DE M. DE LA CHÉTARDIE
Je ne sais pourquoi vous croyez que j'ai un peu flatté le portrait de Saint-Cyr, madame, et que je vous expose à concevoir de l' amour-propre là-dessus-, non, madame, il n'y a rien d'exagéré, et ceux qui travaillent aux bonnes œuvres ont besoin qu'on
1 Le mariage du duc de Berry , petit-flts du Roi , avec la ûUe du duc d*Orléans.
* Lettres édifiantes, t. VI, leUre 82.
286 LETTRES SUR L*ÉDlIGATION.
les encourage, quon les soutienne et qu'on les porte à la reconnoissance envers Dieu. Tous une telle impression de joie et de consolation intérieure pendant tout le jour que j*eus le bonheur de voir cet ouvrage, qu'elle me dura trois ou quatre jours d'une manière sensible, et que je ne puis assez exprimer mes sentiments là-dessus. Je pense que mon attrait pour ces ouvrages, Texpérience que j'en ai, rexcellence de celui que je voyois, qui surpasse et ce que j'ai vu et ce que j'ai pensé, aucun défaut qui 3e présentât à moi, l'examen que je faisois, sans dire mot, du règlement, de la manière d'enseigner, des habits, de l'ordre^ de la modestie, des récréations,, de la posture, de l'habileté des maîtresses, de leur douceur et de leur autorité, des manières propres à cultiver l'esprit des enfants proportionnées à leurs âges différents, à se former et à faire éviter des puérilités et les amusements mauvais.... enfin, madame, je vis tout, et je compris tout, ce me semble, mais je ne saurois l'exprimer.
13 octobre 1710.
La faute de la particulière dont vous m'écrivez est fâcheuse, madame, et vous donnera de la peine ^ mais ce que vous me dites de l'esprit de vos anciennes est plus important, et il est bien difficile d'y remédier. J'ai vu autrefois cet esprit dans notre grande
' Lettres et Avis ^ p> 810,
A MADAME DE LA VïEPVILLE (1710). 287
classe : on ne pouvoit faire une réprimande à une fille que-toutes les autres ne fussent dans Taffliction, mais affliction pleine de révolte et bien loin de la charité. U a fallu traiter ce mal dans les plus jeunes et leur inspirer un autre esprit ] les grandes s'en sont allées, bonheur que vous n'avez pas, et nous jouissons présentement du fruit de nos peines. Quand on met ici une fille en punition, les autres ne l'insultent pas, elles en sont affligées, elles la consolent, elles la conjurent de s'humilier et de se corriger, et de ne rien oublier pour se remettre bien avec ses supérieures ^ elles ne se mêlent pas de demander grâce pour elle. On ne peut être plus unies qu'elles le sont ^ mais c'est en effet une union, et non pas une sédition 5 tout concourt ici au bien public et particulier-, aussi y vit-on dans une paix qui vous chârmeroit. Nous ne cessons de prêcher au dedans la confiance pour les confesseurs, la sincérité, la soumission, le respect^ les confesseurs ne cessent de renvoyer aux supérieures, aux maîtresses du noviciat, des classes, des sœurs converses, des servantes, aux règles de la maison. On sait tout ce qui se passe, on avertit les maîtresses de tout sans se cacher et sans se faire haïr. U n'y a pas un enfant ici qui ne soit persuadé que tout ce qu'on lui fait est pour son bien ; il n'y a pas une seule personne qui ne soutienne la supérieure , et elle soutient toutes les premières officières de chaque charge. La nôtre gouverne sans embarras trois cent trente filles dans cette maison...
288 LKTTRES SUR t'ÉDIICATtON*
Madame, j'ai toujours oublié de vous demander pourquoi on continue à donner du pain bis aux demoiselles dans un temps où le blé n'est pas cher ; il est très-bien qu'elles apprennent par leur propre expérience les inégalités des biens de la terre, et qu'elles aient quelque part aux souffrances publiques; mais il faut les remettre dans le train ordinaire quand il n'y a rien qui doive nous en tirer. La pente des communautés est de retrancher sur la nourriture plutôt que sur des commodités ou des embellissements dont il faudroit se passer. Cependant, comme la nourriture est réglée et frugale, il n'y faut guère toucher. Les filles en murmurent dans leur cœur d'autant plus amèrement qu'elles n'osent presque en parler. Je tâche en tout de vous faire profiter de mes expériences; mais pour en revenir aux demoiselles, comptez que c'est principalement par votre conduite que vous leur inspirerez la droiture, la bonté et la raison que vous leur désirez de si bonne foi. Ne croyez pas, ni pour vous ni pour vos filles, que celles qui ne sentent point de tristesse n'ont pas besoin de relâchement. Les occupations sérieuses minent peu à peu sans qu'on s'en aperçoive que trop tard ; c'est pourquoi , ma chère fille , il faut prévenir cet accident par des débandements d'esprit qui soient innocents. Prenez garde seule-
* Lettres aux Supérieures,
A MADAME DÉ VANDAM (l71l). $89
ment qu'il ne s'y passe rien de contraire à la modestie religieuse, rien de mondain, rien d'emporté, rien d'excessif^ mais que la douceur, la sainte liberté, la simplicité, la charité, la modestie, régnent en tout. Je ne voudrois pas de danses ] je dis que je n'en voudrois point faire faire, car pour vous autres vous n'en faites pas-, je suis bien aise que vous vous aidiez de vos enfants pour vous amuser. . . .
( N*€st pas achevée* )
159». — A MADAME DE VANDAM,
PKKMIBHK MAlTBBiSB DBS JkVVES,
Ce 26 fé?rier 1711.
En faisant des réflexions sur vos classes, ce qui m'arrive très-souvent, je trouvai que la vôtre est celle qui a le plus besoin d'instruction. Les deux petites passent la plus grande partie de leur temps à apprendre le catéchisme, la lecture, l'écriture, l'arithmétique et le reste 5 les bleues sont très-séparées : elles vont dans les offices, dans les petites classes et deviennent noires -, je n'en vois pas de plus sédentaires que les vôtres, et il faut en profiter. Appliquezr vous donc plus que jamais à former leurs cœurs et leurs mœurs, et ne prétendez pas qu'elles comprennent ce que vous comprenez -, il faut du temps, et il y en aura plusieurs qui ne vous entendront que lorsqu'elles ne seront plus ici et qu'elles se trouveront dans l'état que vous leur annoncez tous les jours, et
1 Lettres et Avis, p. 329.
MO LfiTÎRES Sun L*ÊDnCATION.
qu'elles regardent souvent comme des suppositions et des exagérations. Travaillez donc dans robscurité, mais en foi, sans vouloir voir ce que vous faites*, Dieu le verra et le récompensera.
Ne vous rebutez point de leur dire cent fois ce qu'on leur aura peut-être dit aux rouges et ce qu*on leur dira encore aux bleues, et qu^il faut dire toute la vie.
Bbnjour, ma chère fille *, donnez ce que vous avez reçu.
SUPéRIBOftH.
Les classes sont votre principale affaire, c'est votre Institut, c'est l'intention du Roi, c'est la fin de votre fondation. Me vous lassez jamais de prêcher vos sœurs sur la vigilance à la garde et à l'éducation de vos demoiselles ^ n'ajoutez point règles sur règles, vous en avez assez ; mais les maîtresses ne les lisent pas assez. Attaquez incessamment cette chicane que les Dames de Saint-Louis font sur leur temps : elles vont contre la volonté de Dieu, l'intention de leurs instituteurs et fondateurs, contre la charité qu'elles doivent aux demoiselles quand elles les quittent dans les temps que leur règle ne les envoie pas à l'église. Cette faim de la prière n'est qu'amour-propre qui veut se savoir gré de quelque chose et qui ne compte pour rien ce qui est de la règle. Comment enseigne-
1 Extrait des écrits, etc., p. 439*
A MADAME DU PÉROO (171 1). S91
rout-ellea aux demoiselles que la charité Soit être exercée selon Tétat de chacune, si elles manquent elles-mêmes à la dévotion de leur état qui est le soin des demoiselles? Uhe vraie Dame de Saint-Louis de-» vroit ménager tous les moments qui lui seroient pos-> sibles pour aller aux classes même aux heures où Ton n'y est pas obligé-, et nos filles croient être agréables à Dieu en allant faire une demi^heure d'oraison qu'on ne leur demande point et en quittant remploi du temps selon ce qu'il leur demande et selon leurs vœux. Je ne finirois pas sur cç chapitre, ma chère fille 5 ne vous y rendez jamais, je vous en conjure ; c'est à vous à faire observer les règles, et quand vous serez une particulière , donnez l'exemple pour la fidélité aux classes.
