‹ Lettres sur l'éducation des fillesChapitre 51 sur 61 · L*UNB DBS MAITRESSES DB LA CLASSE JAUNE · texte numérisé non relu

L*UNB DBS MAITRESSES DB LA CLASSE JAUNE

Vous avez fait une chose dans la classe sur laquelle je vais vous dire mon avis, ma chère fille, car vous savez que je compte beaucoup sur vous, surtout pour nos grandes filles : vous punissez une des vôtres parce qu'elle a mis une épingle pour relever un riTban; je naurois pas fait semblant de le voir; je ne croyois pas même qu'une autre maîtresse que la première imposât des pénitences, à moins que ce ne fût de concert avec elle ; sans cela on en pourroit punir dont elle seroit contente. Mais pour revenir au fait présent, si j'avois voulu reprendre cette fille, je lui aurois dit : a Quelle enfance de vous croire mieux quand un ruban est un peu plus haut ! Ces foiblesses-là sont de votre âge ; mais vous êtes si bien instruite ici, que vous devriez, plutôt que les autres, haïr le monde que Jésus-Christ a condamné ; » et cela sans aucune âpreté. Je crains celle de votre piété, ma chère fille ; vous l'avez souvent poussée

• Extrait des écrits de M^« de Maintenons p. 613.

• Marie-Henrielte de Vandam d'Audegnie fît profession le 1 4 mars 1698 et mourut en ] 768, âgée de quatre-vingt-dix ans.

A MADAME DE VANDAM (1699). 201

trop loin pour vous, il faut encore moins la pousser pour les autres. Vous avez un grand zèle et vous devez l'avoir-, mais il faut prendre les moyens propres à réussir-, vous n'inspirerez jamais Tamour de Dieu en punissant et en grondant. Vos filles seront plus portées à vous imiter quand elles verront votre patience, votre douceur, votre paix et votre joie. Je voudrois que vous profitassiez davantage de vos lectures : saint François de Sales dit qu'on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, mais avec du miel; ne vous appliquez -vous pas ces maximes-là ? Si vous étiez première maîtresse, vous feriez un grand nombre d'hypocrites, comme nous l'avons vu ici autrefois, car la jeunesse devine bien vite ce qu'il faut faire pour plaire à la maîtresse. Je ne doute pas, ma chère fille, que vous ne receviez mes avis avec le même cœur que je vous les donne.

d04*. — A LA MÊME.

(Combien la doncear et la raison font de bons effets. )

Vous ne serez pas excusable si vous ne devenez comme nous vous désirons, car il y a peu de chose à faire-, tout ce que vous dites aux demoiselles est bon, juste et raisonnable : il n'y a que le ton à changer. Soyez persuadée, et on le voit déjà, que la douceur et la raison feront de meilleurs effets que la sécheresse , la moquerie, la rudesse et tout ce

^ Lettres et Avis, p. 3C5.

qu'on a employé jusqu ici avec la meilleure intention du monde. On m'a mandé que vous êtes encore malade ; j'en suis bien fâchée. Adieu, ma chère fille.

Vous avez bien prévu, mesdemoiselles, ce que je devois vous répondre, et vous vous êtes bien doutées qu'il y avoit de l'avidité à ce que vous demandez. Vous devez être en fonds pour longtemps, après tout ce que vous avez entendu, et avant de recommencer à prodiguer la parole, il faut voir dans quelle terre elle est tombée ^ on en jugera par ce qu'elle produira. Je vous avoue que j'en espère beaucoup, et que la bonne foi dont vous avez paru faire votre retraite me fait croire que nous en verrons un fruit très-solide. Si cela est, vous entendrez M. Tiberge, et qui vous voudrez^ il ne seroit pas juste de vous refuser du secours quand on en verra l'utilité ] mais ne vous méprenez pas entre la curiosité et le zèle de l'instruction. Prenez garde que vous ne songiez à vous divertir, et comptez que tant que vous serez si sensibles à la manière de vous annoncer la parole de Dieu , que ce n'est pas sa parole que vous aimez, mais l'éloquence de celui qui vous l'annonce. De quelque façon qu'on vous parlât des personnes que vous aimez, pourvu que ce fût à leur avantage, vous l'entendriez avec plaisir^ si

* Lettres et AviSj p. 477.

AUX DAMES DE SAINT-LOUIS (l700). 203

VOUS êtes capables de cette droiture pour des créatures, Dieu vous en demande une plus grande et plus de simplicité : ce qui est très-bon par soi-même n'a pas besoin d'assaisonnement-, Dieu est souverainement bon, cherchons-le avec humilité, et gardons-nous bien de l'aimer plus ou moins, selon le goût que nous avons pour ceux qui nous parlent de lui. Vous avez de l'esprit, mais il faut de bonne heure le sacrifier : il n'est bon, en effet, qu'à être la matière du sacrifice que nous devons faire de tout notre cœur.

AUX DAHBS DK SflNT-LOGIS.

(Sor le secours qu'on peut tirer 4^8 demoiselles. )

Il n'y a point de communauté de filles si grande que la vôtre, ni dont les emplois soient si étendus, tant pour le spirituel que pour le temporel, mais il n'y en a point qui aient de si grands secours, tant pour le grand nombre des confesseurs, que de gens d'affaires et de domestiques au dehors -, le secours au dedans doit se trouver dans les demoiselles, et comme les bons laboureurs se croient riches quand leurs enfants sont grands, parce qu'ils les servent sans intérêts, vous devez de même tirer de grands

^ Lettres édifiantes, t. V. — Lettres et Avis, p. 19. — Ce

dernier manuscrit porte : « Gardé au dépôt , écrit de sa maia et intitulé ainsi : A nos chères filles, »

204 LETTRES StR L'ÉDUCATION.

services de tant d'enfants que vous élevez. Les demoiselles en seront plus soumises et plus intelligentes ^ vous en serez soulagées dans les embarras où vous pourrez vous trouver, et tout ce que vous avez à craindre est d'en abuser-, il faut donc prendre le milieu entre les deux extrémités, ou de les tenir dans les classes sans en tirer aucun service , ou de les charger de tout celui de la maison, pendant que les Dames et les sœurs en rendroient trop peu.

Je crois qu'il faut continuer à avoir toujours des noires, mais il ne faut pas en augmenter trop le nombre-, le relâchement s'y mettroit et obHgeroit peut-être à s'en défaire. Il vaut mieux en avoir moins, les bien choisir et les garder pour soulager les Dames dans leurs charges, comme aux classes, à la porte, à la sacristie, à l'infirmerie des demoiselles, etc. Il faut que les noires qu'on mettra aux classes aient dix-huit ou dix-neuf ans, afin qu'après avoir servi de maîtresses, elles n'aient point le chagrin de retourner dans l'assujettissement des classes ; les plus sages doivent être choisies pour cet emploi. Il faut être simple à demander ce secours dans le besoin, et de bonne foi à le rendre quand le besoin cesse. Outre le secours des noires qui sont pour les charges, on en peut tirer beaucoup des classes : quand il faut changer de lits à l'infirmerie des demoiselles ou qu'on veut la nettoyer à fond, on peut demander un certain nombre de bleues ou de jaunes, et de même à la lingerie, au garde-meuble, au réfectoire, au balayage, à la sacristie ou ailleurs.

Il nefaudroit point mêler les classes, mais prendre

tantôt les unes, tantôt les autres. Tous ces services doivent se rendre en silence, ou ce seroit un grand désordre, un grand bruit et une grande dissipation.

