‹ Lettres sur l'Égypte contemporaineChapitre 9 sur 35 · Correspondant au 11 mars · texte numérisé non relu

Correspondant au 11 mars

J'ai revu celle année la procession du tapis ; c'est toi jours le même programme, avec les mêmes sapeurs, m'a semblé que l'aftluenco était moins grande que ïi dernier, et que le défilé avait duré moins de temps.

Le premier jour du Kourhcm-Baïram, tous les pèl rins égorgent sur le mont Arafa, voisin de la Mekke, ui| multitude de moulons, en commémoration du sacrifice d'Ibrahim (l'Abraham des Hébreux). La fête dure quat jours. En 18G5, on a attribué à ces tueries et aux mia^ mes qu'elles produisent l'importation du choléra pari pèlerins en Egypte, puis en Europe. Ce sont là les résu tats les plus claii'sde ces pratiques superstitieuses et i mondes.

L'anniversaire de la naissance du Prophète donne li à une cérémonie barbare et ridicule. C'est le Doseh ou piétinement du cheval monté par le cheikh-al-bakry s le dos des imbéciles qui s'étendent comme un tapis vaut sous ses pas. Les réjouissances publiques, une so de kermesse qui s'établit dans l'Esbekyeh, commence dans les premiers jours du mois de llabia-al-Aoul et nissentle 11 ou le 12. Cette date a correspondu l'ann dernière au 24 et au 25 juillet du calendrier grégoriei Dès le matin, je suis allé me poster en face delà maison habitée sur un des côtés de l'Esbekyeh par le grand cheikh en question. Vers onze heures, un cortège bruyani et désordonné ariiva de la citadelle. A l'entrée de l'avenue qui mène à la maison du cheikh, je vis une sorte d« lutte s'établir dans la foule. Des malheureux, demi-nu|| titubants, soûlés de hachich, fous de fanatisme, furent saisis, courbés, terrassés par des meneurs qui se mirent ensuite à marcher sur ce pavé de chairs et d'os afin d' tasser les corps. Puis le cheikh, coiffé d'un énorme tui ban sous le poids duquel il semblait succomber, se l.ii-^ sant aller à une sorte de balancement extatique, parai

sur un cheval que deux sais conduisent et qui foule, ]uxe et brise ces épaules et ces vertèbres humaines pour la plus grande gloire du Prophète. J'ai vu des mères — jusqu'où la religion peut-elle pervertir le seutiment le plus fort de la nature ! — j'ai vu des mères jeter les membres frêles de leurs petits enfants sous les sabots du cheval. Bien que la bête soit, dit-on, dressée à cet exercice, et que ses pieds ne soient point ferrés, il est incontestable que son poids cause de grandes perturbations dans les corps qu'il presse en marchant. Toutefois, jl faut reconnaître que son passage est moins meurtrier que ne devait l'être celui du fameux char de la pagode de Djagannatha *, sous les roues duquel les pèlerins se précipitaient jadis par miniers. Mais le fond de la chose est le même; une superstition bête et cruelle.

Pour compléter le cycle des fêtes publiques de l'année, il me reste à vous parler de deux d'entre elles dont l'origine se perd dans la nuit de la primitive Egypte, et qui réunissent dans une joie commune toutes les races si diverses qui couvrent le sol du pays. Ce sont des fêtes delà nature, les seules qui soient innocentes et dans lesquelles l'homme se retrempe et se renouvelle.

La première est appelée Cham-at~Nessim, ce qui veut dire Parfum du Zéphyr. Elle célèbre l'entrée du printemps, le rajeunissement de la nature. Tous les Egyptiens de tout sang et de toute provenance se répandent dans les jardins, y prennent un repas champêtre et y passent la journée. Cette fête est tombée cette année le 29 avril. Elle coïncide généralement avec le lundi de la Pâque des Grecs.

L'autre fête est celle qui accompagne, entre le 5 et le 20 août, l'ouverture solennelle du Khalig ou grand ca-

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