué dans des proportions plus considérables que ne seraient celles de l'avantage obtenu par la direction oblique. D'ailleurs, si le champ de bataille est étendu, il sera très difficile aux dift'érents chefs de diriger ces feux avec justesse; ils ne s'entendront pas, et quand une fraction de la ligne, par suite d'un malentendu quelconque, ne suivra pas le programme tracé, l'autre fraction se verra écrasée par l'ennemi. Voilà pourquoi ce procédé me parait être par trop artificiel; à mon sens, il s'écarte par trop de cette méthode simple que l'on doit suivre à la guerre. Pour moi, je ne demande que ceci : le chef de VAbtheilung devra assigner à ses batteries leurs différents buts, qui, d'ordinaire, se trouveront droit en face d'elles; au demeurant, j'estime que les dispositions brèves et si admirablement rédigées du règlement sur la direction du feu suffisent amplement.
6® Anciennement, les dispositions du règlement portaient qu'il était permis de chercher, dans le voisinage des batteries, des couverts pour les avant-trains. Le règlement le plus récent ne dit rien sur ce point. Quant à moi, je
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n'ai permis, dans aucune des campagnes auxquelles j'ai pris part, que Tavant-train quittât sa place réglementaire derrière sa pièce. J'obéissais à cette considération que le couvert même le plus rapproché où il était possible de le loger était encore trop éloigné des canons. Un couvert pour les avant-trains situé à dix pas de l'aile gauche de la batterie est certes très rapproché. Si le capitaine les y loge, l'avant-train de la première pièce s'en trouvera éloigné de 110 pas. Le soldat qui devra porter projectile par projectile à sa pièce aura donc à parcourir au pas de course 220 pas entre chaque coup de canon qu'on tirera.
Or, on exige de lui des efforts considérables lors même que Tavant-train occupe sa position réglementaire derrière la pièce. Supposez que la batterie tire cent coups de canon par pièce ; cela s'est vu bien des fois au cours d'une bataille; on prétend même qu'à Solférino plusieurs batteries de l'armée française ont tiré 300 coups de canon par pièce. Si donc les avant-trains étaient postés dans un couvert à dix pas de l'aile gauche, le soldat portant les obus à la première pièce aurait à parcourir 22 000 pas de plus que ses camarades. En outre, il aurait à longer à chaque voyage le front tout entier de la batterie en butte au feu ennemi, et on lui supposerait ainsi des nerfs vraiment par trop résistants. On pourra certes mettre les avant-trains à couvert si, à leur place, on dispose d'un autre « réservoir » où l'on ira puisej^ les munitions. Aussi la proposition que fait l'auteur de la brochure ci-dessus citée sur « la conduite de l'artillerie » m'agrée infiniment pour les positions défensives où l'on est résolu de tenir, mais non pour celles que Ton n'occupe que momentanément, celles, par exemple, où se poste l'artillerie d'une arrière-garde.
Voici ce que propose notre auteur : on logera les avanttrains à une certaine distance de la batterie ; sur l'une des ailes, et à leur place, on postera un caisson non attelé derrière la seconde pièce, un autre derrière la cinquième (ou bien un caisson derrière chaque section). Gomme
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dès lors il serait possible de diminuer rintervalle entre les pièces groupéjBS par demi-batteries ou par sections afin de raccourcir le chemin que les pourvoyeurs sauront à parcQurir, on arrivera à mettre ^es attelages à Tabri sans entraver le service des pièces.