11 y a des services que les petites classes peuvent rendre, comme des fleurs à éplucher pour des sirops, des fruits à ramasser, des légumes à préparer *, etc.

Il faut avoir l'art de faire des récompenses de tous ces services, en n*y nommant que les plus sages.

Avec tous ces secours, il faut n'en point faire venir du dehors, ce qui seroit irrégulier et dangereux. Quand il y aura des malades à veiller, il faut bien regarder quelles filles on y mettra et tâcher de les assortir de façon qu'on puisse être en repos.

Il faut, autant qu'il sera possible, que le secours des demoiselles soit pour les demoiselles , et qu'elles soient loin des Dames malades, qui doivent être servies par leurs sœurs.

Quand il n'y aura rien d'extraordinaire dans la maison, il faut que chaque personne fasse sa charge et qu'on laisse les demoiselles dans leurs classes 5 il faut de même être exactes à leur rendre les sœurs qui les servent, quand la raison qui les en a privées en est passée.

Rien ne dispose tant à secourir que de voir qu'on ne le demande que dans la nécessité et qu'on n'exige rien injustement.

Quand les sœurs verront que dans les temps de leurs maladies, les Dames et les demoiselles se mettront aux services les plus bas, elles en seront bien

* Voir la Préface,

plus portées à les rendre de bon cœur dans le temps de leur santé.

De même, les demoiselles se mettront à tout quand elles verront que la nécessité étant passée, on se mettra à les servir comme auparavant.

Encore une fois, il faut être simple à demander du soulagement, quand on se trouve surchargé, sans se piquer de vouloir s'en passer, et faire tout soi-même-, c'est cette ressource que j'ai toujours comprise, qui m'a fait passer sur la mauvaise santé de quelquesunes de nos filles 5 nous avons bien des bras à notre service, pourvu que nous ayons une bonne tête pour les employer. Tout ira bien, mes chères filles, si vous concourez toutes à la même fin, qui est l'éducation des demoiselles, en vous sanctifiant tous les jours, si vous êtes unies entre vous, si vous n'entreprenez jamais sur les emplois les unes des autres, si vous renvoyez toutes les particulières à celle qui en est chargée, si vous ne vous mêlez point des biens qu'on ne vous demande pas, car la charité doit être réglée, elle est sage, elle est prudente, elle craint de troubler la paix, elle retient le zèle qui pourroit la faire perdre^ je prie Dieu de tout mon .cœur delà faire régner dans votre maison.

J'ai tant parlé et tant écrit sur la manière d'élever vos demoiselles, que je crois n'avoir plus rien à

* Lettres et Avis, p. 252.

A UNE MAITRESSE DES CLASSES (l700). 207

faire qu à vous faire comprendre, par la pratique, ce que je vous ai dit*. Par tout ce qui me revient de vos classes, je vois que les maîtresses gâtent vos filles, et que la première compte trop avec les autres ^ les subalternes se mêlent trop de la conduite générale ; elles n'ont rien à accorder ni à refuser -, mais il faut que je vous voie agir pour pouvoir vous donner mes avis avec quelque utilité. En attendant, guérissez-vous, ma chère fille, car j'espère beaucoup delà piété et de la droiture que Dieu vous a donnée. Je vous verrai, s il lui plaît, d'aujourd'hui en huit jours 5 mille amitiés à nos chères demoiselles, et que votre froideur ne diminue rien de la vive tendresse que j'ai pour elles.

* C'est ce qu'elle fit en effet. Voici ce qu'on lit dans les Mémoires des Dames de Saint-Cyr : « U^^ de Maintenon donna aux classes une grande application dans ce temps-là : elle fut presque deux ans à les suivre du matin an soir, les jours qu'elle venoit, ici qui étoient quasi tous ceux de la semaine. Je l'ai vue souvent arriver avant six heures du matin, aûn d'être au lever des demoiselles et suivre ensuite toute leur journée en qualité de première maîtresse, pour pouvoir mieux juger de ce qu'il y avoit à faire et à établir dans le dessein où elle étoit de mettre les choses sur un pied où elles pussent se soutenir. Elle aidoit à peigner et habiller les petites; elle passoit deux ou trois heures de suite à une classe, y faisoit observer l'ordre de la journée, leur pari oit en général et en particulier, reprenoit l'une, encourageoit l'autre, donnoit à d'autres les moyens de se corriger. Les demoiselles étoient charmées de ses instructions ; elle leur en faisoit sur toute sorte de sujets , mais principalement sur la religion , la crainte de Diea, l'horreur du péché , l'amour de la bonne réputation qui doit être une recommandation aux personnes de notre sexe, la bonne gloire, la probité, la droiture, la raison, la simplicité, la véritable dévotion, etc.... » On trouvera ces instructions dans les Entretiens sur V éducation.

208 LETTRES SUR L'ÉDCCATÎON.

Mai 1700.

N'est-ce pas à vous, ma chère petite mère % que je dois une lettre depuis si longtemps ? recevez donc celle-ci d'aussi bon cœur que je vous l'écris, et soyez bien assurée de l'amitié que j'ai pour vous. Je compte fort sur votre capacité pour les classes, quand quelques années vous auront appris à mêler la fermeté avec la douceur : c'est la vertu chérie et pratiquée par Notre-Seigneur, mais il savoit reprendre fortement.

Assurez vos chères sœurs que tout ce qu'elles aiment à Fontainebleau est en parfaite santé. Je commence à compter les jours; les lieux me seroient bien indifférents sans vous, et vous êtes cause que je suis encore attachée. Je demande pardon à ma sœur de Radouay de montrer de tels sentiments, mais il est difficile, et surtout à moi, de cacher ce que l'on sent.

^ Lettres utiles et agréables, p. 1208.

* Marie-Charlotte-Angélique du Londe de Lambert. Elle Ût profession le 24 février 1700 et mourut le 17 août 1734, âgée de cinquante-sept ans. « Elle Ût ses vœux , disent les Mémoires de Saint'Cyr , malgré madame sa mère , avec une grande volonté d'y être fidèle; aussi les a-t-elle observés si exactement qu'elle nous a été un sujet de grande édification et de bon exemple, surtout pour rinstruction des demoiselles, ayant beaucoup de zèle et un talent particulier pour leur faire goûter ce qu'elle disoit » (Ch. 26).

'Elle avait fait profession depuis peu de temps.

PAMB DE SAl>T-L0\:i9,

Vous serez demain nommée première maîtresse des rouges^; commencez par bien demander les grâces qui vous sont nécessaires; ne dites pas un mot du passé dans la classe, ne montrez point que vous voulez changer quelque chose, et passez les premiers huit jours à faire garder la règle sans rien établir; nous verrons ensemble, à mon retour de Marly, ce que nous aurons à faire pour tacher de bien élever vos enfants. Priez beaucoup pour eux ; ce temps-là ne sera pas perdu.

( Attention qne nous devons avoir pour ne point altérer la paix qui est entre nous, ne rien dire entre autres sur l'éducation des enfants, et ne se point rebuter 6oi*môme du peu de succès de ses travaux. )

Je vous répète souvent que ce que vous devez le plus craindre, c'est que la charité entre les Dames

* Louise-Renée de Gruel fit profession le 25 juillet 1C99 et mourut le 20 avril 1730, âgée de cinquante-deux ans.