Il vous faut de la droiture et du discernement pour bien appliquer les divers avis que je vous ai donnés sur vos demoiselles. Combien de maîtresses, par exemple, qui se préviennent? Combien qui s'effrayent de rien? Combien peu qui savent distinguer ce qui est de conséquence ou te qui n'en est pas ? Combien d'exagérations si en usage parmi vous? Quels écrits pourront remédier à cela? Je ne cesse de vous dire que tout dépendra de votre droiture. C'est cette droiture qui vous fera mettre dans les charges principales les sujets les plus capables de les remplir, sans compter vos inclinations, vos répugnances, votre commodité.
Exhortez les maîtresses des classes à instruire les demoiselles sur les obligations du mariage et sur la piété convenable aux gens du monde. On ne parle
jamais chez vous que de couvents, et Dieu n^y veut pas tout le inonde.
On ne peut trop prêcher aux demoiselles qu^il ne faut pas aller dans les déserts, mais servir Dieu dans son état, par la prière et la pratique des vertus.
Le Roi m'a dit qu'il croyoit présentement votre maison dans la perfection , mais qu' il avoit grand'peur que vous ne dégénérassiez.
161 >.— A MADAME DE BOUJU.
4 noyembre 1711.
Dieu me garde de suivre votre conseil et d'écouter encore une fois nos sœurs sur Jes changements qu'elles voudroient proposer. Je suis très-persuadée que toute la déférence et la complaisance que M. l'évéque de Chartres^ veut avoir pour moi n'étoit pas jusqu'à y consentir, et je vous assure aussi que, tant que j'aurai quelque autorité dans votre maison, on n'y changera pas la moindre chose. Si j'avois à faire l'ordre du jour, je le ferois comme il est. Je suis r^vie que l'on se plaigne de manquer de temps : rien n'est plus dangereux que d'en avoir trop; on a coupé les exercices tout exprès. Vous ne savez toutes ce que vous demandez, ïnais vous devriez savoir vous soumettre et accepter vos vœux : on vous a dit partout que vous n'avez été établies que pour les de-
* Lettres pieuses, p. 1982. — Lettres édifiantes, t. VI, lettré 154.
* M. de Mérinville^ joeveu et euccesseur de Des Marets.
A MADAME DU PÉROU (I7tl). 293
moiselles ; tout a été réglé par rapport à elles. Vous voudriez une oraison tranquille : plusieurs là font fort bien dans les dortoirs, et on en trouveroit qui avoueroient qu'elles sont plus distraites au chœur qu'en demeurant auprès des demoiselles. Leurs distractions sont au moins utiles à la vigilance, et les autres sont en pure perte. Demeurez en paix où Dieu vous a mise, avertissez-moi de tout, ma^s sans exagération , nous en tirerons toujours quelque profit. Adieu, ma chère fille 5 ne cessons point de demander la véritable sagesse.
SDPKRIKUaB,
Vous ne pouvez trop reprendre la liberté de vos filles pour parler de tout ce qui leur plaît; ce n'est point à elles à rien dire sur les classes, elles ne les connoissent point, quand elles n'y sont pas, et celles qui y sont n'en doivent dire leurs sentiments qu'à la supérieure. Ces louanges générales ou ces blâmes sont presque toujours faux, car il n'est point vrai que toute la classe fasse mal ou qu'elle fasse bien : le bien et le mal y seront toujours mêlés ; aussi ces discours ne se font que par rapport aux maîtresses qu'on veut ou fâcher ou flatter. J'ai toujours vu ce mauvais esprit chez vous : Dieu veuille l'en ôter; priez-en mes chères filles de ma part.
^ Lettres aux Supérieures,
t04 LfiTTREft 8im t'ÉDCCÀTIOlf.
Mai iYIS.
Je suis beaucoup mieux^, ma chère fille, et il n'y a que la foiblesse qui m'empêche d'aller à Saînt-Cyr. En attendant, je vous prie de dire aux bleues que je ne doute pas qu'elles aient prié pour moi, ces jours passés, mais que la meilleure de toutes les prières est de remplir ses devoirs pour l'amour de Dieu. Qu'elles lui offrent donc toutes les petites peines de leur état pour obtenir ma santé ; rien n'y pourroit tant contribuer que d'apprendre par vous qu'elles font tout ce que Ton désire, qu'elles sont raisonnables comme les aînées de la maison, capables d'instruire et de gouverner leurs petites sœurs, et entrant sincèrement dans nos vues. Je suis en peine de la santé de Pumesnil ; j«'avois pensé à vous la demander pour me suivre, mais en attendant, il la faudroit unpeu traiter en noire et la faire agir. Adieu, ma chère fille ^ dites à la récréation que je crois que ceci est la fin de ma maladie ; il est inutile de vous assurer vous et les autres de ma tendresse et de Fimpatience que. j'ai de me revoir avec vous,
^ Lettres et Avis, p. 351.
* Après les morts presque subites de la duchesse et du duc de Bourgogne , M™« de Maintenon tomba dangereusement malade. (Voir VHist. de la fnaisan royale de Saint-Cyr, p. 217},
i64<,^AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE BLEUE.
Je n'aurois pas cru, dans l'état de langueur où je suis, pouvoir sentir une si grande joie que celle que j'ai, de savoir que vous profite? des avis qu'on vous a donnés depuis quelque temps sur votre conscience •, vous pouvez juger par là de quelle conséquence ils étoient pour vous. Tout ce qu'on fait pour votre éducation, mes chères filles, auroit été inutile si nous n'avions fait en vous que des personnes libertines ou scrupuleuses. Je dis scrupuleuses à l'excès, car je sais que le scrupule vient d'abord d'une délicatesse de conscience très-louable, mais il faut qu'il s'apaise par la confiance et la docilité pour son confesseur. Soyez sincères avec Dieu, mes chères filles, et avec cela tout ira bien ^ si vous ne Tètes pas, ce défaut ne peut être raccommodé par aucune confession, ni entretiens, ni pratiques, ni prières. Dieu est la vérité même, il faut le servir en vérité ^ il aime ceux qui ont le cœur droit, c'est là ce que. je vous désire et à quoi tendent toutes les instructions que nous vous faisons. Soyez chrétiennes et raisonnables, ayez une piété sincère, libre, gaie, ronde, sans ralBnement, comme de bonnes séculières -, vous n'en serez dans la suite que meilleures religieuses, si Dieu vous y appelle. Examinez-vous sérieusement un bon quart d'heure -, allez à confesse dans l'intention de tout dire et de suivre les conseils qu'on vous don-
1 lettre ût Avlê, p. 478.
