‹ Lettres sur l'Égypte contemporaineChapitre 24 sur 35 · de l'ère vulfraire · texte numérisé non relu

de l'ère vulfraire

à Constantioople dcinaiider à l'empereur grec des ouvriers habiles dans la bâtisse, et ce souverain lui adressa efTectivemenl des gens en état de remplir ses vues. » (Liv. v, chap. xxiv) *.

Ajoutons qu'à toute époque il en a été ainsi chez 1< peuples sémitiques. La civilisation y commence toujoui ne s'y achève jamais, et ne s'élève point au-ik^ssi d'un certain niveau assez bas. La devise éternelle l'Orient, c'est :

... iiendent opéra internipta...

3 août.

Je viens de lire dans une correspondance de Une pendance belge, datée de Paris, 20 juillet, ceci :

w ... La marche de l'empire ottoman dans la voie la civilisation n'est jdus conleslablc. Il vient de p raître à Alexandrie un journal intitulé le Progrès égy^ tien, destiné à aider l'Egypte à se mettre au niveau l'Europe au point de vue des améliorations de touj sorte. »

Vraiment, il laul plaindre les gens qui écrivent, et q; croient, sans doute, de pareilles choses. Le Progri égyptien ne dira que ce qu'on lui fera dire et n'aura [n plus de valeur que les quelques misérables feuilles françaises ou italiennes qui s'impriment au Kaire ou à Ah> xandrie. Tout cela est pitoyable.

J'aime mieux ces lignes d'une conespondance di 12 juillet que j'ai lue aussi dans l'Indépendance beh/e

1. On peut oonsuller sur les caracti'res fîéuéraux de l'arcliiteo ture arabe, l'Histoire gcnérale de l'architecture, de Daniel Raiin^^e pa^. 1133-1143.

IIUITIÈME LETTRE \S\

il s'agit du voyage de Jérôme Napoléon Bonaparte à Constantinople.

« .,. Le prince aurait rapporté de son voyage en Turquie l'impression que tout le fruit de la guerre de Grimée est perdu, et qu'elle est à recommencer si la France veut que l'empire ottoman soit sauvegardé d'une façon complète. »

Pauvre France ! Espérons qu'on ne lui fera pas vouloir cela. Il y a assez longtemps qu'on la condamne à rouler des rochers de Sisyphe, qui lui retombent sans cesse sur les bras et qui finiront par l'écraser, si elle ne se dérobe à temps. Quant au fruit perdu de la guerre de Crimée, il faudrait, pour être perdu, qu'il eût existé ; et, à mon sens, celte guerre a été aussi stérile que tant d'autres.

Hier, le canon de la citadelle tonnait. Il s'agissait d'annoncer à l'Egypte que le sultan avait nommé vizir le fils aîné du vice-roi, l'héritier présomptif, selon la nouvelle loi, de la vice-royauté, Mohammed-pacha Toufyk. Combien Ismail-pacha aura-t-il payé cela à Constantinople? Voilà trois firmans qu'il achète à beaux millions comptant et qui, s'ils lui donnent l'illusion de jse croire un peu plus indépendant au point de vue polillique, consacrent et accroissent la dépendance de sa llbourse, ou, pour mieux dire, de celle de ses bien-aimés sujets. Ce gros homme est un naïf qu'on amuse, passezmoi la plaisanterie, aux bagatelles de la Porte. Mon grand étonnement est que tous ces gens-là se prennent au sérieux, et qu'il y ait en Europe des personnes assez fourbes pour leur donner la réplique, et d'autres assez simples pour la leur donner de bonne foi.

La chaleur, très-forte, dit-on, cet été, en Europe, est extrêmement violente ici. Le coton est malade. De plus,

Irépizoolie de 1864-1865 recommence, et le bétail est ■'

décimé. Si le choléra allait revenir? A tout hasard, I maïl-pacha s'est, comme de coutume, soustrait à la mauvaise intluence du climat égyptien et il ne reviendr.i que vers septembre ou octobre. En l'attendant, on pn pare, ainsi qu'on le fait chaque année, desiUuminations. J'ai vu ce spectacle deux fois au Kaire. Dans les petites rues des quartiers arabes, on élève de chaque côté dt portiques, des arcades qui s'allument le soir de mille feux ; des lustres pendent au milieu : on dirait des salons, de longues galeries de lumière ; avec la foule multicolore qui s'y presse, l'effet est extrêmement pittoresque. J'aime moins les illuminations européennes, isolée- ; individuelles, qui, si brillantes qu'elles soient, paraissent maigres à cause de la solution de continuité. L'an« née dernière, un vice-consul, familier du vice-roi, a cl pensé vingt-cinq mille francs pour éclairer la porte tl les fenêtres de sa maison ; il les aura bien rattrapés soue quekiue forme que ce soit. Cesl ce qu'on appelle donnei un pois pour avoir une fève.

Toutes ces illuminations, on le pense bien, ne donnenl nullement la mesure de l'enthousiasme populaire poui la personne sacrée du pacha. Chaque année, pendu son absence, on fait courir le bruit qu'il ne revient! pas; qu'on lui a fait boire à Stamboul une tasse de ca qu'il est mort,... et les bons Égyptiens ajoutent gêné lement : « Li cha Allah, mat ! » (Plaise à Dieu q soit mortl) Les plus avisés font ce raisonnement qui manque pas de justesse : un vice-roi d'Egypte est t jours très-bon pendant les deux ou trois premiè années de son gouvernement ; c'est comme une lune d< miel ; d'où il suit qu'il est à souhaiter qu'il meure ai bout de ce temps, quand la lune commence à rous; pour faire place à son successeur. Ismaïl-pacha a en beaucoup dépassé ce te me, et il lasse la patience di

peuple obéissant ; c est y mettre vraiment de la mauvaise volonté. Pour moi, je suis assez de l'avis des Égyptiens ; et si je ne craignais d'offenser mesdames les cuisinières, je leur comparerais messieurs les souverains qui, à leur exemple, font, comme on dit, halai neuf au début, et bientôt après... Mais c'est là l'histoire universelle. Il me paraît difficile de supprimer les cuisinières, tandis qu'il serait fort aisé aux peuples, s'ils le voulaient bien, de se défaire sans retour des souverains. Espérons que ce progrès élémentaire ne tardera pas trop à se réaliser dans notre Europe.

Revenons à des questions moins brûlantes.

Il y a trois jours, j'ai fait, en compagnie d'un jeune Napolitain de mes amis, il signor Alfonso M..., qui habite l'Egypte, une petite excursion qui n'a pas été sans intérêt. Nous nous étions levés bien avant le soleil, et, enfourchant des baudets, nous nous dirigeâmes à travers le désert vers la citadelle. Une lueur faible d'abord, puis croissant rapidement derrière la montagne Rouge, annonçait toutefois l'apparition prochaine de l'astre. L'horizon, vers l'occident, demeurait enveloppé d'une brume douce et légère. Un frais zéphir soufflait, nous stimulait et nous rendait dispos. Nous nous sentions pénétrés des puissances les plus énergiques de la vie, et c'étaient des tombeaux que nous allions voir ! Nous nous exaltions encore en fredonnant, moi, l'enfant de Paris, la Marseillaise, et mon compagnon, le fils du Vésuve, VInno di Garihaldi :

Aux armes, citoyeus!...

Va fuor d'Italia, o sti-anier!

