Voir le journal U Peuple du 12 juin
Mais qui viendra d'Europe ? La France ? Ah ! Elle serait la mieux venue, la plus joyeusement accueillie dans e pays. Son passé, ses traditions, son intérêt, tout la îouvierait à une prise de possession facile et avantaçeuse. Mais après qu'elle aurait débarqué avec tambours ît trompettes, le sabre à la main et le plumet en tête, iprès que tout serait fini, conquis et pacifié, elle nevou- Irait lâcher aucun de ces accessoires ; pour aller, venir, )oire, manger, dormir, elle garderait imperturbablenent son plumet, son sabre, ses trompettes et ses tamitours; et tandis que, pour veiller au salut et à la conseration de l'Egypte, il suffirait de deux hommes et de la loitié d'un caporal, elle ferait de cette terre si douce à DUS ses conquérants une caserne, un camp, et, tôt bu ird, comme de l'Algérie, un théâtre de misère, de faine et d'anthropophagie. Ou, pour qu'il en fût autrelent, il faudrait que la France se délivrât de beaucoup î choses et de quelques gens.
L'Angleterre! L'expédition d'Abyssinie, si bien menée, lestement faite, si heureusement terminée, Tamise en çypte sur le pied d'une influence prépondérante. Si le puissance européenne doit s'établir en Egypte, et la est fort vraisemblable, toutes les chances, dans actuel du monde, sont pour l'Angleterre S puisque nce, telle qu'elle est aujourd'hui, ne peut, ni apment ne veut se mpttre en avant. Au temps de édition dirigée contre Thadi'os, les Anglais agist en maîtres dans les États vice-royaux d'Ismaïl- Iia. Au mépris des traités de 1840, des corps de iipes anglaises traversèrent en armes l'Egypte d'Aledrie à Suez. Dans cette dernière ville, le gouverneur
Les événements de la tiu de Tanuée 1875 ont donné pleinet raison à ces prévisions.
égyptien ayant, après en avoir référé au Kaire, refust d'ouvrir un magasin au commandant anglais, ceiui-c fit venir quelques-uns de ses hommes, leur ordonnî d'enfoncer la porte et prit possession de l'endroit sans plus de cérémonie. Autre fait : le gouvernement égyp tien devait à des mécaniciens anglais pour indemnité oi à tout autre titre une somme de cinq mille livres sterling ; le payement, comme toujours, se faisait attendre Le consul d'Angleterre n'hésita pas à saisir d'abord, dans la caisse de V Oriental and pcninsularcompany, une somme équivalente qui appartenait au gouvernemcr.t égyptien, et informa ensuite ce dernier que les mécaniciens étaient payés. Enfin la Grande-Bretagne i gardé l'hôpital fortifié qu'elle avait construit à SuA pour les besoins de l'expédition d'Abyssinie. ViennenI des complications orientales ou occidentales, elle éten dra la main 'sur toute lÉgypte et se l'appropriera., en attendant. Il n'y aurait rien d'étonnant ù ce qut l'Angleterre, aujourd'hui protectrice acharnée de l'Kni pire ottoman et amante passionnée du statu quo, chaii' geât de visée, et se montrât plus traitablc si, d'une mp.-. nière quelconque, elle devenait maîtresse ou arbiti'i des destinées de l'Egypte. Elle pourrait alors fermer Ii.l yeux sur ce qui se passerait à Stamboul et sur le Dii: nube, laisser la Grèce achever sa renaissance, la Uusg asseoir sa suprématie, l'Italie se développer, l'AulricJ^ chercher là comme partout des compensations, peut-être les y trouver davantage, les Etats-Unis, i gurer leur politique européenne, la Prusse, à la fave de tous ces événements, poursuivre et consommer \\ complissement de son œuvre, et la France... Fai croire qu'ayant sur une joue reçu le soufÛet de 1 elle consentirait à tendre l'autre joue pour en recev< un mille fois plus honteux et plus violent?
