LETTRE VI
Le besoin d’un système génétal et uniforme d'Education Éfémentaire ét Pratique: dans ie Bas-Canada, étant extrême, il ne faut pas perdre un instant à adopter les moyens les plus propres à rémédier à un aussi grand mal.
1. Les distinctions nationales et les préjugés qui én raissent, étant à l'avis de’ beaucoup de personnes, des obstacles bien formidables à l’opération d’un sysième uniforme d'éducation, iFfaudrait de suite, rechercher les moyens de les surmonter,
spéculé 2. Ces moyens sont peut-être d’une exécution plus facile qu’on nie l’imagine
t l’étât wénéralement : le remède consiste tout simplement à détruire les craintes qui se
tés dont sont emparé des esprits, tant parmi la population anglaise, que chez la popula-
la route tion canadienne.
tions, je 3. Personne ne peut ou n’osera nier qu’il existe à un haut dégré, une méfi-
sion de ance mutuelle relativement à la langue de chacune des populations ; ‘a popula-
late de tion anglaise croit séricusement que les Canadiers sont opposés au progrès de la
pntinua- langue anglaise et qu’ils l’entravercat ; d’un autre côté, les Canadiens sont sous limpression que l’on a déjà fait, ei que l’on est sur le point de faire des efforts pour leur arracher leur langue maternelle, et les forcer de parler l’anglais.
4, Ilest clair que des craintes de cette nature, ont dû produire comme en cfet, elles ont produit une méfiance, et un manque absolu de confiance, qui me.
de l'é- nacent de devenir des plus dangéreux, si l’on n’y remédie convenablement, et
isposés ce, immédiatement, |
et leurs 5. Que l’on établise dans chaque localité, autatit que la chose sera praticable,
Mid une école anglaise et une école française, soit dans la même maison (ce mode
me d’é- me parait préférable) ou dans deux maisons distinctes. Le résultat est inévita-
Re Ho ble. Les parens anglais voyant des écoles anglaises, au milieu même des habi-
. pai° tations canadiennes, se diront naturellement à eux-inêmes, ‘“ Les Canadiens ne
5 Pipe sont assurément pas opposés au progrès de la langue anglaise, puisqu’ils encoutagent et soutiennent des écoles anglaises ; il vaut mieux que nous envoyons nos
‘at enfans à l’école française, ils apprendront les deux langues, il se tireront mieux
vi dif d'affaire dans le monde.” Les parens canadiens s’apercevront de suite, qu’on
11 EUX- ne leur arrachera pas leur langue maternelle, ils verront la convenance de faire
soient apprendre l'anglais à leurs enfans, cette connaissance devant leur procurer les
L d’ac- moyens de se frayer la route vers des résultats utiles. Ils enverront donc leurs
le suc- enfans à J’école anglaise.
celles 6. Il n’est personne qui en réfléchissant, ne soit frappé d’une idée, e’est que la méfiance réciproque qui règne actuellement, disparaitra, ct fera place
1 pla à une confiance mutuelle,—les deux populations cesseront de craindre ce qu’el-
Peur les redoutent tant maintenant ; leurs pressentimens et leurs espérances ne seront pas visionaires, car il n’y aura rien à opposer aux faits: des écoles anglaises et | françaises fonctionnant simultanément, seront des argumens sans réplique.
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opter LËTTRE VII |
%. J'ai fait voir, je crois, que les résultats avantageux de l’action simultanée | ris de des écoles anglaise et françaises, seront le rétablissement de la confiance entre
sys- les deux populations, quant à ce qui a rapport à la langue ; l’on aura déjà beau- |
Sur: coup fait. |
8. Les enfans des deux races s’entremêlant tous les jours, tant à l’école qu’au-
trement, scronl les üns avec les dutres, sur le pied dé l’amitié, ils joueront ensemble, et iront les uns chez les autres. Les parens chez qui la méfiance aufa disparu, se seront humanisés ; leur intérêt y sera aussi pour quelque chose. Ils n’exciteront pas les enfans les uns contre les autres, non, pas plus qu’ils n’engendreront querelle à leurs voisins, parcequ’il arrivera à ceux-ci d’être d’une origine différente de la leur.
9: L’influence imperceptible mais puissante qui sera ainsi produite et s’exercera de cette manière sur les enfans, réagira sur leurs parens. La bonne in: telligence, la paix et l'harmonie règnant à un si haut dégré parmi des enfans oubliant leur origine, et unis par un lien commun d’amitié, devront tôt ou tard exercer une influence irrésistible sur ceux qui seront tous les jours, les témoins et les admirateurs d’un aussi heureux état de choses: |
10. Sitels sont les résultats, rious pouvons nous attendre avec confiance à voir se réaliser les espérances que nourrissent ceux qui ont véritablement à cœur, le bien de leur pays, de voir la paix et le bonheur régner dans la société.
11. La paix et le bonheur renaissant, un bon système d'éducation fonctionnera beaucoup plus facilement. L'opération de ce système aura d’abord été l'effet, elie deviendra la cause d’un étât de choses, qui s’améliorera tous les jours.
12. Il doit maintenant paraître Lien évident à tous, que labase que j’ai jetée, pour y appuyer un système convenable d'Education Elémentaire et Pratique,
est de nature à le faire adopter, en faciliter l’exécution, et en assurer la permanence.
LETTRE VIil.
13, La confiance étant rétablie, la paix lui succédant, ét la possibilité de mettre mon plan à exécution, étant démontrée, je passerai de la base du sys tème, à d’autres considérations non moins importarites,
14. Que ceux qui désirent sincèrement que l’usage de la langue anglaise devienne général, me disent maintenant, s’il est un meilleur, un plus sûr moyen de réaliser leurs vues, que ce que j'ai suggéré
15. Je crois que de même que la race Anglo-Saxone, la langue anglaise se répandra éventuellement, desbords de l’Océan Atlantique jusqu’à ceux du Golfe du Mexique, et aux confins de la Guatimala et du Mexique, et dirigeant sa course vers l’Ouest, à travers les Montagnes de Roches, parviendra jusqu'à Ja Mer Pacifique, Cet évènement sera, comme de raison, accéléré ou fetardé, suivant les circonstances. Néanmoins, il est facile de voir que des moyens coercitifs, au lieu de hâter ce que tant de personnes désirent, en retarderont nécessairement le progrès; au contraire, un procédé prudent et judicicux, et conforme aux suggestions qui précèdent, ne peut manquer de réussir,
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16. Il s’ensuit donc que, quelque paradoxal ou absurde que cela puisse paraître au premier abord, plus vous encouragerez la langue française, et plutôt l’on apprendra l’anglais, et plutôt l’usage de la langue anglaise deviendra général.
17. Nul homme sensé ne rêvera que la langue anglaise sera parlée exclusivement dans les possessions anglaises ; tout ce que les hommes les plus ardens peuvent espérer, c’est qu’on la parle généralement. Quoique généralement en usage aux Etats-Unis, elle ne l’est pas exclusivement, pas plus qu’elle ne l’est ou ne le sera dans tout pays éclairé, où l’on apprendra toujours, la riche et élégante langue française.
18. Il n’en faut pas d'avantage, pour faire de nous un seul peuple, et nous faire oublier notre origine. Dès l'instant que les masses pourront se communi-
quer leurs idées, leurs pensées et leurs désirs, le bût sera atteint, et le plutôt sera le mieux.