Reportons-nous à la phase de la lutte sur le champ de bataille de Eôniggrâtz, qui à différentes reprises nous a servi d'exemple concret. Si le déjFenseur est résolu de livrer un combat décisif à Lipa, il y aurait avantage pour lui d'autoriser ses batteries à adopter la méthode ci-dessus indiquée. L'assaillant lui-même trouverait l'occasion, de l'appliquer, au cas où il occuperait une position oii', i^elpn toute probabilité, il restera posté pendant un certain teiups et où il pourra tenir, même si la situation devait se modifier. Ce sera le cas pour son artillerie sur le mont de Roskos, du moment que sa position sera assurée grâce à l'infanterie qui aura occupé la Bistritz, et cela pendant le temps que les fantassins emploijBront à rétablir les ponts. Par contre, celles des batteries de l'assaillant qui, franchissant la j^ivière près du bois de Skalka et occupant sur l'autre bord une position peu sûre afin d'amener par leurs feux énergiques un revirement dans le ^duel ,d'artiUerie, celles-là, dis-je, ne pourront pas tenter de poster les ayant-trains à une plus grande digtance des pièces que ne le permet le règlement. .
Tout le monde sait que, pour les pièces également, il ç^st à désirer qu'elles puissent s'abriter derrière un couvert construit par les hommes. Mais je ne saurais me dispenser de vous rendre compte, à ce propos, d'une chose fort désagréable qui n[^'esi arrivée à moi-même au cours d'un combat. . ,
Nous avions l'habitude, aux grandes manœuvres, toutes les fois que le temps nç. faisait point défaut, de couvrir nos pièces. en taillant des emibrasure^s dans le sol. La première fois qu'à la guerre je procédai. de la sorte, les roues, par suite; du recul, entrèrent si avant dans la terre fraîqhcj-
ment remuée qu'au troisième coup de canon la flèche d'affût était tout à fait en l'air, tandis que les roues et la bouche du canon se trouvaient profondément enterrées ; aussi n'eûmes-nous rien d'autre à faire qu'à abandonner nos embrasures et k nous poster en avant d'elles sur la terre vierge. En temps de paix on n'éprouve pas cet inconvénient aux grandes manœuvres, parce qu'alors les munitions ne produisent pas un recul aussi considérable. Sî donc en faisant les embrasures on devait trouver un sol mou, ce qui sera le cas la plupart du temps, on devra établir un plancher en madriers pour les pièces, sans quoi on ne pourra pas longtemps rester dans la position. Aussi il faudra toujours préférer comme emplacement pour les pièces un sol vierge et des protections naturelles, telles que les hauteurs, les buissons, les baies, etc.
7° Vous me demandez si l'artillerie & cheval est nécessaire. Pour répondre à votre question, je vous dirai ceci : Avant la guerre de 1870, beaucoup d'officiers supérieurs et généraux d'artillerie ont, h bien des reprises, émis l'avis que l'artillerie à pied (c'était là le nom qu'on donnait à l'artillerie de campagne non montée] était à même de remplir toute la tâche de l'artillerie à cheval depuis qu'on pouvait, grâce aux sièges d'afiut et d'essieu, faire prendre place sur les pièces k tous les servants d'une batterie mobile. L'artillerie à cheval, ajoutait-on, avec ses montures offre des buts trop nombreux aux canons rayés avec leurs projectiles atteignant à tout coup. On estimait qu'il vaudrait mieux la supprimer totïdement et la remplacer par ce qu'on appelait alors l'artillerie à. pied (actuellement artillerie montée], et c'était là également l'avis de personnages Uès 6coutés en haut lieu.
Mais les expériences faites au cours de la guerre de 1870 riïduisirent les novateurs au silence. J e vous ai précédemment rapporté (comparez la sixième lettre) le récit du général de Dresky. Le 6 août, il avait fait à travers la mon-
tagne une marche de vingt-deux kilomètres et demi avec l'artillerie de corps. Il reçut Tordre d'appeler aux armes, et à trois heures et demie il se mettait en route. Son artilleraie à cheval ne mit que trois heures à parcourir les trente-trois kilomètres qui la séparaient du champ de bataille; VAbtheilung d'artillerie à pied mit une heure et demie de plus ; elle arriva donc trop tard.