* « En ce temps, Mm« de Maintenon entreprit les classes d*une manière particulière : elle commença par la classe rouge, dont elle se tint chargée pendant une année, et passa ainsi consécutivement aux autres classes et y établit tout ce qu'elle crut le plus utile aux demoiselles » {Note du manusent),--^yo\i la note de la page 207 .

^ Recueil des Réponses, p. 27.

2i0 LETTRES SUR L ÉDUCATION.

vienne à s'altérer, et pour éviter ce malheur, il faut être dans une continuelle attention à ne rien dire qui puisse vous fâcher les unes les autres. Comptez que des choses fort légères peuvent quelquefois blesser le cœur-, dire, par exemple : « J'ai vu une classe bien dérangée aujourd'hui, )> cela parolt un rien, et cependant afflige une maîtresse. J'en fais présentement l'expérience , car dès que l'on dit que les rouges* font des fautes, j'en suis contristée. Une fflle donc qui se donne bien de la peine dans sa classe, et qui est déjà affligée de ce que ses enfants sont en désordre et de ce qu'elle n'a pu les contenir, n'a pas besoin qu'on ajoute le blâme à la peine qu'elle a déjà de plus. Il faut remarquer que ce sont des fautes peu importantes que celles sur lesquelles on se récrie souvent (bien qu'on ne les donne pas pour telles aux enfants) , car c'est ou que leurs filles auront fait du bruit au réfectoire, ou qu'elles auront été dérangées dans le corridor. Il faut que vous comptiez que cela arrivera toujours. Tantôt ces choses-là iront mieux, puis elles iront plus mal, et ce sera à recommencer ^ enfin, chacun se devroit borner aux choses dont il est chargé, ne rien voir, s'il se pouvoit, ne rien examiner, ne rien critiquer, ne point venir jeter à la récréation : « Il est vrai que depuis un temps les ornements sont bien négligés ] il y a bien des fruits qui se perdent dans le jardin. » Ne croyez-vous que cela soit bien agréable à en-

' « C'est que M«e de Maintenon vbuloit bieii alors exercer éntiôrement la charge de première maltrèflse à cette clasée » (ffoté du manuscrit).

tendre pour la sacristine et pour Véconome? Il ne faut pas compter sur la vertu de ses sœurs jusqu'à ne garder nulle mesure-, elles seront peut-être assez attentives sur elles-mêmes pour vous entendre plusieurs fois sans répliquer-, mais leur cœur ne laissera pas d'être blessé, et il arrivera un jour malheureux qu'elles vous répondront une brusquerie qui vous piquera à votre tour, et de là naissent les sécheresses, les aigreurs, les ressentiments; voilà enfin comme la charité s'altère et se perd. Celles qu'on met aux classes doivent bien se garder de blâmer la conduite des maîtresses qui les ont précédées, ou de se plaindre que les demoiselles qui montent à leur classe sont peu instruites ou mal morigénées. Ces raisonnements arrivent pourtant fort naturellement, surtout quand on n'a point encore d'expérience par rapport à l'éducation. Est-il possible , dira-t-on , qu'on ait laissé des filles dans cette ignorance! qu'on ne leur ait pas appris à Hre, à s'habiller proprement! On se persuade que si on .les avoit conduites, elles auroient fait des merveilles-, mais attendez, et vous verrez si vous rectifierez tout ce qu'il y aura de mauvais dans celles que vous gouvernez ; vous connoitrez à votre tour que vous ferez des réprimandes sans fruit, des catéchismes merveilleux, que vous essayerez des moyens les plus propres à insinuer la vérité, et qu'au bout d'un an, vous trouverez des filles qui n'en connoîtront pas mieux leurs principaux devoirs. Il en sera de même de l'orthographe, de la lecture et du travail, et alors vous verrez par vous-même que ce n'est pas toujours aux maîtresses

qu'il se faut prendre de l'ignorance des filles. L'instruction est une semence qui fructifie plus ou moins selon la terre où elle tombe-, il ne faut donc ni blâmer les autres, ni s'impatienter soi-même. Le grand nombre des filles qui profiteront doit vous consoler du peu de progrès des autres.

lii 1. — AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE BLEUE.

La lettre que vous m'avez écrite est parfaite , soit pour le caractère, soit pour l'orthographe -, le style est simple et net, il n'y a rien d'inutile, et on ne peut en être plus contente que je la suis -, j'ai de grandes espérances que je la serai sur des endroits plus essentiels. Il me semble que les demoiselles entendent mieux raison que jamais, qu'elles deviennent plus humbles, plus honnêtes, plus soumises, plus reconnoissantes envers la communauté ; tout cela, mes chères filles, parce qu'elles deviennent plus chrétiennes. Comptez qu'il n'y aura que la religion qui vous donnera et qui vous assurera le mérite auquel vous aspirez , et qui n'est que vanité et légèreté, quand Dieu n'en est pas le fondement. Je vous verrai les premières, et je vous donnerai tout le temps que je pourrai, m' estimant trop heureuse si je pouvois aider à vos maîtresses à graver dans vos cœurs le véritable bien.

* Lettres et Avis, p. 482.

Décembre 1700.

Il m'a paru nécessaire d'expliquer encore ce qui regarde la charge de maîtresse générale des classes, je dois faire savoir quel a été mon dessein en la proposant, et vous savez toutes que je n'y ai jamais rien changé, quelques tentations qu on ait faites, pour que la maîtresse générale entre dans le détail du gouvernement des demoiselles. , On me représente la force de la constitution ^ c'est pourquoi j'ai voulu la lire avant d'écrire ceci , et c'est avec vos constitutions et vos règlements devant les yeux, que je vais vous en faire une expUcation que je soumets à votre évêque, comme tout ce que j'ai écrit pour vous.

Je ne lis rien dans la constitution qui ne soit trèsconforme à l'idée que j'ai eue pour cet emploi : cest une intendance générale sur les classes; qui dit générale ne dit pas particuUère. Le règlement dit encore moins : elle doit veiller non-seulement sur la conduite des demoiselles, mais sur celle des maîtresses et faire que tous les règlements soient observés; tout cela s'entend en général, car on n'a ni prétendu donner une supérieure aux maîtresses des classes, ni que la maîtresse générale entrât dans la conduite particulière des demoiselles \ le règlement lui marque toutes ses fonctions dans un grand détail.

J'ai toujours regardé et institué la maîtresse générale comme la protectrice, l'avocate et le procu-

* Lettres et Avis, p. 179.

reur des demoiselles, la protectrice en veillant dans la maison et dans le conseil pour leurs intérêts, en épargnant pour augmenter leur bien, en empêchant autant qu'elle le pourra qu'on détourne leurs fonds, en faisant leur condition la plus avantageuse j leur avocate en soutenant leurs droits et parlant pour elles, et en leur faisant donner tout ce que la supérieure a ordonné pour leur nourriture, habillement, meubles, commodités-, leur procureur en plaçant leur argent, en le faisant valoir, en écrivant pour elles en toutes occasions. La maîtresse générale est chargée entièrement des noires *, elle assiste les demoiselles à la mort, parce que la première maîtresse ne pourroit rendre ce service qu'en abandonnant les autres. La maîtresse générale doit faire observer les règlements, voir si les filles sont bien nourries, bien vêtues , si elles ont autant de maîtresses qu'il leur en est marqué; si, lorsqu'elles y manquent, les suppléantes les remplacent , si les places du chœur sont toujours remplies-, voilà les soins de la maîtresse générale.

