‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 24 sur 61 · LETTRES SUR L*£DUCAT10N · texte numérisé non relu

LETTRES SUR L*£DUCAT10N

loi, mais qu'elle doit être dans le cœur ; que c'est elle qui doit entrer dans toutes nos actions, qui doit les animer et les régler, depuis les plus importantes jusques aux plus petites.

Qu'il faut être soumise , fidèle à toutes les pratiques de la religion, mais sans gêne et sans scrupule.

Qu'on doit juger de la cause par les effets 5 que notre salut n'est pas attaché à la seule spéculation, mais qu'il faut éviter le mal et faire le bien.

Qu'il faut commencer par l'éloignement de tout péché ^ c'est la première obligation, et, sans celle-là, toute la piété n'est qu'illusion et amusement.

Que la volonté doit être absolument gagnée et déterminée à servir Dieu le reste de sa vie, quoi qu^l vous en coûte.

Jusque-là vous ne pouvez compter sur une fille -, il n'y a que cette volonté entière qui fait entrer dans la voie sainte et qui fait avancer chaque jour.

Que la pureté de votre conscience et le zèle pour leur perfection ne vous fasse pas écarter de la vérité : ne leur donnez pour péché que ce qui est péché mortel, véniel, fautes-, nommez les choses par leur nom autant qu'elles peuvent être décidées, mais ne décidez pas hardiment.

Conduisez-les à Dieu par le chemin de l'amour, et faites-leur voir que, quand le cœur en est rempli, on ne ménage plus rien, on donne tout, et on ne demande ni le plus ni le moins, parce qu'on veut tout donner et tout faire.

Servez-vous de cette comparaison si connue, mais si juste, qui est ce que nous sommes capables de faire

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pour une créature que nous aimons trop. On lui sacrifie son bien, son temps, sa santé, ses amis, sa liberté, son plaisir, ou, pour mieux dire, on trouve un plus grand plaisir dans ce sacrifice entier de toutes choses qu'on n'en trouve en les possédant.

Quelle honte, si on ne faisoit encore plus pour celui qui a tout fait pour nous, qui ne peut changer, qui ne peut finir , qui est sans défauts , et auquel nous serons unis pour l'éternité !

Quand leur cœur sera touché de ces vérités , rien ne leur coûtera , rien ne les ébranlera -, elles entreront dans cette Uberté qui est le caractère des enfants de Dieu.

Elles auront une sainte hardiesse avec lui , telles que ces enfants avec leur père quand ils sont bi^n convaincus qu'ils en sont aimés tendrement. On est bien hardi, quand on sent qu'on aimeroit mieux mourir que d'offenser Dieu, qu'on voudroit lui plaire aux dépens de tout, qu'on veut vivre et mourir dans ces sentiments, et que celui qu'on aime les voit dans votre cœur.

Elles seront fermes avec un tel appui et marcheront avec courage au travers des sécheresses, des langueurs, des inégaUtés, des découragements, et, en un mot, de tout ce qui exerce la vertu.

Si elles sont courageuses, elles seront ferventes et courront avec agilité , indépendamment de la foiblesse du corps et de l'esprit.

Examinez-les sur le courage : que pouvez-vous espérer dans la suite, si les commencements sont lâches?

38 jbBTTRES sua l'éducation.

Le earactère d'une novice doit être une bonne molesté et une ferveur que vou»9oyez obligée d'arrêter ; ou'elks veident tout, qa' elles croient ne rien faire,, et qu'elles volent au^ pratiques intérieures et exté-^ rieures.

C'est i vous à les ménager et à leur faire dé^ser d'aller plus loin^ mais une novice qu'il faut exeiter et qui fait le moins qu'elle peui; sera, selcHi toutes» les apparences, une mauvaise pi^ofesse.

Qu'elles soient détacbées des aises du eorps : nourrissez-les durement dans tout ce qui n'intéresse pa» leur santé essentiellement. Qu'elles négligent leur personne le plus qu'il sera possible, sans être singiH lières ou malpropres^ mais ne leur souffrez, pa» le moindre soin, ajustement ou affectation. Observez ce qu'elles font dans les moindres choses : oa doit juger des grsuides par les petites. Celles qui ont de l'ordre dans ce qu'on leur confie, qui sont propres, qui sont arrsmgées,. soigneuses^ exactes^, seront capables pour notre maison.

