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Que ton père soit maudit

90 CINQUIÈME LETrRE

font apporter une tasse de café, et se remettent à la besogne, sans trop se fouler. Vous leur parlez de votre afïaire, ils écrivent ou calculent pour vous : survient un individu avec une autre affaire, ils interrompent la vôtre pour s'occuper de la nouvelle; puis ils vous plantent là pour causer entre eux de balivernes à votre nez, à votre barbe. Enfin, lorsque le quatrième jour, tout fut terminé pour moi et que je n'eus plus qu'à me présenter au 5*?rrt/*( caissier), j'entrai dans un cabinet voisin, où je trouvai accroupi sur un sale- diwan, avec une petite boîte de bois blanc devant lui et un grossier coffre-fort à côté, un bonhomme qui gravement prit connaissance de mes papiers, ouvrit à lri])le clef ledit coffre, en lira des sacs de guinées anglaises et égyptiennes, de napoléons, de roubles, de ducats, de colonnates, etc., ef de monnaie blanche ég}-ptienne pour l'appoint, et ra< compta ma somme. Quand ce fut fait et que j'eus bu U café qu'il m'avait offert, je lui vis tendre la main : je filj l'aveugle; il me demanda « bakchich » (cadeau, ce qui nous appellerions pourboire) : je fis le sourd. Mais insista tellement que je ne pus éviter de lui mettre un^ pièce dans la main. Il la porta à sa bouche et Ift bais(j bruyamment : c'est le signe du remercîment en parei cas. Ce n'était que le commencement : les domestique^ qui m'avaient apporté le café me demandèrent « baki chich; » deux des écrivains qui avaient travaillé poui moi me demandèrent « bakchich; » un kawas du rai^ nistre qui avait porté mes papiers plusieurs fois en hau^ dans un autre bureau et les en avait rapportés me de manda « bakchich. » Il fallut contenter tout ce mondeJ Je m'en allais, quand un vieillard en haillons avec un^ grande barbe blanche m'arrêta par le bras et me df manda « bakchich. » — « Qui es-tu donc et qu'as-tu fail pour moi? » lui dis-je. — « Je suis le portier du cais-^

sier! » me répondit-il. Je lui présentai une piécette; il trouva que ce n'était pas assez. « Tu n'en veux pas ? » m'écriai je; et je la remis dans mon gousset. Je sortis du ministère ; j'avais déjà fait plus de cent pas dans la rue quand je m'entends interpeller. Je me retourne : c'était mon vénérable portier qui courait après moi et me redemandait la piécette qu'il fut trop content d'empocher. De pareilles scènes se renouvellent à tout moment dans tous les bureaux. Du bas en haut de l'ad- • ministralion, le bakchich monte, grossit", s'enfle à des proportions gigantesques et décide de tout. Il est peu de beys et de pachas qui le dédaignent, pourvu qu'il soit assez fort; il a souillé, proh 2^iidor! les mains de plus d'un consul européen. C'est partout un pillage et un gaspillage sans frein, sans limite et sans honte.

Par suite de ce gaspillage, aucun service n'est régulièrement payé ; et, si cette fureur de mendicité peut avoir quelque excuse, c'est chez les bas employés qui restent des six, des dix, des douze mois sans toucher un fadda *, et qui doivent tendre la main au public pour manger et faire manger leur famille.

Un vieux bey, des plus âpres au bakchich, est mort il y a quelques mois. Il était loakil d'un ministre, c'est-àdire lieutenant, sous-secrétaire d'État, et avait à s'occuper d'une grande quantité de fournitures pour des établissements du gouvernement. Il ne manquait pas de gagner dessus et se faisait nourrir par le boucher, le boulanger et l'épicier, habiller par le tailleur, etc. Il est vrai que la maison du pauvre homme était composée de quarante personnes ! De plus, il prélevait sur chaque nouvel employé indigène le premier mois de son traite-