S96 LETTRES SUR I^'éOUCATlOBÎ.
nera; regardez le confesseur comme représentant Jésus^hrist et ayant reçu de lui le pouvoir de vous absoudre ; ne mêlez rien d'inutile dans une action si sérieuse et si importante. Quand vous êtes sorties du confessionnal, ne faites plus d ^examen, ce seroit chercher à vous embarrasser 5 ne vous occupez plus que de votre contrition; ne vous alarmez point si vous ne la sentez pas : elle est véri table si vous voulez vous corriger et prendre tous les moyens qu'on TOUS a donnés. Faites votre pénitence ; remplissezvous de la joie de votre communion et ne pensez plus qu'à vous y préparer. Conservez-vous soigneusement dans l'intervalle de votre confession et de votre communion, mais conservez-vous aussi après l'avoir faite ; et cela sans contrainte, sans affectation et avec le sentiment de la liberté d'un enfant avec son père, qui ne craint rien tant que de le fâcher, mais qui n'a point le cœur ni resserré ni attristé par cette crainte, parce qu'elle ne vient point de J'appréhension des châtiments, mais de la tendresse qu'on a pour lui. Que .ce soit là le fonds de votre cœur et de votre piété; vivez dans l'innocence et la joie de votre état. Je ne vous dirai pas de ne point faire d'oraison, mais de n'en point parler; employez le quart d'heure que l'on vous a donné à dire à Dieu que vous l'aimez, ou que vous voulez l'aimer, à considérer les obligations que vous lui avez, à parcourir vos défauts, à lui en demander pardon, à faire des résolutions de vous corriger. Cette oraison est utile et simple : il n'y faut point de méthode ; n'en discourez point; ayez quelques secrets avec Dieu*
:iJ
J*ai encore une chose à vous dire que je crois nécessaire, c'est de vous appliquer ce que Vous entendez dans les lectures et instructions-, n'examinez point si ce que Ton vous dit est beau, mais tournez-le à votre profit. Je ne finirois pas, mes chères filles, si je me laissois aller au zèle que je sens pour vous 5 servez Dieu avec joie et une sainte liberté ; évitez le péché, quelque léger qu'il soit, et tout ira bien. Ce qu'on m'a mandé de vous redouble l'impatience que j'ai de vous voir et remplit mon cœur d'une tendresse que je ne puis exprimer.
PRIBURB DB BISY '.
( «M<i<e de la Mairie avoît été élevée à Saint-Cyr. M>°® de MainteDon, sachant qu'elle étoit nommée prieure de Bisy, maison extrêmement pauvre, lui fit tout le bien qui lui fut possible j mais surtout elle tâcha de Paider daog le dessein qu'elle avoit de bien gouverner les religieuses et de donner une bonne éducation à ses pensionnaires. Cette dame lui écrivoit souvent avec confiance, et M"i® do Maintenon ne manquoit pas de lui répondre. » (Note des Lettrei et Àvis^ p. 845. )
Je crois que vous aurez bientôt les deux petites Martainvast-, il faudra, dans la suite, tâcher de les faire entrer à Saint-Cyr, afin quelles aient part aux bienfaits du Roi. Vous pouvez , madame , prendre la plus petite de vos nièces, et employer monseigneur l'évoque d'Évreux auprès du père Letellier pour en faire mettre une chez nous. Ce n'est point moi qui
^ Lettres et Avis, p. 847, ' Voir la note 3 de la page 253,
298 LETTRES SUR i ÉDUCATION.
m*en mêle ; le Roi se fait un grand plaisir de donner les places, et il est bien juste de le lui laisser. Ce sera une bonne raison à mettre dans un plaeet, que celle d'avoir été ruiné par la guerre. Je vous donnerai deux cents francs de pension pour chacune de ces trois pensionnaires, et cinquante livres une fois payées pour les mettre en fond de quelque linge.
Mais, madame, avant que de vous déterminer à prendre des pensionnaires, faites vos réflexions devant Dieu sur les soins que vous en devez avoir. Elles ne sont gardées qu'à Saint-Cyr^ cependant, madame, il est essentiel de les veiller jour et nuit sans jamais s'en lasser; enfin, madame, ce sont des âmes dont vous répondrez : vous n'êtes point obligée a prendre des pensionnaires, mais vous êtes obligée de veiller sur leurs mœurs; je ne sais pas comment les religieuses se justifieront sur cet article.
Du reste, votre projet est très-bon, et je suis persuadée qu'elles seront très-bien élevées-, les miennes seront bonnes à servir d'exemple pour les tourner comme il vous plaira, et pour leur faire faire trèspeu de dépense, car je ne vous demande que de conserver leur innocence, de leur faire apprendre ce qu'elles doivent savoir, par qui il vous plaira, dç leur donner des corps bien faits pour leur taille, de songer à leur santé sans aucune délicatesse, et après cela de vous en servir pour tout ce que vous jugerez à propos.
Rien n'est si raisonnable que toutes vos vues pour bien nourrir vos filles en santé et en avoir grand
soin dans les maladies; Dieu vous bénira si vous êtes encore plus occupée de les sanctifier que de les bien traiter, mais Tun et Tautre.
Le détail de votre lettre m'a fait le plus grand plaisir du monde -, j'aime à tout savoir des gens à qui je m'intéresse, et je n'aime point les compliments dont la plupart remplissent leurs lettres. Continuez de prier pour moi, et n'oubliez jamais le Roi et Saint-Gyr. Je suis de tout mon cœur à vous.
Ce 10 juillet 1712.
Vous avez raison de compter pour beaucoup, ma>« dame, que je vous prête une demoiselle telle que M"* d'Esplas *, et j'y ai d'autant plus de peine, que je n'espère pas qu'elle réussisse. Elle ne trouvera apparemment de docilité qu'en vous-. Ici autres religieuses ne voudront point changer leur manière et ne se résoudront jamais à ne se point mêler de leurs parentes ou autres pensionnaires, et à les abandon* ner entièrement à celles que vous aurez choisies* Cette opération est pourtant absolument nécessaire pour l'éducation des enfants et pour l'union dans la communauté. M"* d'Esplas est sage^ douce , et si habile, qu'on l'a déjà mise maîtresse dans deux classes. Je prie Dieu de bénir sa mission. Je n'ai pu
• Lettres et Avis, p. 866.
' Élève de Samt-Cyr que Mme de Maintenon envoyait à Bisy pour y réformer les classes.
voir la personne qui remmène :j'avois trop ^' Taires ces derniers jours-ci *, vous me ferez plaisir, ^ame, de m*informer de temps eu temps de vos nouvelles, car c'est bien sincèrement que je m'y intéresse.
Les jaunes voient que je songe à leur faire plaisir, il est juste qu'elles fassent de même pour moi ; dites-leur, ma chère fille, que je passerai une demiheure à chaque bande, quand vous me direz qu'elles auront été quinze jours séparées de bonne foi dans le jardin, sans que les maltresses s'en soient mêlées.'
i68«.— A MADAME DE LA MAIRIE.
Le 9 août 1712.
Ce que M"' d'Esplas me mande de votre communauté, madame, me donne beaucoup d'estime pour elle. On en trouveroit peu qui voulussent changer leurs anciennes méthodes ni prendre de nouvelles idées, encore moins qui déférassent aux avis d'une fille de dii^-huit ans. Cependant il est certain que si vous voulez profiter des expériences de Saint-Cyr, vous donnerez une excellente éducation à vos pensionnaires, et sans qu'il en coûte beaucoup aux reli-
* Lettres et Avis, p. 485.
* Lettres et Avis, p. 257.
A .dADAME DE LA MAIRIE (1712). 301
gieusef! - filomme vos règlements ne vous défendent pas dV.riffBcevoir ainsi qu'à Saint-Cyr, il est certain que vous pouvez, et même que vous devez songer à vos intérêts ^ mais qu'est-ce que ces pensionnaires? Il n'y en a que deux sortes que vous puissiez prendre, des enfants ou des personnes avancées en âge, qui veulent penser à leur salut et quitter tout à fait le monde ] encore celles-là ne laisseront-elles pas de vous embarrasser souvent par leur humeur;^ mais pour les grandes pensionnaires, elles perdront votre maison, et vous n'y établirez jamais l'éducation de Saint-Cyr,
Du reste, c'est commencer à bâtir sur un petit fonds, que celui de deux cents livres. Je voudrois vous donner de plus grands secours, mais il y a tant de misère qu'il faut donner peu à chacun.
Les affaires vont lentement pour tout le monde, jugez comment peuvent aller celles des religieuses. Je fonde mes espérances pour vous, après Dieu, sur votre évêque qui a tout ce qu'il faut pour vous aider. Dieu vous bénira si vous le faites servir chez vous. Je vous embrasse de bon cœur.
Le 5 décembre 1712.
Je suis ravie, madame, de vous voir contente de M"' d'Esplas, et bien édifiée de votre vertu et de celle de vos dames : il faut en avoir beaucoup pour se rendre aux idées des autres et pour changer ce
^ Lettres et Avis, p. 859.