484 nniTiÈME lettre

Hélas ! je songeais quel est rétranger qui souille encore le sol de la patrie italienne, et j'en ressentais pour ma patrie française une honte, un remords, une tristesse indéfinissables. Heureusement, notre amitié, puisée à la source pure des principes du droit, de la justice et de la vérité, n'avait rien à craindre des éclaboussures d'un vain et faux patriotisme, et elle planait sereine au-dessus de ces abîmes de haine et de misères que les gouvernements criminels creusent entre les peuples.

Le soleil se montrait; la brume se dissipait : nous vîmes se dérouler devant nous le panorama du Kairo, et au-delà le désert libyque avec les Pyramides. Celle ci, comme baignées dans une lumière d'un rose tend avaient encore la tète voilée de blanches vapeurs qui descendaient parfois jusqu'à mi-corps, puis remontaient et s'évanouissaient; l'ombre et le soleil se jouaient capricieusement sur ces trois colossales faces triangulaires et les obscurcissaient ou les éclairaient tour à tour ou à la fois, en entier ou par parties. C'était un spectacle m gnifique.

Bientôt nous entrâmes dans un vaste cimetière. L flancs du Moqattam ne sont qu'une immense nécropo de ce côté de la citadelle et de l'autre. Ces solitudes, silencieuses à l'ordinaire, se remplissent de monde et de bruit aux jours du grand et du petit Baïram qui sord les Jours des Morts de la population musulmane. Chacun vient à pied, à cheval, à âne, sur des chariots *, portant de longues palmes vertes, pleurer, crier, gémir, puis s<

1. Un de mes amis, M. Fi-lix-Auguste Clément, peintre d'ui talent remarquable, a représenté dans un beau tableau, qui mal benreusement a été acbeté en Egypte et y restera, toute une fa mille, hommes, femmes, enfants, esclaves de toute couleur, rendant au cimetière un jour de Buïram sur un de ces longs cb* riots.

reposer, parler, rire, et enfin manger et boire sur les sépulcres de ses parents ou de ses amis. C'est à la fois une partie de douleur et de plaisir. Les tombes des familles riches sont entourées d'un mur de clôture et renferment une ou plusieurs chambres de réception dont l'une est réservée pour le harim. Les amis de la maison viennent rendre hommage aux morts et saluer les survivants qui leur font les honneurs de l'endroit en leur offrant des gâteaux, des confitures sèches et autres douceurs. A la porte, on distribue des aumônes aux mendiants. Dans la foule circulent des marchands, des chanteurs de carrefours, et l'on entend çà et là grincer le manège de grossiers chevaux de bois ou les chaînes d'une balançoire. On pourrait appeler cette solennité mixte une kermesse funéraire.

Nous prîmes un peu à gauche et nous gravîmes, entre la montagne et les grosses vieilles tours de la citadelle, un chemin taillé dans le roc qui ne manque pas d'une certaine grandeur sauvage. Puis nous redescendîmes, et nous nous trouvâmes sur l'autre flanc du Moqattam dans une nécropole beaucoup plus vaste encore que celle que nous venions de quitter. Là sont les mosquées et les tombeaux de l'imam Ghafey, des Mamelouks, immense amas de ruines, image palpable et poignante de la mort. Quand nous eûmes traversé l'espace couvert par tous ces débris, nous vîmes dans le lointain, au milieu de la vaste plaine qui terminait à notre gauche le Moqattam, à notre droite le Nil, de grosses pierres blanches disséminées sans ordre, comme les matériaux d'un édifice à construire. En approchant nous reconnûmes que c'était le cimetière des Juifs du Kaire. Sur ces pierres sont gravées en noir des inscriptions hébraïques dont les caractères sont très-gros. Enfin nous arrivâmes au gracieux village d'Al-Baçatin, que nous dépassâmes

186 eniTiÈME lettre

pour aller jusqu'à Toura. Nous avions le projet de visiter les carrières d'où ont été tirés les blocs dont se compo-< sent les pyramides de Gyzah. Mais on ne sut pas biei nous indiquer le chemin; il était neuf heures; il cdmj mençait à faire chaud, et nous revînmes sur nos pas par la même route. Toutefois, avant de rentrer à l'Ab^ bassyeh, nous voulûmes voir les trois mosquées-tom beaux de Kaït-bey, d'Al-Achraf et d'Al-Barkouk. L^ première est la plus remarquable ; tout l'intérieur ei est de marbre blanc et noir. On y montre une pierre si laquelle on prétend vous faire vénérer l'empreinte du pied de Mohammed-'bn-Abdallah. Ces niaiseries sont de tous les cultes. La mosquée d'Al-Barkouk est la plus vaste et celle dont l'architecture est la plus grandiose ; elle est précédée d'une sorte de cloître qui est vraiment beau.

Peu de jours après, j'allai, toujours dans la compagnie del signor Alfonso M., faire une promenade pédestre dans la montagne Rouge. Elle est située en face de chez moi, et il semblerait qu'en un quart d'heure on dût y arriver; nous mîmes néanmoins cinquante mi~ nutos en marchant bien pour monter jusqu'au sommet qui est peu élevé et d'où l'on a toutefois une assez belle vue sur le désert. J'ai remarqué souvent que la limpidité de l'atmosphère en Egypte trompe les yeux et fait! paraître les objets beaucoup plus rapprochés qu'ils ne le sont en réalité. Nous trouvâmes dans les anfracluosités de la montagne un grand nombre de soldats égj'ptiens qu'on envoie là, en punition, extraire de la pierre. Us gagnent à ce rude travail, sous un soleil implacable, de quinze à vingt centimes par journée.

2 août.

Ma santé s'est affaiblie de plus en plus. Si je veux sauver mon esprit et mon corps, il faut que j'abandonne ce terrible climat. C'est à quoi je viens de me résoudre. Voilà donc ma dernière lettre û.'Égypte.

Je viens de parcourir le bazar de Khan-Khalil, dans le dessein d'acheter et de porter en Europe quelques brimborions orientaux. Je dis orientaux et non égyptiens, car l'Egypte ne produit rien. L'industrie y est nulle. Aussi, à l'Exposition universelle de 1867, a-t-on dû transporter une partie du musée des antiquités de Boulaq, la statue du roi Choufou ou Kheops, et les produits- de l'industrie égyptienne d'il y a six mille ans. Quelle pitié !

Le lundi et le jeudi il y a dans le réseau de ruelles qui forment le bazar de Khan-Khalil une foule compacte et bigarrée où l'on doit se défier des mains trop habiles à fouiller dans les poches voisines ou à décrocher les chaînes de montre des gilets à leur portée. L'encan se fait d'une façon ambulante et tout à fait digne d'un peuple nomade. Les crieurs, ayant en main les objets à vendre, robes, manteaux, bouts d'ambre pour les chibouks, tapis, couvertures, etc., fendent la multitude en proclamant la mise à prix et chaque enchère successive. On les rencontre, on leur dit son mot, ils disparaissent, on les retrouve, et ils adjugent chemin faisant au dernier enchérisseur. Dans les boutiques, il y a de trèsbelles choses de Constantinople, de Damas, de Perse ; mais tout est fort cher.

nilTIEME LEFTIIE

Alexandrie, 9 aoAt.

Je prendrai la mer, ou plutôt la mer me prendra dan quelques heures.

