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QUATRIÈME LETTRE

EFFICAaTÉ DU TIR DE l' ARTILLERIE DE CAMPAGNE PENDANT LA GUERRE DE 1870.

S'il me fallait, en opposition avec les résultats peu

satisfaisants du tir de notre artillerie pendant la campagne de 1866, montrer qu'elle en a obtenu de meilleurs en 1870 et dire quels sont ces résultats plus favorables, je me verrais, au fond, contraint de reprendre une à une toutes les batailles de notre dernière guerre en suivant pas à pas

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l'ouvrage du grand état-major. Mais ceci même ne suffirait pas, car on ne saurait, avec les données qu'il fournit^ établir avec une exactitude absolue l'effet qui, dans chaque rencontre, devra être spécialement attribué à l'artillerie. Je ne voudrais pas davantage vous importuner en vous traînant à ma suite sur tous ces champs de bataille. Je me contenterai donc de mettre en saillie certains faits, de vousénumérer les observations qui me sont personnelles et d'y joindre certaines autres qui m'ont été communiquées par des amis. Gela suffira pour établir clairement ce que je: veux prouver.

Qu'à Wissembourg l'artillerie allemande ait exercé une influence décisive sur la marche du combat, il n'y a pas. à s'en étonner, vu qu'elle disposait d'une supériorité numérique considérable. J'ai raconté dans ma seconde lettre comment cette artillerie, postée dans la ligne des tirailleurs la plus avancée, amena les défenseurs du château de Geissberg à capituler; j'ai dit également qu'à la bataille de Wôrth elle prépara l'assaut d'Elsasshausen.

A Spicheren, elle commença par faire abandonner à l'artillerie ennemie les positions que celle-ci occupait sur le Rothe Berg, ensuite, depuis sa position sur la hauteur de Folst, elle fit rétrograder l'ennemi, qui à plusieurs reprises tenta des retours offensifs, et finalement elle assura la possession du Rothe Berg, car on ne considéra ce point comme nous étant définitivement acquis que quand les batteries Stumpf et Voss s'y furent établies et eurent repoussé différents retours offensifs de^l'ennemi.

A Vionville, notre artillerie commença par jeter le trouble dans tous les campements de l'ennemi, puis elle maintint le combat au centre jusqu'à ce que l'infanterie des deux divisions du IIP corps fût arrivée en nombre suffisant ; à cette occasion, elle eut, abandonnée à elle-même, à se défendre contre l'infanterie ennemie (page 557) ; plus tard, elle contribua, de concert avec l'infanterie, à repousser les retours offensifs réitérés de l'ennemi. Pour finir, elle se

porta en avant avec l'infanterie quand déjà il faisait sombre et lui aida à rendre définitive cette victoire, qu'il avait été si difficile de remporter.

A Beaumont, on peut moins aisément distinguer Tefiet produit par l'artillerie allemande fort nombreuse, de celui que produisit l'infanterie.

Aurai-je besoin de parler encore de Saint-Privat-Gravelotte et de Sedan, de ces deux batailles qui, pendant une grande partie du temps qu'elles durèrent, étaient des^ batailles d'artillerie? Il me suffira de rappeler que l'enlèvement de Sainte-Marie-aux-Chènes fut préparé par le feu de 88 pièces, de telle sorte que notre infanterie put, d'un seul élan et sans arrêt aucun, pousser son attaque jusqu'à la lisière de la localité opposée à celle par où elle y pénétra ; à Saint-Privat, l'attaque ne fit de progrès qu'au moment où l'artillerie se porta en masse sur le front de la ligne des tirailleurs, et se mit à battre en brèche le village.

Quant à la bataille de Sedan, il suffira de jeter un regard sur les deux plans annexés à l'ouvrage du grand état-major pour constater qu'on enferma l'armée française dans un cercle d'artillerie. Si l'on posait cette question : « Qu'est-ce que les projectiles de cette artillerie ont atteint? » eh bien! l'on pourrait considérer comme constituant une réponse suffisante cette donnée, fournie par le général Douay, qu'au 7" corps d'armée seul quarante caissons ont fait explosion au cours de la bataille (ouvrage du grand étatmajor, page 231). Car, dans cette guerre, la convention internationale dite de Genève avait fait disparaître des munitions de l'infanterie la cartouche à balle explosive, de sorte que l'explosion des caissons mentionnée ci-dessus ne pouvait provenir que des projectiles lancés par l'artillerie.

Mais ce sont là des considérations trop générales pour que je croie pouvoir les considérer comme une base suffisante pour une proposition dont je ferai le point de départ de déductions ultérieures. C'est pourquoi je vous deman-

derai la permission de citer quelques faits dont mes ainis ou moi nous avons été les témoins oculaires.

Quand, à la bataille de Saint-Privat, le corps de la garde s'avançait en colonnes serrées depuis Doncourt vers le village de Saint-Privat, il fut accueilli par les obus des batteries ennemies qu'on avait poussées en avant, à notre rencontre, depuis la crête de la hauteur qui court de Saint- Privat à Amanvillers. Les quati^e batteries de la 1^® division de la garde ouvrirent contre elles leur feu successivement, c'est-à-dire l'une après l'autre avec un intervalle aussi court que le permettait le passage de la colonne par batterie au déploiement. Immédiatement après, elles se virent renforcées par l'artillerie de corps, et comme chacune des batteries, selon l'ordre qui leur en avait été donné, allait se poster à 200 pas plus près de l'ennemi que la batterie d'à côté qui avait déjà commencé à tirer, notre fëu devenant de plus en plus intense et plus sûr, vu que son efficacité augmentait au fur et à mesure qu'il se rapprochait davantage des batteries ennemies, notre feu, dis-je, les con*traignit bientôt à regagner la position principale sur la hauteur.

Nous soutînmes la lutte d'artillerie contre cette position eu la distance fort considérable de 2 500 à 2 800 pas, vu que Le général commandant le corps de la garde ne voulait pas que nous nous rapprochions à la distance où nous eussions pu frapper les coups décisifs, car il avait reçu l'ordre, lui, d'attendre au préalable que le mouvement tournant et l'attaque de flanc exécutés par l'aile gauche de notre armée eussent produit leur effet.

C'est ainsi que, depuis passé deux heures jusqu'à passé cinq heures, nous avons soutenu un combat d'artillerie dans une position dont l'aile gauche, considérée dans son ensemble (car il y a eu quelques modifications de détail), se trouvait à quelques centaines de pas en avant de Saint-Ail et dont l'aile droite se raccordait à l'artillerie hessoise, qui était postée au bois de la Gusse. Le résultat du combat

d'artillerie fut qu'au bout d'une heure seulement l'artillerie ennemie cessa de tirer et disparut derrière la hauteur de Saint-Privat, qui, en avant de nous, bornait l'horizon.

