‹ Lettres sur l'éducation des filles (volume 2)Chapitre 9 sur 49 · AUX PAUVRES FILLES DE RUEIL · texte numérisé non relu

AUX PAUVRES FILLES DE RUEIL

Dieu veut que les riches se sauvent en donnant leur bien et les pauvres par n'en point avoir.

Les riches auront plus de peine à se sauver que les pauvres.

Il y a de bons riches et de très-méchants pauvres.

Les riches vous donnent de quoi vivre , donnezleur vos prières.

C'est ainsi que nous contribuons au salut les uns des autres.

Dieu a voulu que vous travaillassiez ; ne souhaitez point d'autre état.

Les pauvres dorment mieux sur leur paille que les riches sur leurs lits magnifiques.

Ne croyez pas qu'il suffise d'être pauvre et souffrant pour être sauvé ^ il faut supporter patiemment cet état pour l'amour de Dieu.

N'enviez point le plaisir qu'il y a de faire l'aumône, puisqu'en la recevant vous pouvez avoir autant de mérite devant Dieu.

Ne murmurez jamais contre les riches; Dieu a voulu qu'ils le fussent, comme il a voulu que vous fussiez pauvres.

Si vous ne vous soumettez à la volonté de Dieu sur vous, votre misère vous sera aussi inutile pour l'autre monde qu'elle vous est pénible pour celui-ci.

Votre cœur est content pendant que votre corps travaille ; la plupart des grands ont le cœur agité pendant qu'ils nous paraissent bien heureux.

Maintenon commença à y faire élever des filles pauvres de la noblesse. Elle n'en continua pas moins ses soins aux filles des paysans et leur adressa cette instruction , le premier ccrit qu'on

ait d'elle sur l'éducation.

6 LETTRES SUR L*ÉDVCATIO!f.

(Sur son école à» Rueil.)

Ce samedi à 4 heures, Cévrier USi.

Je fus Vautre jour charmée selon le inonde et très-édifiée selon Dieu de la docilité que je trouvai dans nos mères ^, et je reconnois plus que je n'avois jamais fait la vertu de vos saintes, dans leur soumission pour tout ce que l'on désire d'elles.

N'ayons point de regret à une personne de plus ou de moins -, si nous réussissons, notre argent sera bien employé , et jamais nos pauvres ne feront rien si on ne les garde à vue.

Quant aux pensionnaires, j'aurois le même zèle que vous, et j'en aime la quantité^ mais vous êtes peu pour en avoir tous les soins nécessaires, et c'est pour cela que je désirerois d'en avoir de plus grandes pour avoir soin des petites; Louison avoit l'autre jour une chemise qui me fit pitié et mal au cœur.

Je ne puis vous dire à quel point je fus contente et surprise de l'extrême douceur de M"^ de Saint- Pierre, qui me confirma ce que je vous disois un moment auparavant que les gens les plus brusques et les plus fermes sont souvent les plus doux.

Vous êtes admirable de vous louer de tout ce qui vous environne, je ne laisserois pas de vous plaindre si vous ne souffriez pour Dieu, et si vous n'aviez une compagne qui me paroît connoître tout votre mérite-, vous êtes persuadée du sien et contente de

* Lettres édifiantes, t. I, 57* lettre, p. 261.

* Les trois nrsulines qui étaient avec M*"® 4e BrinoQ.

A HAIIAME BE BRl!fO?l (tOSS). 7

son amitié, voilà de quoi se consoler de tout. Je lui demande quelque régal mardi pour nos petites sœurs, et à vous un campos pour toute l'après-midi, à condition que mercredi, après avoir pris des cendres, elles commenceront un carême régulier en tout. Je crois que W^ de Saint-Pierre a songé à des fèves et à des pois qui cuisent bien.

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