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les races sémitique et tatare, un arrêt de développement qui se produit à une certaine époque de la vie des individus, je crois pouvoir tirer de ce que la nature, partout identique et constante à elle-même, opère dans quelques espèces, des conclusions légitimes ou, tout au moins, des analogies vraisemblables pour toute la série des êtres.
Loin que les Orientaux aient conscience do leur infériorité ethnique ou individuelle, ils sont, au contraire, comme tous les peuples chez qui la sauvagerie, plus ou moins mal barbouillée d'un badigeon européen, domine écllement, pleins d'une vanité excessive qui déborde ans toutes leurs actions, dans toutes leurs manières, ans toutes leurs coutumes.
C'est uniquement par vanité et avec le cachet de puériité qui marque le caractère oriental que le vice-i'oi 'Egypte Ismaïl-pacha, s'est engagé dans une politique ans issue, à l'égard de la Porte, prodiguant les millions u'il tire de ses sujets à force de coups de bâton pour ayer à la Turkie des litres insignifiants et des fîrmans mtastiques, demandant ridiculement une indépendance u'il n'a ni le courage ni la force de conquérir, cousant vec du fil blanc des intrigues misérables qu'il a la faille de prendre au sérieux, reculant devant sou suzerain fec une platitude qui n'a d'égale que la présomption ^ec laquelle il s'était avancé, se donnant, comme n'im- }rte quel prince européen, le luxe de faire attenter à s jours, et, pour comble de folie, haussmannisant, la Ile des Mille et Une nuits.
C'est par vanité que les Egyptiens n'accomplissent aum acte de la vie sans y associer le public et y mêler lelque cortège. On circoncit un enfant: la malheureuse itlte victime, couverte d'oripeaux, est promenée sur un levai en grande pompe et au son des instruments par
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toute la ville. On marie une fille: on l'enveloppe et on ficelle dans un châle rouge qui lui enlève la vue et respiration, et, dans cet appareil, on la conduit de n en rue, sous un dais en mousseline rose, guidée dans s marche aveugle et chancelante par deux vénérables m trônes, toujours au bruit des instruments les plus sa' vages ; de temps en temps, le cortège s'arrête, et d hommes, les premiers venus, se livrent à une sorte d' crime avec de longs bâtons. Tandis que la fiancée ei ainsi fêlée, le fiancé fait de son côté une promenade an logue entouré de ses amis. Il a eu soin auparavant faire placer sur des chariots tous les objets mobilie qu'il apporte à la communauté, diwans, coussins, ma las, fanons ou lanternes, coffres peints, tapis, ustensil de cuisine, etc., et de faire parcourir à tout ce ménage long itinéraire, afin que chacun puisse avoir une idée sa richesse. Les beys et les pachas ne dédaignent pi genre de cérémonie, et j'ai vu parfois vingt-cinq ou 1 1 chariots ainsi chargés, étaler aux yeux des passants . his, les trésors de tel ou tel personnage. Dans les mari^ ges riches, la promenade de la fiancée se fait en voitu le véhicule où se trouve l'héroïne de la fête est toujo recouvert d'un cachemire. Un orchestre assQurdiss ouvre la marche.
Vain et puéril, le caractère oriental, sémitique, ara est, par une conséquence naturelle, extrêmement niohi Les pays d'Orient étant livrés à toute la brutalité r despotisme, que l'on appelle, par un euphémisme récc le gouvernement personnel, il suit de laque rien n'y stable, que tout y est fantaisie, caprice, bon plaisir, que la vérité d'aujourd'hui n'y est plus celle d'hier eln* sera pas celle de demain.
De tout temps, l'Egypte a passé par l'alternative dï vaches grasses et des vaches maigres. C'a été, de 186!
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à 1868, le tour des vaches maigres. On dit que depuis ce temps les vaches grasses sont rentrées en scène, mais timidement, et pour ne se montrer qu'un instant.
Il y a quelques années, à la faveur de la guerre civile qui déchirait l'Union améjicaine, la culture exagérée du coton produisit en Egypte une prospérité exorbitante, factice, et, par cela même éphémère. Naturellement, tout atteignit bientôt un enchérissement extraordinaire ; une spéculation éhontée porta les choses à l'excès, et les objets de première nécessité comme les objets de luxe, furent véritablement hors de prix.
L'intensité de ce mouvement anormal était encore accrue par l'affluence considérable de population qui se ruait au grand travail du percement de l'Isthme.
En 1864, une épizootie fit périr huit cent mille têtes de bétail dans toute l'Egypte ; en 1865, le choléra éclata. Les difficultés de la vie matérielle augmentèrent encore. !llais, par suite de l'apaisement de la lutte en Amérique, es cotons égyptiens perdaient rapidement de leur importance et tendaient à retomber dans la paisible obscurité d'où les avait tirés un événement imprévu. Une crise commença, grandit pendant longtemps, et eut des effets désastreux.
Tout est relatif. Si la fièvre du coton et la fureur des spéculations hasardeuses n'avaient pas saisi l'Egypte, n'étant pas montée si haut, elle ne serait pas descendue si bas ; il n'y eût pas eu, à proprement parler, de crise, t le pays n'eût eu à souffrir que des maux qui lui vienlent de son détestable gouvernement et de son admi- Dislration dévastatrice. C'est là sa plaie permanente et incurable. Encore une fois, chez les peuples de race sémitique et chez ceux de race tatare, la conscience vraie du juste et la notion exacte du droit n'existent pas. Les dées de faveur, d'arbitraire, de grâce, en tiennent la
place, et, clans les bibles que ces peuples ont produilei ou adoptées et d'où découle leur civilisation, on ne trouv( pas autre chose. 11 ne faut jamais perdre cela de vu( quand on s'occupe de l'Orient.