En cette occasion, le feu de notre infanterie n'a pas incommodé l'artillerie ennemie, aussi peu que celle-ci a interrompu le combat par suite d'or4res supérieurs motivés par la situation tactique g-énérale. Si l'artillerie ennemie a été réduite au silence, eh bien, nous avons le droit d'attribuer ce résultat à l'effet du tir de nos pièces, et nous obtînmes ce résultat, quoique l'ennemi nous fût ég-al en nombre, et bien supérieur par rapport à la position favorable qu'il occupât.

Cette première heure une fois écoulée, je fis continuer le feu avec une extrême lenteur ; je me conformais à l'ordre que j'avais reçu du général commandant le corps de la garde d'avoir à traîner le combat en longueur et aménager mes munitions.

Dans l'intervalle, on préluda à l'attaque de Sainte-Marieaux-Chènes; dix pièces de mon aile gauche, comme j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de le faire remarquer, prirent part à cette action en faisant, en avant de Saint-Ail, une conversion à gauche, puis, ouvrant le feu contre Sainte- Marie, elles présentaient leur flanc droit à la position principale de l'ennemi à Saint-Privat. Mais il tirait si bas qu'il ne put d'aucune f$.çon profiter de cette circonstance.

Quand on a conscience de sa supériorité, on peut tent^ l'impossible.

Nous ne pouvions pas nous bercer de l'illusion d'avoir anéanti la grande ligne d'artillerie de l'ennemi, dont j'estimai l'effectif à 60 pièces, par notre feu, tiré de bas en haut, à une distance de 2000 à 3 000 pas. Mais son silence complet et des mouvements rétrogrades que l'on voyait s'effectuer de Roncourt vers Saint-Privat (ouvrage du grand état-major, page 859) prouvaient qu'il se ressentait de la supériorité de notre feu.

Cependant, quand, entre cinq et six heures de l'après-midi,

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l'infanterie de la garde sortit de ses couverts et se mit en mouvement sur Saint-Privat, l'infanterie et Tartillerie ennemies retrouvèrent leur activité sur toute la hauteur, ce qui prouve qu'elles ne s'étaient mises à l'abri de notre feu d'une efficacité si supérieure derrière la hauteur que pour reprendre la lutte au moment décisif . Notre infanterie, s'élançant vivement à l'attaque, eut bieatôt fait de masquer nos batteries , qui avaient de nouveau ouvert un feu violent contre l'ennemi, redevenu visible, et je donnai à l'artillerie de corps (Scherbening) et à celle de la l'" division (Rychelberg) l'ordre d'accompagner l'infanterie. L'aile droite de cette ligne d'artillerie (quatre batteries de l'artillerie de la l'® division de la garde et deux batteries de l'artillerie de corps) se porta à une allure rapide droit en avant et atteignit en même temps que les tirailleurs le rebord de la hauteur entre Saint-Privat et Amanvillers, qui nous faisait face au moment même où les tirailleurs ennemis l'abandonnaient en rétrogradant devant les nôtres. L'aile gauche de la ligne (trois batteries de l'artillerie de corps et les batteries de la 2® division de la garde, auxquelles vinrent s'ajouter par après les deux autres batteries à cheval) renforça la ligne des feux de l'infanterie dirigés depuis la rase campagne sur les murs du village. Plus à gauche, cela fut fait également par les batteries saxonnes, mais je ne les fais pas entrer en ligne de compte, vu qu'elles n'étaient pas placées sous mes ordres.

A la vérité, je n'ai pas vu de mes propres yeux l'effet produit par les batteries de mon aile gauche, parce que je me trouvais à l'aile droite et que j'avais chargé le colonel Scherbening de diriger la gauche. Mais des officiers français prisonniers nous ont dit après coup que cet eiSet avait été tellement meurtrier que, si l'attaque par l'infanterie s'était effectuée une demi-heure plus tard, nous n'eussions plus trouvé de défenseurs dans le village.

J'étais donc à l'aile droite, et je me portai en avant avec la 2^ batterie de grosse artillerie (Prittwitz). Elle était

la première prête à partir après avoir remis Tavant-train ; cette opération^ disons-le en passant, prend plus de temps dans un engagement réel qu'aux manœuvres en temps de paix : il y a encore des obus à serrer à fond, des chevaux atteints par les projectiles ennemis à dételer, telle ou telle réparation à faire à la pièce. En cette occurrence, le capitaine commandant la batterie avait pris pour son compte personnel la résolution de se porter en avant alors que mon ordre ne lui était point parvenu encore, et il se trouvait donc plus tôt prêt que les autres.

La batterie gravit au galop le versant de la colline et rejoignit les tirailleurs qui montaient à l'assaut ; trois pièces seulement atteignirent d'abord la hauteur, les trois autres restèrent en route parce que leurs chevaux avaient été tués. A Tendroit où arrivait la batterie, la crête de la hauteur est si large qu'on peut lui donner le nom de plateau. Les tirailleurs ennemis fuyaient devant les nôtres. Mais à une distance de 300 à 500 pas en avant de nous s'avançaient des masses ennemies en colonnes serrées pour disputer à dios tirailleurs le rebord de la hauteur. Vous ne sauriez vous imaginer l'effet que produisit le premier coup de canon de la batterie Prittwitz sur ces masses. Soudain elles devinrent immobiles, comme si elles avaient été atteintes d'une violente secousse électrique. Mais quand obus- sur obus vint éclater au 'milieu d'elles, quand la ligne d'artillerie se vit augmentée par mes autres batteries qui arrivaient successivement, par les trois pièces de la première qui purent nous rejoindre aussi, ces colonnes serrées prirent également la fuite.

Alors mes trente pièces établirent leur tir en s'orientant par rapport aux différentes distances, et en tirant des coups d'essai sur différents points, pendant qu'à notre gauche on luttait avec le plus grand acharnement eu avant de Saint-Privat. La possession de notre hauteur était de la plus grande importance. Depuis elle nous prenions, à notre droite, Amanvillers en enfilade, car nous en apercevions

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le clocher au-dessus d'une ondulation de terrain fort peu accentuée. Droit devant nous nouss lancions des obus qui allaient donner jusque dans les carrières d'Amanvillers, près du bois de Fèves, et il nous était possible de battre, près de Tauberge de Marengo, Fissue de la grande route de Metz à Saint-Privat, par laquelle étaient tenus de passer les renforts que rennemî eût pu envoyer de la place vers cette localité.

Mais k ce moment-là il n'y avait que fort peu de nos troupes d'infanterie sur cette hauteur. Les masses principales étaient engagées dans l^a lutte et les attaques dirigées contre la localité. Il n'y avait que les six compagnies que le général commandant le corps de la garde m'avait envoyées pendant la canonnade pour me servir d'escorte de sûreté qui eussent été de l'avant pour assaillir la hauteur à droite du village.

