‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 49 sur 61 · MAITRESSE DE LA CLASSE ROUGE · texte numérisé non relu

MAITRESSE DE LA CLASSE ROUGE

Oui, certainement, vous êtes danslefort de l'institut, ma chère fille, tout dépend des commencements; veillez, plantez, semez, tâchez de connoître vos filles, instruisez-les de leur religion, inspirezleur la simplicité, la candeur, la sincérité, l'amour de la vérité, le respect pour les confesseurs, la droiture dans les affaires de conscience -, montrez la haine que vous avez pour les finesses, pour les jugements,

^ Elle était alors dépositaire.

* Lettres et Avis, p. 270.

3 Marie-Françoise Lefranc de Beaulieu, née en 1676, morte en 1741. Elle fit profession le 16 janvier 1698.

enfin pour tous les mauvais caractères d'esprit, qu'il faut tâcher de détruire dès l'enfance.

iOO.~A MADAME DU PÉROU S

SCPBRIBCRB.

( Retrancher les demoiselles qui ont des défauts commnnicatifs, et souffrir

les autres avec patience. )

Il faut avoir une charité droite et point superficielle 5 préférer le bien général à celui d'une particulière ^ se défaire par exemple d'une fille qui seroit capable de corrompre les autres, sans écouter les sentiments d'une mauvaise compassion , qui porteroit à dire : mais elle est misérable ! qu'en fera sa famille ? elle se perdra dans le monde ! car il vaut mieux qu'elle se perde seule, que de perdre votre maison. Pour de certains défauts qui ne peuvent nuire aux autres, et qui ne font que vous faire souffrir vous-même, je vous exhorte à une patience infinie ^ car combien en avons - nous vu qui étoient mauvaises , et qui sont présentement de nos meilleures filles ! J'en écoutois l'autre jour une avec grand plaisir, qui me disoit, avec humilité et simplicité, les mauvaises inclinations qui l'auroient portée à bien des désordres-, cependant elle fait des merveilles. Ces exemples-là doivent bien vous encourager, et vous faire voir que s'il y a quelque peine dans l'éducation, il y a aussi bien des sujets de se consoler.

* Recueil des Réponses, etc., p. 58.

iOl*. — A MADAME DE BERVAL,

WAITRESSB GÉNÉRA LB.

( Combien on doit prendre de soin des demoiselles, ne rien épargner, ni pour leur flme ni pour lear santé. )

Il y a quelques jours que je m'aperçois que la taille de M"® de Grimonville se gâte, et l'ayant voulu voir de près, elle me dit qu'il y a dix-huit mois que l'on n'a point touché à son corps ^. Je veux croire que c'est un oubli auquel vous n'avez nulle part , mais je vous conjure de mettre ordre, à l'avenir, pour qu'une pareille chose n'arrive plus. Faites-vous donner des mémoires par les maîtresses des classes, qui doivent marquer le temps que les demoiselles ont été habillées. Ce n'est pas qu'il faille rien fixer là-dessus, car il faut donner aussi souvent des corps qu'il en est besoin pour conserver la taille. Songez au tort que vous faites à une fille qui devient bossue par votre faute, et par là hors d'état de trouver ni mari, ni couvent, ni dame qui veuille s'en charger. N'épargnez rien pour leur àme, pour leur santé, et pour leur taille 5 nourrissez -les durement, accoutumez-les à toutes sortes de fatigues : elles sont pauvres, et apparemment elles le seront toujours-, élevezles donc dans l'état où il a plu à Dieu de les mettre ; mais n'oubliez rien pour sauver leur âme, pour fortifier leur santé, et pour conserver leur taille. C'est l'intention de votre fondateur, et vous en êtes parti-

* Lettres et Avis , p. I5l.

' Son corps de jupe, son corset.

A MADAME DE SAINT-PARS (î699). 199

culièrement chargée : la maîtresse générale doit être l'avocate des demoiselles, et représenter leurs véritables intérêts.

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