‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 46 sur 61 · W*.— INSTRUCTION DE L'ÉVÉQUE DE CHARTRES · texte numérisé non relu

W*.— INSTRUCTION DE L'ÉVÉQUE DE CHARTRES

AOX DAUKS DK SAINT-LOUIS.

5 janvier 1695.

... Aimez singulièrement le service des demoiselles-, qu'elles soient continuellement sous votre garde le jour et la nuit-, soyez toujours avec elles comme leurs mères et maîtresses , jamais comme des compagnes. Qu'elles prennent sous vous Thabitude de se contraindre : c'est un bien inestimable pour la jeunesse, naturellement ennemie de la règle et de la. justice 5 elle en devient incapable dans un âge avancé.

J'ai pensé à tout ce que nous dîmes hier sur Té-

* Instruct. de Vévéque de Chartres, p. 26.

* Recueil des Réponses, p. 9.

ducation des demoiselles et avec joie de vous voir toutes si occupées d'une de vos principales obligations; plus j'y fais de réflexion , et plus je suis persuadée que vous ne pouvez leur donner une éducation trop simple et trop silencieuse. Il me paroit qu'elles sont un peu désaccoutumées de cette quantité de questions et de difficultés qu'elles faisoient autrefois : ne leur laissez plus reprendre ce mauvais caractère; il est dangereux pour elles, et très-embarrassant pour les maîtresses. Il est difficile de répondre à propos à cinquante personnes qui décochent leurs flèches sur une seule ; ce seroit là une des fatigues des classes. Il faudra pourtant leur faire certains entretiens dans lesquels il leur soit permis de faire des questions sur ce qu elles n'entendent pas assez bien ; rien ne vous fera mieux connoitre le caractère de leur esprit, en discernant celles qui véritablement cherchent à s'instruire, d'avec celles qui parlent pour parler, quelquefois même pour embarrasser, et qui sont fertiles en difficultés. Mais il faut que ces sortes d'entretiens soient très-rares et qu'on leur en fasse dans lesquels elles n'aient point la liberté de parler, et où l'on aura celle de leur dire ce qu'on jugera à propos. Donnez-leur le plus qu'il sera possible cette maxime de saint François de Sales: de parler peu et de faire beaucoup.

Je crois vous avoir marqué ailleurs qu'il faut les accoutumer à écrire simplement, succinctement et rarement; elles ne savent point faire une lettre courte : je crois qu'elles en seroient honteuses. Il faut leur apprendre à dire les choses en peu de mots et à

A MADAHiî DE BERVAL (1696). 149

ne mettre que quatre lignes quand la matière que l'on veut traiter peut s'y renfermer-, les écritures sont une manière de rompre le silence dont il se faut garder. L'occupation sera le moyen le plus facile de les conduire à ce que je vous demande, et qui vous est si bien marquée dans Tesprit de votre Institut.

PKBIIIBRK MAlTKBSiiB DBS BLBUB8.

Ce 3 février 1696.

J'ai votre avancement grandement à cœur, ma chère fille, et je sais avec quelle docilité vous recevez mes avis. Ne songez présentement qu'à vous, et à modérer votre zèle pour vous recueillir ^ j'espère que je vous dirai un jour : Oubliez-vous pour penser aux autres. Il faut nous traiter selon nos besoinsl Gardez un grand silence dans la classe avec vos sœurs ^ ne pensez point sitôt à les former, vous le ferez même mieux par l'exactitude à vos règles et par leur montrer par votre exemple qu'il ne faut pas beaucoup parler. Placez ce que vous avez à dire aux demoiselles dans vos instructions générales, et quand vous leur parlerez en particulier, ne le faites pas trop longtemps à chaque fois. Ne croyez pas les persuader à force de paroles : dites ce que vous croyez bon, et priez pour elles -, semez sans vous rebuter , vous recueillerez quand il plaira à Dieu. Du reste, dans le cours de la journée, reprenez-les en peu de mots, et

* Lettres pieuses t p. 1673. .

faites de même quand vous voulez leur apprendre quelque chose. J'ai vu un écrit de ma sœur Marie- Constance à ses filles, où elle explique fort bien le silence que les maîtresses doivent garder entre elles, et la liberté de parler aux demoiselles. Votre cœur est bon, votre esprit est bien fait, vous aimez votre Institut-, rendez- vous donc capable de servir à la gloire de Dieu. Saint François de Sales répond à une dame qui lui mandoit qu'elle ne pouvoit arrêter l'extrême vivacité de son esprit : « Il faut pourtant l'arrêter, ma chère fille. » Cet homme si condescendant ne se rend point là-dessus \ et vous qui aimez tant ses écrits, vous voyez partout combien il prêche contre le trop grand empressement, même pour le bien. Bonjour, ma chère fille ^ je crois que j'en ai dit un peu trop pour votre perfection.

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