Mais ces compagnies avaient été cruellement décimées ; le chef de bataillon qui les commandait gisait à terre, atteint d'une blessure fort grave. Le capitaine qui en avait pris le commandement, quoiqu'il eût la tête ensanglantée par une blessure, groupa de vingt à trente hommes autour du drapeau. D'autres petits détachements furent formés sur différents points, et on les répartit entre les batteries afin qu'ils fussent en état d'ouvrir un feu rapide à bout portant sur l'ennemi s'il faisait iine pointe de notre côté. Quand toutes ces dispositions eurent été prises, j'allai me placer derrière le chef delà 4® batterie de grosse artillerie (Seeger), parce que cet officier était le plus prompt à fixer les distances par ses coups d'essai. Au fur et à mesure qu'il me les indiquait, je les faisais transmettre aux autres batteries par les officiers d'ordonnance.

La première pointe que l'infanterie ennemie devait faire de notre côté ne se fit pas longtemps attendre. Elle s'avança en colonne serrée depuis Amanvillers et nous attaqua énergiquement. Quand la tête de colonne devint visible au-dessus de la hauteur, nos coups d'essai l'atteignirent

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à 1 900 pas et mes trente pièces ouvrirent un feu rapide. L'infanterie ennemie fut enveloppée d'une épaisse fumée de poudre que produisaient les obus en éclatant. Mais, après un temps fort court, nous vîmes sortir les pantalons rouges de. ces masses qui s'approchèrent de nous. Je fis cesser le feu. Un coup d'essai fut tiré à 1700 pas ; il devait indiquer le point jusqu'où on les laisserait s'avancer avant d'ouvrir de nouveau le feu rapide; et ainsi procéda-t-on également pour les distances de 1 500, 1 300, 1 100 et 900 pas.

Malgré l'horrible dévastation que les obus causèrent dans leurs rangs, ces troupes valeureuses continuèrent leur mouvement en avant. Mais, à 900 pas, l'effet de notre tir fut par trop meurtrier pour elles ; elles tournèrent court et prirent la fuite ; tant que nous pûmes les apercevoir, nous leur lançâmes nos obus.

C'était donc là une attaque d'infanterie qui fut repoussée purement et simplement par le feu de l'artillerie. Quelques années plus tard, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec un aide de camp du général de Ladmirault, celui-là même qui avait porté l'ordre d'exécuter ce retour offensif et qui avait assisté à l'attaque. Deux régiments d'infanterie avaient été commandés à cet effet. L'officier français me dit : « Il était impossible de réussir. Vous n'avez pas idée de ce que cela veut dire que de devoir avancer dans le feu de votre artillerie. »

Ces attaques d'infanterie furent renouvelées. Elles continuaient à venir de la même direction. En tout il y en eut trois de faites, mais les deux dernières ne furent pas menées avec la même énergie que la première. Elles s'arrêtèrent à la distance de 1500 pas en avant de notre ligne. Une masse de cavalerie avait également paru, avant les attaques d'infanterie, pour essayer de dégager les défenseurs de Saint-Privat. La tête se montra près de la ferme de Marengo sur la grande route de Metz à Saint-Privat ; elle s'arrêta pendant que la colonne se déployait. Dès que

nous eûmes mesuré la distance à Faide de quelques coups d'essai, nous ouvrîmes un feu rapide, et nos obus, qui tombaient en masses serrées siu* la cavalerie, renfoncèrent, et elle disparut dans la direction même d'où elle était venue.

Enfin notre infanterie pénétra dans Saint-Privat, et le reste des batteries de l'artillerie de la garde accourut également pour se poster sur la hauteur à droite de cette localité.

L'ennemi, de son côté, déploya une grande ligne d'artillerie en face de nous, dans le bas-fond, le long de la lisière de la forêt, près des carrières d'Amanvillers. Il ne nous fut pas difficile d'imposer silence à cette artillerie (c'était celle de la garde impériale), car notre tir était d'ores et déjà réglé, nous avions pour nous la supériorité du nombre (des batteries du X* corps et de la division hessoise étaient venues renforcer notre ligne) fet nous avions pour nous l'avantage de la position. Quand la nuit vint, l'artillerie ennemie avait disparu.

Permettez-moi de vous dire encore quel fut le résultat de notre tir dans la bataille de Sedan. Dans mon avantdernière lettre, je vous ai déjà raconté comment l'artillerie de la r« division d'infanterie de la garde, au moment où le corps de la garde conunença à paraître, avait franchi, sur un chemin à travers forêt, le bois de Villers-Cernay pour ouvrir son feu de l'autre côté du bois. Quand nous eûmes atteint cette lisière, une'puissante ligne d'artillerie (pièces de campagne et mitrailleuses) se présenta à nos regards à une distance d'où son tir était très efficace. La plupart de ces pièces étaient couvertes par des parapets en terre, et, de là, elles lançaient la mort et la destruction sur les Saxons, qui avaient déjà engagé la lutte. L'ennemi avait choisi une position qui se trouvait tout contre le rebord droit de la vallée de Givonne et dont l'aile gauche s'éten-

dait dans une direction à peu près septentrionale jusqu'au delà de la ferme de Haybes.

L'occasion s'offrait à nous de prendre énergiquement en flanc cette ligne d'artillerie. Ce qui fut fait spécialement par les trois batteries postées à l'issue même du chemin à travers bois, tout contre la lisière de la forêt (trois batteries seulement avaient trouvé place en cet endroit, la quatrième alla se poster en arrière, plus à gauche). Le résultat obtenu par elles fut des plus brillants : la preuve en est fournie par la quantité considérable de canons et de mitrailleuses brisés et démontés que notre infanterie, en marchant en avant, trouva plus tard dans les emplacements mêmes.

Il n'est pas possible d'établir la part qui en revient à notre feu et celle qui en revient au feu de l'artillerie du XIP corps, postée en face de nous ; chacun sait qu'à la chasse tous les tireurs prétendent que le lièvre a été atteint par eux, mais ce qu'il y a de certain, c'est que ces pièces avaient été démontées par l'artillerie. Au début, il est vrai, les trois batteries de la 1" division de la garde étaient dans leurs petits souliers, car quand elles parurent, l'ennemi dirigea ses pièces sur elles aussi; il chercha à les prendre en flanc, de son côté, en tirant obliquement depuis l'extrémité nord du bois de la Garenne, c'est-à-dire à peu près du point où se trouve le calvaire d'IUy. Je suppose que c'était là l'artillerie de la cavalerie française, qui se tenait en réserve sur ce point.