En quittant l'Egypte, je ne regrette qu'une chose c'est de n'avoir pas eu le temps ou l'occasion d'aller dans le Saïd, jusqu'à Thèbes ou à Syène. Mais qui sait? Je ne renonce pas à l'idée d'assister à l'inauguration du canal maritime de l'Isthme de Suez en 1869. A celte époque, le chemin de fer de la Haute-Egypte sera tcrj miné, et ce ne sera qu'un jeu de courir à la premièi| cataracte.

En attendant, j'ai pris la résolution de m'arrêter Messine, d'aller voir Palerme, de remonter à Naple^ peut-être à Rome. Je vous écrirai de ces différents er droits*.

I. Ces lettres, qui ont paru dans le Mui'et univerttl, trouvero leur place dans un volume subséquent, oti nous réunirons n Notes de Voyages prises en traversant divers pays.

Paris, octobre 1SG8.

Me voici revenu, depuis longtemps déjà, à mon point de départ, heureux d'avoir entrepris

Un voyage en lointain pays,

plus heureux de me retrouver dans mon nid parisien. Montauciel prétend que la guerre est une belle chose quand on en est revenu. Moi, qui déteste la guerre et ne saurais la trouver belle ni avant, ni pendant, ni après, j'appliquerais volontiers cet adage aux longs séjours à l'étranger.

Quiconque ne voit guère N'a guère à dire aussi.

Je voudrais pouvoir ajouter, comme l'oiseau du fabuliste :

Mon voyage dépeint Vous sera d'un plaisir extrême.

Je dirai : J'étais là; telle chose m'avint : Vous y croirez être vous-même.

Je n'ose avoir tant d'ambition. Mais avant de laisser aller ces pages décousues que je u'ai garde d'appeler

là

un livre, je veux me recueillir un instant, rassemble mes souvenirs, grouper les diverses réflexions qui on pu m'échapper tandis que j'étais en Egypte, et tire enfin quelques conclusions des faits que j'ai constatés e des jugements que j'ai portés.

Bien des gens parlent volontiers de la régénération d l'Orient. L'Orient lui-même, a la prétention de se régé nérer, ou, du moins, le petit groupe d'êtres hybrides qui préside à ses destinées, l'affiche à grand fracas au noni^ des populations qui ne s'en doutent ni ne s'en soucient, et n'y comprennent rien.

L'idée de celte régénération baroque et impossible est basée dans l'esprit de ceux qui l'ont conçue sur un( application plus ou moins complète de la civilisation occidentale aux Turks, aux Arabes, aux Persans, aux Chinois, aux Cochinchinois, aux Siamois, aux Japonais, H tous les groupes d'êtres si différents que le vulgaire confond sous l'expression générique et impropre d'Oricn taux.

Quant aux grotesques individus qui, à Stamboul ou i Maçr-al-Kahira, se posent] en réformateurs de leur pays c'est aussi l'imitation, toute superficielle d'ailleurs, d< notre civilisation qu'ils ont en vue et qu'ils poursuivcn avec les intermittences naturelles au caractère mou e capricieux de leur race.

Il faut s'entendre un peu sur ce mot de civilisation On en abuse tous les jours ; on abuse trop souvent de la chose, et les événements ont montré dans ces derniers temps qu'un tel abus est toujours une faute, parfois ui crime.

Dans l'orgueilleuse conception de certains politiquci de haut bord, la civilisation, c'est la leur : ils la tiren' de la doctrine nazaréenne amalgamée de toutes les disparates qui ont concouru à la former de siècle en siècle

NEUVIÈME LMTRE 191

et prétendent l'appliquer comme une panacée sur toutes les plaies, à tous les maux, en tous lieux et dans tous temps.

Il n'y a pour eux ni race, ni sang, ni sexe, ni âge, ni taille : ils tiennent magasin de confection religieuse, sociale et politique, sous la garantie du drapeau et des canons français ; et, que les vêtements soient trop étroits, trop larges, trop longs ou trop courts, peu leur importe : ces Procustes les font endosser de force à leurs victimes. Ils se proclament les apôtres de la civilisation ; l'univers doit servir de théâtre à leur apostolat. Ils ont donné des représentations en Grimée, en Syrie, en Chine, en Cochinchine, à Rome, au Mexique ; ils ont une succursale permanente en Algérie. Malheureusement les frais sont considérables, les bénéfices sont loin de les couvrir, et nous payons la différence.

L'intolérance essentielle du christianisme, apsès avoir amené les persécutions qu'il a d'abord subies, es-t devenue la source et le fondement du régime de terreur dont il n'a cessé d'épouvanter le monde depuis son triomphe.

Les chefs des Franks se firent, à partir de Hlodwig, les missionnaires armés de l'église catholique, apostolique et romaine, et c'est sans doute pour ses nombreuses campagnes au-delà du Rhin et le massacre de quatre mille infidèles Saxons à Verden non moins que pour la constitution du patrimoine de Saint-Pierre, que le grand Karl a été canonisé. Du xi" au xiii" siècle, la folie de la croix fut toute française, et il était digne des gens qui n'ont pas honte de mêler les plis du drapeau de notre patrie à ceux de la bannière pontificale, de jeter nos soldats sur les grèves de l'extrême Orient,

.... pour venger je no sais quels prophètes, Dont on avait puni les fureurs indiscrôtes.

En vérité, nous n'avons jamais compris que l'on s'apitoyât sur le sort des missionnaires. C'est librement, dans la plénitude de leur enthousiasme qu'ils volent au mai tyre, qu'ils le souhaitent, qu'ils le provoquent, en pour suivant le but pieusement égoïste de faire leur salu Ceux-là aussi font la guerre pour ce qu'ils appellent d idées, et ils ont auparavant stipulé leur récompense ils ont conclu ce marché avec le ciel. Toutefois, ils commencent naïvement par donner leur vie temporell comptant sur la parole de leur dieu qui leur doi échange la vie éternelle. S'ils ont quelque mérite, est tout entier dans cette naïveté, dans cette candeur cette conGance d'abandon. Leur prêter l'appui du bras séculier, c'est leur enlever môme ce mérite et rendre odieux des gens dont l'énorme simplicité d'esprit pou vait arriver à être touchante.

L'intervention de nos armes à la suite des massa cres de Syrie paraît au premier abord mieux justifiée. L'exemple de la violence nous avait été donné et nous allions réprimer là les excès du fanatisme anti-chrétien. Depuis l'époque des croisades, la protection des chré tiens d'Orient a été dévolue aux rois de France qui sont toujours parés avec un orgueil peu raisonné d titres vides et pompeux de rois très-chrétiens et de fi aînés de V Eglise. Cette défroque râpée qu'on pou va croire balayée pour jamais par la Révolution, a é retirée du tas, frottée et brossée par les divers gouver nements qui se sont succédé et elle figure parmi les co lûmes, décors et accessoires de l'administration actuell

En ce moment, les fins et les profonds haussent l épaules et nous donnent à entendre que nous avons bien de la bonté de prendre ces formules au sérieux ; que la religion n'est là qu'une étiquette; que la clef des « Lieux-Saints » a pu, par exemple, servir de prétexte

veUam )it eif

IS

à la guerre de Crimée, mais que là, comme partout ailleurs, il n'y a qu'une question d'influence politique.