1. Soixantième partie de la piastre égyptienne, environ 4 cen- 'lies.

ment et percevait sur d'autres une redevance perpé tucUe. La maladie de ce personnage m'a donné l'occa sion d'assislqr à une scène intéressante. Comme j'avai été en relations officielles avec lui, je crus devoir aile un jour m'informer de ses nouvelles. Arrivé à sa maii son, je demandai après lui. On me dit : « Il est dans 1 harim. » Je ne savais trop s'il m'était permis de pénétre dans ce lieu redoutable, et j'hésitais. On me laissa u instant; puis on m'amena son fils qui me prit par la main et m'introduisit en effet dans le harim, d'où toutes les femmes avaient, il est vrai, disparu. Là, je vis un singulier spectacle. Au milieu d'un salon tout doré e meublé de diwans aux riches étoffes étaient placés terre deux ou trois matelas sur lesquels étaient jetés des coussins et des couvertures de diverses couleurs, magnifiquement brodés d'or; du milieu de ces matelas, de CCS coussins, de ces couvertures, sortait une figunde vieux singe surmontée d'un tharbouch. Au-dessus d' cette tête, un domestique, pieds nus, en turban blanc c en longue robe de cotonnade bleue, agitait sans relAchi un éventail en feuilles de palmier pour faire du zéph au moribond; un médecin égypiien, vêtu à l'eur péenne, était agenouillé près de lui et lui tàtait le pouls deux pachas étaient assis en visite; un jeune efend; turk attendait des ordres. Je dis au malade quelqu banalités et ne tardai pas à me retirer. Tout cela m'avait rappelé, sauf la diiïérence énorme des personnages, un tableau bien connu représentant la mort d'Elisabeth, et qui a été si merveilleusement mis en scène par ma^ dame Rislori dans le drame italien intitulé Elisahet rerfina d'Ingliiltcrra.

Deux jours après ma visite, le bey trépassa. Je n'allai point à son enterrement; car on ne voit guère d'Européens dans les occasions de cette nature ; mais le lende-

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jnaiii je portai mes condoléances à, son fils, et pendant qu'en buvant le café je débitais les choses qursont d'usage ici comme partout, j'entendais les chants funèbres des pleureuses qui h:irlaient dans le harim.

Si je n'ai pas vu l'enterrement de ce digne wakil, j'en ai vu beaucoup d'autres, et je vous dois la description de ce qui se pratique dans ces cérémonies.

Quand je demeurais encore à l'avenue de Choubra, un jeune homme d'une vingtaine d'années, Makhmoud-bey S., que je connaissais et qui habitait plus haut dans la môme avenue, mourut. Le lendemain, j'assistai de mon balcon au passage de son convoi. Comme il appartenait à une famille riche, les obsèques se firent aussi pompeusement que le comportent les rites et les usages musulmans. Je vis d'abord s'avancer lentement, sur des chameaux chargés de caisses pleines de pains, des Kawas quijetaient ces pains le long de l'avenue pour les pauvres, puis une double haie de Kawas à cheval. Ensuite marchaient les frères, les cousins, tous les hommes delà famille. Ils étaient suivis de la troupe obligée d'aveugles chantant des versets du Koran, et surtout la formule sacramentelle : la ilaJi clla Allah, Moharamed raçoul Allah (point de Dieu si ce n'est Dieu, Mohammed messager de Dieu), sur un air qui ressemble, à deux ou trois notes près, à la berceuse connue: Dodo, l'enfant do. Après les aveugles venait une foule d'amis et d'invités ; puis ce fut le tour des domestiques de la maison ayant devant eux en guise de tabliers des foulards de toutes couleurs et faisant brûler de l'encens dans des cassolettes. Alors seulement parut le brancard, ou la longue brouette portée à bras d'hommes, recouverte d'un trèsbeau cachemire, et dans laquelle était couché le cadavre qu'on n'enferme pas dans une bière et qu'on met à même la terre dans une fosse peu profonde. Derrière le mort

venaient les pleureuses, vêtues de couleurs sombres, bleu ou noir, faisant entendre des cris aigus, des hurlements, des formules de regrets et des lamentations, el interpellant à chaque instant le défunt par l'exclamation : Yahahihi! Va habîbi .'-{Ornon ami ! 0 mon ami!' Elles ne cessaient en même temps de se frotter la nuque d'un fichu de soie noire dont elles tenaient un bout dans chaque main : il paraît que c'est un grand signe de deuil ; j'ai vu cela à tous les enterrements. Le cortège était farina par les ânes, les mules, les chevaux et les voitures d( tous les amis qui précédaient à pied le corps.