Aussitôt on mit de notre côté en position contre l'artillerie française VAbtheilung à pied de l'artillerie de corps, et cela au nord du bois de Villers-Cernay. Quoique sur co point également les batteries se portassent en avant le plus que cela leur était possible, le rebord de la montagne, fort escarpé en cet endroit, ne les contraignit pas moins de se poster à une assez grande distance du but. Le grand éloignement et bien des circonstances accessoires rendir rent très difficile de faire des observations, de sorte qu'un

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assez long espace de temps s'écoula avant que nous fussions assurée de l'efficacité de notre tir. Mais une fois qne nous le fûmes, l'artillerie ennemie disparut, et nos obus jetèrent le plus ^and trouble dans les masses de cavalerie, qui, finalement, se retirèrent dans la direction du nord.

Pendant ce temps l'ennemi, de son côté, avait essayé de poster k une distance plus rapprochée son artillerie contre les batteries de lai" division de la garde, dont la position doit avoir tout particulièrement incommodé une batterie dont tous les attelages étaient composés de chevaux blancs qui s'avança du fond de Givonne, au trot, sur la localité du même nom, et voulut prendre position entre le village et le bois de la Garenne. Dès qu'elle apparut sur la hauteur, les trois batteries dont il est question plus haut dirigèrent leur feu sur elle. EUle s'effondra en quelque sorte; ses débris jonchaient le sol. Elle n'avait pas pu tirer un seul coup de canon. Il en filt de même d'une seconde, puis d'une troisième.

Dans une brochure française qui parut peu après la gnerre, je lis ceci :

« L'empereur lui-même essaya de placer trois batteries au sortir du fond de Givonne. Elles furent écrasées sans coup férir. 1)

Peut-être que les épisodes racontés dans le livre intitulé H Sedan » par le général de Wimpffen, Paris, 1871 [page 193, 13° ligne du haut, et page 341,7* ligne du haut), se rapportent k la même phase du combat.

En tout cas, l'heure indiquée est bien celle où parurent les batteries que notre feu écrasa; par conséquent, j'aurais eu l'honneur d'avoir eu en face de moi l'empereur en personne.

Pendant cp temps, la 2° division de la garde prenait en flanc les troupes ennemies dont le retour offensif incommodaitfort le XII* corps d'armée. Dans cette opération, elle fut secondée par l'ensemble des batteries de la division, au

k fut s<

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nombre de quatre. Il n'est pas possible de fixer ce qui, pour les résultats obtenus, revient à l'infanterie, ce qui en revient à rartillerie. Mais les pertes que lui causa le feu du chas- :sepot prouvent que cette derni'ère s'est portée fort avant au milieu de l'action. Le capitaine de Roon et l'enseigne Tesdorpf furent tués, le lieutenant baron de Tauchnitz eut les deux jambes traversées par ime balle de chassepot.

A l'aile droite, au nord du bois de Villers-Cemay, l'artillerie de corps, pendant la matinée, après que l'artillerie «t la cavalerie ennemies eussent été chassées du terrain autour du calvaire d'IUy, dirigeait son feu tantôt sur un point, tantôt sur un autre, contre les ennemis qui se montraient encore. Tantôt apparaissait une batterie par ci, tantôt un autre corps de troupe par là, sur lesquels il fallait ouvrir le feu. Plus longtemps on restait dans la même position, plus sûr et plus efficace était le tir.

A mi moment donné, on aperçut. quelque chose qui se mouvait sur la hauteur à droite, dans la forêt d'Ârdenne. A l'aide des jumelles, on constata que c'était de la cavalerie qui marchait sur deux rangs, dahs la direction du nord en traversant une clairière de la forêt, en montagne. Les batteries réglèrent leur tîr sur ce point. On crut pouvoir toucher avec une hausse de plus de 4000 pas. La distance me parut trop grande pour que le tir pût avoir de l'effet et j'allais faire cesser le feu, quand je remarquai un trouble évident dans les rangs de la cavalerie ennemie, ce qui me prouva que nos pi'ojectiles l'avaieùt atteint. On continua donc à tirer sur ce but mobile; avec lenteur, tant qu'il fut visible.

Je suppose que c'était là cette même cavalerie française qui était, en premier lieu, postée à lUy, et qui, à ce qu'on dit, aurait pris la direction de l'ouest sur Corbion en décrivant un arc de cercle par les sentiers de la forêt pour prendre part aux charges dirigées: contre les V* et XI^ corps d'armée. •

Le lendemain, le lieutenaàt de Kaas,' faisant fonctions

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d'aide rie camp auprès de la brigade d'artillerie, s'est rendu .sur cf! point et a trouvé sur une crête étroite longeant des gorges très escarpées toute une batterie française qu'on avait laissée là. L'attelage de la première pièce avait été déchiqueté par nos obus, les autres pièces n'avaient pas pu passer à côté, et, de cette façon, toute cette batterie abandnnnée tomba entre nos mains, butin conquis grâce h noire feu.

Ces résultats, nettement visibles, augmentèrent la confiance (les hommes en lears pièces et en leurs cbefs qui dirigeaient le feu. Le soin qu'ils mettaient à observer les commandements, k tenir compte des observations allait sans cesse croissant, et dans la même mesure croissait aussi l'exactitude avec laquelle on prenait la bausse, la précision avec laquelle on visait et on tirait, et l'effet du tir dtivrinait plus irrésistible.

Jusqu'à ce moment, le corps de la garde avait eu pour mission de rester sur la défensive, l'aile droite appuyée à la frontière belge, et d'empêcher ainsi l'ennemi de se frayer im passage vers l'est. Quand les succès obtenus par Vaille g.'iuche de l'armée de la Meuse lui permirent enfin de prcnrii'it l'offensive pour tendre la main à l'aile gauche de la IIP iirraée qui faisait des progrès visibles, afin d'achever d'enR'Trcr l'ennemi complètement, je reçus l'autorisatioD d'amener mes batteries à une distance d'oii leur feu produirait un effet décisif.

Dès lors, les i" et 2' Abtheilungen d'artillerie à. pied et ÏAbtfic'hmg à cheyal furent postées aussi près de la vallée do Givonne et du village du même nom que le permettait le revers escarpé de la vallée. Les quatre batteries de la 2' division de la garde restèrent au sud de Haybes en ne modiliant que légèrement leur front et leur position. Cela formait uu total de 90 pièces qui, depuis leur nouvelle position, eurent bien vite réglé leur tir sur les différents points importants qu'il s'agissait de battre. L'effet de leurs feux, combinés, & une si courte distance, fut réellement terrible.

Précédemment déjà, quand je traitais les questions se rapportant à Tinfanterie, je vous ai dit la dévastation que causèrent nos obus dans les rangs serrés de Taile gauche des troupes (division Grandchamp) avec lesquelles le général de WimpfiFen tentait de percer le cercle de fer que nous avions formé autour de lui.