Le 16 août, il reçut Tordre d'arriver le plus vite possible sur le champ de bataille. L'artillerie à cheval arriva avec une avance de trois quarts d'heure sur l'artillerie montée; la distance à parcourir en pays montagneux avait été d'environ douze kilomètres. A Beaune-la-Rolande, son artillerie à cheval seule atteignit le champ de bataille a^sez à temps pour prendre part à l'action et après avoir parcouru cinquante-deux kilomètres et demi.
Pour ce qui est de la bataille de Sedan, je vous dirai que VAbtheilung à pied de l'artillerie de corps de la garde fut appelée aux armes une heure avant VAbtheilung à cheval, qui pour la nuit était adjointe encore à la division de cavalerie. On lui ordonna de suivre le plus vite possible et de rejoindre Tartillerie de -corps pour cette journée. Elle y donna suite si vivement qu'elle arriva juste au moment où VAbtheilung à pied prenait position. Elle avait eu à parcourir environ 19 kilomètres.
Certaines de nos batteries à cheval, voire même toute VAbtheilung, ont exécuté, conjointement avec les brigades ou les divisions de cavalerie, des marches vraiment énormes. J'ai eu l'occasion de vou^ en citer quelques-unes. Ces marches-là, l'artillerie montée n'eût jamais été capable de les faire.
Dans mes lettres sur la cavalerie, je vous disais qu'à l'avenir on exigerait plus encore de la cavalerie qu'on n'en a exigé jusqu'ici, et je crois que tout officier de cavalerie partagera ma manière de voir à cet égard. Eh bien! quand les grandes masses de cavalerie auront été soumises à un entraînement spécial en vue de ces efforts plus grands,
Tartillerie de campagne montée pourra les 'suivre moins encore que par le paàsè. Donc îl est hors de doute que les batteries qu'on adjoindra à la cavalerie devront être de Tartilleri'e à cheval.
' Mais l'artillerie de corps, elle aussi, a besoin de batteries à cheVJir pour les ca^s où Ton exigera qu'elle se transporte vivement sur le champ de bataille. Pour moi, Fidéal que jte rêve, c'est que toute l'artillerie de corps se compose de batteries à cheval. Vous iHe direz que le pays, outre les chevaux qu'il faut à la cavalerie, n'est pas en état d'en fournir un nombre suffisant pour toute l'artillerie de corps. Maïs au moins je voudrais qu'on fît le plus d'artillerie à cheval que le permettra la production chevaline du pays.
8® Moi aussi j'ai entendu des militaires qui diemandaient qu't)ri supprimât l'artillerie de corps et qu'on l'attribuât à "part égale aux ' deux divisions qui constituent le corps d'armée. C'est dans' defe brochures et des articles de journaux militaires quécette proposition a été faite. J'avoue que jusqu'à ce jour je ne m'étais pas occupé de cette question, mais, puisque vous désirez connaître mon avis à Ce sujet, éh bien, le voici : ' • /
C'est dans le seîn de l'artillerie même qu'a surgi le vœu de voir introduire cette modification'. Si elle était adoptée, le colonel qui commande le régiment d'artillerie divisionnaii*e n'aurait pas le désagrément - de voir, au moment de la mobilisation, son régiment coupé en deux saiiS qu'il puisse faire la moindre objection, de voir brisée l'iinité régimentaire, si importante pourtant, et cela juste au moment où l'arme va jouer un rôle décisif. Mais c'est là la! Seule raison plausible qu'on puisse faire valoir en demandant la suppression de l'artillerie de corps.
Or ée n'est pas là une question concernant spécialement l'artillerie. Vous vous étonnez de ce que je dis là, i^us le trouvez paradoxal, et pourtant j'ai raison; Main- •ténant que les divisions de cavalerie indépendantes sont
directement subordonnées au général en chef, le corps d'armée, si vous lui supprimez son artillerie de corps, sera formé de deux parties égales, ses deux divisions. Dès lors l'unité de corps cesse d'être nécessaire. Le général en chef et son état-major, en prenant leurs dispositions, compteront par divisions, et Ton supprimera Tunité de corps d'armée et les généraux qui commandent cette unité, après que les généraux de brigade commandant Tartillerie de campagne auront disparu, comme il va de soi.