Comme elle sera toujours une des premières de la maison par sa place dans le conseil, on a jugé à propos d'établir encore cette autorité entre la supérieure et les demoiselles des classes pour que l'on en menace les demoiselles et qu'on s'en serve pour des récompenses ou punitions extraordinaires. Mais elle ne doit entrer dans ce détail des classes qu'autant que les maîtresses particulières ont besoin de son conseil, et veulent profiter de son expérience.

A MADAME DU PÉROU (l70l). 215

24 février iroi.

n m'a toujours paru que vous désiriez que j'écrivisse sur les choses qui pourroient être de quelque conséquence dans votre maison. Je mets dans ce rang-là les représentations des belles tragédies que j'ai fait faire pour vous et qui pourront peut-être, à l'avenir, être imitées. Mon dessein a été d'éviter les mauvaises compositions des religieuses telles que que j'en avais vu à Noisy 5 j'ai cru qu'il étoit raisonnable et nécessaire de divertir les enfants, et je l'ai vu pratiquer dans tous les lieux où l'on en a rassemblé-, mais j'ai voulu en divertissant celles de Saint-Cyr remplir leur esprit de belles choses dont elles ne seront point honteuses dans le monde , leur apprendre à prononcer, les occuper pour les retirer de la conversation qu'elles ont entre elles, et amuser surtout les grandes qui, depuis quinze jusqu'à vingt ans, s'ennuient un peu de la vie de Saint-Cyr. Voilà mes raisons pour continuer chez vous les représentations, tant que vos supérieurs ne les défendent pas ^ mais vous devez les renfermer dans votre maison, et ne jamais les faire voir à la grille, sous quelque prétexte que ce soit. Il sera toujours dangereux de faire voir à des hommes des filles bien faites, et qui ajoutent des agréments à leur personne en faisant bien ce qu'elles réprésentent. N'y souflfrez pas, dis-je, aucun

* Mémoires des Dames de Saint-Cyr, cli. xxviii. — Mémoires de Languet de Gergy, p. 394.

Îl6 LETTRGS SUR l'ÉDUCATFON.

homme, quel qu'il soit, ni pauvre, ni riche, ni jeune, ni vieux, ni prêtre, ni sécuHer-, je dis même un saint s'il y en a sur la terre. Tout ce qu'on pourrait faire, si un supérieur vouloit voir ce que c'est, en effet, que ces pièces, seroit de faire jouer les plus petites, comme nous avons fait. Je ne suis pas sans peine sur ce que nous fîmes hier* -, vous savez comment nous nous sommes embarquées-, mais j'espère, et je vous en conjure, que ce soit la dernière fois.

RaBMlKRB MAITRESSE DBS ROUGES,

5 mars 1701.

Vous admirez beaucoup trop ce que je fais pour votre classe, mais, tel qu'il est, vous ne l'imitez pas assez. Vous parlez à vos enfants avec une sécheresse, un chagrin, une brusquerie qui vous fermera tous les cœurs ] il faut qu'elles sentent que vous les aimez, que vous êtes fâchée de leurs fautes, pour leur propre intérêt, et que vous êtes pleine d'espérance qu'elles se corrigeront-, il faut les prendre avec adresse, les encourager, les louer, en un mot, il faut

^ Les grandes demoiselles, en habit de Saint-Cyr, avaient joué Athalie, au parloir, devant Tévêque de Noyon (parent de Mme de Maintenon) et les confesseurs de la maison. « Les demoiselles jouèrent si bien leur rôle, que monseigneur de Noyon et toute la compagnie en furent très-satisfaits j et, en effet, on peut dire qu'elles n'avoient guère moins bien réussi que dans les premiers temps où d'habiles maîtres leur avoient montré » {Mémoires des Dames de Saint-Cyr, ch. xxvni).

- Lettres et Avis, p. 27(;. — Extrait des écrits, p. 4511.

tout employer, excepté la rudesse, qui ne mène jamais personne à Dieu. Vous êtes trop d'une pièce, et vous seriez très-propre à vivre avec des saints-, mais il faut savoir vous plier à toutes sortes de personnages, et surtout à celui d'une bonne mère qui a une grande famille qu'elle aime également.

7 mars 1701.

J'ai toujours oublié de vous dire ce que j'ai remarqué , il y a quelques jours, en vous entendant expliquer l'Évangile-, il me paroit que vous embrassiez trop de matières, il en faut peu pour des enfants; vous parlez trop aussi, et je crois qu'il faudroit leâ faire parler davantage pour voir s'ils entendent et s'ils comprennent. Je trouvai encore que vous étiez trop éloquente-, par exemple, vous dîtes qu'il falloit faire un divorce éternel avec le péché ; cela est vrai, et bien dit; mais je ne crois pas qu'il y ait trois filles dans votre classe qui sachent ce que c'est qu'un divorce; soyez simple et ne songez qu'à vous rendre bien intelligible. J'ai cru, ma chère fille, que vous trouveriez bon que je vous donnasse ainsi mes avis à mesure que je vous verrai faire. Inspirez, je vous en conjure, à vos enfants, les pratiques de piété que j'ai toujours désirées chez vous, l'horreur du péché, la présence de Dieu , la docilité de se laisser

1 Lettres édifiantes, t. IV, lettre 193. — Lettres et Avis, p. 385.

conduire. Je vous demande encore de les conduire selon l'esprit de rÉglise ; j'ai écrit un petit abrégé qu'il faudroit suivre. Ayez dans les classes une conduite uniforme , autant qu'il se pourra , et communiquez-nous tout ce que vous faites-, n'innovez rien, vous ne pouvez comprendre combien vous rendrez par là le gouvernement des classes facile pour les maîtresses. Adieu, ma chère fille.

ATrU 17Q1.

Vous ne voulez pas que je vous ménage, et votre zèle pour l'Institut vous rend capable de tout souffrir pour vous former -, c'est sur ce fondement que j'agis avec vous. Vous parlez trop et trop vite dans vos instructions : il est impossible que vos filles puissent vous suivre -, vous ne les faites point assez parler : c'est par ce qu'elles vous diront que vous connoîtrez si elles profitent 5 appliquez- vous à parler en peu de mots : il ne faut pas dire tout ce qui se présente, quoique très-bon. Je vous ai souffert un visage triste, sérieux, sec et chagrin, parce que j'ai cru que la peine que vous aviez d'avoir à vous dissiper dans des jours d'un si grand recueillement pou voit y contribuer -, mais après Pâques il faut avoir un ton gai, ou, du moins, tranquille, et dçs manières d'une bonne mère avec ses enfants.

* Lettres et AviSf p. 27 7.