Sur d'autres points se montraient également des troupes ennemies, mais presque toutes nos batteries les accablaient d'ime telle grêle de projectiles qu'elles se disloquaient et fuyaient vers la forêt, où elles espéraient trouver un abri. Le spectacle de ce carnage fait au milieu de ces masses d'hommes était affreux; les cris horribles des victimes que faisaient nos obus arrivaient jusqu'à nous.

Il était clair jusqu'à l'évidence qu'en enlevant le bois de la Garenne nous mettrions le sceau à la défaite complète de l'armée ennemie ; on avait donc l'intention d'attaquer ce bois, et la 1^* division d'infanterie de la garde se forma en vue de cette attaque. Mais comme les masses d'infanterie de deux corps d'armée ennemis réduits à fuir s'étaient entassées dans ce bois, il fallait commencer par préluder à cette attaque.

A cet effet, je divisai en coupures la longue lisière de la forêt qui s'étendait devant nous, et j'assignai une coupure à chacune de mes batteries. La première pièce de toutes ces unités devait atteindre la lisière même du bois, et ^îhaque pièce suivante devait faire feu dans la même direction, mais en élevant chaque fois la hausse de 100 pas. De cette façon, la lisière de la forêt et la forêt elle-même, jusqu'à une profondeur de 500 pas, se virent couvertes d'une grêle d'obus. Les éclats allaient plus loin encore.

Mais dès qu'une fraction quelconque des troupes ennemies apparaissait en dehors de la forêt, immédiatement toutes nos pièces dirigaient leur feu sur elle et l'anéantissaient. Dans cette phase de la bataille et sur le point où nous étions, notre supériorité sur l'ennemi était écrasante au point que nous ne subissions plus de pertes du tout.

Les batteries tiraient comme elles tirent sur la cible an polygone. Il nous venait des spectateurs, comme il en vient aux écoles à feu. Les nôtres étaient des officiers de» corps de troupe tenus en réserve, des médecins militaires,, voire même un aumônier.

Tout d'un coup une ligne de cavalerie prussienne venant de la direction dlUy s'approcha de la pointe nord de la forêt, du point où se trouvait le calvaire. Une masse épaisse d'infanterie aux pantalons rouges sortit de la forêt et se* précipita au-devant de cette cavalerie en ouvrant le feu depuis les carrières du calvaire. Ce fut pour nous un moment de grande surexcitation. Nos pièces, que nousavions immédiatement pointées sur ce point, seront-elles ea état de refouler l'infanterie ennemie et l'empêcheront-eUes d'anéantir notre cavalerie, sur laquelle elle tirait? C'était là ce qui préoccupait chacun d'entre nous. L'aumônier luimême dit fort justement à un canonuier qui se tenait à ses côtés auprès d'un caisson : « C'est maintenant qu'il faudrait que beaucoup d'obus prussiens éclatassent au milieu de cette infanterie française! — Soyez sans inquiétude, monsieur le pasteur, répliqua le canonnier, qui avait entendu donner l'ordre de pointer les pièces sur l'infanterie ennemie, nous allons nous en charger, vous n'avez qu'à faire attention. »

Et au même instant la plupart des pièces ouvrirent leur feu rapide ; une ' masse d'obus qui éclataient en touchant terre enveloppa l'infanterie ennemie d'une épaisse fumée de poudre, et bientôt on la vit disparaître dans la forêt. L'ecclésiastique poussa les cris de stupéfaction les^ plus expressifs, qui provoquèrent une hilarité générale. Je renonce à les reproduire ici, mais s'il vous fallait le témoignage d'un oint du Seigneur pour croire à l'efficacité de notre tir, je vous donnerai son nom et vous pourrez vous adresser à lui, il vous renseignera.

Les batteries furent derechef pointées sur la forêt et continuèrent à la canonner. Enfin le moment d'attaquer

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semblait venu ; les ordres étaient donnés, une salve tirée par toutes nos pièces réunies devait donner le signal de Texécution. La salve retentit à deux heures et demie précises, comme il avait été convenu, et notre infanterie, se mettant en marche depuis Givonne, commença h gravir la montagne.

Nous étions dans une attente fiévreuse ; tous les regards étaient fixés sur la forêt ; on se demandait si Tenlèvement de la lisière coûterait autant de monde que celui de la lisière de Saint-Privat. Mais cette fois-ci on rencontra une résistance qui équivalait à peu près à zéro (ouvrage du grand état-major, page 1266). Sur la plupart des points, les Français, absolument découragés, s'avançaient à la rencontre de nos troupes en criant : « Pitié 1 pitié, nous n'en pouvons plus ; nous sommes écrasés par le feu de votre artillerie. »

Dans l'intérieur seul de la forêt, ils essayaient de lutter sur certains points, mais nulle part la résistance ne fut bien opiniâtre. Si je ne m'eibuse, le corps de la garde recueillit en cet endroit de 11 000 à 14 000 prisonniers qui n'étaient pas blessés. Toute l'infanterie du corps ne compta, pour toute cette bataille, que 120 officiers et 320 hommes morts ou blessés.

Je vous ai donc donné \m aperçu des résultats de notre tir dans les deux grandes batailles principales de notre dernière guerre, autant que j'ai pu m'en rendre compte par moi-même. Je passerai sous silence les engagements de moindre importance auxquels j'ai pris part; je me contenterai de vous communiquer quelques observations spéciales faites par d'autres que moi.

J'jai là devant moi une lettre privée d'un de mes camarades,' M. de Dresky, alors colonel, actuellement général de division. Il commandait alors l'artillerie de corps du IIP corps d'armée et écrivit cette lettre peu après

86 LETTBBB SDB l'aBTILLKBK

les grandes batailles livrées autour de Hetz ; il la compléta plus tard par des annotations. Je transcris les passages suivants (il débute par la bataille du 16 août) :

« A Tronville je ne reçus pas d'ordres, et je me dirigeai donc sur VionviUe. Je venais de faire ôter l'avant-train à deux batteries à cbevat quand le général de Bulow m'ordonna d'aller occuper la hauteur qui, au sud de Flavigny, court de l'est à l'ouest, avec l'artillerie de coq)s, et de m'y maintenir. Le général d'Alvensleben me prévint que l'artillerie de corps était destinée à former le centre de sa position, et qu'il comptait avec certitude que je m'y maintiendrais.