Dès lors on aura des divisions d'armée ou de petits corps ayant à peu près l'effectif de nos divisions actuelles, ce qui revient au même. Mais, si Ton se décide à prendre cette mesure, la décision sera prise non pas par l'artillerie, mais bien par l'état-major général, par les hommes qui ont la direction suprême des opérations, des batailles. Mais l'homme qui sous ce rapport avait, d'entre tous les généraux d'armée, le plus de routine et de pratique pour toute la période où l'artillerie joue un rôle, Napoléon P» a tenu pour nécessaire la division de l'armée en corps. Chez nous, on a établi en i806 des divisions, et cette organisation on l'a trouvée peu pratique. En 1866, dans la I" armée on a directement subordonné au général en chef quatre divisions. Après l'expérience considérable acquise dans cette campagne on n'a pas renouvelé cet essai. Je crois, par conséquent, qu'on maintiendra l'unité de corps d'armée.
Au point de vue de la tactique, il serait fort regrettable qu'on supprimât l'artillerie de corps. Là où le général commandant le corps d'armée l'engagera, il produira, en combinant ses feux avec ceux de l'artillerie divisionnaire, un effet des plus actifs qui préludera à la décision capitale. Le fait même qu'il existe une artillerie de corps montre qu'il ne faut pas éparpiller l'action des batteries, qu'il faut au contraire la concentrer sur le point décisif.
En i870, le général commandant en chef la garde et son état-major indiquaient si bien, par l'emploi qu'ils faisaient de l'artillerie de corps, que l'action allait être énergique,
sa LETTRES SUR L'ARTILLERIE
qu'en jouant au whist — nous avions, pendant les longues soirées de l'investissement de Paris, le temps de cultiver ce jeu — on avait l'habitude de dire d'un joueur qui y allait de son atout : « Il met en batterie l'artillerie de corps. » Je crois vous l'avoir raconté dans le temps. Les jeunes officiers du quartier général disaient en riant que le général commandant, quand il recevait un rapport qui le forçait à monter à cheval, s'écriait invariablement : n Mes bottes, et l'artillerie de corps ! »
Ce sont là des plaisanteries, mais elles sont caractéristiques pour la situation.
Moi aussi je partage l'avis des colonels, et je trouve qu'il est regrettable que les régiments d'artillerie divisionnaire soient coupés en deux ; mais, à mon avis, il y aurait un moyen d'y remédier d'une façon absolue.
Actuellement encore, nous avons moins d'artillerie de campagne que les Ëtats voisins. Si nous ne voulons pas qu'il nous en cuise, j'estime qu'il est nécessaire de l'augmenter. Si nous donnions k chaque corps d'armée deux batteries en plus de celles qui lui sont actuellement attribuées, nous serions à même de former par corps deux régiments d'artillerie divisionnaire, un pour chacune des deux divisions, et un régiment d'artillerie de corps. Ceuxlà comprendraient deux Abtheilungen chacune de trois batteries, et celui-ci trois Abtheilungen chacune de trois batteries. Cette organisation répondrait au but que poursuit l'artillerie; elle n'entrtùnerait plus la dislocation des régiments lors de la mobilisation.
Il s'est trouvé des hommes qui ont prétendu qu'en augmi'iitant l'artillerie on s'exposait à. rendre le train de Ifimiée encore plus considérable. Eh bien! je déclare qu'il m'est impossible de discuter avec des gens qui, après les sucf^èa de l'artillerie en 1870, après les services qu'elle a rendus, la considèrent encore comme faisant partie du train et non pas comme une troupe de combattants