S09 LKTTRKS SUR L'ÊDUGATtON,
qu on a accoutumé de faire ^ je suis persuadée que Dieu bénira de telles dispositions, que vos filles bien élevées vous en attireront d'autres, et que par ce moyen la bonne éducation de Saint*Cyr se répan* dra partout. Je consens de tout mon ccpur, madame, a ce que vous désirei : je me tiens honorée de mettre la première pierre à votre bâtiment. Je consens que M"* d'Esplas demeure quinze jours après les trois mois, et je vous promets de vous la renvoyer Tannée qui vient si vous continuez à vouloir vous servit d'elle. J'envie le bonheur qu'elle a d'aller ainsi en mission, et porter l'instruction qu'elle a reçue. Je ne verrai point M. de Bouville sans lui parler de vous, et je ne manquerai aucune occasion, madame, de vous donner des marques de mon estime et de mon amitié.
26 décembre 1712*
Vous m'avez paru avoir tant de dispositions à profiter de ce qui s'est établi à Saint-Cyr, que je me sens un grand zèle pour vous communiquer tout ce que nous savons, et qui, grâce à Dieu, réussit bien.
Rien n'est plus important que d'empêcher que vos filles soient abandonnées à elles-mêmes et qu'elles se parlent bas-, vous pouvez fort bien les confier à une sœur telle que vous me la représentez. C'est sans difliculté qu'il faut que vos pensionnaires se présentent aux confesseurs extraordinaires ,
^ Lettres et Avis, p. 863.
A NAOAMB DB FONTAINES (l71S). SOS
et comme il faut les former sur tout, et leur dire la vérité, il faut qu'elles sachent que celles qui n'en ont pas besoin sont les plus heureuses ; mais il faut qu'elles aident à cacher, en y allant, toutes celles qui n'oseroient se montrer, si toutes n'y alloient pas \ que par là elles font une bonne œuvre , outre que leur disposition peut changer. Ne croyez pas, ma chère QUe, qu'il faille attendre quelles aient quinze ans pour leur tenir de tels discours ; nous les tenons a celles de sept ans , et nous noua en trouvons fort bien.
. Mandez -moi tout simplement ce qu'auront coûté tous les jouets que je vous conseille ^ car je veux les payer, et que les enfants m'en aient obligation. Je ne sais pourquoi on a défendu les dez dans les couvents, car tout ce qui a servi à Xapas-sion ne laisse pas d'y être en usage, conime les elous, les échelles, les lanternes, les bourses, les coqs, les lances, etc. *, ainsi je n'en ferois point de difficulté si vos religieuses ne s'en scandalisent pas ] observez seulement de les faire jouer le plus sou*^ vent que l'on peut aux jeux où il y a de l'utilité soit pour l'esprit ou pour leur mémoire.
«▲ITtlBlV «SSiaiLI SBt C|.AftBg.
Jaufier 1713.
M*"^ de Gomerfontaine m'écrit une grande lettre pour me persuader de lui prêter des secours pour
^ Lettres agréables, fi, \ZZ9,
établir chez elle réducation de Saint-Cyr. M"*d*Au-^ maie me presse de lui accorder tout ce qu'elle me demande. Je vous avoue que j'ai un peu de peine, parce que Fentreprise est un peu diflScile. Notre abbesse a tant de gens à ménager, elle garde si peu ses pensionnaires, elle en est si peu maltresse, elle change si souvent de confesseur qu'il me paroit très-difficile qu'elle puisse bien élever les enfants qu'on lui donne. Elle est charmée de la simplicité et de la droiture qu'on trouve dans nos classes; mais c' esta force de temps et d'application qu'on leur inspire. Il est bien vrai que la meilleure invention qu'on puisse trouver pour communiquer notre édu^ cation est ce que M"' de Gomerfontaine projette : Champlebon , première maîtresse , ma sœur de Pi^ nard •, seconde, une demoiselle de Saint-Cyr, troisième, piademoiselle des Ferens ^ , au-dessous, une petite fille pour modèle et pour chef de la première bande. Voilà ce qui se peut faire de mieux ^ mais vous savez la peine que j'ai eue à rendre cette première maîtresse absolue dans sa classe ; on ne peut pourtant bien gouverner autrement. Il ne faut aucun partage dans l'autorité ni dans les maximes ; il faut que toutes les subalternes renvoient tout à la première, qu'elles prennent son esprit, qu'elles aient les mêmes maximes. L'exemple que nos maîtresses donnent là-dessus fait plus d'effet encore sur nos petites filles que toutes les plus belles choses qu'on peut leur dire. Mais puisque M"** de Gomer-
1 Élève de Saint-Cyr, religieuse de Gomerfontaine. ' Élève de Saint-Cyr.
fontaine et mademoiselle d'Aumale veulent qu'on, en essaye, voyez avec notre abbesse quelle noire vous lui donnerez. Pour modèle je préférecais M"' de Mornay \ qui est assez raisonnable pour aller faire un voyage qui peut être utile à la goire de Dieu, et qui me fera un grand plaisir.
Vous voyez bien que cette lettre est pour l'abbesse et pour vous, afin que vous régliez toutes choses ensemble, le tout sous l'autorité de notre mère. Faites mes compliments, je vous prie, et mes remerciements à mes sœurs de Sailly, de la Neuville, de Yandam et du Londe^ mais je me suis prescrit à n'écrire qu'au conseil*, le reste me mènerait trop loin, et vous voulez me conserver.
Je crois qu'on ne fera pas le siège de Fribourg'^* Il n'y a rien à désirer ni à demander que la paix.
Le 9féTrier 1713.
Je n'ai point de nouvelles'de M. d'Évreux, et je vous assure, madame, que je les attends avec autant d'impatience que vous, dans l'espérance qu'elles vous seront favorables. L'amitié que j'ai pour vous me fait désirer de vous aider, mais j'y ajoute encore une
^ Gabrielle de Mornay de Montchevreuil ; elle D*avait encore que quinze ans, devint Dame de Saint-Louis en 1719, et mourut en 1782, âgée de quatre-vingt-cinq ans. Elle avait une sœur qui devint supérieure de la maison de Saint-Louis.
' Le siège fut fait et Fribourg pris , r^ qui amena la paix de RaBtadt,!Ie 6 mars 1714.
' Lettres et^Avis, p. 866.
M6 . LETTRBS SUR L'ËOUCàTION.
autre vue plus utile* Je ne sais si je me flatte aar Té* ducation de Saint^yr, mais je vous avoue que je la crois très-bonne; je voudrois de tout mon cœur la communiquer et rétablir daus les autres maisons où il y a des pensionnaires : la v6lre me paroit plus propre qu'aucune autre à ce dessein. Vous avez bou esprit, votre communauté est petite, et j'ai lieu de croire qu'elle est raisonnable, par la manière dont elle entre dans ce que vous voulez, et dans ce que de jeunes filles de chez nous leur vont apprend dre« Il n'en est pas de même des autres couvents^ ils ont leur esprit, leurs coutumes, et nos demoi^ selles qui s'y feront religieuses auront à les prendre, à s'y conformer, et à tacher d'oublier ce qui se fait à Saint^Cyr. Ainsi, cette éducation ne fera pas tout le bien que je voudrois, mais si vous pouvez vous attirer beaucoup de pensionnaires et les bien élever, on pourroit espérer que les autres maisons seroient tentées d'imiter la vôtre, et d'autant plus que nos méthodes et nos pratiques ôtent une grande partie de la peine de l'instruction, Nos Dames de Saint- Louis se sont usées dans les commencements en faisant tout elles-mêmes : il est établi présentement que les classes sont les plus douces charges de la maison , et où nous mettons les malsaines ; les demoiselles apprennent tout les unes aux autres, et les maîtresses n'ont qu'à être présentes et à voir si tout s'y fait. Cette présence est absolument nécessaire, car les enfants badineroient si elles n'étoient contenues. M"* d'Esplas vous a fait voir ce détail. Je sais bien que l'égaUté qui est à Saint-Cyr, çt le
A MADAME DE LA MAIRIE (ITIS). 90t
pouvoir absolu qu on a sur les demoiselles, rend notre éducation plus facile que chez vous, où les parents se mêlent de leurs enfants, où la fille de bourgeois veut être mieux traitée que la demoiselle, et que Ton ménage en effet, parce qu'on espère quelque avantage de la famille. On ne peut pas être partout désintéressé comme à Saint-Cyr, où Ton n'a besoin de personne, où Ton donne toujours sans rien recevoir; mais on approche du plus près qu'on peut de ce désintéressement, et j'espérerois que, ren-* dant des filles bien instruites, bien soumises et bien raisonnables, le bruit de votive éducation se répandroit et que votre intérêt même s'y trouveroit. Cette occupation qu'on donne aux filles , loin de les fatiguer, leur fait plaisir et ôte tout ennui *, en formant les autres, elles se forment elles-mêmes et deviennent excellentes mères de famille. Notre manière est douce, on les prend par raison, par émulation, par amitié, par récompense, par distinctions -, les demoiselles aiment tendrement leurs maîtresses, elles se trouvent heureuses , et leur affliction est grande quand le temps de leur sortie approche.