« Je donnai l'ordre de remettre l'avant-train, et pendant qu'il était exécuté par YAbtheitung à cheval, je me portai vivement en avant dans le but de découvrir un point de passage oîi nous puissions franchir le fossé profond et marécageux qui, de Flavigny, s'étend à l'ouest. Je trouvai un pont à Tantelainville, pont de l'autre côté duquel s'élève immédiatement en pentes escarpées la hauteur sur laquelle je devais prendre position. Avant de m'éloigner du pont, j'aveiis bien examiné la situation pour savoir s'il ne pouvait pas être commandé par le feu ennemi. La localité la plus rapprochée que l'ennemi occupât était Flavigny. On n'y voyait que de l'infanterie, la distance qui nous en séparait se montait, d'après mon évaluation, à environ 1600 pas; je ne tins donc pas le passage du pont pour dangereux.

« Mais au moment où la tête de YAbtheilung s'apprêtait

h le franchir, elle se vit soudain couverte d'une telle grêle de

1^^^ balles de chassepot depuis Flavigny, qu'un officier, le trom-

•. pette-major, trois hommes et six chevaux furent atteints.

Je fis faire la sonnerie : i' Au galop », sur quoi les pièces

et les caissons non touchés franchirent vivement le pont et

trouvèrent immédiatement un abri derrière la hauteur qui,

I CD col endroit, formait une pente très escarpée. On se

^^ reforma, et, sans subir de nouvelles pertes, on gagna la pre-

LSTTRES SUR L'ARTILLERIE 89

miëre position. La pièce qu'on avait dû laisser en arrière fut bien vite réparée; elle rejoignit la batterie au bout de peu de temps, sans avoir été endommagée davantage, quoique le feu de Tinfanterie fût continué depuis Flavigny.

« Après que YAbtheilung à cheval eut pris position sur la hauteur, dans le voisinage du pont, on ouvrit le feu contre Flavigny. Nos obus eurent vite fait d'incendier la ferme. Quand les Français l'abandonnèrent, je m'avançai en échelons et je poursuivis l'ennemi, qui battait en retraite, par un feu relativement efficace.

« A ce moment arrivaient également les batteries à pied, et quand l'ennenai eut évacué Vionville et Flavigny et qu'il eut reculé jusqu'à Rezonville, je fis avancer toute l'artillerie de corps en échelons et disposai mon monde de telle sorte que deux batteries se trouvassent réunies sous le commandement du capitaine Stumpff au nord de Flavigny, tandis que tout le reste était posté au sud. L'artillerie à cheval se trouvait à l'aile droite et s'appuyait au versant de la colline 3H (M. de Dresky cite la carte de r état-major français, qui donne les hauteurs en mètres; sur le plan annexé à l'ouvrage du grand état-major prussien, cette hauteur porte l'indication : 998, en pieds).

« C'est là qu'était l'aile gauche de la 5' division, c'est là que je me tins moi-même pendant la plus grande partie du combat avec les généraux de Stulpnagel et de Schwerin. J'occupai cette position à deux heures de l'après-midi et j'y restai jusqu'à sept heures du soir. Pendant ce temps, la 2® batterie à cheval (elle avait été détachée à la division Rheinbaben) et la 1*"® batterie de six de la 5° division entrèrent en ligne entre les autres batteries. Entre deux et quatre heures et demie, étaient encore arrivées successivement quatre batteries à pied et une à cheval de la 10* brigade; elles vinrent se placer sous mon commarudement. Comme, au début, j'avais énormément espacé mes pièces à cause de la grande étendue de terrain qu'il me fallait occuper, j'avais de quoi loger les batteries qui m'arrivaient de la sorte.

90 LBTTRBS SOR L'jyiTlU>BBiX

i( n y avait donc en position à Flavigny, vers cinq heores du 9oir, quatre batteries à cheval et sept & pied quand se produisit l'attaque d'une extrême violence de la garde impériale contre nous. Nous avions «i face de nous dix batteries françaises (je les ai comptées à plusieurs reprises] qui, ponria plupart, tiraient ma nons par salves. Quand le combat d'artillerie eut duré environ une denii-henre, L'infanterie française s'avança k l'attaque. On n'en poovadt voir qu'une li^e de tirailleors très serrée ; quant à des troupes en colonne, en arrière, on n'en pouvait point voir. Notre feu fut dirigé contre cette ligue de tirailleurs qui s'avançait, et comme nous occupions cette position depuis deux heures de raprfes-midî et que toutes tes distances nous étaient connues, nos obus firent de telles trouées dans la ligne ennemie que celle-ci, après s'être très bravement approchée de nous à la distance d'à peu près 4000 pas et s'être vue accueillie par un feu rapide, y riposta par une fusillade vivement fournie et inefficace, puis fit volte-faee et battit en retraite. » (Voyez l'onvrage du grand état-major, page 557.)

« J'ai, en cette occorrence, acquis la certitude qu'une ligne d'artillerie ne saurait être vaincue et forcée de front. A ce momenl-Iti nous n'avions que des obus, et quel effet destructeur, foudroyant, n'obtenait-on pas avec eux! A l'heure qu'il est, l'artillerie dispose de shrapnels, et une attaque de front se verrait repoussée avec des pertes plus terribles encore

"En outre, le combat de Vionville a établi pour moi

que l'on ne saurait, avec quelque chance de succès, barrer un terrain libre et découvert qu'à l'aide d'une ligne d'artil- U-rie, vti ijim' justement il n'est pas possible de l'enfoncer de front. Mais une telle ligne d'artillerie présente un autre avantage encore : elle fait office de réserve destinée à recueillir l^s corps de troupes battant en retraite. Pendant Ips altoinalivos du combat d'infanterie qui se livrait autour de la hauteur 308, près de Vionville, j'ai vu bien des fois des

détachements que Tennemi veo/ût de refouler se reformer immédiatement derrière la ligne d'artillerie, car là ils se savaient en sûreté; de là, on les menait derechef en avant, à Fattaque. Nous n'avions plus de réserves d'infanterie

« Mais revenons à Vionville. Vers sept heures du

soir arrivèrent sur le champ de bataille des batteries de la 8* brigade; elles comblèrent Fintervalle entre mes pièces et celles de la 5* division. Il y avait alors, sur une seule ligne, de 20 à 24 batteries. Il n'y avait pas à craindre que les Français pussent parvenir à enfoncer cette ligne. Par conséquent, nous avions réalisé les vues du général d'Àlvensleben. C'était fort heureux, d'ailleurs, qu'il y eût là tant d'artillerie, car notre infanterie s'épuisait lentement dans ces engagements terribles. A la tombée de la nuit, notre feu et celui des Français furent peu à peu arrêtés.