AUX DAMES DE SAINT-LOUIS (l70l). 219

Il faut donner à vos fifles une éducation simple, les exciter plutôt au bien par la crainte et l'amour de Dieu que par leur élever le cœur par des exemples héroïques-, car, quoiqu'il soit vrai que ce soit un remède à certains défauts, cela excite un orgueil qu'il faut après détruire, ce qui est plus difficile qu'à surmonter les plus grands vices, et nous voyons que c'est ce qui resfe à faire à la plupart de ceux qui se donnent à Dieu. Après avoir excité, orné l'esprit, en avoir fait son idole, il faut y renoncer -, croyezmoi, ne donnez point cela à faire à vos enfants, ditesleur pluj^ôt quand elles font mal : Comment pouvezvous accorder cette action avec l'Évangile, avec un tel précepte de la loi de Dieu? De plus, ne trouve-ton pas la vraie grandeur dans la doctrine de Jésus- Christ? Par exemple, leur citer saint Paul, qui aimoit mieux travailler de ses mains dans un temps où il étoit tout occupé à prêcher l'Évangile aux nations que d'être à charge aux fidèles. Cette éducation simple et chrétienne que je vous propose ne vous fera pas tant d'honneur, et ne plaira pas tant aux gens du monde qui aimeroient mieux une éducation plus vaine qui orneroit davantage l'esprit de leurs enfants et leur donneroit quelque chose de plus brillant. Mais vous ne les élevez pas pour plaire au monde -, c'est pour en faire de bonnes chrétiennes,

^ Recueil des Réponses^ p. 60.

des filles sages et raisonnables, car il ne faut rien de bas, rien de petit -, point de contes, point en faire accroire; leur donner les choses pour ce qu'elles sont; ne leur point faire un crime d'une bagatelle ; ne leur point donner pour obligation une chose de perfection, comme on fait presque dans tous les couvents. On fera les mêmes réprimandes à une fille qui aura manqué d'entendre la messe un jour ouvrier, comme si elle l'avoit fait un dimanche; et quand elle est dans le monde et que ses aflfaires ne lui permettent pas d'aller à la messe un jour ouvrier, elle croit qu'elle pourra bien aussi s'en dispenser une fête ou un dimanche pour la même raison, parce qu'elle n'en aura pas compris la différence. Vous n'aurez jamais de force dans vos instructions, que par la vérité : quand vous leur dites, par exemple, que la transgression de leur règle est de soi un péché, et qu'ensuite elles le vont demander à leur confesseur, qui leur dira encore plus librement qu'à l'ordinaire que , puisque la plupart des règles des religieuses n'obligent point, sous peine de péché, à plus forte raison celles qu'on fait à des personnes qui ne sont point engagées par vœux ne les y obligent point. Jugez si après une telle décision , qui est convaincante, elles s'en tiendront à la vôtre, et le cas qu'elles feront ensuite de toutes les autres que vous leur ferez. 11 vaut donc bien mieux les exciter à aimer leurs règles, parce qu'elles sont le témoignage de la volonté de Dieu sur elles, et que ce n'est que par la fidélité à les suivre qu'on l'honore véritablement; que par des petites infidélités, on se

dispose insensiblement à des infidélités plus considérables. De plus , il faut faire remarquer que ces transgressions de leur règle ne sont pas seulement de simples imperfections, mais des péchés, non à cause de la règle, mais a cause qu'on ne la transgresse ordinairement que pour suivre une passion déréglée, qu'on devroit combattre, et aussi à cause des circonstances qui accompagnent souvent ces transgressions^ enfin leur faire honte de cette mauvaise disposition qui fait qu'on ne craint que ce qui est péché, que ce qui damne, et qu'on passe facilement sur ce qui déplaît à Dieu. Il faut instruire avec simplicité et netteté, faire voir à vos filles la doctrine dans sa pureté, sans s'amuser à leur dire des choses curieuses et inutiles 5 la foi simple et la docilité à l'Eglise convenant mieux à des filles que des raisonnements qui exciteroient leur curiosité et qui souvent les embrouilleroient. Ce seroit aussi une excellente chose de retrancher la multiplicité des livres-, mais il ne faut pourtant pas pousser cela trop loin, car il faut occuper les enfants, il faut les former, et la lecture bien choisie et bien faite est très-utile •, il ne faudroit donc pas retrancher les livres, mais la variété des maximes, des conduites et des moyens -, ils devroient tous renfermer le même esprit sans s'écarter de ce que doivent faire tous les chrétiens dans une vie simple et conmiune. Ce qu'on leur fait lire par rapport à la vie religieuse , quoique excellent, ne leur sert ordinairement pas beaucoup : elles croient que cela n'est bon que pour le cloître, et quand elles n'ont pas dessein de s'y renfermer, elles laissent sous

222 LETTRES SUR L'ÉDUGATION.

ce prétexte toute piété-, et ce qui arrive encore de ces choses extraordinaires qu'on leur lit, c'est qu'après leur avoir fait une lecture de demi-heure , il faut en passer une autre à leur faire entendre que cela ne leur convient paâ et que ce sont des conduites de Dieu qu'il faut admirer. Quand on rencontre par hasard de ces choses merveilleuses qu'on trouve dans la vie des saints, il ne les faut pas laisser passer sans fruit et sans les instruire, et leur faire voir que Dieu a sur ses créatures des conduites différentes qu'il faut suivre avec fidélité, quand il les inspire, et avec soumission à ses ministres.

Je suis très-aise, ma chère fille, de ce que vous voulez vous remplir de l'éducation des demoiselles^ il est certain que vous y avez toutes part, et que vous devez toutes leur dire la même chose 5 tout est renfermé dans les vingt-trois articles ^5 il faut que tout ce que vous leur direz y ait rapport, et vous faire une pratique de leur insinuer tous les jours quelque chose. Mettez-les encore plus dans votre tête que dans votre mémoire, par là ils deviendront votre propre esprit, et toutes les Dames parleront le même langage. Cette éducation est toujours un peu extérieure. A Saint-Cyr, on a de la peine à revenir des premières idées, les maîtresses

^ Lettres pieuses, p. 1700.

* Règlement des classet.

A UNE Maîtresse des classes (1702). 223

songeant plus à faire paroitre leurs filles qu'à les rendre telles qu'on les voudroit. Je l'éprouve encore en Solar *, qui sera pourtant un bon sujet : cette fille si admirable ne m'a pas encore fait une lettre qu'il n'ait fallu recommencer. On me montre des écritures merveilleuses, avec une bonne orthographe, mais tout cela n'est point d'elles^ on les a corrigées bien des fois; le papier ni le temps n'est pas épargné. Si ce que Solar voit ici d'agréable lui fait perdre sa vocation , je n'y aurai pas grand regret, voyant qu'elle tenoit à si peu de chose. Adieu , ma chère fille.

119 s. — A UNE MAITRESSE DES CLASSES.

J'ai tant filé pour votre service, que je me suis fait mal à la main, et que je ne puis plus écrire.

J'ai à répondre à deux de vos lettres. Il s'en faut bien que je sois telle que vous me croyez, mais ne vous lassez point de prier pour moi, et de demander surtout l'humilité.

Vous avez bien fait de marquer à Saint-Paul et à Bégny que vous êtes contente d'elles; il faut soutenir les vertus naissantes. Mettez toute votre délicatesse de conscience à vous donner tout entière à vos filles, sans autres intentions que leur salut et la gloire de Dieu.

^ Demoiselle de la classe jaune qu'elle ayalt chez eHe à Versailles et qui fit profession le 4 Novembre 1708. • Lettres et Avis y p. 300,

Reposez -VOUS tout simplement quand l'obéissance vous l'ordonne, ce ne sera pas pour vous un relâchement. La modération que nous demandons dans les récréations de nos enfants est difficile à fixer, il faut compter qu'il y aura toujours à les reprendre là-dessus.

Je n'ai point prétendu rien changer à la décoration du chœur, mais il y faut exiger d'elles une trèsgrande modestie, et qu'elles entendent la messe à genoux. Il est aisé de voir si celles qui s'appuient sont foibles, délicates, et sortant de l'infirmerie-, il faut condescendre à celles-là en les exhortant à se contraindre. Ne soyez pas blessée du grand nombre, j'aimerois mieux en voir vingt assises dans les temps de maladies, que deux par lâcheté \ guérissez-vous en tout de l'envie de paroître.

