‹ Lettres sur l'éducation des filles (volume 2)Chapitre 27 sur 49 · INSTRUCTION DE MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DE MADAME DE MAINTENON

AOX DAMBB DB tAlTf T-I.OU It.

(Sot le secours qn'on peut tirer des demoiselles. )

Il n'y a point de communauté de filles si grande que la vôtre, ni dont les emplois soient si étendus, tant pour le spirituel que pour le temporel, mais il n'y en a point qui aient de si grands secours, tant pour le grand nombre des confesseurs, que de gens d'affaires et de domestiques au dehors^ le secours au dedans doit se trouver dans les demoiselles, et comme les bons laboureurs se croient riches quand leurs enfants sont grands, parce qu'ils les servent sans intérêts, vous devez de même tirer de grands

* Lettres édifiantes, t. V. — Lettres et Avis, p. 19. — Ce dernier manuscrit porte : « Gardé au dépét , écrit de sa main et intitulé ainsi : A nos chères filles. »

204 LETTRES StJR L'ÉDUCATION.

services de tant d'enfants que vous élevez. Les demoiselles en seront plus soumises et plus intelligentes ^ vous en çerez soulagées dans les embarras où vous pourrez vous trouver, et tout ce que vous avez à craindre est d'en abuser^ il faut donc prendre le milieu entre les deux extrémités, ou de les tenir dans les classes sans en tirer aucun service , ou de les charger de tout celui de la maison, pendant que les Dames et les sœurs en rendroient trop peu.

Je crois qu'il faut continuer à avoir toujours des noires, mais il ne faut pas en augmenter trop le nombre; le relâcharflent s'y mettroit et obligeroit peut-être à s'en défaire. Il vaut mieux en avoir moins, les bien choisir et les garder pour soulager les Dames dans leurs charges, comme aux classes, à la porte, à la sacristie, à l'infirmerie des demoiselles, etc. Il faut que les noires qu'on mettra aux classes aient dix-huit ou dix-neuf ans, afin qu'après avoir servi de maltresses, elles n'aient point le chagrin de retourner dans l'assujettissement des classes ; les plus sages doivent être choisies pour cet emploi. Il faut être simple à demander ce secours dans le besoin, et de bonne foi à le rendre quand le besoin cesse. Outre le secours des noires qui sont pour les charges, on en peut tirer beaucoup des classes : quand il faut changer de lits à Tinfirmerie des demoiselles ou qu'on veut la nettoyer à fond, on peut demander un Certain nombre de bleues ou de jaunes, et de même à la lingerie, au garde-meuble, au réfectoire, au balayage, à la sacristie ou ailleurs.

Il nefaudroit point mêler les classes, mais prendre

tantôt les unes, tantôt les autres. Tous ces services doivent se rendre en silence, ou ce seroit un grand 4,ésordre, un grand bruit et une grande dissipation.

11 y a des services que les petites classes peuvent rendre, comme des fleurs à éplucher pour des sirops, des fruits à ramasser, des légumes à préparer \ etc.

Il faut avoir Fart de faire des récompenses de tous ces services, en n'y nommant que les plus sages.

Avec tous ces secours, il faut n'en point faire venir du dehors, ce qui seroit irrégulier et dangereux. Quand il y aura des malades à veiller, il faut bien regarder quelles tilles on y mettra et tâcher de les assortir de façon qu'on puisse être en repos.

Il faut, autant qu'il sera possible, que le secours des demoiselles soit pour les demoiselles , et qu'elles soient loin des Dames malades, qui doivent être servies par leurs sœurs.

Quand il n'y aura rien d'extraordinaire dans la maison, il faut que chaque personne fasse sa charge et qu'on laisse les demoiselles dans leurs classes-, ii faut de même être exactes à leur rendre les sœurs qui les servent, quand la raison qui les en a privées en est passée.

Rien ne dispose tant à secourir que de voir qu'on ne le demande que dans la nécessité et qu'on n'exige rien injustement.

Quand les sœurs verront que dans les temps de leurs maladies, les Dames et les demoiselles se mettront aux services les plus bas, elles en seront bien

* Voir la Préface.

