‹ Lettres sur l'éducation des filles (volume 2)Chapitre 40 sur 49 · A MADEMOISELLE DE MORNAY · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE MORNAY

(Qae Madame avoit envoyée à Gomerfontaine pour aider anx maitresse*

des pensionnaires. )

Mai 1715.

Si votre conduite à Gomerfontaine répond à ce que vous m'écrivez, mademoiselle, on aura sujet de se louer de vous , et votre séjour n'y sera pas inutile. Madame Tabbesse doit être bien contente de moi de lui envoyer un tel secours qui, joint aux filles de Saint-Cyr qu'elle a, et à M"*' de Pimpré et d'Aubri doit très-bien représenter cette éducation ici. Que vous êtes heureuse, ma chère fille, d'être employée de si bonne heure à de si grandes œuvres! Mandezmoi souvent des nouvelles; vos lettres me feront toujours plaisir, quelques affaires que je pusse avoir. Nous partons dans quinze jours pour Fontainebleau -, nous reviendrons ici à peu près dans le même temps, et nous nous reposerons ensemble de nos missions, car vous savez que je vais à Avon ^. Adieu, ma chère enfant.

1998. — A MADEMOISELLE DE FRANLIEU

(Qu'elle avoit envoyée à Gomcrfonlainc pour le mâme sujet. ]

Juin 1715.

Vos occupations ne sont pas petites, ma chère

* Lettres et Avis^ p. 832.

^ Village uù elle faisait beaucoup de cliarités, et où elle se plaisait elle-même à faire le catéchisoie aux enfants.

• Lettres et Avis, p. 833.

A MADEMOISELLE DE FRANLIED (1715). 361

fille, et je n'en connois pas de plus grandes que d'inspirer la religion et la raison : c'est là le solide de l'éducation de Saint-Cyr. On ne peut pas pourtant les traiter aussi également que chez nous; on ne peut pas toujours les arranger de même, ni les habiller d'un habit uniforme, ni leur donner toutes les distinctions ni tous les prix qu'on donne dans nos classes. On n'a pas le temps de leur apprendre autant de choses; mais cette religion et cette raison est de toutes les conditions et de tous les âges : c'est là ce qu'il faut tâcher de bien établir, avec un esprit de vérité et de douceur dans tout ce qu'on leur dit, sans finesse, sans tromperie, sans leur faire jamais rien accroire, et parlant aux plus jeunes comme aux plus grandes, dès qu'elles peuvent entendre ce qu'on leur dit.

Il faut les élever selon leur état, et dire à la demoiselle et à la bourgeoise ce qui leur convient. Quand* on ne marquera jamais de mépris pour la bourgeoise ni pour la paysanne, elles souffriront qu'on ne les traite pas en demoiselles. Quand la grande demoiselle peignera la bourgeoise, qui est trop petite pour le" faire elle-même, les autres verront que c'est la raison qui fait agir et non pas la hauteur. Quand la demoiselle montrera à lire à la bourgeoise, la bourgeoise se portera à rendre service à la demoiselle.

Il faut leur expliquer librement et franchement la différence des conditions que Dieu a ainsi arrangées, qu'il veut être servi selon l'état de chacune, mais que la plus pieuse sera toujours celle qui lui sera le plus agréable.

362 LETTRBS SUR L'ÉDUGATfON.

Il faut leur inspirer cette piété différente dans les pratiques que vous entendez si bien expliquer à Saint^yr. Quand toute la conduite des maîtresses sera ainsi fondée sur toutes ces maximes^ sans jamais se démentir, et qu'elles iront toujours droit sans acception de personnes^ considérant la vertu de préférence a tout, Dieu les bénira, et les filles se formeront à ce bon esprit.

La vérité a une force et attire une bénédiction bien différentes des finesses et des adresses de Tes* prit du monde.

Je ne puis finir, ma cbère fille, sur ce chapitre : vous êtes trop heureuse d'être employée, à votre âge, à de si belles fonctions.

J'embrasse M"* de Mornay. Les petits mots de vos enfants sont très-jolis -, je voudrois les voir toutes travaillant incessamment ^ mais ne vous tuez pas : cet ouvrage est un ouvrage de patience sans bornes»

En voila beaucoup pour une malade : je Tai toujours été depuis mon retour de Fontainebleau»

200'.— A Madame de draguevillé*.

MA1TBBSSS DBS CLISSBS.

Je n'ai pas le règlement des classes ici \ mais je vous dirai bien, sans le voir, qu'il ne faut rien régler

* Lettres ci Avis, p. 407 «

> Marie-FrançoiseduMesnil-Adelée deDragueville.DamedeSaiat- Louis, n'avait pas été élevée à Saint-Cyr : « Elle connut de bonne heure lavanitédumondg^diBcntleis Mémoires de Saint^Cyr) et comprit qu'il n'y a point de meilleur parti à prendre pour assurer aoa

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