Supprimez la distribution de pains, les Kawas à cha meau et à cheval, les domestiques en tablier bariola l'encens; remplacez le cachemire par un châle ordinaire le plus souvent rouge, et vous avez un enlerremen comme on en rencontre tous les jours.

Dès le lendemain de la moil du jeune homme dont] viens de parler, le malheureux père dut, pour se confoi mer à l'usage, se tenir dans son salamlik ou salon d réceiition et endurer pendant plusieurs jours de suile l« condoléances d'une foule innombrable d'amis, de connai sauces, d'indifférents. A la porte de la maison une tent était dressée et des bancs placés pour les domestique de ceux qui venaient; des Kawas remplissaient les ant chambres; un maître des cérémonies introduisait chaqn visiteur à qui l'on apportait le chibouk et le café. Dan une pièce voisine, des fiqi, espèce de moines laïque et ambulants, lisaient le Koran et chantaient lugubri ment.

Une autre fois, je vis un enterrement d'une tout autr sorte. C'étaient de pauvres gens. Leur enfant était mor Le père, monté sur un âne, tenait le cadavre en trave devant lui, et l'on voyait, sous le linge de couleur doi teuse qui l'enveloppait mal, ce pauvre petit corps raie

I froid secoué parle trot sec du baudet. Deux femmes

II haillons suivaient à pied. C'était navrant.

Parfois une calèche, sur le devant de laquelle est placé

un cercueil peint en rose ou en bleu, et dont le fond est

i^cupé par un capucin, marche au grand trot seule ou

iiivle de plusieurs voitures qui l'accompagnent : c'est

un Levantin que l'on conduit gaillardement au cime-

Il y a quelques temps, l'évêque grec du Kaire est mort

cl a été enterré avec solennité. On l'avait revêtu de ses

l»lus splendides ornements sacerdotaux et assis, comme

-il eût été encore vivant, dans une sorte de chaise cu-

ale que l'on portait. Le clergé en grand costume et les

nièles du rite faisaient au mort un cortège sans fin. In-

>rmé trop tard, je n'ai pas assisté à ce spectacle ; mais

I' 1" janvier précédent (vieux style) j'étais allé voir la

lesse des Grecs dans leur église. Puisque j'avais ouvert

Il peu auparavant le ramadhan avec les musulmans,

ne trouvais aucun inconvénient à me rendre à l'office

■s chrétiens schismatiques.

Extérieurement, l'église grecque du Kaire ne signifie rien. A l'intérieur, elle est disposée comme l'église russe de Paris, mais beaucoup moins riche et beaucoup plus grande. Il y avait foule. Tous les hommes sont debout dans le milieu de l'église ; les femmes sont reléguées dans une tribune trôs-élevée d'où elles ne voient pas grand'chose et où elles causent et rient entre elles. L'office dure environ deux heures ; une partie se passe à l'autel situé derrière la cloison, et à tout moment on ferme et on ouvre le rideau : c'est un vrai théâtre de ' Guignol. L'évoque, le même qui est mort récemment, et les prêtres étaient magnifiquement habillés de robes de drap d'or et d'argent. Le chant des chantres et des enfants ne cesse pas un instant; c'est efl'royablement nasil-

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lard : on dirait, en prenant l'ensemble, une gigantesqui musette. Un jeune laïque de quinze à seize ans a lu l'évan gile en grec àhaule et belle voix; on n'en perdait pas un syllabe. Pourquoi nos écoles n'ont-elles pas le bon sen d'adopter dans l'étude du grec la prononciation moderne Cette langue n'a jamais été morte, et resplendira de plu en plus. Un prêtre a lu de môme un compliment de bonn année du patriarche d'Alexandrie aux fidèles du Kaire un autre a lu la même pièce en arabe. En somme, il y dans le culte grec beaucoup plus de momeriesque dan le culte romain, et la mise en scène n'a pas un effet aus grandiose et aussi puissant ; les chants sont loin de valo le chant grégorien. Comme dans tous les cultes, on quéti énormément.