Mais, madame, ce que je ne puis vous recommander assez, c'est l'esprit de simplicité : (^' elles soient sincères, franches,, ennemies desmoindres duplicités. Suivez cette idée en tout : voyez si elles sont fines ou si elles veulent l'être^ si elles sont de bonne foi- dans leur conduite et dans leurs conversations^ car cette droiture de cœur, qui est la» simplicité,, se remav(gud en tout^ si elles sont capables- d'avouer leurs faibles*^ ses, leurs fautes ^ si, dans leur confiance, elles ne retiennent rien; si elles disent le bien qui est en elles comme le mal quand on leur demande ; car la^ siniH

A «ADAME DE BRINON (1686). 3§

pUcité -est ingénue et ne clierche que la vérité, sans vouloir se louer ni se blâmer.

Voyez où elles se portent naturellement , et observez-les avant de leur ouvrir V esprit sur toutes ces ^lélicatesses, de peur qu'elles ne songent à vous les montrer pour vous tromper.

Instruisez-les de ce qui est nécessaire et solide -, ne donnez rien à leur curiosité-, empêchez les grands raisonnements, raffinements, objections, et tâchez de démêler si c'est la vérité qu'elles cherchent ou si «lies veulent disputer pour se divertir, pour embarrasser ou pour montrer leur esprit.

Si la simplicité est nécessaire et aimable dans la société, elle est encore d'une plus absolue nécessité dans la piété.

N'oubliez rien pour les faire marcher dans cette voie; qu'elles prennent un confesseur, qu'elles n'en <;ymgent pas que par de bonnes raisons, qu'elles itii soient soumises en tout ce qui n'est pas mal, et qu'dles ne parlent jamais qu'à vous de la manière dont elles sont conduites et quand cela sera nécessaire.

Attirez leur confiance pour les mener à Keu, mais ne les accoutumez point à traiter souvent de leur intérieur-, donnez-leur des maximes fortes, libres^ faites taire leur esprit et animez leur cœur.

Donnez-leur des pratiques d'oraison sans raffinements-, qu'elles y soient simples dans la présence de Dieu; qu'elles méditent les vérités qui leur sont proposées, s'abandonnant à son amour, soit sensible, fiît languissant;; qu'elles y prennent des résohitions

selon leurs besoins, qu'elles y soient fidèles et exactes à y donner tout le temps prescrit.

Qu'elles n'en parlent jamais entre elles et ne leur en parlez pas souvent -, cela les accoutume à parler trop d'elles, à s'occuper d'elles-mêmes, et les fait entrer dans des raisonnements inutiles et dangereux.

Menez-les simplement, gaiement et humblement, par cette voie d'amour, d'abandon, de bonne volonté et de bonne foi dans tout ce qu'elles font.

Occupez-les beaucoup, accoutumez-les au silence-, qu'elles se divertissent innocemment, et ne le^r laissez guère de temps pour les conversations entre elles.

Rçtenez-les sur les exercices de piété qui ne sont pas de la règle; accordez-leur-en quelquefois, mais toujours comme des grâces, et allez au-devant de cette lassitude où l'on tombe quand on a trop fait en commençant.

Inspirez-leur cette dçvotion dont nous parlions l'autre jour, qui est de suivre l'esprit de l'Église en s' occupant des mystères dans le temps qu,'elle a marqué.

Elles passeront leur année bien saintement si elles se préparent à la venue de Notre-Seigneur, si elles le reçoivent de tout leur cœur, si elles l'adorent avec les bergers, si elles lui offrent tout avec les rois, si elles vivent dans la soumission et dans la retraite avec lui, si elles travaillent, souffrent, meurent, et ressuscitent avec lui.

Je garde votre lettre pour parler de ce que vous me marquez quand j'irai au noviciat -, je ne demande qu'à vous aider en tout, autant que j'en suis capable.

A M. l'abbé GOBELIN (l687). 41

Ne souffrez point une grande diversité de livres : le Nouveau Testament, Tlmitation, Grenade, Rodriguez, saint François de Sales et quelques autres, suffisent pour toute la vie d'une personne 5 on n'a point ici beaucoup de temps pour lire , et ce n'est pas un malheur; l'observance de la règle et les charges prennent toute la journée. Qu'elles ne cherchent point l'éloquence, ce n est que par vanité, et nous ne savons pas seulement ce que c'est qu'éloquence.

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