Soit. Il est possible qu'à l'heure où nous battions les Russes, et pendant un certain temps après, l'influence française ait été prépondérante en Orient; il est possible que l'expédition de Syrie ait, sur le moment, frappé les Arabes d'une terreur salutaire. Mais il y a longtemps que l'impression de ces événements est effacée dans les pays où ils se sont produits, et, pour la renouveler, il faudrait tout recommencer, sans espoir d'obtenir des résultats plus durables. Les Sémites, les Tatars, les Slaves eux-mêmes, bien qu'ils soient très-supérieurs aux deux premiers groupes et se trouvent placés beaucoup plus près de nous dans l'échelle des races, se conduisent moins par la raison que par le sentiment et l'imagination. Celle-ci est extrêmement mobile et véritablement enfantine chez les peuples orientaux, et, si profondément qu'on cherche à y graver des idées et des principes, c'est un sable mouvant qui ne conserve aucune trace. .

D'ailleurs, la force des armes est, de sa nature, éphémère et stérile. Le temps, la paix, l'exemple, la multiplicité des communications, voilà les vrais, les seuls apôtres de la civilisation et du progrès.

La civilisation est un objet d'exportation dont le placement ne peut se faire que dans des proportions extrêmement restreintes et au milieu des plus grandes difficultés. Les peuples à qui on la propose, même pacifiquement, s'en défient; et leur meilleure raison pour la repousser c'est qu'il n'en ont pas besoin, ou que, du moins, elle ne leur va pas. Chacun d'eux a la sienne ; religion, état social et politique, art, littérature, tout ce qui constitue la civilisation, est le produit, l'œuvre de la irace. Ouand ce produit vient ù s'épuiser, quand celle

œuvre menace ruine, et que la race ne trouve plus elle-même de quoi renouveler les éléments de son exi tence et réparer les fondements de l'édifice qu'elle av bâti, elle est condamnée à périr, et l'heure de sa mo ne dépend plus que de la dose de vitalité qui lui res encore en propre et que nul secours du dehors ne pe augmenter ni fortifier.

La civilisation n'est, au fond, qu'une question de conformation anthropologique ; l'élévation morale et intelj Icclucllc des races est en raison directe de leurs fornu-^ corporelles. Ce n'est pas à dire pour cela que d'heuieii \ mélanges, pratiqués avec discrétion, ne puissent perfoo tionner un rameau par l'autre, une branche parla bran che voisine, les races mêmes entre elles. L'élève et croisement des hommes peuvent donner des résultai satisfaisants tout comme l'élève et le croisement des p geons ou la culture et la greffe des poires. On peut son ger à l'améliornlion de l'espèce humaine comme à colle de l'espèce chevaline, et il serait bon de reprendre la devise antique : Mens sana in corpore sano.

Jusqu'à présent, les races se sont jetées violemment les unes sur les autres, se sont entre-détruites, se sont mêlées au hasard; et, perfectionnement ici, abâlardisst ment là, tout n'a été qu'à l'aventure. La science de l'avenir doit modifier et régler ce chaos; et dans le sein d'une même race, d'un même peuple, les familles en arrive-' ront peut-être, sans ôler au sentiment, dont on ne \)cv'' sup|)riincr le rôle dans la nature, la place qui lui est 1 gitimement due, à ne s'allier que suivant des principi' certains d'hygiène, de progrès pour l'esprit et pour U corps, de perfectibilité générale. C'est une harmonie qui doit s'établir, un concert où chaque voix m donne pas la même note, mais celle que son timbr«3. «on étendue, sa nature, et les modifications que l'art i

pu lui apporter, lui permettent de faire entendre.

Quelques obstacles qui s'opposent à la diffusion des lumières, il n'en faut pas moins porter partout avec nous notre flambeau, pourvu que nous nous bornions à éclairer doucement des yeux habitués aux ténèbres et que nous ne commettions pas le crime ou la maladresse d'allumer un incendie et de perdre sans retour ce que nous prétendions sauver. Le terrain est ingrat : ménageons lui nos semences, sans les lui refuser tout à fait.

Ce dont on doit se défier le plus, ce sont les apparences de civilisation occidentale dont savent se vernir les Orientaux. Il vient ici des Turks, des Egyptiens. Ces gens-là se frottent au monde parisien, s'enfarinent un peu de nos manières et de notre argot, boivent du vin, perdent au jeu, disent du mal de leur pays et se proclament les adorateurs les plus fervents des idées européennes. Allez les voir chez eux : vous les trouverez plus Talars et plus Sémites que jamais. Le gouvernement

vptien, par exemple, envoie à grands frais des jeunes uvns étudier en France, en Angleterre, en Allemagne, le droit, la médecine, toutes les sciences : au retour, ces iii.illieureux sont employés en qualité de conducteurs lit trains, de maîtres d'école ou d'agents de police, ou ivirgués dans la province de Fazoql, après la septième cataracte sur le Nil Bleu, et n'en reviennent jamais. « Il fallait un calculateur : ce fut un danseur qui l'obtint, » dit Figaro. Ces mots pourraient être la devise des administrations orientales. Il n'y a, dans ces sociétés, aucun ■esprit d'ordre, de méthode, de discipline raisonnée : le ; cerveau de ces peuples ne conçoit point d'idées générales. i'Il faut donc se mettre en garde contre les illusions trop i^énéreuses que l'on pourrait concevoir et contre le vain iBspoir d'élever jamais les populations orientales au niveau des nations de l'Europe ou de l'Union américaine.

iienl

Ces considérations m'amènent tout naturellemen donner sur les écoles égyptiennes quelques détails qîï j'ai annoncés jtlusieurs fois.

Au mois d'août 1865, quatre professeurs choisis su la demande du gouvernement vice-royal du Kaire par li conseil d'études et de surveillance de la mission égyP' tienne de Paris, se rendirent en Egypte et furçnt pra|j que aussitôt mis en fonctions aux écoles créées pa; Ismaïl-Pacha à l'Abbassyeh.

J'ai dit il y a longtemps ce que c'est que l'Abbassyeh

II y avait primitivement cinq écoles : primaire, préparatoire, militaire, d'état-major et polytechnique On y a joint en 1865 une école de droit administratif

En 1868, on a transporté les écoles primaire, prépj ratoire, polytechnique et de droit au Kaire, les trois d nières dans un vaste serai appartenant à Moustafa p. cha Fazyl. Les écoles militaires (infanterie, cavaleri» artillerie) et d'état-major seules sont restées au désert En même temps le personnel enseignant et admini tratif de toutes, comme aussi le nombre des élèves a ùl sensiblement dimiimé. La discipline et la surveillanc( déjà fort relâchées et fort insuffisantes, ont été extrême ment compromises, particulièrement pour les école transférées dans les bâtiments d'un harim tout à fai défavorables à l'installation d'un pareil établissemenl 11 est évident qu'à partir de ce changement de domicil et de la diminution du personnel des écoles, la favcu du maître s'est retirée de cette institution de fraîch date et que cette fantaisie vice-royale n'a presque rie conservé de son ardeur première.

Qu'on ne s'étonne point de me voir insister sur cetl question d'instruction publique. Si la régénération d l'Orient était jamais possible elle ne le serait que grâ( à une éducation forte, ou du moins proportionnée et gn

(kielle donnée à lajeunesse.il faut donc examiner quelles sont la valeur réelle des écoles égyptiennes, la nature de l'enseignement qui s'y dispense, la mesure dans laquelle la jeunesse est apte à en profiter pour l'avenir, et enfin les facilités ou les difficultés qu'offrent aux progrès et aux bons résultats de l'éducation publique, le caractère de la race et le milieu social qui en est le produit.