206 LETTRES SUR l'ÉDUGATION.

plus portées à les rendre de bon cœur dans le temps de leur santé.

De même, les demoiselles se mettront à tout <{uand elles verront que la nécessité étant passée, on se mettra à les servir comme aupai*avant.

Encore une fois, il faut être simple à demander du soulagement, quand on se trouve surchargé, sans se piquer de vouloir s'en passer, et faire tout soi*mème^ c'est cette ressource que j'ai toujours comprise, qui m'a fait passer sur la mauvaise santé de quelques* unes de nos filles ] nous avons bien des bras à notre service, pourvu que nous ayons une bonne tète pour les employer. Tout ira bien, mes chères filles, si vous concourez toutes à la même fin, qui est l'éducation des demoiselles, en vous sanctifiant tous les jours, si vous êtes unies entre vous, si vous n'entreprenez jamais sur les emplois les unes des autres, si vous renvoyez toutes les particulières à celle qui en est chargée, si vous ne vous mêlez point des biens qu'on ne vous demande pas, car la charité doit être réglée, elle est sage^ elle est prudente, elle craint de troubler la paix, elle retient le zèle qui 'pourroit la faire perdre ] je prie Dieu de tout mon cœur de la faire régner dans votre maison.

J'ai tant parlé et tant écrit sur la manière d'élever vos demoiselles, que je crois n'avoir plus rien à

* Lettres et Avis, p. 252.

A UNE MAITRESSE DES CLASSES (l700). 207

faire qu'à vous faire comprendre, par la pratique, ce que je vous ai dit*. Par tout ce qui me revient de vos classes, je vois que les maîtresses gâtent vos filles, et que la première compte trop avec les autres 5 les subalternes se mêlent trop de la conduite générale ; elles n'ont rien à accorder ni à refuser -, mais il faut que je vous voie agir' pour pouvoir vous donner mes avis avec quelque utilité. En attendant, guérissez-vous, ma chère fille, car j'espère beaucoup de la piété et de la droiture que Dieu vous a donnée. Je vous verrai, s'il lui plaît, d'aujourd'hui en huit jours -, mille amitiés à nos chères demoiselles, et que votre froideur ne diminue rien de la vive tendresse que j'ai pour elles.

* C*est ce qu'elle fit en efifet. Voici ce qu'on Ut dans les Mémoires des Dames de Saint-Cyr : « W^^ de Mainfenon donna aux classes ane grande application dans ce teoips-là : elle fut presque deux aoft à les raivre du matin au soir, les jours qu'elle Yenoit, ici qui étoient quasi tous ceux de la semaine. Je l'ai vue souvent arriver avant six heures du matin, afln d'être au lever des demoiselles et suivre ensuite toute leur journée en qualité ée première maîtresse, pour pouvoir mieux juger de ce qu'il y avoit à faire et à établir dans le dessein où elle étoit de mettre les choses sur un pied où elles pussent se soutenir. Elle aidoit à peigner et habiller les petites; elle passoit deux ou trois heures de suite à une elasse, y feisoit observer Tordre de la journée, leur parloit en général et en particulier , reprenoit l'une , encourageoit l'autre , donnoit à d*autres les moyens de se corriger. Les demoiselles étoient charmées de ses instructions ; elle leur en faisolt sur toute sorte de sujets, mais principalement sur la religion, la crainte de Dieu, Thorrenr du péché , l'amour de la bonne réputation qui doit être une recommandation aux personnes de notre sexe, la bonne gloire, la probité, la droiture, la raison, la simplicité, la yéritable dévotion, etc.... » On trouvera ces instructions dans les Entretiens sur V éducation.

Mai 1700.

N'est-ce pas à vous, ma chère petite mère % que je dois une lettre depuis si longtemps ? recevez donc celle-ci d'aussi bon cœur que je vous Técris, et soyez bien assurée de l'amitié que j'ai pour vous. Je compte fort sur votre capacité pour les classes, quand quelques années vous auront appris à mêler la fermeté avec la douceur : c'est la vertu chérie et pratiquée par Notre-Seigneur, mais il savoit reprendre fortement.