Je veux finir par quelque chose de plus gai que d descriptions de funérailles ou d'offices divins. Aus: vais-je vous conduire au bal. Tous les ans, le 18 janvie pour fêter l'anniversaire de l'avènement d'Ismaïl-pach au trône vice-royal, le ministre des affaires étranger donne un bal à la colonie européenne du Kairi*. J'ai a sisté déjà à deux de ces bals. On fait venir d'Alexandi un assez bon orchestre de danse, et un bufTet copicus ment servi par un entrepreneur qui le fait payer au go vernement égyptien plus copieusement encore. Il figure point là, comme vous pouvez penser, de femm indigènes; les Européennes y sont en trop petit nomb pour la cohue d'hommes, Égyptiens et Européens, q s'y presse. A minuit on commence à souper. Les inusu mans se jettent avec fureur sur les victuailles, et pi d'un, oublieux du Koran, fait fête au vin de Champag et au vin du Rhin. Aussi éprouvent-ils souvent de fi clicux accidents d'estomac. Quant à la colonie eur péenne, je n'ai pas besohi de vous dire qu'elle est extrê moment mêlée. Cette année, toutefois, on s'était mon-

tré un peu plus sévère que l'année précédente. J'ai compté au dernier bal une femme très-belle, une belle, une assez belle, trois jolies, total six qui toutes étaient des Grecques.

Restons-en, si vous le voulez bien, sur la pensée de ces six perles fines venues de l'éternelle patrie de la Beauté, et puisse ce gracieux souvenir entretenir mes lecteurs dans des dispositions bienveillantes jusqu'à ma prochaine lettre !

Medynat-al-Fayoum, 19 février 1868.

Me voici dans le nome Piom ou Phiom, au lieu où fu la ville du même nom, la cité des Crocodiles de l'empir pharaonique, l'Arsinoï des Ptolémées, qui a repris à pe près son ancienne dénomination et s'appelle Medynoa al-Fayounif la ville du Fayoum. ]

Dans l'ancienne langue égyptienne et dans le kop qui en est un àëhrïs,, piom ow j)hiora signifie fleuve, ani d'eau. L'oasis du Fayoum doit son existence à une dérivation du Nil que la tradition kopte attribue à tort i un travail humain et dont elle fait honneur à Yousel, fils de Yakoub. Aussi, encore aujourd'hui, cet ensembll de canaux naturels porte-t-il le nom de Bahr-Vousef, fleuve de Yousef. De plus, c'était dans cette provinfll qu'avait été creusé le meri [bassin, lac, en égypticnf d'Amcncmha III, que les Grecs, par une singulière confusion, appelaient le lac de Moiris (^ toîî MotfiSo Xl(jLVï5 [Strabon]). L'office que remplissait ce vaste rési voir d'eau, maintenant à sec, se trouve dévolu au Bi ket-Keroun (lac de Keroun), situé plus au nord-oue Il serait curieux de savoir, au point de vue philologique? s'il y a d'autres rapports que ceux du hasard entre kopte ^ij"o;n ou phiom, dont les Arabes ont fait Fayou

le nom du premier des quatre fleuves de l'Eden hébraïque Pishon, et le latin fluvius qui est devenu en italien fiume.

J'avais appris que, depuis peu de jours, le chemin de fer de la Haute-Egypte, qui va jusqu'à Minyeh et doit être poussé jusqu'à Assouan, venait d'être enrichi d'un embranchement conduisant à Medynat-al-Fayoum, Comme j'étais de loisir et que ce pays passe pour intéressant, je résolus de m'y rendre et de le faire dans les conditions les plus propres à bien voir et à me renseigner sur toutes choses.