L'Egypte est la patrie du mirage. Sous les dehors les plus brillants, et en même temps les plus trompeurs, les écoles, à leur plus belle époque, n'ont été qu'une triste et misérable parodie, une source de dépenses énormes et improductives. Alors, trois mille quatre cent quatre-vingts enfants ou jeunes gens étaient nourris, entretenus, logés, et recevaient une solde, soit aux écoles de l'Abbassyeh, soit à celle d'Alexandrie. Le budget de l'instruction publique, montant déjà à quatre millions de francs, avait été augmenté du revenu d'un douaire (al-Ouaddy) acheté dix millions par le gouvernement du vice-roi à la compagnie du canal maritime de Suez. L'étranger, en visitant les vastes constructions de l'Abbassyeh, était frappé de l'air d'ordre et de propreté qui régnait dans les classes, dans les dortoirs, dans les cuisines; il contemplait la tenue militaire des élèves; et, si c'était un de ces chauvins français dont le nombre diminue heureusement chaque jour, mais beaucoup trop lentement au gré des gens sensés, il s'extasiait à la vue de cette belle jeunesse menée à la baguette et marchant au tambour. Mais s'il eût prolongé son séjour, s'il eût pu voir le fond des choses, comme les professeurs français appelés à enseigner dans ces établissements, il n'eût pas tardé à changer de sentiment : le vide de toutes ces apparences pompeuses et coûteuses ; l'absence complète de véritable discipline et de méthode ; l'inévitable stérilité de l'institution ; pour tout système

pénal, le bâton appliqué à tort et à travers, sansmesur ni justice : aucune espèce de récompenses, si ce n'e deux froides distributions de prix qui furent présidé* par le vice-roi ; un manque total d'esprit de suite se d^ notant spécialement par l'habitude de déverser à toi instant des groupes d'élèves dune école dans l'autr sans leur laisser le temps d'achever les cours, telles! entre mille, se fussent révélées à ses yeux les marqueirrécusables d'une situation plus digne de pitié que d'admiration.

Rien de plus bouffon, au point de vue de l'ordre auquel nous sommes habitués dans notre Occident, que les us et coutumes du personnel administratif et enseignant des écoles. Aujourd'hui, par exemple, les cinquante élèves d'une classe ont besoin de papier pour écrire sous la dictée. Le professeur fait un bon que l'on porte au bey directeur de l'école. Le bey appose son cachet, et l'on va chercher le papier au magasin. Mais le inagasiniei n'est pas venu ce jour-là. On ne peut ouvrir la porte ni rien prendre sans lui : ce sera pour demain. Ces allées et; venues ont employé les trois quarts du temps de la leçon : voilà une classe perdue. Le lendemain, le magasinier est à son poste et donne le papier. On vient le dis Iribuer; cette distribution dure pendant les deux heures de la leçon, ou peu s'en faut ; quand elle est terminée, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de plumes. On retourne avec un bon chez le bey; le bey est absent. Remise au lendemain. Ce n'est pas tout: le bey annonce qu'il n'y a pas de plumes au magasin et qu'il doit écrire au mi nistèrc. Alors il peut se passer quinze jours, trois semai nés ou un mois, avant que le ministère ait examiné U demande du directeur de l'école, donné l'ordre d'ache ter des plumes, et que ces plumes arrivent à l'école et soient enfin mises entre les mains des élèves.

Un jour, deux des professeurs français vont au ministère pour toucher leurs appointements du mois. On leur dit que le wakil est occupé et qu'il les prie de revenir le lendemain matin. Ils lui font répondre que le matin est le moment où ils donnent leurs cours à l'école. « Cela ne fait rien, réplique le wakil; ils seront dispensés de leur leçon ce jour-là. »

On remplirait un volume du récit de pareilles niaiseries, et les plus disposés à l'indulgence en faveur de l'Egypte et de ses gouvernants, doivent bien convenir qu'il ne faut attendre aucun progrès sérieux d'un système aussi déplorable.

Pourquoi en est-il ainsi, et dans l'enseignement et ailleurs? Pourquoi de si brillants mensonges cachent-ils des vérités si pénibles ? Pourquoi enfin, s'il n'y a point de remède au mal, cette condamnation à la décadence et à la mort?

J'arrive ici à la question fondamentale de la race et du milieu social qui est l'œuvre de la race.

La population de l'Egypte, composée d'éléments multiples et disparates, consiste principalement en un fond sémitique que les couches étrangères à cette essence ont en s'y superposant, fort peu modifié. Laissons de côté le problème de la population ancienne que représentent d'un côté des descendants peu nombreux et d'ailleurs contestables et contestés, les Koples, de l'autre, des types assez fidèlement conservés parmi les fellahouns du Saïd. Ajoutons seulement que, même dans l'ensemble encore mal défini des habitants de l'antique Egypte, *tout le monde est d'accord pour donner à l'élément sémitique une place importante, soit antérieurement à l'invasion des Arabes Hyk-sos, soit par le fait et les conséquences de cette invasion. Pour nous en tenir aux temps modernes, la conquête d'Amrou et la longue domination

des Arabes ont complètement sémitisé l'Egypte. L Tiirks ottomans qui y commandent depuis trois siècl et demi, ont toujours été en trop petit nombre dans pays pour exercer une influence sérieuse sur la nalu de sa population ; et en eussent-ils exercé une, elle n'e pas été contraire à l'état de choses précédent, puis(ju(î ces barbares, latarspar le sang, sont sémites parriskini qu'ils ont adopté sans y rien changer.

Qu'est-ce donc que la race sémitique? Quels sont ses caractères distinctifs? Quelle est sa valeur? Quelle est la destinée qui l'attend?

A l'état de peuples agglomérés, le rameau sémitique est aujourd'hui peu de chose. Dans les pays mômes où il domine, il est, sauf en Arabie, plus ou moins croisé, ijj de sang tatar, là de sang noir, plus loin peut-être sang jaune. L'Arabie n'a guère que six millions d'ha tants. En élevant à trente millions la totalité des Sén tes, juifs, chrétiens et musulmans, répandus sur le glo terrestre, on exagérerait probablement la vérité. Bi des causes diminuent ce nombre tous les jours : les ma vais gouvernements, la misère qui en résulte, les épi mies, l'ignorance, le peu de prix attaché à la vie h maine, la déplorable organisation de la famille, l'insou ciance chrétienne et l'apathie musulmane.

On a reconnu que les races inférieures, soit qu'el aient été détruites violemment par les races supérieur comme la variété rouge de l'Amérique, soit qu'elles mêlent et se transforment au point de n'être plus elle mêmes, soit qu'elles doivent disparaître en vertu dt toute autre cause, sont en décroissance sensible etcons tante. Il en est ainsi des Noirs ; il en est ainsi des Ta tars, tout au moins des Turks Osmanlis; il en est ains des Sémites. Nous ne savons pas assez ce qui se passe ei Chine et au Japon pour nous faire une idée de l'état de;

populations Jaunes. Nous connaissons mieux les Sémites que tous les autres, parce qu'ils sont plus à notre portée et par le rang qu'ils occupent dans l'humanité, puisque, de race blanche comme nous, ils forment seulement dans cette race un rameau plus ancien et moins parfait que celui auquel nous appartenons, et par la proximité relative des pays qu'ils habitent, et par les rapports permanents, et, pour ainsi dire, quotidiens, qui existent entre eux et nous. Eh bien ! il est certain que les Sémites sont dans une phase de dégénérescence que rien ne semble devoir arrêter, que tout précipite, et qui aboutira fatalement, dans la suite des siècles, à leur disparition.