« Je parcourais justement mes batteries, à cheval, et m'informais des pertes qu'elles avaient eu à subir quand on me transmit l'ordre du prince Frédéric-Charles d'avoir à aller vivement en avant sur Rezonville avec l'artillerie de corps, tout en me gardant bien de ne pas m'exposer au feu de l'infanterie ennemie. Quand j'eus fait transmettre aux différentes Abtheilungen l'ordre d'avancer, je m'approchai de Rezonville, de ma personne, à une distance d'environ 1500 pas, mais nulle part je n'aperçus de Français, je n'en vis pas un. Les premières batteries qui se portèrent en avant furent celles de la 10* brigade, sous les ordres du commandant Krause. Quand elles enlevèrent l'avant-train elles reçurent soudain, sur leur front et leur flanc gauche, presque à bout portant, une décharge envoyée par des troupes d'infanterie qui n'avaient pas été aperçues. Quoiqu'elles eussent perdu beaucoup d'hommes et de chevaux, elles ne s'en mirent pas moins très vivement en position et ouvrirent de même leur feu. Les autres batteries arrivèrent peu à peu et prirent leur place dans la ligne, et il se produisit une canonnade au cours de laquelle il ne put être guère question de diriger

92 LETTRES SUR L'ARTILLEBIB

le tir et de faire viser exactement. Il était impossible de procéder selon les règles car il faisait déjà nuit, et la fumée de la poudre contribuait à rendre les ténèbres plus épaisses encore. La lutte dura environ vingt minutes, au bout desquelles l'infanterie ennemie cessa son feu.

i( On lit à la page 637 de l'ouvrage du grand étatmajor : « L'artillerie prussienne riposta pendant un certain temps par un feu rapide, puis elle retourna, batterie par batterie, dans les positions qu'elle occupait précédemment, 1) Ce passage ne signifie pas (et d'après les communications (lignes de foi qui m'ont été faites à ce sujet on ne peut pas lui donner ce sens) que ce retour aux anciennes positions ait été forcé par suite du feu ennemi, car ce feu, nous l'avions fait cesser. La bataille était finie. Je reçus du général d'AIvensleben l'ordre de revenir dans mes positions précédentes. La nuit était complètement venue; dès lors il y n'avait plus aucun motif pour maintenir de l'artillerie dans la ligne la plus avancée. J'ordonnai donc de revenir en arrière par batterie. Puis nous établîmes le bivouac h Flavigny

" Les pertes totales subies le 16 août étaient très

grandes, [ilus grandes que toutes celles que l'artillerie avait eu il subir dans toutes les batailles livrées jusqu'alors. » (D'après l'ouvrage du grand état-major, l'artillerie de corps dont il est question ici perdît 10 officiers, 119 liommes, 249 cbevaui; les deux batteries à cheval qui en faisaient partie perdirent à elles seules 139 chevaux, ce qui fait 70 chevaux par batterie.)

« Le 18 août, à une heure de l'après-midi, l'artillerie de corps qui bivouaquait au snd de Flavigny fut appelée aux armes. Nous avions déjà entendu, au nord de notre bivouac, le bruit d'une lutte violente, et nous nous attendions à être envoyés en avant, à tout moment. Mais l'artillerie <ie corps seule du II' corps prit part à la grande lutte décisive du 18 août. Les autres fractions de troupes de ce corps d'armée restèrent ce jour-là en réserve.

LKTTnBS SUR L'iRTILLERIB 93

« On m'assigna une position au sud du cimetière de Vernéville. J'avais pour instruction de ne pousser en avant à aucune condition, même si l'occasion devait m'en sembler favorable, le mouvement en avant devant être exécuté parles ailes de l'armée. Comme la position n'avait de place disponible que pour quatre batteries, j 'y postai les batteries & pied, et les deux batteries à cheval qui avaient tant souffert dans la journée du 16, je les fis se tenir en arrière de Veméville, hélas ! à leur détriment, comme je devais le voir plus tard

« Dans ma position de Vernéville," j'avais en face de

moi quatre batteries françaises de canons à. Montigny-la- Grange et une batterie de mitrailleuses sur la hauteur de La Folie. Ce jour-là, je ne fus pas exposé au feu de l'infiinterie. Pour commencer, je fis tirer sur les batteries de canons, et, après un combat qui dura à peu près une heure, elles furent réduites au silence. Puis je passai aux mitrailleuses; après qu'on leur eût lancé douze obus, elles aussi disparurent. Je n'ai subi que de faibles pertes ce jour-là, toutes causées par les batteries françaises à canons. Les balles des mitrailleuses allèrent toutes donner au pied du la hauteur à pente douce sur la crête de laquelle étaient postées mes batteries.

« Les mitrailleuses parties, mes batteries chômaient, vu qu'elles n'avaient plus d'objectif sur lequel elles eussent àù tirer. Mais bientôt l'offîcier qui commandait les troupes postées dans la ferme Gbantrenne (en avant de ma position) m'invita à can'onner un bois situé vis-à-vis de la ferme et fortement occupé par les Français, afin que les nôtres pussent l'attaquer et l'enlever. Ce n'est qu'à contrecœur que jf donnai suile ii cotte demande parce que j'ayaJg) Jst^tW ^ "-ut. oeu di; munitions, et qu'en outre je '"- ' ^c |]oii (Je l'effet que j'obtieo-

iL vint pleinement confirmer e canonnasse la forêt à pluiré leurs attaques réitérées.

mé

94 LGTTRBS SUR L'AATILLRRIE

II Dès que je commeaçais mon feu, celui des Français réguliërement se taisait, mais aussitôt que nos tirailleurs essayaient de franchir la prairie qui s'étendait en avant de la forêt en masquant mes batteries, les Français étaient à leur poste et recevaient ncKS hommes par un feu tellement formidable que devant lui t'attaque des meilleures troupes même devait forcément échouer. Aussi la forêt ne fut-elle pas enlevée par nous; durant la nuit les Français l'évacuèrent de leur plein g'ré. Quatit k moi, la lutte m'avait coûté 200 obus. Deux jours après, je visitai le champ de bataille avec le général de Bulow en vouant une attention -toute piarticuliëre aux emplacements où j'avais eu à agir. Quel ne fut pas mon étonnement quand je dus constater que l'efiet produit, le IS août, par dos batteries sur la forêt était des plus consid^ables et vraiment extraordinaire. On était, malgré soi, pénétré d'une profonde estime pour les valeureux défenseurs qui, malgré les plus grandes pertes, n'avaient pas reculé. » i j' .... :

Voici un autre passage encore de la lettre du Ueute-

nant général de Dresky :

« Le 3 décembre 1870 fut livré près de Sftnteau et de Chilleurs-aux-Boîs un combat qui présente un très grand intérêt au 'point de vue de l'artillerie. Ce jour-lji la forêt d'Orléans devait être attaquée pai* la II' armée. Le III* corps avait 'pour instruction de s'avancer sur la route de Pithiviers h Orléans (Voyez le plan n» 24 de l'ouvrage du grand état-major). Nous rencontrâmes l'ennemi aux enviroils de Marcau-aux-Bois et noi^ rejetâmes, après un léger engagement, ses avant-postes -sur Santeau. Arrivé là, l'enoéini nous tint tête. Nous;fîmes notre reconnaissance avec soin et cunslalàmes que nous étions en foce d'une position défendue par plusieurs batteries logées derrière dee retranchements en terre. ■ ' ' ."