Je ne , connaissais personne dans le Fayoum, et je

croyais savoir qu'on n'y trouve pour tout refuge qu'une

espèce de karavanseraï ou d'okala où il n'y a que des

chambres vides et où il faut apporter tout avec soi. Je

composai donc mon bagage en conséquence et formai

une caravane de trois baudets. Sur mon Pharaon, que

vous connaissez, je montai; je fis enfourcher un second

âne par mon domestique, le fidèle Hâçan, que je vous

ai, je crois, déjà présenté; la troisième 'bourrique reçut

les efl'ets de campement et les provisions. J'emportais,

pour le coucher, des tapis, des couvertures, un coussin,

et, pour le manger, pain arabe, œufs durs, sel, poivre,

(Manges, café, sucre, une assiette de fer, un verre, cuil-

er, fourchette et couteau, de la boygie, des serviettes.

âçan devait, une fois à destination, acheter des pou-

ets, des pigeons ou quelque morceau de mouton, et me

aire la cuisine. Pour notre défense, en cas d'attaque,

"ods nous étions munis, lui d'un mauvais pistolet, moi

un excellent revolver et d'un petit poignard. J'avais,

fcn outre, une boussole, un réveille-matin, une lorgnette,

;iinct, crayons, papier, plume, bâton d'encre de Chine,

iitin, comme on dit au théâtre, tout ce qu'il faut jîour

rire.

On prend le train pour la Haute-Égyple à Gy-zah, sui la rive gauche du Nil, en face du Vieux-Kaire. Arrivé là hier malin, je fis décharger les bagages, je renvoyai le ânes et nous entrâmes, Hâçan et moi, dans une voitur de troisième classe. Ce sont de grands wagons dont le administrations des chemins de fer européens ne veulen assurément plus pour transporter les bestiaux et qu servent ici de véhicules pour les gens et les bêtes à li fois. Car nous y trouvâmes entassés et accroupis pèle mêle des Arabes, des nègres, des chiens, des soldats trois Grecs, des moutons, des Barabra, des poulets, de^ Turks, des Beddaoua, et nous nous y entassâmes ave^ tout ce monde bipède et quadrupède, prenant nos paJ quels en guise de banquettes. C'est ainsi que l'on ol serve les mœurs des nations. A neuf heures et demie, \{ train se mit en marche.

On longe à droite les grandes pyramides , dites Gyzah, et, remontant le cours du Nil qu'on a toujours gauche, on traverse des terrains bien cultivés et 11 masse de palmiers qu'on appelle la forùl de Memphil Tous ces plumeaux, plantés le manche en terre, ne re^ semblent guère à ce que nous avons accoutumé de coi sidérer comme une forêt. Malgré celle raideur, le ps mier a un caractère particulier d'élrangeté et de grandei qui sied à tout paysage d'Orient et en est comme le c|| chet inséparable. Sous ces palmiers, on voyait quelque tentes étroites et basses de Beddaoua, des groupes de huttes en roseaux sans aucune toiture, et, sur un vast espace, d'énormes amas de décombres qui indiquent site de Menfon Mcmphis et qui, je ne sais pourqu( n'ont pas encore été fouillés, non plus que le site d'( (Héliopolis, aujourd'hui Mataryeh) , les ruines Labyrinthe et beaucoup d'autres endroits. Les égjl tologues se reposent- ils sur leurs lauriers? Q\.\"\\

liiennent donc pour devise le vers de M. Annaeus Lucanus :

Nil actum credens, quum qiiid superesset ageudura.