Il faut toutefois s'expliquer. La race est, en grande partie, le produit du climat, ou, du moins, dès le moment qu'elle y dure et s'y perpétue, c'est qu'il y a entre son sang et le climat, une harmonie parfaite.

Si donc le climat où vivent les Sémites ne devait jamais se modifier, il n'y a pas d'apparence que cette race cessât d'exister. Mais rien n'est stable dans la nature ; et, parce que dans notre court séjour sur la terre, nous ne voyons rien changer, il n'en faut pas conclure que rien ne change en eflet. Ce sont précisément les révolutions géologiques et les changements de climat qui en sont la conséquence, qui ont amené les migrations, les diminutions et les destructions des espèces animales et végétales.

Les Noirs ont couvert le globe : à quoi sont-ils réduits aujourd'hui? Les Jaunes, purs ou mélangés, ont débordé à leur tour, puis se sont retirés comme un fleuve rentre dans son lit. Mais de pareils mouvements sont lents, exigent des siècles de siècles, et ?ont insaisissables à un être de passage comme l'homme. C'est tout au plus si, maintenant, la science arrive, en découvrant quel-

ques traces éparses d'un passé qui est tout une éternité à deviner, à reconstruire et à se figurer ce qui a été, qui est et ce qui peut devenir.

Le rôle des Sémites a été grand dans l'humanité, l'origine, ils se sont, eux aussi, répandus sur de vaste! espaces. Ils sont entrés pour beaucoup dans la race complexe des Ibères : c'est peut-être à ceux-ci, en tout cas, à un mélange d'Ibères et de Jaunes où l'élément sémitique, soit seul, au début, par les Kariens, soit anu gamé plus tard avec d'autres, tenait une place impoj tante, que l'Amérique dut sa population avant le cataclysmes qui la séparèrent du monde oriental et II firent oublier pour longtemps. A des époques postérieures, les Assyriens, les Khaldéens^ les Phéniciens, lori Carthaginois et, du vii'^ au xii' siècle de l'ère vulgaire, les Arabes, remplirent l'univers du bruit de leur nom. L'intlucnce des Sémites sur les autres races et même sur le rameau aryan qui leur est supérieur, lut immense et presque toujours funeste. Le sentiment religieux, qu'il communiquèrent aux Aryans, ne peut compter pour un bicni'ait. Il est vraisemblable que nous sommes redevables aux Sémites de l'écriture. Mais combien nous avons perfectionné ce don, et avec quel éclat apparaît ici la profonde ditlérence des deux sangs!

L'esprit aryan considère l'écriture comme un signe matériel de la pensée, un véhicule puissant de la parole, un moyen, et rien de plus ; l'esprit sémitique attribue une valeur hilrinsèque, une existence indépendante, une essence divine à l'écriture et en fait un but. Pour emprunter de vieilles expressions à la schoIasli(|ue de notre moyen âge, l'esprit aryan est nominaliste, l'esprit sémitique est réaliste. Se payer de mots et en payer It autres, prendre et présenter les mots pour des chosea, tel est le propre du Sémite ; voilà ce qui le rend dan*

gereux à l'humanité et le condamne lui-même à périr.

La race sémitique est faite pour le désert, pour l'état nomade. Son représentant le plus vrai, le plus noble, le plus complet, a toujours été et est encore l'Arabe bédouin (beddaouy, en arabe, signifie nomade). Son type héroïque fut Antara, de la tribu d'Abs, qui mourut peu d'années avant la venue de Mohammed et que le prophète regrette de n'avoir point connu. Ce fut parmi les Beddaoua que la langue arabe la plus pure, la plus élégante, la plus élevée, fut parlée, et il n'a pas cessé d'en être ainsi.

Ceux des Sémites qui ont adopté la vie sédentaire n'ont jamais pu la pratiquer qu'imparfaitement, leur naturel de pasteurs et de vagabonds reprenant toujours le dessus. Dans ces conditions, toutefois, ils ont fait un certain progrès et se sont élevés à un certain degré de civiUsation ; mais ils ont bientôt trouvé dans cette voie les limites de leur étroit domaine, et ils n'ont pu aller au-delà. Depuis lors, ils descendent la pente rapide qui les mène à l'anéantissement. Ils le sentent, ils voudraient rebrousser chemin, s'arrêter du moins en route, et ils nous donnent, par leurs efforts impuissants, le spectacle le plus lamentable auquel on puisse assister.,

Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Sémite est un enfant voué à une enfance éternelle. Il fera toujours sérieusement des choses puériles et touchera puérilement î des choses sérieuses. C'est un peuple-femme ayant -eûtes les faiblesses de la femme ; beaucoup plus sensible que raisoimable, craintif, mystique, ami du menionge et du merveilleux, ignorant du droit, nullement ioucicux de la liberté, jouet du caprice et delà fanlaicontcmplatif, indiflôrent, nonchalant, ne connais- I point le prix du tenips, bavard, criard, ergoteur, ' une mobilité excessive, d'une coquetterie achevée.

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plein de dislinclion, de finesse et d'élégance, même sous des haillons, séduisant , aimable, insinuant, caressant, félin, défiant, avide, rapace. Ses qualités et ses défauts, sa constitution physique et morale, le Sémite les doit, comme tous les peuples, à son origine et à la série dei modifications par lesquelles il a passé avant d'arriver î l'humanité et d'y former un groupe distinct. Il les doi en second lieu au climat qu'il habite et au régime d( vie, qui est à la fois la conséquence de sa constitutioi cl celle du climat.

L'histoire naturelle de l'humanité est encore à faire e cette science, que l'on commence à soupçonner, est tro| peu avancée maintenant pour qu'on en puisse rcccvoi un grand jour sur l'origine des différentes races et d leurs rameaux en général, du rameau sémitique en pai ticulier. Pourra-t-on jamais établir d'une manière qu ne soit pas purement hypothétique, à travers quels étal transitoires le Sémite a dû se frayer une voie, dan quelles catégories d'ôlres il s'est plus ou moins arrêt de façon à en retenir des marques plus ou moins acm sées, pourquoi il est prolifique comme le poisson pourquoi il a le nez recourbé comme l'oiseau de proie par quels mélanges, par quelles affinités, ou par qu< suite de triages et de dégagements il s'est fait et est d< meure ce qu'il est, laissant les uns derrière lui, voyant plus tard dépassé par les autres?

(juant au climat, il est, au contraire, bien facile constater rinfluence qu'il exerce. Celui d'Orient est traordinairement énervant. Il est à remarquer que toui les races fortes, 'pour produire ce qu'elles avaient elles et pour monter au faîte de leur grandeur, ont en sortir et chercher des cieux moins bleus, un air pi rude, une nature plus sévère, qui les forçât au travai' la lutte, à la vie. Si merveilleuses qu'elles aient pu éi

que sont les antiques civilisations de la Bactriane, de l'Inde, de l'Eg^^ptc, de l'Assyrie, à côté des hautes et harmonieuses civilisations de la Grèce et de Rome, à côté surtout du grand et beau spectacle que présentent les sociétés modernes des trois derniers siècles et de l'heure actuelle? Dans l'Inde, où elle est restée trèsnombreuse, qu'est devenue la race aryane ? Le climat a fini par arrêter son développement, tandis que ses congénères accomplissaient en Occident toutes les évolutions d'un progrès incessant.