Je n'approuve point que vous jouiez aux échecs ^ les jours que la classe n'a pas les jeux, vous devez être assez occupée de voir comment leur récréation se passe. Courage, ma chère fille , tout ira bien ; instruisez vos filles des pratiques de leur état présent, et prévenez-les sur celles des états où elles pourront se trouver.

Je reçus hier une lettre où chacune de nos sœurs me dit un mot : la même raison qui m'a empêchée de vous écrire de ma main, m'empêche de leur répondre ; je suis bien fâchée de ne le pouvoir faire à une très-belle lettre que j'ai reçue des bleues, et encore à une plus belle de ma sœur de Sailly.

Voici une lettre de monseigneur de Chartres pour vous -, je ne vous ferai pas la façon de la cacheter.

A MADAME DE SAILLÏ (1702). 225

Cette main impotente pour votre service ne m'empêche pas de me porter fort bien d'ailleurs.

MAITIIBSSB DBS B0U0B8.

Mars 1702.

J'espère, ma chère fille, que vous ferez fort bien aux rouges, parce que j'espère que ce sera Dieu qui sera en vous et par vous. Consultez ma sœur du Londe, qui connoît fort cette classe -, elle est trèsimportante, c'est là où il faut commencer à former Jésus-Christ dans le cœur de ces âmes innocentes; les premières impressions sont bien fortes. Lisez vos règlements : votre saint évoque les a approuvés, quoique ce ne soit pas encore la forme ordinaire. Ne parlez point à vos filles en particulier que je ne vous le dise 5 attachez-vous à les connoître 5 aidez-vous des lumières que ma sœur de Gruel doit vous avoir données en les quittant, et de celles de ma sœur du Londe. Priez beaucoup pour ces enfants, et adressezvous à moi pour tout ce qui vous embarrassera tant soit peu ; vous me trouverez toujours disposée à vous aider autant que je le pourrai -, lisez et relisez le petit chapitre de l'éducation des demoiselles, qui est dans votre dernier règlement, afin d'élever vos filles dans cet esprit-là. Je prie Dieu de vous conduire dans tous les moments de votre vie.

* Lettres et Avis, p. 311.

' Marie-MaâeleiDe-Catberine de Sailly de Benal, née en 1680,

PBBHIÈRB MAITBESSB DBS BLBUES'.

Septembre 1702.

Votre Institut est composé d'intérieur et d'extérieur^ vous êtes faite pour instruire et pour vous livrer sans réserve à l'éducation des demoiselles 5 comment accommoder cette dissipation avec le recueillement et avec la pratique du silence qui est dans notre règle? Voilà, ma chère fille, sur quoi roulent vos difficultés. Vous accommoderez tout si vous évitez l'empressement dans vos actions, et si vous prenez le milieu dans votre conduite. Gardezvous bien de parler continuellement à vos filles 5 gardez-vous bien de ne leur parler qu'aux instructions 5 toutes les extrémités sont à éviter-, mettez -vous bien dans l'esprit que l'éducation est un ouvrage fort lent. Elles feront des chansons, se moqueront de vous, et auront peu de créance en ce que vous

morte en 1749. Elle fit profession le 12 mars 1701. C'était la sœur de M°ae de Berval.

• M°^^ jde Glapion, dès qu'elle eut fait profession, fut envoyée à Tapothicairerie, où W^^ de Maintenon, pour amortir sa délicatesse et son goût pour les choses d'esprit, lui fit apprendre l'usage des drogues , la botanique , un peu de médecine , etc. Elle excella si bien dans ces connaissances, qu'elle devint l'infirmière modèle de la maison , et elle se signala par son dévouement et sa charité dans les maladies épidémiques. On la laissa dans ces occupations pendant près de cinq ans ; puis Mme de Maintenon^ qui la destinait aux plus hautes charges de la maison et la regardait comme celle qui devait achever son œuvre , la fit nommer première maîtresse des bleues.

leur direz : on n'en fait point accroire auic enfants, ils voient plus clair qu'on ne pense. Adieu, vous devez être contente de moi.

i2S>.*-A MADAME DE GLAPION.

(Les demoiselles auront Pesprit que nous leor donnerons^ encore plus par nos ei;eiBples que par nos paroles. )

Ce S novembre 1702.

Je vous sais très-bon gré, ma chère fille, de votre tendresse pour les bleues, et je voudrois (ju'elles vissent la vivacité de votre lettre, et qu'elles en eussent la reconnoissance qu'elles doivent. J'irai à leur classe avec une entière confiance en Dieu et en elles ; ma plus grande peine est de ne le pouvoir pas encore. Je les conjure de pratiquer par avance ce qu'elles savent que je leur demanderai. Si j'avois réussi par les châtiments aux petites classes, je me trouverons embarrassée avec de grandes filles-, mais n'ayant employé que la raison, la douceur et la patience, je ne puis douter qu'elles ne soient encore plus sensibles à ces manières-là que des enfants. Mous nous accommoderons bien ensemble, je vous en réponds. Ne vous affligez point du mal qu'on dit d'elles, et tirez-en le profit de ne jamais parler en mal de ce qui se fait aux classes. Jugez de la peine que vous feriez par celle qu'on vous fait ; vous savez combien de fois je vous l'ai recommandé \ c'est vous autres qu'il faut former à la droiture et à la raison ; vos

^ Lettres et Aviê, p. 337.

228 LETTRES SUR L*ÉDUGATION.

filles auront l'esprit que vous leur donnerez, et vous le leur donnerez moins par vos discours que par vos exemples. Soyez donc simples dans tout ce que vous faites; ne vous blessez pas aisément; n'exagérez point ce que vous dites, portez la paix partout; aimez à concilier les esprits ; laissez tomber tout ce qui peut fâcher; agissez en tout dans la présence de Dieu et le plus parfaitement que vous le pourrez. Par ces moyensr-là, votre éducation fera d'excellentes filles, et vous remplirez la fin de votre Institut en les envoyant édifier tous les couvents et toutes les familles. Je vous embrasse, ma fille.

3 man 1703.

J'étois ravie, il y a quelques jours, de vous voir aux bleues avec la cordialité, la bonté, la douceur, la gravité, et en un mot à souhait pour attirer leur estime, leur amitié et leur respect; continuez , ma chère fille, et prenez garde seulement à ne vous familiariser pas trop. Souvenez-vous toujours du personnage de mère, de sœur aînée, et de religieuse ; parlez-leur raisonnablement toutes les fois que les occasions s'en présentent; mais sous prétexte de les former, ne les rendez pas trop discoureuses, ne leur inspirez pas le goût de la conversation : elles en trouveront peu dans leurs familles ; tâchez de leur faire aimer le silence, et rappelez-

* Letlres édifiantes, t. V, leUre Z,*^ Lettres et Avis, p. 338.

A MADAME DE BOIUU (1703). 229

les toujours à la religion; conservez-leur le goût de l'ouvrage, faites-leur des entreprises là-dessus, des tâches, des journées de travail, etc., rien ne leur est meilleur, et plus convenable à leur fortune. Je vous embrasse de tout mon cœur.

124*. —A MADAME DE BOUJU».

PRBHIÈBB MAITRB9SE DBS JAUNES ^

Ce 4 mars 1703.

Vous me faites plaisir de me mander des nouvelles de votre retraite*. Je ne vous vois point, parce que si je commençois, je m'engagerois à voir toutes les autres, et il faudroit abandonner la classe où je crois faire plus de bien qu'en vous parlant. Vous ne pouvez, ma chère fille, prendre de résolutions

^ Lettres et Avis, p. 295.