J'ai oublié de vous dire que, si j'ai songé à la nourriture (lu corps, je n'ai pas oublié celle de l'esprit, et que j'ai avec moi V Itinéraire de VOrient, de Joanne et Isaml)t;rt, livre consciencieux et utile, et le troisième A^olume du Strabon de la collection Tauchnilz. En passant devant le village et les carrières de Toura, situés sur la rive droite dans le prolongement du Moqattam, je lis dans le géographe grec qu'en Arabie (le Nil, pour les anciens, séparait, comme on le sait, l'Asie de l'Afrique, et toute la rive droite faisait partie de l'Arabie) : « Tpwixov Tt xoiktX-zat irerpôiSeç îxavwç opoç, xat cTriiXata &7r'auTw, xal xoj[/.v) 7rXr,(j(ov xai Touxotç xai tS TzoraiiM, Tpoîa xaXou;j.$vy), xaxotxi'a TtaXa'A twv MsvôXaw (7UY>'!XTaxoXouOr,cavTwv at^jxa- XcoTojv Tpwwv, xaTa|ji.£tvavTci)v ô'aÙToOt. » Ainsi les Grecs, trouvant en cet endroit un bourg que les gens du pays appelaient dans leur langue Tara, en avaient fait une colonie troyenne et en attribuaient la fondation à des prisonniers qui seraient venus à la suite de Menelaos et seraient demeurés là : tant ils cherchaient à tout rattacher à leur grande épopée et à leurs traditions îiéroïques! C'est des carrières de Tara, atijourd'hui Toura, que les Pharaons ont fait tirer les pierres pour la construction des grandes pyramides.

Je lis encore dans Strabon, tandis que la locomotive roule sur les champs où fut Mcmpliis : « "EOo; S'ediiv Iv Tw opoijuj) Taupwv (XYWvaç cuvTeXsTcrOai Trfôç «XXtjXouî, ouç liriT-riOîç Tpsoouut Ttvsç, d)m:tç ot îriroxpocpot* ffuixêaXXoust yàp eiç p.ay(v)v àcpsvTEç' ô Se xpsîxTcov voataOelç, aOXou Tuy/dvet. » Il y avait donc à Memphis, dans le parvis du temple de

Phlha ('H'^at'cTEtov), des courses et des combats de taureaux, et des prix pour le vainqueur. Là-dessus, mon imagination prend le grand galop. Les courses de taureaux sont le spectacle national des Espagnols. La coutume ne leur en est venue. assurément ni des W'isigoths, ni des Vandales, ni des Arabes, et ils ne sauraient la de- Yoir qu'aux Ibères qui furent les premiers habitants de la péninsule et composent le fond même de sa population. Que sont les Ibères ? 11 y eut une époque, d'une durée tout à fait indéterminée et dont la science historique ne peut fixer la date extrêmement reculée, où, par suite d'importantes modifications dans la température et dans les climats du globe terrestre, l'existence d'un nouveau milieu vital amena sur la scène du monde des êtres humains d'une race nouvelle. Le noir primitif, petit, à face prognathe, transition indécise du singe à l'homme, vit se dresser devant lui des individus d'une nature moins voisine de l'animalité, à l'angle facial moins aigu, à la peau jaune ou cuivrée. Il fut on jiartie exterminé ou refoulé, en partie absorbé par les arrivants, tandis qu'en dernière analyse toute l'humanité noire, dans ses divers rameaux plus ou moins élevés, considérablement réduite par l'abaissement de la température, se trouvait confinée dans les zones équatoriales et tropicales de la terre. Longtemps après apparut le premier échantillon de la race blanche, les Talars : même lutte, môme extermination, même mélange. Le flot tatar couvrit le monde, d'abord toute l'Asie occidentabî, depuis l'océan Indien jusqu'à la Caspienne, plus tard l'ile de Chypre, la Sicile, la Toscane, l'Espagne, la France, de* Pyrénées à la Loire. Cependant, les Sémites avaient pris naissance et se répandaient à leur tour. Enfin, la race d'élite s'éveillait déjà, sans doute, dans son berceau de l'Ayrianem-Vaëgo. De l'amalgame des noirs, des jaunes,

blancs-Tatars, et peut-être aussi des blancs-Sémites,

-iilta une population métisse, hybride, où l'élément

l;ir semble avoir dominé, et qui sut s'élever à un cer-

iii degré de civilisation ; ce sont les Ibères. On a cher-

I'' à établir une parenté, des rapports intimes entre les

iens Egyptiens et les peuples qui fondèrent les em-

s du Mexique et du Pérou. Joignons-leur les Sicanes

étrusques primitifs, avant l'invasion des Rha-Sena,

paraît être pélasgique, c'est-à-dire aryane. Étrusques

gyptiens primitifs, Mexicains et Péruviens antiques,

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