Il est vrai que nous avons d'excellents confesseurs qui savent nos règles mieux que nous-mêmes, qui s'y conforment, qui prêchent la docilité, le respect et la confiance entière pour les maîtresses , pendant que les maltresses prêchent la docilité, le respect et la confiance entière pour les confesseurs. Tout s'entend pour le bien, et Dieu bénit tout.
Voici mon plan : si M. d'Évreux ne le renverse point, ou si Dieu ne dispose pas de moi sitôt, je vous
308 LETTRES SDR L*È0DCATIOII.
donnerois IF'' de Lasmastre^ si vous continuez à eo être contente; je vous en venrois encore quelque autre ^ M"* d'Esplas iroit après Pàqlies voir comment vont vos pensionnaires -, je vous enverrois pour trois mois une petite fille qui seroit leur modèle. J ai quelques pensionnaires à placer, et peut--ètre que Dieu mettroit au cœur de plusieurs de nos filles d'entrer dans cette bonne œuvre, car elles ont du zèle pour donner aux autres Téducation qu'elles ontreçue. Je vous demanderois seulement de placer leur dot, afin qu'en cas de malheur elle pût les suivre.
A Yersailles, ce 9 nuirs 1713.
J'ai à répondre à deux de vos lettres, madame, Tune du 6 et Fautre du 7 de février, que j'ai reçues en même temps.
Je serai fort aise d'entretenir votre confesseur : on ne peut rien faire de bon sans ce secours-là. Vous êtes trop heureuse d'avoir un évêque comme le vôtre; s'ils étoient tous de même, les couvents en iroient mieux. Nourrissez vos enfants dans un grand respect pour les prélats et pour tous les prêtres -, c'est un des articles de notre éducation 5 on m'a dit que vous les avez.
Si vous aimez mes avis, ma chère fille, j'aime fort de mon côté à vous en donner -, ainsi ils ne vous man-
i Élève de Saint-Cyr.
' Lettres et Avis, p. 874.
queront pas ^ comptez une fois pour toutes qu'ils seront toujours soumis à votre évêque : je n'ai pas fait un proverbe à Saint-Cyr que feu monseigneur de Chartres n'ait vu ; c'est le moyen que Dieu bénisse tout.
Ce n'est pas qu'en général j'aime les petites communautés, je crois que les grandes sont plus ré* gulières; mais c'est, dans le cas où nous sommes, que je crois qu'il sera plus facile de communiquer l'éducation a Saint-Gyr à un petit nombre d'enfants qu'à un grand. Réglez-vous sur le nombre que vous pouvez loger ; vous feriez plus de bien par les pensionnaires, si vous les élevez bien, que par des religieuses : celles-ci chantent les louanges de Dieu, les autres le feront connoitre, et le bien de l'instruction va à l'infini.
Je ne croyois pas que vous aviez tant de pensionnaires. Inspirez-leur l'horreur du péché, le souvenir de Dieu dans la journée, la docilité pour leur confesseur ; vous avez parfaitement bien fait de lui communiquer vos règles : il faut aimer se concerter pour le bien.
n est vrai que vous gardez trop peu les enfants qu'on vous donne ^ c'est ce qui doit exciter votre zèle à leur inspirer la religion et la raison, tant que vous les avez.
II faut plus regarder la sagesse que le savoir dans vos chefs*, nous en avons qui apprennent de leurs filles ce qu'elles ne savent pas, et leur montrent ensuite ce qu'elles savent.
Dieu a répandu dans Saint-Cyr une droiture qui
310 LCTTRBa Wh L*ÉDUCATtOM«
fait que les plus grandes répondent au catéchisme qu*une petite leur fait, comme elles répondroient a leur évèque^ on obtient tout d'elles par la piété, la douceur et la raison -, je voudrois de tout mon cœur que vous eussiez le modèle que vous désirez; mais vous remettez tout à Tété, et je puis vous échapper bientôt, il est impossible que votre communauté^ raisonnable comme M"' d'Esplas la dépeint, ne goûta une conduite qui élèvera mieux leurs filles et qui leur donnera moins de peine. J'avois bien pensé à vous proposer de venir à Saint-Cyr, mais je ne Tosois, dans la crainte que votre évèque ne Tapprouvàt pas* Je me réduisois à votre jeune religieuse qui noua, a paru capable de profiter de ce qu'elle verra à $aint-Cyr, mais vous me remettez encore au mois, de juin; je comprends bien que vous êtes nécessaire chez vous; faites donc ce que vous jugerez à propos. J'ai tenu ferme pour la petitesse de l'église du dehors de Saint-Cyr' ; la magnificence de la fonda*, tion et du fondateur paroissoient en demander uno grande ; mais il se rendit à la raison, et Saint-Cyr est un village où il y a trois églises : qui y seroit vçnu? quelques paysans. Ce n'est pas la grandeur des bâtiments qui honore Dieu, ma chère fille, c'est le sacri^ fice qu'on y offre, et la ferveur des prières qui s'y font. Je crois vous avoir- déjà mandé que, dans h^ règle de saint Augustin, il ne parle que d'oratoire, et que les peuples doivent aller aux paroisses» Ne vous rendez pas là-dessus.
^ On rebâtissait la chapelle ou église de Bisy, et lea donateurs ù voulaient grande et magnifique.
A MADAMR DR LA VtfiPVtLLC (1713). 3li
• Je SUIS bien aise de ce que vous envoyez M"' de lAsmastre aux pensionnaires, quoiqu'elle soit au no-* viciât.
C'est bien fait dans les récréations d'apprendre Eather; maïs comme vos enfants sont peu avec vous, préférez Tinstruction de la religion aux talents agré»* blés , mais une religion solide et en pratique ; don« nez-leur des principes pour toute leur vie, et que les libertins même ne puissent tourner en ridicule.
Quand une fille sort d'un couvent, disant que rien ne doit faire perdre vêpres, on se moque d'elle; quand une fille instruite dira et pratiquera de perdre ^prespaur tenir compagnie à son mari malade, t&ut le monde l'approuvera; quand elles auront pour principes quil faut honorer son père et sa mère; quelque mauvais quils fussent^ on ne se moquera point,' quand une fille dira : qu'une femme fait mieust de bien élever ses enfants et d'instruire ses domesti* queSf que de passer la matinée à l'église, on s^'accom-^ modéra très-^ien de cette religion^ elle la fera aimer et respecter*. Prêchez sincèrement, ma chère fille, cette dévotion pratiquée selon l'état où Dieu nous a appelés.
Man 1713.
J'ai VU votre confesseur, madame, dont j'ai été
^ Les ennemis de Mn« de Maintenon ont dit que l*àge l'avait rendue bigote jusqu'à la stupidité ; quand elle donnait ces préceptes si sages, elle avait soixante-dix-huit ans I
* Lettres et Avis^ p. 818.
très-édiBée ; je lui ai parlé de réducation de Saint- Cyr, avec un zèle que je sens bien qui va à F indiscrétion. Je Youdrois connnuniquer tout ce que Dieu et notre expérience nous a découvert là-dessus et dont nous voyons tous les jours les fruits. Il m'assure que les mêmes maximes et les mêmes pratiques sont à Gomerfontaine. Je le souhaite de tout mon cœur.