» Le géoL-ral d'Alvenslebeû doona l'ordre à la 6" division de s'avanc<!r à droite de la route, àla 5* division de marcher

LETTRES SUR L*ARTlLLSRlfi 95

en avant à gauche; l'artillerie de corps devait suivre la 6® division et prendre position à droite de la grande route.

« Comme l'artillerie de la 6'' division devait être également postée entre la chaussée et le remblai du chemin de fer, il n'y avait pcis de place pour l'artillerie de corps. Une reconnaissance faite du haut d'un moulin à vent fit constater qu'au sud-ouest du village de La Brosse il se trouvait une position jbien plus avantageuse, d'où celle que l'ennemi occupait à Santeau pouvait être prise en flanc et d'où également il était possible de balayer tout le terrain qui s'étqndait jusqu'à la forêt d'Orléans,

«. Pour arriver à cette position il fallait franchir le remblai du chemin de fer (non encore achevé) de Pithiviers à Orléans. Cela, l'artillerie ne pouvait le tenter qu'en un seul endroit, à savoir dans le voisinage du pont sur le ruisseau de l'Œuf. Il avait gelé pendant la nuit, il était tombé un peu de neige; ce psissage avait déjà servi à une grande partie de la 6* division et à toute l'artillerie divisionnaire, si bien qu'il c'était formé sur les talus non encore achevés une sorte 4e verglas. Beaucoup de. chevaux glissèrent et tombèrent, un caisson même versa^ et cela surtout fut cause d'un retard fort* long. Pendant le temps que l'artiU lerie de corps mettait, à franchir ce passage, je suivais avec uœ grande inquiétude, tout ce qui se p,^ssait à l'artillerie ennemie, >.. , .

« On t voyait nettement les officiers français debout sur leurs parapets, la longue-vue à la maip, et nous regardant faire. On pouvait s'attendre à tout instant à les voir tirer sur nous. La disl^nce était de 3S00 pas. Mais ils. ne bougèrent pas. L'artillerie de corps avait franchi enfin le remblai de la voie ferrée quand l'artillerie de. la 6* division commença son feu, et alors seulement les Français se mirent à tirer. Il me^lallait tourner par le nord le village de La Brosse pour arriver à la position que j'avais choisie auparavant. Mais. les batteries n'avançaient qu'avec une, extrême lenteur. Nous passions sur des prairies dont le sol faiblement

96 LETTRES SDR L ARTILLERIE

gelé n'avait aucune consistance, les chevaux portaient à terre, les roues enfonçaient jusqu'à mi-hauteur des rais. Pendant cette long^ue marche de flanc par pièce en colonne, je fus canonné sans interruption, mais je ne fis aucune perte.

<' A peu près au sud-ouest de la Brosse se trouve un petit bois. J'avais donné l'ordre à VAbtheilung à cheval de se poster entre le bois et La Brosse, et à VAblheilung k pied de prendre position au sud du bois. En prenant cette disposition, je fournissais h mes batteries une magnifique masse couvrante sur leur front par la digue du chemin de fer. Le 2° régiment de dragons avait pris position pour protéger notre flanc droit; en outre le remblai de la voie ferrée, de même que le petit bois, étaient occupés par des détachements d'infanterie appartenant à la 6° division. Celle-ci était dans une position abritée en arrière de La Brosse. Depuis la position occupée par OôïAeiVwn^ à pied, on commandait tout le terrain découvert qui s'étend de Santeau k Neuviile-aux-Bois.

(1 Après avoir donné les ordres nécessaires h. l'officier qui commandait V Abtheilung à cheval qui tenait la tête, je me lenilis auprès de VAblheilung k pied. \J Abtheilung à cheval se déploya, s'avança de front et commit une bute en ce sens qu'elle alla ôter l'avant-traîn k une extrémité saillante du bois que je viens de nommer. En tous cas, les français connaissaient exactement la distance, car le premici' obus ennemi alla éclater au milieu des garde-chevaux d'une pièce, et un autre coupa le pied du premierliouteiiaat Frank, commandant la 1" batterie.

K Dès que V Abtheilung k pied ouvrit le feu, l'artillerie ennemie postée à Santeau renonça à continuer la lutte ; elle se retira, sous bonne escorte, dans une position située entre Moulin de l'Èpino et Chilleurs, d'où elle reprit la lulte contre l'artillerie de corps avec trois batteries à canons et une batterie de mitrailleuses, pour ne le continuer que durant peu de temps et se retirer plus loin encore.

(( Je mis alors à profit Toccasion et je fis franchir, par batterie, le reiablai du chemin de fer à mon artillerie; nous nous approchâmes de Ghilleurs-aux-Bois à la distance de 2000 pas et nous nous mimes à bombarder la localité. L'ennemi n'attendit pas que notre infanterie dirigeât sur lui une attaque décisive; il commença bientôt à évacuer la localité et à battre en retraite vers la forêt d'Orléans. C'est pendant cette retraite qu'une de ses colonnes fut bombardée avec un tel succès qu'elle dut se débander.

« Le fait que je vais vous raconter ne touche pas, au fond, au sujet dont je m'occupe, mais il présente un certain intérêt, car il permet de voir quelle était la conscience qu'avaient les artilleurs de leur valeur :

« Quand je vis sortir de Chilleurs l'infanterie française, je me rendis, après avoir donné l'ordre général de diriger le feu sur elle, dans la 4® batterie légère dont le chef, le capitaine Mùller, avait suivi les cours de l'école de tir d'artillerie et s'entendait à tirer rationnellement. Je me tournai vers ses hommes et leurdit : « Pour chaque coup où vous, mettrez en plein dans l'infanterie ennemie, je vous donnerai 3 thalers *. » Un canonnier me répondit : « Mon colonel, ça va vous coûter cher; nous tirons très bien, nous autres. » Le premier coup porta trop loin, le second pas assez; puis il y en eut sept d'heureux, qui, sans nul doute, furent la principale cause de ce que la colonne dut se débander. Je payai mes 21 thalers au milieu des cris de joie que poussait toute la batterie. »

Plus loin nous lisons :

« Pour ce qui est de l'effet de notre tir constaté en cette journée, nous trouvâmes en passant près des positions françaises abandonnées de Moulin l'Ëpine un certain nombre d'artilleurs et de chevaux tués ou blessés. Pas une pièce ni un caisson démontés. A l'endroit où les obus de la 4° batterie légère étaient venus s'abattre sur l'infan-

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