D'un autre côté, les Européens ne s'acclimatent guère en Orient, et, si les colonies des diverses nations de l'Occident s'y maintiennent et s'y accroissent, c'est par le renouvellement des immigrations et nullement par la voie naturelle de la génération. Sous ces climats terribles, la nature inorganique, conservant un pouvoir qu'elle eut avec des limites plus étendues dans les phases antérieures de la vie du globe terrestre, domine encore bien plus qu'ailleurs les espèces animales et jparticulièrement l'homme. Les changements à un pareil jélat de choses ne peuvent être que très-lents, ainsi que nous le disions plus haut.

Le régime, comme le climat, importe beaucoup au développement physique et moral des peuples. Les Orientaux sont, en général, frugivores, et il est constant que espèces frugivores sont moins fortes et moins intel- -entes que les carnivores. Les Sémites, et parliculièreucnt les Hébreux, ont un penchant prononcé pour l'ichlhyophagie ; aussi les maladies de peau les plus horibles sont-elles fréquentes parmi les juifs d'Orient. t.es scrofules ravagent et abâtardissent la population égyptienne.

Ainsi tout démontre la dégénération et la décadence 'l;roissantes de la race sémitique. Celte race a fait au

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monde tout le bien et tout le mal qu'il était en elle d( lui faire, et Ton n'a plus rien à craindre ni à espérer délie

Il faut absolument nous arrêter un instant ici pour répondre à une objection, grave en apparence, qu'on m manquera pas de nous faire, à laquelle nous avons song( dès l'abord, et que nous aurions dû peut-être essayer d< réfuter plus tôt. On nous dira : «En proclamant la diver site et la hiérarchie des races, vous approuvez implicite ment l'oppression des unes par les autres, la réduction i l'esclavage de celles-ci par celles-là ; vous subordonne dans une race un rameau à un rameau, dans un rameai ce peuple à cet autre, dans un peuple, tel groupe d'in dividus à tel autre groupe. Enfin, vous répudiez la li bertc, l'égalité et la fraternité, et votre système condui tout à fait à l'aristocratie, àl'oligarcliie. »

D'abord, il faut bien accepter la nature comme on li trouve. L'égalité plate de l'unisson est une chimère d( conception sémitique ; il n'y a de réel et de producti que l'égalité harmonique de l'accord parfait dont, li race aryane elle-même n'a fait la découverte que bi' tard. Pythagore avait entrevu l'harmonie. Mais tu. resta dans le vague ; rien ne fut appliqué. La grand science musicale est née d'hier, et de provenance exclu sivement aryane. La tonique, la médiante et la doni nante, ])our être échelonnées et ne rendre point même son, ne sont ni diminuées, ni opprimées, ni cton fées l'une par l'autre. Leur harmonie superposée < fait un tout proportionné, fécond et beau. Dans lou les espèces, et l'humanité ne fait point exception, rencontre la diversité, Tinégalité. Il est inconleslal que tout être, quel que soit son mérite individuel, j) cela seul qu'il existe, a des droits primordiaux ot ii prescriptibles ; plus incontestable encore que lo homme, par cela seul qu'il est homme, possède d

droits antérieurs et supérieurs à toute législation positive. Ces droits, qui les a sentis, devinés, trouvés, formulés, proclamés, conquis? La race aryanc seule; et c'est ce qui lui donne une supériorité qu'aucune des autres ne songe à lui disputer, pas même, hélas ! à lui envier. Mais Qst-ce une raison pour elle de les méconnaître dans ses sœurs moins parfaites et moins raisonnables qu'elles? Assurément non. Elle doit se souvenir qu'elle est partie du même point, d'aussi bas que les autres races, et il ne lui est pas permis de les mépriser ni de les opprimer, parce qu'en vertu de leur nature invincible et des obstacles insurmontables que cette nature leur opposait, elles n'ont pas atteint le môme niveau et se sont arrêtées à l'une ou à l'autre des phases qu'elle n'a fait que traverser. C'est au savant et au fort à aimer, à protéger, à élever à lui l'ignorant et le faible. La théorie, que l'on construit avec peine, peut sembler parfois trop absolue ; la pratique doit l'être et l'est, en réalité, beaucoup moins. Qui connaît au juste la limite imposée à. chaque race ? Portons donc partout, c'est un devoir pour nous et un droit pour nos frères moins heureux, la lumière de la civilisation, mais discrètement, pacifiquement, sans parti pris ni esprit de système. Ne prétendons pas.imposer une panacée universelle; laissons chaque peuple comprendre, choisir, adopter ce qui peut lui convenir, et de ce flambeau qui doit éclairer ne faisons jamais une torche qui incendie. La triple et glorieuse devise, qu'on le sache bien, n'aura rien à souffrir d'une pareille manière d'agir. Saluons, aimons la vie dans ses plus humbles] manifestations comme dans ses splendeurs les plus sublimes, dans la plante, dans l'animal, dans les êtres les plus énormes et lumineux qui peuplent l'espace incommensurable. Aimons et respectons l'humanité dans le dernier des Boschismen et des Botocudos comme dans l'a-

ryan du sang le plus pur. Cherchons l'équilibre, travaillons à l'harmonie : nous y arriverons par l'amour, et c'est ainsi que nous entrerons dans les voies de la nature, que nous concourrons à l'accomplissement graduel des transformations réservées aux espèces, et que nous aiderons à notre développement, à l'amélioration de notre race et à sa continuelle ascension vers un état de plus en plus parfait.

On parle d'aristocratie. Il en est une qui est la négation de toutes les autres, et qui est la seule naturelle, légitime, bienfaisante et éternelle : c'est l'aristocratie de l'intelligence et de la science. C'est à elle, en réalité, qu'a toujours appartenu et qu'appartiendra toujours la direction des destinées de l'humanité. Celle-là, tout le monde peut la discuter, l'examiner, la retourner de tous les côtés: elle n'a qu'à gagner aux investigations le plus minutieuses. Chaque jour, à chaque instant, elle est tenue de faire la preuve de tout ce qu'elle avance, cl elle la fait, et son pouvoir est en raison directe do la véj rite, de la clarté et de la solidité de son enseignement Elle n'a jamais fait couler de larmes ni de sang, et ne retranche pas dans des forteresses hérissées de canons j sapientum templa serena, les retraites de la scient sont paisibles. Chacun n'y vaut que par soi-même. EU^ se fait toute à tous, ne s'accorde pas un moment de re pos, cherche, cherche sans cesse, trouve souvent, donne à l'humanité une grandeur, une gloire et unj félicité toujours croissantes.

Revenons à nos Sémites.

Ceux d'Egypte, comme j'ai eu occasion de le dire plus d'une fois, sont de véritables moulons, tondables et bàtonnables sans trêve ni merci, humbles et doux jusqu'à la lâcheté. Cette funeste douceur qui, en grande partie, vient du climat, se fait sentir jusque dans les animaux.

Pour ne citer que deux exemples, le buffle, si terrible partout ailleurs, se laisse, en E^gyptc, monter et conduire par des enfants de quatre ans, et le sanglier so laisse chasser et tuer avec une extrême complaisance.