Je suis fâchée aussi de ce que vous avez été obligée d'ôter votre sœur, qui est de mes filles, d'auprès des pensionnaires, à cause qu elle y parloit trop. J'ai tâché d'expliquer à votre confesseur combien nos Dames se font soulager ici par les enfants même, et que nos filles les plus malsaines veulent aller aux classes.
J'ai fait écrire M^'"" d'Aumale à votre confesseur, pour lui offrir de lui montrer Saint-Cyr^ s'il a le loisir de le voir, il aura bien de la peine à tirer de l'argent de M. Desmarets ' -, l'approche de la paix n'en donne pas encore, et quand la paix sera faite, on n'en sera pas mieux les premières années; mais c'est beaucoup de ne plus craindre de voir augmenter ses maux et d'espérer qu'ils vont diminuer.
Vous faites parfaitement d'exiger de vos petites filles de travailler pour la maison, pourvu que vous ayez la bonne foi de préférer l'éducation au travail. L'éducation est votre obligation, le travail est une habileté, mais qui leur est encore plus utile qu'à vous.
Je vous prie d'embrasser de ma part M"" de Champlebon-, je ne me console de l'avoir perdue que
^ Contrôleur-général des finances.
K NADAHB de Ik VIBFVILLB (tTIS). 313
par être persuadée que Dieu l'a voulue chez vous et qu'elle y fera de grands biens, si elle vous aide, comme elle est capable de le faire.
Votre confesseur est bien content des Conversations : elles peuvent vous aider a former la raison des enfants; mais souvenez-vous que les perroquets apprennent tout ce qu'on veut sans l'entendre, et que si vous n'expliquez aux enfants ce que vous leur apprenez, ce sera un temps perdu pour vous et pour elles. Adieu, ma chère fille, je ne puis finir quand je parle de l'éducation de Saint-Cyr ; je donnerais de mon sang pour le communiquer à toutes les maisons reUgieuses qui prennent des pensionnaires : elles feront de plus grands biens que nous, parce qu'elles élèvent des filles qui auront de plus grands établissements '.
ns». — A MADAME DE LA VIEFVILLE.
(Avi) inr l'éJaetliDD do pmiianndm. ]
FooUiiicbleui, e iiril 1113.
Je comprends parfaitement que vous ne pouvez point faire chez vous ce qui se ffùt à Saint-^yr; mais vous pouvez en prendre l'essentiel, qui est la solide piété qu'on y inspire ; je me découragerois là-t pour vous, si je n'avois pas vu votre confesseui sans secours vous ne pouvez rien faire, et U que notre expérience et notre vigilance nous
' Voir la noie ï de la page 31 T, * Utlre» idi/tanttt, t. VI, IcUro 137. — Lellres t. p. 384.
314 LETTRSS SOR l'tWCkWaié, .
pris nous seroit inutile si nous n'avimns pas^éfbaM confesseurs. Cest par eux que se fait le bien : vous ne pouvez trop prêcher et pratiquer au dedans la docilité pour les confesseurs, et eux ne peuvent trop inspirer aux filles la confiance de celles qui les gouvernent.
Il est certain que, ne gardant vos pensionnaires que peu d'années, vous ne pouvez être soulagée par le secours des grandes; il fout en tirer le plus qu'on peut et y mettre de Témulation ; il y en a toujours de plus avancées les unes que les autres, et celle qui assemble les syllabes peut montrer à assembler les lettres, et ainsi du reste. Le peu de temps qu'on vous laisse doit vous renfermer dans ce qui est le plus nécessaire : la lecture, récriture, Tarithmétique , et préférablement à tout, le catéchisme bien expliqué et appliqué à leur état.
Il faut élever vos bourgeoises en bourgeoises ^ il ne leur faut ni vers, ni conversations; il n'est point question de leur orner l'esprit. Il faut leur prêcher les devoirs de la famille, Tobéissance pour le mari, le soin des enfants, Tinstruction à leur petit domestique, l'assiduité à la paroisse le dimanche et les fêtes, la modestie avec ceux qui viennent acheter, la bonne foi dans le commerce, etc.
Il faut leur conseiller de demander à Dieu un bon confesseur, de le choisir dans la vue de leur salut, de se laisser conduire comme un enfant ; il faut qu'elles édifient leurs parents, leurs amis, leurs voisins, qu'elles donnent de bons conseils et de bons exemples.
Il faut leur dire que la piété ne s'oppose point à 1^
jèie, et, qu'au contraire, il la faut faire aimer eu montrant qu'on sert Dieu avec plaisir : les instruc* tions publiques et particulières doivent rouler toutes là*<l'essu8. Il fautquelquefoisleurparler en particulier, dt peu chaque fois; c'est le plus pressant soin de la première maîtresse, c'est dans ce particulier qu'il faut attaquer leurs vices, elles reçoivent bien tout quand il n'y a point de témoins. Quoique ces filles soient peu de chose, elles ne laisseront pas de faire du bien dans leurs familles, dans leur quartier et dans les différents états où elles se trouvent. J'ai ici une fille qui a été à Saint-Oyr * et qui sert mes femmes; rien n'est égal à la vertu de cette fille : elle ne perd pas la présence de Dieu ; elle met sa piété à remplir la journée c(e bonnes œuvres ; elle dit que le service du prochain est une excellente prière ; elle quitte l'église aussi volontiers qu'elle y va, selon qu'on le veut; elle dit que c'est ce qu'on lui a appris à Saint-Cyr; elle est très-gaie. '
• Au reste, il faut vous dire que la petite Léger vous fût honneur : elle n'a pas perdu son temps chez vous, car elle est aussi bien tendre pour Gomerfontaine,
Il seroit à désirer que vous ne changeassiez pas souvent de confesseurs ; je n'ose juger du vôtre, dans une seule visite, mais il m'a paru de très-bon sens et d'une grande piété. Ne vous pressez point sur M"* des Ferens, si elle vous est utile. dans la moindre chose : ee qu'elle fera pour vos pensionnaires lui sera bon partout. En formant les autres, on se forme soi-même.
La démarche de votre ancienne religieuse Qst
* Sans doute comme serrante,.
très-édifiante ; elle ne peut remplir plus saintement sa journée qu'en instruisant. Vous n'êtes point obligée de prendre des pensionnaires*, mais quand vous avez des raisons d'en recevoir, vous êtes très-certainement obligée à les élever chrétiennement et vous répondrez de leurs âmes.
Je ne serois pas surprise de voir votre amie sous ma sœur de Champlebon : nos classes sont pleines de ces exemples-là. Ma scefur de Radouay est au-dessous de ma sœur de Gruel, qu'elle a peut-être élevée et que bien sûrement elle a reçue ^ Il est absolument nécessaire que la première maltresse soit chargée de tout, qu'il n'y ait qu'elle qui parle en particulier, qui fasse les grâces, qui donne les récompenses, qui ordonne les châtiments. Il faut qrfe les autres suivent son esprit , qu'elles lui renvoient la confiance des enfants , qu'elle ne leur souffre aucun attachement pour elles ^ autrement, chaque maîtresse auroit ses filles, ce ne seroit plus que division et discorde. Nos Dames se trouvent bien d'avoir établi cette subordination ; leur vertu et leur bon esprit les en a rendues capables. Si vous vous établissez quelque réputation sur la bonne éducation, on vous donnera peut-être quelques filles de condition, et alors vous ferez de plus grands biens.
Je voudrois, avant que de mourir, vous voir encore une fois, et que vous amenassiez Champlebon -, cette visite ne vous seroit point inutile, je ne dois pas la proposer pour mon plaisir.
1 Mme de Radouay avait fait profession le 13 mars 1694 et Mme de Gruel le 25 juillet 1699.
22 avril 1713.