Assurez vos chères sœurs que tout ce qu'elles aiment à Fontainebleau est en parfaite santé. Je commence à compter les jours-, les lieux me seroient bien indifférents sans vous, et vous êtes cause que je suis encore attachée. Je demande pardon à ma sœur de Radouay de montrer de tels sentiments, mais il est difficile, et surtout à moi, de cacher ce que l'on sent.

^ Lettres utiles et agréables, p. 1208.

* Marie-Charlotte-Angélique da Londe de Lambert. Elle ût profession le 24 février 1700 et moarut le 17 août 1734, âgée de cinquante-sept ans. « Elle fit ses vœuiC, disent les Mémoires de Saint-Cyr, malgré madame sa mère, avec une grande volonté d'y être fidèle; aussi les a-t-elle observés si exactement qu'elle nous a été un sujet de grande édification et de bon exemple, surtout pour Tinstruction des demoiselles, ayant beaucoup de zèle et un talent particulier pour leur faire goûter ce qu'elle disolt > (Ch. 26).

' Elle avait fait profession depuis peu de temps.

PAMk PK 8AINT*L0UIS.

Vous serez demain nommée première maîtresse des rouges*^ commencez par bien demander les grâces qui vous sont nécessaires^ ne dites pas un mot du passé dans la classe, ne montrez point que vous voulez changer quelque chose, et passez les premiers huit jours à faire garder la règle sans rien établir ^ nous verrons ensemble, à mon retour de Marly, ce que nous aurons à faire pour tâcher de bien élever vos enfants. Priez beaucoup pour eux , ce temps-là ne sera pas perdu. '

( Attention que nons devons avoir pour ne point altt^rer la paix qui est entre nous, ne rien dire entre autres sur Péducation des enfants, et ne se point rebuter soi-mdme du peu de suocès de ses travaux. )

Je vous répète souvent que ce que vous devez le plus craindre, c'est que la charité entre les Dames

' Lettres et Avis, p. 253.

* Louise-Renée de Gruel fit profession le 25 juillet 1699 et inoonit le 20 avril 1730, âgée de cinquante-deax ans.

' « En ce temps, W^^ de Maintenon entreprit les classes d'une manière particulière : elle commença par la classe rouge, dont elle se tint chargée pendant une année, et passa ainsi consécutivement au\ autres classes et y établit tout ce qu'elle crut le plus utile aux demoiselles » [Note du manuscrit). — Voir la note de la page 207 .

^ Recueil des Réponses, p. 27.

vienne à s'altérer, et pour éviter ce malheur, il faut être dans une continuelle attention à ne rien dire qui puisse vous fâcher les unes les autres. Comptez que des choses fort légères peuvent quelquefois blesser le cœur-, dire, par exemple ; a J'ai vu une classe bien dérangée aujourd'hui, » celaparott un rien, et cependant afflige une maîtresse. J'en fais présentement l'expérience^ car dès que l'on dit que les rouges* font des fautes, j'en suis contrislée. Une fille donc qui se donne bien de la peine dans sa classe, et qui est déjà affligée de ce que ses enfants sont en désordre et de ce qu'elle n'a pu les contenir, n'a pas besoin qu'on ajoute le blâme à la peine qu'elle a déjà de plus. Il faut remarquer que ce sont des fautes peu importantes que celles sur lesquelles on se récrie souvent (bien qu'on ne les donne pas pour telles aux enfants), car c'est ou que leurs filles auront fait du bruit au réfectoire, ou qu'elles auront été dérangées dans le corridor. Il faut que vous comptiez que cela arrivera toujours. Tantôt ces choses-là iront mieux, puis elles iront plus mal, et ce sera à recommencer 5 enfin, chacun se devroit borner aux choses dont il est chargé, ne rien voir, s'il se pouvoît, ne rien examiner, ne rien critiquer, ne point venir jeter à la récréation : a II est vrai que depuis un temps les ornements sont bien négligés \ il y a bien des fruits qui se perdent dans le jardin. » Ne croyez-vous que cela soit bien agréable à en-