* Marie- Anne de Bouju de Montgras, née en 1672| morte en 1 7 1 2. Elle fit profession le 9 décembre 1 694. Voici ce que dit d'eUe Mme de Maintenon dans une lettre à Tévéque de Ctiartres : « C'est une fille qui a beaucoup de vertu , de Tesprit, une prodigieuse mémoire , de la candeur , de la simplicité , une vivacité qui comprend tout dans un moment, un esprit vraiment religieux ; enfin, un sujet à soutenir tout le bien qu'on établit ici, pourvu qu'on la calme, qu'on amortisse cette extraordinaire vivacité, ce torrent de pensées et de paroles, cette légèreté de dire tout ce qui lui vient à Tesprit. » Nous donnerons un grand nombre de lettres de M^e de Maintenon à cette Dame, ou sur cette Dame, qu'elle appelait sa chère jaune, parce qu'on l'avait fait passer iounédiatement de la classe Jaune au noviciat.

^ « Les instructions contenues dans cette lettre ne peuvent être trop lues et pratiquées » {Note du manuscrit).

^ Pendant que la première maîtresse des jaunes était en retraite, M^e de Maintenon avait pris sa place à ia classe.

plus solides que sur les points que vous me mar* quez; vous ne vous soutiendrez jamais sans Forai* son, et vous devez y être fidèle. Quant à ce qui regarde la classe, il est vrai que me voyant agir, vous voyez ce que je crois qu'il y faut faire, et il me semble que cette manière de vous former doit vous être bien plus utile. Plus j'y travaille et plus je crois qu'il faut une vigilance continuelle et une patience sans bornes-, vos filles ne peuvent être bien élevées que par cette attention, dont il ne faut pas se départir un moment, et ce n'est point pénible à qui veut bien s'y donner de bonne foi. Vos relâchements doivent être remis aux heures oii vous êtes à la communauté. Il faut soutenir la séparation des bandes, il faut reprendre toutes les fautes avec une extrême douceur, il faut redire cent et cent fois la même chose sans s'impatienter. Il faut que les filles voient qu'on a toujours les yeux sur elles, il faut leur inspirer une piété conforme à leur état, il faut la leur faire aimer en l'accommodant à leur foiblesse et à la joie de leur âge. Il faut diversifier les instructions de peur de les lasser; il ne faut leur donner de lectures que celles qu'on aura choisies; il faut leur ôter le goût pour les lettres, et chercher mille inventions pour leur faire aimer l'ouvrage ; il faut les accoutumer au silence. Il ne faut jamais sonder leur volonté, mais les mettre et changer comme l'on veut, sans les consulter et les fâcher par des manières rudes; il faut leur parler toujours avec raison, et une raison chrétienne ; il ne faut pas pourtant leur parler toujours

A MADAME DE BOUJU (1708). 231

de dévotion ^ il faut égayer quelquefois les instructions, il faut les gouverner avec une grande dépendance de la première maîtresse ; il faut se soutenir les unes les autres, par vouloir la même fin et les mêmes moyens. Voilà, ma chère fille, ce que vous avez désiré de moi : Dieu veuille vous donner tout ce qui vous manquera, et faire croître ce que vous avez déjà.

125 «. — A MADAME DE BOUJU,

FRBMIBftB HAirBiaSB DB8 lAUNBB.

20 mars 1703.

Mademoiselle de Fourqueraut m'a dit qu'elle n'est plus en pénitence et que vous lui avez marqué beaucoup de bonté. Priez Dieu qu'elle fasse de bonnes Pâques-, mais quoi qu'il arrive, ma chère fille, croyez que vous ne les rendrez pas parfaites à force de châtiments : il faut s'en servir quelquefois, il faut ensuite essayer de la douceur, il faut les prendre par la piété, il faut user d'adresse, il faut toujours tout voir, mais il ne faut pas toujours montrer qu'on voit tout, il faut fermer les yeux, il faut laisser passer des fautes-, en un mot, il faut gagner le temps qui, après la prière, est le meilleur remède que vous puissiez appliquer à leurs maux. Vous avez déjà assez d'expérience pour avoir vu de mauvaises filles devenir bonnes sur la fin de leur séjour dans cette maison-, ayez donc un fonds de patience iné-

^ Lettres et Avis, p. 325.

puisable, de douceur et de bonté. On dit que les jaunes vous craignent moins et vous aiment mieux que dans le commencement; il faut qu'elles croient aussi que vous les aimez. Notre pénitente me promet merveilles-, le temps pascal nous donnera lieu de l'attendre, et enfin elle gagnera celui d'aller aux bleues ] en voyant quelque chose de nouveau, elle s'ennuiera peut-être moins, car il faut que vous croyez fermement qu'elle sera aussi bien dans les mains d'un autre que dans les vôtres. Je vous embrasse, ma chère fille, je m'en vais demander à Dieu de nous éclairer toutes et de nous rendre capables de ce qu'il veut que vous fassiez.

Dimanche.

Je vis hier, avec plaisir, qu'on lisoit chez vous \ Introduction à la vie dévote; je vous prie de donner ce livre à celle de la classe qui s'appliquera le mieux à s instruire et à profiter de ce livre qu'on ne peut trop estimer.

8 juin 1703.

Ne vous effrayez point, je vous prie, de ce que vos filles aiment à parler : la contrainte où elles sont y a beaucoup de part. Vous avez été formée au silence et au recueillement dans un long noviciat, et le fond de votre piété vous y soutient; les séculiers ne sont pas de même. La liberté où l'on est de parler quand on veut fait qu'on ne s'aperçoit presque pas

^ Lettres et Avis, p. 341.

A «ADÂHB DE GLAPION (l703). 233

si on parle peu ou beaucoup et ôte même cette envie de parler 5 mais songez que vos filles sont presque toujours en silence : elles se lèvent en silence -, avec la messe, les exercices, le chant, le profond silence, le réfectoire, les instructions, elles n'ont pas plus de trois heures et demie de liberté là-dessus. Ce que je vous dis là n'est pas pour rien diminuer de ce qu'on exige d'elles sur cet article, mais pour vous consoler de la peine que vous avez de l'obtenir-, si elles étoient en liberté, vous en verriez de silencieuses. Les témoignages que vous rendez à leur piété et à leur simplicité sont essentiels et me font un grand plaisir.

Vous n'êtes point raisonnçible sur vous-même, quand vous jugez de votre piété par votre ferveur. Où en serions-nous si c'étoit là notre règle? Qui est-ce qui n'auroit pas de ferveur si elle étoit en notre pouvoir ? Ce que vous faites avec langueur est très-bon, pourvu que vous le fassiez quand cette langueur ne nous fait rein quitter-, elle rend nos devoirs plus méritoires, et cela est bien juste, car il est aisé de faire l'oraison quand on est touché sensiblement. Non, je ne demanderai point à Dieu la ferveur sensible pour vous 5 j'irois contre la conduite qu'il garde pour toutes les âmes qu'il veut sauver, qui est de les tenir dans différents états selon leurs besoins ; il changera le vôtre quand il lui plaira -, ce ne sera point la retraite qui fera ce changement, je craindrois l'ennui pour vous. Dans la disposition où vous êtes , soyez fidèle sur les communications que vous voudriez avoir : évitez le péché,

234 LETTRES SUR L'ÉDUCATIOK.

travaillez avec joie et confiance, tout ira bien, et vous vous sauverez avec beaucoup d'autres; employez tout ce que Dieu vous a donné pour sa gloire et pour lui attirer des servantes. Je suis bien éloignée du découragement , et jamais je n'ai eu plus d'ardeur pour vous aider en tout ce qui me sera possible.