Quand Dieu m'ôte la parole, ma chère fille, il ne veut pas que j e parle ^; mais puisqu'il me laisse la main libre , il faut que je vous écrive ce que je voulois vous dite. Ce n'est pas une matière nouvelle que j'ai à traiter avec vous, ni l'efiFet des plaintes qui me seroient revenues de quelque désordre dans nos^ enfants, par peu de vigilance, mais c'est de cette vigilance dont je veux vous entretenir, et que je crains qui ne diminue par la confiance que vous pourriez avoir présentement dans vos filles dont vous êtes contente. Vous ne les conserverez dans rétat où elles sont que par cette vigilance \ ne vous fiez jamais à elles ; il ne faut pas qu'elles s'y fient elles-mêmes, et si elles veulent conserver leur sagesse, elles doivent désirer d'être veillées. On se trouve seules, on se dit un mot assez indifférent d a-
bord, il est suivi d'un autre qui ne l'est pas tant, on baisse la voix, et voilà une intelligence qui se forme; vos filles ne demeureroient pas quinze jours dans la règle. Mais elles ne seront pas toujours gardées i vue, elles trouveront dans le monde des occasions bien plus dangereuses. Gela est vrai, mais quand Dieu nous y met, il nous aide; elles seront plus fortes à vingt ans qu'à dix-huit; le temps peut beaucoup, et l'éducation qu'elles reçoivent les rendra si timides, que j'espère qu'elles se précautionneront. Enfin, ma
< Lettres et Avis, p. 330.
t urne 4e Mainteaoo avait la voix éteinte par un gros rhume.
318 ISTTRKS SUR t*ÉDtCATlM. '
chère fiHe, comptez bien que tout ce que pous avons établi, toutes les inventions que nous avons trouvées, les distinctions, Vémulation, la raison, et, en un mot, ce qui fait cette éducation qu'on admire, n'est rien du tout dès que vous cesserez de veiller jour et nuit. Quand on a cherché i vous soulager, ce n'a pas été pour vous procurer du loisir et du* r^os, mais pour vous mettre en état de faire ce que vous seule pouvez faire. Vous ne pouvez jamais laisser à une autre le soin de veiller : il faut qu'elles soient gardées par leurs maltresses , par celles qui les eonnoissent, et par celles que Dieu en a chargées. Sou* tenez donc cette vigilance en quelque place que vous soyez, et soyez persuadée qu'il n'y aura de solidité dans vos travaux que par cette voie^-là. Vous êtes les pierres fondamentales de llnstitut : ne souffrez jamais qu'on change la manière de gouverner vos classes, qu'après bien des représentations du succès que vous en avez vu ; si on vous ôtait des classes, ne croyez pas devoir les oublier et dire : Je n'en suis pas chargée; vous le serez toujours de faire tout ce qui vous sera possible pour continuer ce que vous avez vu établir et ce que vous avez établi vous-même. Bonjour, ma chère fille, prêchez et donnez l'exemple de la vigi^ lance, c'est l'essentiel. N'écoutez plus d'autres méthodes, tenez-vous aux vôtres *, feu M. l'évêque de Chartres m'a dit et écrit bien des fois : <c Saint-Sulpice a ses coutumes, Saint-Lazare a les siennes ; atta-* chez-VQus à celles de la maison de Saint-Louis, n Vous êtes dans l'ordre : c'est votre évêque qui a établi et approuvé tout ce qui se fait chez vous. Je ne
A MADAME DE VARDAV (1T18). SIO
puis finir quand il est question de votre chèrb maison.
Ne montrez point cette lettre présentement.
177 «. — A MADAME DE VANDAM»,
Ci SO avril 17U,
J*ai VU ce matin M*^ de . . • • dans une misère qui feroit de la compassion dans de simples paysannes *, mais comme je rapporte tout aux demoiselles de Saint-Cyr, je vous prie de leur faire faire une réflexion là-dessus. Si les demoiselles voulaient travailler, s'offrir dans des communautés où l'on a besoin de secours, elles trouveroient quelques places. Vos filles sont trop délicates : on s'en plaint partout au milieu des louanges qu'on leur donne. D'ailleurs, personne ne peut mieux que vous, ma chère fille, leur expliquer ce courage et cette intelligence qui fait que les unes subsistent où les autres meurent de faim.
Les maîtresses des classes devroient se mettre à la place des infirmières et les soulager le plus qu'elles pourroient dans les temps qu'elles en ont besoin ', en recevant volontiers leurs filles quoique encore convalescentes ^ on sait bien laisser une bande à la
i Lettres et Avis, p. 368.
> Elle succéda comme première maîtresse des bleues à M°><i do Saînt-Périer, qui meurut le 31 décembre 1715, âgée de trentesept HDS.
' U y avait alors beaucoup de maladct.
SiO LETTRES SUR i*ÉDUCAT10Né
classe pour achever un ouvrage, pourquoi n*en laisseroît-on pas une de languissante qui auroit froidà réglise ? On n'est pas ici assez occupé du bien public, chacun tire de son côté et ne pense pas assez aux autres. J'ai appréhendé qu'on ne tirât trop les demoiselles des classes pour leur faire faire Touvrage des sœurs, et qu'on les surchargeât trop-, mais les règles générales et nécessaires n'empêchent point qu'on ne pousse une particuUère qui en a besoin, qu'on ne fasse balayer une paresseuse, qu'on n'empêche une frileuse de se chauffer, qu'on hâte une lente qui coud trop lentement, qu'on envoie une glorieuse passer le Jour avec ma sœur Préval, pour vider les bassins des malades. On peut leur donner ces pénitences-là pour des fautes, pour des pratiques de piété, pour des épreuves de courage: tout cela ne nuit pas au général de la classe qui va son train et qui suit les exercices. Communiquez cette lettre aux maîtresses des grandes classes pour en faire un usage modéré, et sans qu'on s'aperçoive qu'on veuille rien changer, car, en effet, il n'y a là aucun changement.
Mai 1713.
Le dessein où vous êtes d'établir chez vous la même éducation que vous avez reçue à Saint-Cyr, au moins dans tout ce qui vous sera possible, me fait
1 Lettres et Avis, p« 879;
prendre la confiance de vous donner ici quelques avis, et de vous faire part de ce que notre expérience nous a appris.
Sans une continuelle vigilance, tout ce que vous ferez sera inutile*, il faut veiller vos pensionnaires jour et nuit 5 une conversation entre elles détruira en un moment tout ce que vous aurez fait. Cest pour en donner le loisir aux maîtresses que nous avons cherché tant d'inventions pour les soulager de mille autres occupations que d'autres peuvent remplir. Il faut avoir toujours les yeux ouverts sur elles avec une attention que rien ne puisse diminuer : c'est là le fondement sans lequel l'édifice tombera -, la vigilance doit être égale pour toutes.
La piété même, qui est ce qu'il y a de plus solide, ne l'est pas assez dans la jeunesse pour résister aux occasions -, c'est pourtant par cette piété qu'il faut commencer, mais une piété convenable à leur état et à leur âge -, ne les poussez point à une trop grande dévotion : vous en feriez des hypocrites ou des scrupuleuses-, nous avons toutes sortes d'expériences làdessus-, mais il est de tout âge, dç toute profession, de tout sexe, d'aimer Dieu, de fuir le péché, de se laisser conduire.
Vous ne pouvez pas imiter le désintéressement de Saint-Cyr : vous n',êtes pas fondée par un grand et magnifique Roi \ vous avez vos règles qui ne sont pas les mêmes-, vous pouvez donner et recevoir; mais il faut, comme à Saint-Cyr, sacrifier votre in-^ térêt au bien des pensionnaires, et ôter celles qui i^roient incorrigibles, quelque peine que vous fis-
3i2 ^ iiBTtRE:$ èm l'éducation.
siez à leur famille *, le bien public doit remf)orter sur celui des particuliers*
Vous ne pouvez imiter l'égalité entre vos pensionmires qui s'observe à Saint-Cyr, car il faut en certaines choses les élever selon ce qu'elles sont ; la piété doit être égale, mais réglée selon l'état ; l'artisan ne peut autant prier que celui qui n'a rien à faire. Il y a plusieurs endroits oà je ne pousserois pas tant les unes que les autres : il n'importe guère que des filles (fe basse naissance lisent aussi parfaitement que les demoiselles* qu'on leur dotine une belle prononciation, qu elles sachentcequec'estqu'une période, etc. : 11 en est de même de récriture : il suffit qu'elles sachent écrire pour faire leurs mémoires et leurs comptes ; il ne faut pas leur apprendre à faire de lettres ni parler de style : un peu d'orthographe leur suffit^ il n'en est pas de même de l'arithmétique, elle leur est nécessaire.