Les faits de chaque jour sont d'ailleurs de nature à h rappeler à tout le monde, et particulièrement aux Européens qui ont des rapports d'affaires avec le gouverne ment égyptien. Il est bien rare que, dans de tels rap ports, on n'ait pas à souffrir des désordres et de l'incurii des administrations orientales, et de la mauvaise fo turke ou arabe, fides punica, à propos de tout ce qu n'est pas stipulé par contrat, sans contestation possible On n'a que l'embarras du choix pour citer des exemples
A l'époque où Nubar-pacha était ministre des travau:* publics, une grande maison de Paris, qui avait traita avec la direction des ponts et canaux d'Egypte fpoui la construction de différentes machines, de portes d'écluses, etc., eut fortement à se plaindre de l'indolence et du mauvais vouloir du gouvernement égyptien, Il y avait à régler une misérable somme de dix-sept à dix-huit mille francs. Les lenteurs calculées de l'ad nistration impatientèrent le représentant de la mai française qui menaça de faire suspendre les travaux, n'en tint compte, et l'affaire n'avança point. Il fit s pendre comme il l'avait annoncé ; on se montra surp mécontent. Il fixa un délai après lequel il renverrait Europe le matériel de construction; on n'y voulut pn croire, la somme ne fut pas payée, et le matériel rcp le chemin de la France. Comme il s'agissait de pori Ifc'écluses sur le canal Makhmoudyeh à Alexandrie, dommage causé par l'interruption des travaux était con sidérable, et le vice-roi prétendit qu'il y perdait trok mille francs par jour. A qui la faute en était-elle? J'ai parlé dans une de mes lettres de llalim-pachi»
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oncle de vice-roi et son ennemi acharné. Le récit des actes de mauvaise foi de cet homme rempHrait des volumes. Sa réputation à cet égard était tellement bien établie en Egypte avant son expulsion de ce pays qu'un encadreur ne voulut jamais redorer pour lui un cadre sans régler auparavant la commande et le prix par un contrat. Il y a environ six ans, il entra en relations avec un peintre français d'un talent distingué, M. F.-A. Clément, qui était venu passer trois ou quatre années en Egypte, l'y retint, lui fit des commandes de tableaux dont l'exécution devait absorber quinze ou vingt ans de la vie d'un artiste, l'installa dans une de ses maisons à l'avenue de Choubra, luifit construire un atelier provisoire en attendant l'atelier définitif dont il avait demandé et reçu le plan, et confirma ses commandes dans plusieurs lettres qui portaient pour suscription : A Monsieur Clément, peintre cV histoire de S. A. Halim-pacha. Malgré tout cela, un beau jour, l'honnête prince arrête tout travail, nifî effrontément toutes les commandes qu'il a faites et dont l'artiste a les preuves en main, et lui refuse tout paiement et toute indemnité pour les frais qu'il a déboursés, pour les dettes qu'il a contractées, pour son avenir qu'il a engagé au service de la capricieuse altesse. L'affaire est aujourd'hui soumise au jugement du 'tribunal civil de la Seine '.
l*our compléter le portrait de Halim-pacha, ajoutons
tjue cet individu, qui est franc-maçon, a déclamé ré-
I liment, dans une loge de Stamboul, en faveur de la
>t;rté, de l'égalité et de la fraternité, et a donné ainsi
Il 1. Le prince a perdu depuis en première instance et en appel; mais il ne veut pas payer à M. Clément la somme à laquelle il a ■ condamné et le gouvernement de l'ordre moral n'a pas eu us -z d(i prestige pour faire exécuter les arrêts de la justice français '.
le spectacle d'une ridicule parade à laquelle des niais ou des fripons peuvent seuls se laisser prendre ou feindre d'ôtre pris. On vient d'arrêter, à Stamboul aussi, un secrétaire de Halim, un certain Papon', escroc de la plus dangereuse espèce qui se cachait sous le brillant pseudonyme de marquis de Sart. Le maître n'ignorait pas les antécédents du secrétaire, et un personnage italien ; considérable lui avait donné à ce sujet des renseignements i et des avertissements dont il n'avait pas tenu compte. En général, les princes, orientaux ou occidentaux, préfèrent d'adroits misérables, qui ne leur refusent aucun genre de service, à d'honnêtes imbéciles qui ont scrupules gênants.
Y a-t-il à s'étonner qu'avec de tels éléments sociaux et de pareils errements le gouvernement égyptien ail été contraint à payer en quatre ans, soixante-douzr millions d'indemnités? Mais qu'importe? l'Egypte ■ -I riche ; et la machine pneumatique que l'on appelle un|| gouvernement continue à pomper l'air et les sucs vitaux du pays. L'Egypte, cependant, agonise et râle, et l'oi pompe toujours. Ces maladroits finiront par tuer poule aux œufs d'or. Et après ? Après il viendra do tou nécessité une puissance européenne qui galvanisera li morte, qui la ressuscitera à son profit, pansera » plaies, et la morte ne s'en plaindra pas. Le peu de sonnes intelligentes que l'on compte parmi les indigèiîis* sont toutes de cet avis et aspirent à une domination ropéenne. Les Turks sont depuis longtemps jugés et condamnés. Les Arabes, ou, si l'on veut, les Egyptiens, sentent la décadence irrémédiable et l'impuissance absolue de leur sang mêlé, abâtardi, usé. Il ne reste d' poir qu'en l'Europe.