‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 3 sur 61 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Cependant plusieurs érudits, entre autres Tabbé Millot, Auger, Walkenaër, ont pensé, ont écrit que la collection de La Beaumelle ne renfermait que Torabre des lettres de M"* de Maintenon ; mais aucun d'eux n'a essayé de le vérifler en remontant aux manuscrits de Saint-Cyr'. Ces manuscrits ont été malheureusement dispersés pendant la révolution; mais ils ne sont pas tous perdus, et j'ai eu la bonne fortune d'en retrouver la plus grande partie, soit dans des collections parfculières, soit à la bibliothèque du séminaire de Versailles*. De plus, il existe encore un assez grand nombre de lettres autographes de M™* de Maintenon, mais qui sont dispersées en plusieurs mains. Tous ces documents me mettent à même d'afflrmer, ce que d'ailleurs ma publication démontrera :

1° Que nous connaissons à peine la moitié des écrits de M"® de Maintenon qui avaient été recueillis par les Dames de Saint-Cyr. La Beaumelle n'a pas lu , ou il a dédaigné de publier presque toutes les lettres, instructions, entretiens relatifs à l'éducation et à la piété, presque toute la correspondance particulière de M*"^ de

^ On a publié en 1807, sous le nom d'Auger, une édition des lettres de M™e de Maintenon en 6 vol. in-12 (Paris, Léop. Collin), que Von regarde comme très-supérieure à celle de La Beaumelle, et qui est devenue assez rare. Cette édition ne diffère pas beaucoup de celles qui Tout précédée : on y a rétabli le texte vrai de certaines lettres, d'après un manuscrit de Saint-Cyr que j'ai entre les mains, et qui m'a été communiqué par M. Feuillet de Conches ; on y a aussi ajouté quelques lettres nouvelles ; mais en revanche, on a retranché sans raison un très-grand nombre des lettres données par La Beaumelle.

' Je dois à la blenveiUance de monseigneur l'évêque de Versailles la communication de ces manuscrits, et c'est avec son approbation formelle que je les publie.

iV PRÉFACE.

Maintenon, ^it avec les Dames, soit avec les demois(îlles de Saint-Cyr ; or, si ces écrits présentent moins d'intérêt historique, moins de variété que la Correspondance générale, ils montrent mieux M™* de Maintenon dans son intérieur, sa vie ordinaire et réelle, le secret et l'intimité de sa pensée ; c'est là qu'elle se montre dans sa vraie grandeur, c'est là qu'elle se révèle comme écrivain, comme penseur, comme moraliste de premier ordre, et qu'on peut hardiment la mettre à côté de Bossuet, de La Bruyère et de M"® de Sévigné ; c'est là enfin que le problème de cette femme, tant discutée, tant calomniée, se trouve résolu, et qu'il est matériellement démontré que M'"* de Maintenon a été moins un personnage politique gouvernant l'État et Louis XIV, qu'une femme occupée uniquement du salut du roi, et qui s'était donné pour mission l'éducation de Saint-Cyr, mission où elle montre une telle supériorité d'esprit, une telle connaissance du cœur humain, un bon sens si exquis, tant de grâce et tant de sagesse, qu'on peut la dire Vinstitutrice la plus parfaite qui ait jamais existé.

2» Que La Beaumelle a transformé, tronqué, falsifié la plus grande partie des lettres qu'il a publiées. Dans quelques-unes, le texte de M™' de Maintenon, moins le sens général et quelques mots, disparaît entièrement ; tout le reste est inventé souvent avec esprit, mais aussi souvent avec ignorance. Dans d'autres (c'est là sa manière ordinaire, et nous allons en donner un exemple '), La Beaumelle retranche, ajoute, change des mots, des lignes, des phrases entières ; à la phrase de M™^ de

^ J'en ai déjà donné un dans la préface de mon Histoire de la maison royale de Saint-Cyr, où j'ai cité la lettre de Mme de Main-

Page 1