Instruisez vos bourgeoises en bourgeoises; ditesleur que rien ne déplaît plus à Dieu et aux hommes que de sortir de son état; ils sont tous réglés par la Providence, et il s'y oppose quand on veut être cô qu'il n'a pas voulu que nous fussions. Prêchez-leur la modération ; qu'il ne faut pas que le paysan fasse le bourgeois, ni que le bourgeois fasse le gentilhomme ; le monde s'en moque, et considère plus ceux qui demeurent dans leur état et qui y vivent avec honneur et probité. J'ai connu des gens respectés de tous ceux qui les connoissoient par cette conduite.
Expliquez-leur bien les Revoirs de la religion :
À MADAME DE lA MAIRIE (1713). 3Î3
.Oii 3é: 0(m tenta qu'elles sachent par eœur les commandements de Dieu, sans leur apprendre a quoi ils nous obligent : elles savent : Un seul Dieu tu adcK reras, et adorent la Vierge; elles disent : Tu ne prendras pas le bien d'autrui, et soutiennent qu'il n'y a point de péehé à voler le Roi. J'ai vu tout ce que je dis.
Le plus grand ncmibre des chrétiens fait consister la piété en pratiques extérieures, confessions, cohk municms de t^sips en temps, long séjour dans les églises, observances des fêles et jeûnes; mais dans tout le reste, oubli de IKeu, colères, haines^ vei»geancea, menscmges, «varice, parjures, immodestie, chansons libres, ete«
Je ne me metlrois pas en peine de leur bonne gràce^ je ne leur demanderois que de la modestie.
Cest dans le parler en particulier qu'il faut leur dire ee qu'elles sont et leurs obligations ^ on ne les fâche point quand on leur parle tète à tête, avec raâsoo et douceur, et ces petites conversations sont des plus essentielles pratiques de l'édoeation de Saiitfc- Cyr, et ce qui nous a fait le plus de bien ^ mais il n'y a que la supérieure et la première maîtresse qui kar doivent parler, et ^s doivent se concerter pour dire les mêmes choses.
Il faut prêcher la raison à toutes également en l'appliquant selon l'état, et surtout empêcher qu'on ne dise aux enfants de ces pauvretés qu'il faut qu'elles oublient; il ne leur faut donner que ce qui leur sera toujours bon, religion, raison, vérité.
Comme vous gardez peu vos pensionnaires, vous
devez vous borner au catéchisme, lire et écrire* C*est perdre voi^e temps et le leur de leur apprendre des vers et des conversations. Si elles s'en plaignent ou leurs parents, répondez qu'on ne vous les laisse pas assez longtemps.
Mais il est certain que ce n'est pas là Tessentiel de l'éducation de Saint-Cyr, et que vous devez vous contenter d'apprendre vous-même les instructions qui sont dans les Conversations pour vous en servir dans vos instructions. Vous passerez bieii du temps à leur apprendre par cœur, comme à des perroquets, ce qu'elles n'entendront jamais. Tout cela est bon à Saint-Cyr, où la plupart demeurent treize ans.
Vous ne pouvez être aussi désintéressée qu'à Saint- Cyr; mais il faut pourtant l'être dans ce qui est essentiel pour vos pensionnaires*, nourrissez les miennes frugalement, habillez-les de toile tout l'été, mais brûlez de la chandelle l'hiver pour qu'elles soient vues jour et nuit.
Sacrifiez deux ou trois cents livres de plus pour avoir un bon confesseur.
Bâtissez pour contenir beaucoup de filles, mais non pas pour qu'on parle jamais de vous à Bisy.
Ayez peu de professes de chœur et de converses, mais le plus de pensionnaires que vous pourrez; x'est où vous ferez le plus de bien.
Donnez-leur peu de livres, mais qu'on leur explique ce qu'elles lisent, l'Évangile, saint Paul, saint François de Sales, etc.
AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE ROtJGE (1713). 325 1791. — AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE ROUGE.
Je suis si contente de ce que ma sœur de Bouju et les autres maîtresses me mandent de mes chères irouges, que je veux, mes enfants bien-aimés, vous en marquer à vous-mêmes ma joie, et vous dire que de pareils témoignages augmentent fort ma
tendresse pour vous. Je suis ravie de voir N et
N dans la droiture de la pratique qu'on tâche
de vous inspirer, et faire aussi bien les aides qu'elles ont fait les chefs. On ne sera plus honteuse à Saint- Cyr d'obéir, ni glorieuse de commander; on ne pensera qu'à se bien acquitter des emplois qu'on aura, quels qu'ils puissent être. C'est encore un grand plaisir d'apprendre que vous modérez vos voix aux récréations : il faut que des filles se modèreiit toujours, et qu'elles gardent une conduite qui fasse voir qu'elles sont en tout maitressél d'elles-mêmes*, vous ne vous en divertirez pas > moins, mais vous ferez ce que des chrétiennes et des filles bien élevées doivent faire.
J'ai un© grande impatience de revoir votre première maltresse. On ne me dit rien de votre honnêteté les unes pour les autres ; j'espère pourtant que ce que Ton m'en avoit mandé au commencement non-seulement continue, mais augmente toujours.
Je vous embrasse, mes chères filles.
• Lettres et Avis, p. 487.
S26 LETTRES SUR L'ÊDtCATION.
480*.— A MADAME D'ESCOUBLANTS
■ BCORDB MAITRESSE DES CLASSBS.
Mai 1713.
Je loue Dieu, ma chère fille, des dispositions que vous me marquez -, je les crois bi^n propres à attirer la grâce sur ce que vous allez faire. Continuez comme vous avez commencé, avec cette douce gravité qui empêchera la familiarité des demoiselles , qui est ce qu'il y auroit de plus dangereux; gardez cette vigilance qui vous fait tout voir, et qui vous rend d'autant plus propre à observer ce qui se passe, que vous ne vous répandez point en discours; faites observer la règle, et ce sera beaucoup. Soyez fort unie avec votre première maîtresse, et regardez tout ce qu'elle fait, pour faire de même en son absence quand c'est vous qui présidez ; faites tout d*un grand concert avec celle qui vous suit, afin f[ue si vous manquiez, la classe soit toujours conduite de même, car il faut que vous soyez si unies et si uniformes qu'on ne s'aperçoive pas dans la classe du changement de maîtresse. Quand on fait les choses par gloire, par intérêt et par vanité, on n'est pas fâchée qu'on voie la différence qu'il y a de notre conduite à celle des autres^ quand on a Dieu pour but, on désire que le bien se fasse par le^ autres comme par vous. Par là on s'amasse des trésors de mérites par les choses mêmes que nous
^ Lettres édifiantes, t. VI, lettre 163.
• Aune-Françoise d'Escoublant de Toarneville fit profession le 15 mar$ 1711 et mourut en 1758, âgée de soixante-quinze ans.
A MADAME DE VANDAM (1718). 327
ne faisons plus, parce que nous les avons bien commencées. C'est ainsi, ma chère fille, que vous agirez. Je ne puis vous dire combien j'espère de grâces pour vous. Soyez fidèle à votre règle pour l'amour de Dieu^ ne vous relâchez point devant vos demoiselles ; réjouissej^-vous aux récréations avec la communauté, et comptez sur tous les secours que je suis capable de vous donner. Je suis dans une entière hberté avec vous, par la confiance que vous avez toujours eue en moi, et peut-être aussi un peu par l'inclination que j'ai pour vous.
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