Mamelouk, au pluriel mamalik, veut diro esclave blanc
Les femmes et les esclaves du bey ou du pacha h rendent les respects les plus humbles. A son entré< toutes lui baisent la main; nulle n'oserait s'asseoir sat sa peiniission ; il n'admet guère à manger avec lui qu la favorite. Le soir, quand il se relire, celle-ci l'accon pagne ; mais, sur le seuil de sa chambre, s'il lui dit « Fais-moi venir Fattoùma, ou Khadra, ou BiHlIa! » un blanche, une noire, une Abyssine, celle que son caprici désigne, la femme obéit sans murmurer et cède la plac à sa livale. Une femme habile achète parfois une bell Circassienne et en fait don à son mari i)0ur capter se bonnes grâces.
Les femmes du harim travaillent peu ; l'aiguille n'est pas en honneur parmi elles; mais elles fument beaucoup la cigarette, le narghilé, le chibouk, et s'abandonj nent aux délices de la vie contemplative. En l'absenc du maître de la maison, si les eunuques ne sont pî trop rébarbatifs, ell<>s chantent, elles dansent, se Iravea tissent, jouent au haracjhcuz ou au polichinelle turl personnage fort obscène, comme chacun sait; la fav( rite passe la revue de ses esclaves rangées en bataille ; se fait» enfin mille folios. Dès que l'on annonce le bey ou le pacha, tout rentre dans l'ordre et le silence.
Les eunuques ne sont pas toujours des gardiens s^ vères; souvent même ils se font les ignobles proxénète de celles qu'ils sont chargés de surveiller. Les désordre sont fréquents dans ces familles légalement organisée moitié en couvents, moitié en lupanars. On pourrai citer nombre de beys et de pachas (jui ne sont pas moin bernés comme pères et comme maris que les Sganarelh de notre Molière.
C'est la fourberie des eunuques <pii mène toutes loi intrigues. Ils sont généralement très-riches ; on le^i comble. A leur mort, tout ce qu'ils avaient retourne à
la famille dont ils étaient esclaves. Les plus. jeunes servent souvent dans le harim en qualité de bonnes d'enlants. Aux écoles, plusieurs petits beys ont leur eunuque ([iii les débarbouille et les habille chaque jour. Ces flieux personnages sont infiniment respectés. On les alue avec beaucoup de cérémonie. Dans la maison (l'une veuve, ils la représentent pour tout le monde.
Ainsi le grand eunuque du harim de la mère d'Abbas- ] tacha, l'avant-dernier vice-roi, reçoit des visiteurs tous les hommages qu'ils rendraient à cette princesse s'ils
I aient admis à la voir. Ainsi, l'année dernière, lorsque 11' mode d'hérédité fut changé en Egypte, la mère du \ice-roi actuel invita à une réception à la citadelle tous l's hauts personnages du Kaire, et ce fut son grand eunuque qui fit en son nom tous les honneurs de la soirée
II elle ne pouvait paraître.
Lorsqu'un mari découvre qu'il est trompé par une de s femmes, il la répudie. Il peut obtenir du vice-roi iiu'elle soit envoyée aux galères dans la Haute-Egypte et régalée quotidiennement de la bastonnade, dont elle ne tarde pas à mourir. Si c'est un personnage très- puissant, dont le harim soit situé au bord du Nil, le fleuve reçoit le corps de la coupable bien enveloppé dans un sac et n'en dit jamais rien à personne. Il ne manque pas non plus de maris débonnaires qui voient tout, n'empêchent rien, et gardent leurs femmes telles quelles. Du reste, la vie privée des indigènes, les mystères du harim, sont presque entièrement impénétrables aux Européens. Quelques-uns, sachant bien la langue du pays, ont pu avoir, ont eu en effet des bonnes fortunes parmi les femmes lurkes; mais ce sont de très-rares exceptions, auxquelles il ne faut croire qu'à valables enseignes. Ces bonnes fortunes, quand par hasard elles se présentent, sont toujours entourées des plus grands dangers. Tout le
monde sait que le Nil a eu comme la Seine sa Marguerite de Bourgogne, Nazlé-Hanem ^, la fille de Mohara med-Aly, qu'on appelait vulgairement la grande prin cesse. Gomme la femme de Louis le Hutin, elle attirai dans son harim Ions les hommes qu'elle trouvait à soa gré, et, (lès quelle en était lasse, lassaia necduni satiata, elle les faisait jeter à l'eau. C'est cette môme perJ sonne qui a fait assassiner en juillet 1834, Abbas-pacha, en lui envoyant deux beaux jeunes garçons pour les quels il ne manqua pas de se passionner, et qui l'étranglèrent une nuit après lui avoir dérobé son cachet et s'être assuré par là des chevaux et un laissez-passer.
Les indiscrétions du petit nombre d'indigènes qui fréquentent les Européens peuvent seules nous mettre au courant de ce qui se passe dans les hariras. Néanmoins ils sont très-sobres de confidences ; le mieux est de sa voir ignorer ce qu'on ne peut apprendre et de se défie: des vantardises de certaines gens. Il n'y a pas bien long temps qu'une espèce de commis-voyageur prétendit, au Kairo, se payer la femme d'un pacha. H se mit ca campagne. On l'aboucha avec un entremetteur de carrefoui qui lui soutira plus de douze cents francs de bakchich et lui procura enfin le bonheur après lequel notre imbécile soupirait. Il trouva en effet, dans une maison écartée» une femme belle, magnifiquement vêtue et qui ne lui refusa rien. Le lendemain matin, comme il contait Si chance, il apprit que son odalisque était une marchande d'oranges du coin de la rue, que Ion avait, avec so argent, fagotée en princesse. Froissé dans sa vanité l'ingrat oublia en un instant toute la féUcité que la pau-j vre femme lui avait donnée et qu'il avait goûtée de bonne foi, et il se répandit en malédictions.