Sur un peuple aussi mou, toutes les dominations ont pu s'établir sans peine et se maintenir sans effort. C'est du dehors seulement que leur sont venus l'obstacle et la ruine. L'antique Egypte avait dépensé toute son énergie à se défendre contre les Perses et à tâcher de les expulser. Elle y succomba, et il ne lui resta plus de force contre les invasions nouvelles dont elle fut à la fois la victime résignée et impassible : les Grecs succédèrent aux Perses, les Romains aux Grecs, les Arabes aux Romains, les Turks aux Arabes; l'Egypte, piétinée par tant de conquérants, assista à sa honte comme à un spectacle dont elle eût été tout à fait désintéressée; tout au plus a conquête musulmane fût-elle aidée par la haine. religieuse des Koptes contre les Romains. Aujourd'hui, les lurks, faibles et peu nombreux, sont détestés eu Egypte : eur autorité cependant n'y court aucun danger. Qu'un »'ice-roi rêve l'indépendance de sa dynastie et trouve au lehors des appuis pour l'aider à s'affranchir du tribut ju'il paie au sultan : les Égyptiens le regarderont faire it ne s'en mêleront pas. Qu'une puissance européenne 'empare de leur pays et détruise à la fois l'autorité du uzerain et celle du vassal pour y substituer la sienne : es Egyptiens ne défendront ni le sultan ni le khédive, somme on dit aujourd'hui. Ne sont-ils pas moslemoun, ;'est-à-dire résignés à la volonté divine? Qu'importe, )ense le fellah, semblable à l'âne de la fable, qu'im- )orte de quel maître je sois l'esclave, puisque je dois oujours porter mon bât? Clitellas dum portent meas ?

Quelle organisation sociale peut donc être enfantée jar une pareille race ? Une organisation bien simple :

cette sorte de communisme sauvage et brutal que pré sente l'esclavage de tous sous la tyrannie d'un seul. Er Egypte, il n'y a rien hors de l'État, et l'État, c'est h prince. Le commerce extérieur de l'Egypte n'est pa très-considérable, et la plus grande partie n'en est pa aux mains des indigènes. L'industrie est nulle, ou pei s'en faut, et, si ce pays a brillé à l'Exposition universell de 1867, c'a été, comme je l'ai déjcà fait remarquer, pa les envois du musée archéologique de Boulaq, par lo produits d'une industrie qui florissait sur son sol il y quelque quatre ou cinq mille ans, la statue du ri Ghoufaou, et les bijoux de la reine Aah-Hotep. Il n'y donc pour la jeunesse d'autre carrière que celle du se vice de l'État, c'est-à-dire de Son Altesse. Mais Son A tesse est très-capricieuse. Elle appelle, pour la montr des professeurs européens. Elle envoie, pour la païad des jeunes gens étudier à grands frais le droit et la m decine en Europe : au retour, cette élite des Egyptien en sera la plus malheureuse portion, la plus suspecte au maître pour les idées européennes dont elle aura pu être plus ou moins imbue, la plus exposée à être envoyé' en exil, aux galères, ou à la mort, ce qui est tout un. Ceux qui échappent à ce cruel traitement ne seront guère mieux partagés : ceux qui auront étudié la médecine seront mis dans la marine, tandis que des cuisiniers pourront, devenir médecins; ceux qui auront apporté de Paris le diplôme de licencié en droit seront employés dans les télégraphes, à la police, ou aux ch mins de fer.

11 faut dire aussi que l'intelligence des indigène même dos mieux doués par la nature et des plus cultiv par l'éducation, n'est guère favorable à l'élévation d niveau général des esprits et à une renaissance sérieu de la civilisation sur les bords du Nil. J'ai remarqué p

tout, et particulièrement aux écoles, que l'intelligence des jeunes Egyptiens est assez développée, assez vive, et paraît assez susceptible de fécondation vers l'âge de quinze ou seize ans. Dès qu'ils ont dépassé cette limite, leur intelligence se rétrécit, s'alourdit, se stérilise, et l'on n'en peut plus tirer grand'chose. Ils achèvent ainsi leur vie dans une sorte d'abrutissement relatif. Ce recul de l'intelligence devant le progrès de l'âge s'explique sans doute par les mœurs, par l'éveil prématuré des sens et la satisfaction légale et publique qui leur est donnée. Il n'est pas rare de voir un élève, qui ânonne le h, a, ha dans une école préparatoire, polytechnique ou administrative (ces noms pompeux ne sont que de vaines étiquettes), sortir le vendredi pour aller voir dans son harim ses deux femmes et ses trois ou quatre enfants. On pourrait encore trouver à ce phénomène une autre explication tirée d'une loi naturelle qui semble marquer la limite extrême, le nec plus ultra àe chaque race, de chaque espèce, dans la route du progrès. Peut-être Inil-on appliquer aux diverses races humaines inférieuà la race aryane, ce qui s'observe dans les espèces umiennes anthropoïdes.

« ... S'il est vrai, dit M'"^ Clémence Royer dans son

.rès-remarquable livre ;de Y Origine de Vhomme et des

'étés, que les transformations ou phases de la vie

l'Iiryonnaire nous retracent les phases correspondantes

liucourucs par l'espèce elle-même, nous devons croire

j[ue, tandis que la race humaine a progressé constam-

ïientvers un type de plus en plus élevé, l'espèce des

I rangs a suivi à travers la suite des âges, au contraire,

lie évolution rétrograde qui l'a fait redescendre vers un

vpe de plus en plus bestial, et qu'à une époque plus ou

loins reculée, les ancêtres de l'orang étaient plus rap-

I roches du type humain qu'aujourd'hui.

« Ce fait est du reste loin d'être particulier à l'orang, mais paraît être une loi très-générale chez les grands singes anthropomorphes, le gorille, le chimpanzé surtout, qui tous subissent également vers l'âge atlulle une sorte de métamorphose rétrogressive ; c'est-à-dire que, chez ces genres, tandis que le crâne s'arrête dans son développement vers l'âge adulte, les parties de la face et la mâchoire surtout, continuent de s'accroître, de manière que, le crâne facial prédominant de plus en plus sur le crâne cérébral, l'angle facial subit avec les années une diminution sensible et continuellement croissante. La môme transformation rétrogressive s'effectue dans leurs facultés mentales, dans leurs instincts. Ainsi, tandis que le jeune orang, le jeune chimpanzé, même le jeune gorille, sont doux, dociles, éducables, dès qu'arrive l'âge adulte, ils prennent un caractère sauvage et féroce, répondant à une physionomie de plus en plus brutale et repoussante.

« Le petit du singe diffère donc beaucoup moins do l'enfant, que le singe adulte ne diffère de l'homme ; o' les crânes de jeunes singes, même d'espèces considéré comme inférieures et comme bien éloignées de l'homr à l'âge adulte, peuvent donner un angle facial supérie à celui qu'on observe chez certains représentants de l'es^ pèce humaine 1... »

Ou'on ne pense point qu'en faisant cette citation, j( veuille me donner le malin plaisir de comparer plus oi moins spiiitucllemcnt les jeunes Egyptiens ou les jeune.' Turks à de jeunes singes, orangs, chimpanzés ou goril les. Ma pensée est plus sérieuse, plus scientifique; et en constatant dans l'intelligence et aussi dans le typ< physique de races inférieures à la race aryane, telles qu

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