‹ Lettres sur l'Égypte contemporaineChapitre 10 sur 35 · Vulgairement Djaggernat ou Jagernaut, dans l'Inde · texte numérisé non relu

Vulgairement Djaggernat ou Jagernaut, dans l'Inde

ÎJ4 TROISIÈME LETTnE

nal du Kaire, alors que la hauteur du Nil est à poin pour linondalion. La veille, une grande barque appelé Aqaba, portant des musiciens et des danseurs et remoï quant un bateau sur lequel sont placés des canons, re monte le Nil de lîoulaq au Vieux-Kaire, où elle arrive i quatre heures environ après midi. Malgré la splendeu du grand jour, on tire force pétards et fusées en sign< de réjouissance. Toute la nuit, des barques, des daha bychs où l'on mange, où l'on chante, où l'on danse, sil Içnnent le petit bras du fleuve, entre le Vieux-Kaire e l'ile de Rodah. C'est en face de cette dernière qu'est si tuée la digue à abattre. Des arcades, des portiques au; brillantes couleurs sont dressés sur les rives et, de ma ment on moment, s'enflamment et partent en feux d'art fice merveilleux. Le lendemain matin, entre huit neuf heures, on coupe la digue en grande cérémonie, ai bruit des salves d'artillerie. Cette digue est construis dans l'espace de la nuit tantôt par des Juifs, comme 1' née dernière, tantôt par la corporation des fossoyeu comme cela aura lieu cette année, la corvée étant alte native pour ces deux catégories d'individus. En ava <lc la digue on façonne <;n limon une ligure humaine ((ui tombe dans le Nil, frappée des mêmes coups do pioche On a prétendu, sans preuves sérieuses, que les ancient» Egyptiens, le jour de cette fôte, jetaient au fleuve une jeune fille vivante. Il paraît toutefois certain que cette coutume abominable, si elle avait existé en un temps, avait dt\jà disparu sous la domination des Grecs et sous celle des llomains. Cela n'a pas empêché l'historien arabe Moustany d'attribuer au conquérant Amrou l'abolition de ce sacrifice humain, auquel on aurait substitué un mannequin habillé, un simulacre quelconque. Ciî qu'il y a de plus fort, c'est que j'ai entendu des gens naïfs faire honneur de la même réforme au général Nabulione

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Buonaparte, et prétendre qu'avant rexpédition française qu'il mena en Egypte, une jeune fille était jetée vivante au Nil tous les ans. Je crois même avoir lu cette bourde quelque part.

Avant de terminer cette lettre, je dois rectifier une erreur,... qui n'en était pas une alors que je vous disais il y a trois mois :

« Les orages sont très - rares eji Egypte ; mais quand il s'en produit quelqu'un , c'est toujours en hiver. »

Malgré cela, nous avons eu pendant trois jours consécutifs, le 8, le 9 et surtout le 10 mai dernier, des orages furieux et des averses énormes qui ont pensé mettre en bouillie le Kaire et ses dépendances, où rien n'est construit pour la pluie. De mémoire d'Egyptien on n'avait vu pareille chose, et moins encore dans cette saison que dans toute autre. A présent, tout est ici rentré dans l'ordre accoutumé : nous avons tous les jours -{- 27" Uéaumur ; une fois même déjà le thermomètre est monté à -}- 32°. Mais les vraies chaleurs, les chaleurs permanentes, ne commencent que dans la seconde moitié de juin pour se prolonger sans modification sensible jusqu'à la fin de septembre. Estimons-nous heureux d'avoir à peu près échappé cette année au terrible khamsin, ou vent des cinquante jours *, vent brûlant du midi, qui avait le droit de souffler pendant sept semaines et qui s'eî?t contenté de faire acte de présence pendant quelques journées seulement. Mais ces journées ont été rudes ; et, pour moi, quand le khamsin se déchaîne et que l'air épais et jaune ne paraît composé que d'un sable de feu, je crois me promener dans un four extraordinairemcnt chauffé.

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