Les quatre filles à qui j'ai parlé m'ont promis tles merveilles; travaillez, ma cbère fille, avec joie et confiance en Dieu. Il est impossible que vous ne soyez distraite, et il est heureux que vos distractions viennent de l'occupation de votre devoir; tâchez de n'y pas consentir, et du reste, soyez en paix, car rien ne doit vous troubler tant que votre bonne volonté sera sincère.

PBBMIBBB MAITBBBSB DBS BLBDB8.

ISjuiUet 1703.

Ma sœur de Bouju m'a dit qu'elle vous a envoyé la liste des filles qu'elle vous destine à la fin des trois mois^; je crains qu'on ne vous en donne trop : elles me paroissent pressées au chœur ; d'un autre côté, il en sort souvent ^ ; faites donc ce qui vous conviendra, et mettez toujours quinze filles sur le banc d'en haut, afin que du dehors nos troupes paroissent complètes.

^ Lettres et Avis, p. 343.

^ La liste des jaunes qui devaient monter à la classe bleue,

* Celles qui avaient atteint vip^ ans.

Arrangez vos familles^ et envoyez-m'en le projet en me confiant le secret •, faites vos chefs les plus vieilles de la bande, si vous le pouvez. Je ne sais si c'est par intérêt, mais je commence à faire grand cas des avantages de Tâge.

J'ai parlé a du Faussay, elle veut être religieuse-, mais selon la bonne coutume de la maison, elle n'est pas pressée d'entrer au noviciat.

Je prie Dieu, ma chère fille, de bénir votre retraite, d'ouvrir vos yeux à la lumière, d'échauffer votre bon cœur, qu'il a fait bon pour lui, de vous donner une volonté déterminée de le servir sans retourner un moment en arrière, de vous faire cout noître la grandeur de votre vocation; celle des simples chrétiens est grande , celle des religieux encore plus grande -, s'il y en a un grand nombre qui rampent, c'est leur faute, et non pas celle de leur vocation qui est très-élevée; celle d'une Dame de Saint-Louis est sublime^ quand elle voudra en remplir tous les devoirs. Celle qui commence l'établissement sera bien précieuse à Dieu si elle se livre avec courage pour son salut 5 mais il faut se donner sans réserve, et qu'il n'y ait pas un moment dans la journée qui ne soit une bonne œuvre.

aAITBBSSi OBIfBBALB DBS CLASSB8.

Septembre 1703.

Il y a quelque temps que j'entendis dire que deux

^ Lettres édifiantes, t. V, lettre 5. — Lettres et Avis, p. }8).

236 LETTRES SUR L*ÉDUGÂTION.

OU trois bleues avoient passé la nuit auprès du corps d'une petite rouge ; il ne faut pas les y laisser seules, elles n y seroient pas en sûreté ; mélez-les toujours avec des Dames ou avec de bonnes sœurs converses, ou au moins avec des noires les plus sages et de celles qui sont prêtes à sortir pour être religieuses. Rien n'est meilleur, pour elles et pour nous, que de les occuper ^ elles seront trompées si elles s'attendent à passer leur vie au chœur et dans leur cellule, et si elles vouloient un peu raisonner , elles verroient qu'il faut que l'ouvrage de la maison se fasse : on fait le pain, la lessive, on frotte, on fait la cuisine, on a peu de converses, elles y sont quelquefois malades, et les religieuses suppléent \ ainsi tout ce que vous leur ferez faire, à Saint-Cyr, sera toujours peu de chose, en comparaison de ce qu'elles font ailleurs ; employez-les donc au service de la maison sans scrupule, et tâchez de les accoutumer à ne se pas dissiper par l'action.

Je suis bien édifiée de nos voisines ' ; l'abbesse me paroit une sainte fille, et je vous voudrois, de tout mon cœur, que vous puissiez lui donner des nôtres en lui faisant toutes sortes de plaisirs.

J'ai écrit au maréchal de Boufflers pour sa parrente^ il me promet de la faire carméUte dans son gouvernement ; plus vous l'exercerez, et plus vous assurerez sa réception.

Tâchez de finir cette année avec d'Hozier,. afin

* Le couvent des Bénédictines de Saint-Cyr ou de Notre-Dame des ÂDges. H^^d'AUgre en était alors abbeaae.

que le Roi commence à nommer, Tannée prochaine, aux places qui vaqueront chez vous.

Je donnerai, un de ces jours, le voile à une Maure qui désire que toute la cour soit à sa cérémonie *, je proposois de la faire à portes fermées ; mais on m*a dit que ce seroit une nulUté à des vœux solennels; il faut donc se résoudre à voir rire le peuple^ Adieu, ma chère fille ; je comptois vous écrire plus amplement, mais le temps me manque.

18 octobre 1703.

Je souhaite fort, ma chère fille, que vous mettiez la charge de maltresse générale sur le pied que je crois le meilleur. Il n'est pas question qu'elle fasse des coups d'autorité sur les demoiselles*, cela n'est bon à rien *, il faut que tout soit réglé chez vous, par rapport à leur bien et à l'union qui doit être entre vous. La maîtresse générale est pour avoir une vue sur les classes, afin qu'il ne leur manque aucun secours spirituel ni temporel-, ses soins sont trèsbien expliqués dans son règlement et dans son usage; comme elle est dans le conseil, elle sera toujours en état d'empêcher qu'on ne manque jamais à

^ Voir sur cette Maure, qui était religieuse à Moret, ce que dit Saint-Simon (T. III, p. 124 de l'édition de 1853). Cette lettre de Mme de Maintenon semblerait confirmer le dire de Saint-Simon, quelque étrange qu'il soit.

* Lettres et Avis, p. 134.

238 LETTRES SUR l'ÉDUGATIOU.

ce qu'on doit aux demoiselles ; elle doit être parfaitement instruite de l'intention du fondateur, et prendre pour les demoiselles tous les soins du dehors, afin que les maltresses soient renfermées dans les classes. Suivant Tesprit de cette charge, il faut que la maîtresse générale facilite aux maîtresses le gouvernement, qu'elle les autorise, qu'elle les avertisse de ce qu'elle voit, qu'elle ait un grand soin que les maîtresses soient remplacées, qu'elle s'oppose le plus qu'elle pourra aux suppléantes : il n'y en aura toujours que trop souvent, et les demoiselles en souffrent *, mais il faut que ces soins soient de bonne foi, et qu'on ne s'attache pas littéralement au nombre sans regarder ce que c'est que les sujets qu'on y met. Tant que l'on comptera mes vues pour quelque chose à Saint-Cyr, il faudra vous consulter, et mes sœurs deGlapion et de Bouju*, sur les classes, parce que vous avez vu et compris toutes trois ce que j'ai cru y voir de meilleur. Donnez donc et recevez les avis de bon cœur-, agissez bonnement et sans hauteur 5 ne donnez point de récréation aux classes sans consulter les maîtresses 5 vous avez vu de près les mouvais effets que cela produit •, vous devez toutes agir de concert, et si quelqu'une s'en séparoit, allez à votre supérieure. Adieu, ma chère fille, portez-vous bien, je vous prie.

^ Elles étaient premiôrea maîtresses des bleues et des Jaunes.

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