^ ff C'est que M^e de Mamtenon vouloit bien alorg exercer entièrement la charge de première maîtresse à cette classe » {JXotç dumamiscrit).

tendre pour la sacristine et pour réconome? Il ne faut pas compter sur la vertu de ses sœurs jusqu'à ne garder nulle mesure; elles seront peut-être assez attentives sur elles-mêmes pour vous entendre plusieurs fois sans répliquer; mais leur cœur ne laissera pas d'être blessé, et il arrivera un jour malheureux qu'elles vous répondront une brusquerie qui vous piquera à votre tour, et de là naissent les sécheresses, les aigreurs, les ressentiments ; voilà enfin comme la charité s'altère et se perd. Celles qu'on met aux classes doivent bien se garder de blâmer la conduite des maîtresses qui les ont précédées, ou de se plaindre que les demoiselles qui montent à leur classe sont peu instruites ou mal morigénées. Ces raisonnements arrivent pourtant fort naturellement, surtout quand on n'a point encore d'expérience par rapport à l'éducation. Est-il possible , dira-t-on , qu'on ait laissé des filles dans cette ignorance ! qu*on ne leur ait pas appris à lire, à s'habiller proprement! On se persuade que si on les avoît conduites, elles auroient fait des merveilles ; mais attendez, et vous verrez si vous rectifierez tout ce qu'il y aura de mauvais dans celles que vous gouvernez -, vous connoltrez à votre tour que vous ferez des réprimandes sans fruit, des catéchismes merveilleux, que vous essayerez des moyens les plus propres à insinuer la vérité, et qu'au bout d'un an* vous trouverez des filles qui n'en connoîtront pas mieux leurs principaux devoirs. 11 en sera de même de l'orthographe, de la lecture et du travail, et alors vous verrez par vous-même que ce n'est pas toujours aux maîtresses

qu'il se faut prendre de l'ignorance des filles. L'instruction est une semence qui fructifie plus ou moins selon la terre où elle tombe-, il ne faut donc ni blâmer les autres, ni s'impatienter soi-même. Le grand nombre des filles qui profiteront doit vous consoler du peu de progrès des autres.

La lettre que vous m'avez écrite est parfaite ,, soit pour le caractère, soit pour l'orthographe \ le style est simple et net, il n'y a rien d'inutile, et on ne peut en être plus contente que je la suis ; j'ai de grandes espérances que je la serai sur des endroits plus essentiels. Il me semble que les demoiselles entendent mieux raison que jamais, qu'elles deviennent plus humbles, plus honnêtes, plus soumises, plus reconnoissantes envers la communauté ; tout cela, mes chères filles, parce qu'elles deviennent plus chrétiennes. Comptez qu'il n'y aura que la religion qui vous donnera et qui vous assurera le mérite auquel vous aspirez , et qui n'est que vanité et légèreté, quand Dieu n'en est pas le fondement. Je vous verrai les premières, et je vous donnerai tout le temps que je pourrai, m' estimant trop heureuse si je pouvois aider à vos maîtresses à gTaver dans vos cœurs le véritable bien.

AUX OAMES DE SAINT-LOUIS (t7t)0). . 213

Décembre 1700.

Il m'a paru nécessaire d'expliquer encore ce qui regarde la charge de maîtresse générale des classes, je dois faire savoir quel a été mon dessein en la proposant, et vous savez toutes que je n'y ai jamais rien changé, quelques tentations qu'on ait faites , pour que la maîtresse générale entre dans le détail du gouvernement des demoiselles. On me représente la force de la constitution -, c'est pourquoi j'ai voulu la lire avant d'écrire ceci , et c'est avec vos constitutions et vos règlements devant les yeux, que je vais vous en faire une explication que je soumets à votre évêque, comme tout ce que j'ai écrit pour vous.

Je ne lis rien dans la constitution qui ne soit trèsconforme à l'idée que j'ai eue pour cet emploi : cest une intendance générale sur les classes ; qui dit générale ne dit pas particulière. Le règlement dit encore moins : elle doit veiller non-seulement sur la conduite des demoiselles, mais sur celle des maîtresses et faire que tous les règlements soient observés; tout cela s'entend en général, car on n'a ni prétendu donner une supérieure aux maîtresses des classes, ni que la maltresse générale entrât dans la conduite particulière des demoiselles ; le règlement lui marque toutes ses fonctions dans un grand détail.

J'ai toujours regardé et institué la maîtresse générale comme la protectrice, l'avocate et le procu-

* Lettres et Avis, p. 179.

homme, quel qu'il soit, ni pauvre, ni riche, ni jeune, ni vieux, ni prêtre, ni séculier 5 je dis même un saint s'il y en a sur la terre. Tout ce qu'on pourrait faire, si un supérieur vouloit voir ce que c'est, en effet, que ces pièces, seroit de faire jouer les plus petites, comme nous avons fait. Je ne suis pas sans peine sur ce que nous fîmes hier ' 5 vous savez comment nous nous sommes embarquées 5 mais j'espère, et je vous en conjure, que ce soit la dernière fois.

PRVXIÈBB MAITBK88B DKS ROUOKS.

5 mars 1701.

Vous admirez beaucoup trop ce que je fais pour votre classe, mais, tel qu'il est, vous ne l'imitez pas assez. Vous parlez à vos enfants avec une sécheresse, tm chagrin, une brusquerie qui vous fermera tous les cœurs-, il faut qu'elles sentent que vous les aimez, que vous êtes fâchée de leurs fautes, pour leur propre intérêt, et que vous êtes pleine d'espérance qu'elles se corrigeront; il faut les prendre avec adresse, les encourager, les louer, en un mot, il faut

^ Les grandes demoiselles, en habit de Saint-Gyr, avaient joué Athalie, au parloir, devant Tévéque de Noyon (parent deM^^de Maintenon] et les confesseurs de la maison. « Les demoiselles Jouèrent si bien leur rôle, que monseigneur de Noyon et toute la compagnie en furent très-satisfaits; et, en effet, on peut dire qu'elles n'avoient guère moins bien réussi que dans les premiers temps où d'habiles maîtres leur avoient montré » (Mémoires des Dames de Samt-Cyr, ch. xxviii).

* Lettres et AVH, p. 270. — Extrait desécritSf p. 450.

tout employer, excepté la rudesse, qui ne mène jamais personne à Dieu. Vous êtes trop d'une pièce, et vous seriez très-propre à vivre avec des saints 5 mais il faut savoir vous plier à toutes sortes de personnages, et surtout à celui d'une bonne mère qui a une grande famille qu'elle aime également. *

lis*. — A MADAME DE GRUEL.

7 mars 1701.

J'ai toujours oublié de vous dire ce que j'ai remarqué, il y a quelques jours, en vous entendant expliquer l'Évangile 5 il me paroît que vous embrassiez trop de matières, il en faut peu pour des enfants-, vous parlez trop aussi, et je crois qu'il faudroit les faire parler davantage pour voir s'ils entendent et s'ils comprennent. Je trouvai encore que vous étiez trop éloquente 5 par exemple, vous dîtes qu'il falloit faire un divorce éternel avec le péché 5 cela est vrai, et bien dit 5 mais je ne crois pas qu'il y ait trois filles dans votre classe qui sachent ce que c'est qu'un divorce \ soyez simple et ne songez qu'à vous rendre bien intelligible. J'ai cru, ma chère fille, que vous trouveriez bon que je vous donnasse ainsi mes avis à mesure que je vous verrai faire. Inspirez, je vous en conjure, à vos enfants, les pratiques de piété que j'ai toujours désirées chez vous, l'horreur du péché, la présence de Dieu , la docilité de se laisser

* Lettres édifiantes, t. IV. lettre 193. — Lettres, et Avis, p. 285.

conduire. Je vous demande encore de les conduire selon l'esprit de l'Église-, j'ai écrit un petit abrégé qu'il faudroit suivre. Ayez dans les classes une conduite uniforme , autant qu il se pourra , et communiquez-nous tout ce que vous faites ; n'innovez rien, vous ne pouvez comprendre combien vous rendrez par là le gouvernement des classes facile pour les maîtresses. Adieu, ma chère fille.

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