La Gazette de France s'émouvait, il y a quelques mois, sur la foi d'un article et d'une correspondance de la Gazette du midi, de l'influence sans cesse croissante de l'Angleterre en Orient et particulièrement en Egypte, à propos du canal maritime de Suez. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous sommes édifiés sur le triste état de l'influence française en Egypte et sur l'insignifiance de la politique du gouvernement des Tuileries en Orient. Il y a déjà longtemps que nos consuls généraux à Alexandrie sont au-dessous de leur mission, et c'est là le moindre reproche qui puisse leur être adressé. D'un autre côté, rien n'égale la nullité des résultats produits par la mission militaire dont les débris sont encore, à ce que je crois, dispersés au Kaire ou à Alexandrie. Dans un tel état de choses, le champ a été laissé complètement libre aux Anglais, et il n'y a pas à s'étonner qu'ils en aient profité.
Le correspondant alexandrin de la Gazette du Midi, cité par la Gazette de France, après avoir énuméré les divers avantages concédés ou sur le point de l'être à la Great oriental Company relativement à l'Egypte, s'exprime ainsi :
« Ne croyez pas que les projets de l'Angleterre s'arrêtent là. On dirait qu'elle prend à cœur d'enlever à la France et à sa colonie algérienne toutes les chances de profits que leur ofl'rait le percement de l'isthme.
« La côte de la régence de Tripoli, qui s'étend entre a Tunisie à l'ouest et l'Egypte à l'est, possède plusieurs refuges contre les mauvais temps, mais tous en face i'une terre déserte. Vos marins qui fréquentent ces pa- 'agcs connaissent bien la rade de Bomba et surtout le x>rt naturel de Tobrouck, vaste bassin très-sûr, d'un iccès facile ci accessible aux navires du plus fort ton- "tge.
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« Tobrouck est aujourd'hui une misérable bourgade qui ne compte certainement pas plus de cinquante familles, vivant exclusivement du produit de la pêche, et toutes dans un état de très-grande misère. Un firman du sultan vient d'autoriser, vous le savez sans doute déjà, le bey de la régence de Tripoli^ Ali-Riza-Pacha, à faire de Tobrouck un établissement maritime de premier ordre. La ville est érigée en chef-lieu d'arrondissement et son port est àécXaré port- franc.
(( Pendant dix ans, les familles qui viendront s'établir à Tobrouck seront affranchies de tout impôt et recevront en outre gratuitement du bétail pour la culture des terres, des semences, les matériaux nécessaires pour construire des maisons et leur nourriture pendant la première année.
') Ali-Hiza-Pacha, qui est un homme actif et intelligent, doit se rendre très-prochainement sur les lieux pour ordonner lui-même la construction d'un lazaret, d'une caserne et d'un arsenal maritime.
« Eh bien ! tout cela est fait à l'instigation encore d the Great Oriental Company^ qui compte s'établir ù Tobrouck.
« La position de cette ville est non moins importante pour l'Angleterre, au point de vue politique et maritime, qu'au point de vue commercial. Tout le commerce du Ouapay s'y rendra de préférence à Bengazi et à Tripoli (de Barbarie), et une fois que les Anglais y auront pris pied, ils sauront bien y attirer aussi les caravanes d l'intérieur de l'Afrique.
« Ainsi, comme situation, comme refuge et commo place de commerce, la création de Tobrouck ne jieul que miire à l'Algérie et assurer aux Anglais une intluence très-grande dans la Méditerranée et sur la cote septentrionale de l'Afrique. »
Assurément, il y aurait dans tout cela de quoi préoc^ cuper les hommes d'État français, si la France actuelle avait des hommes d'État. Mais nos politiques n'ont aucun souci de pareilles choses.
S'occuper de colonisation, de commerce, de grandes voies de communication, d'influence pacifique, cela est bon pour des idéologues, pour des utopistes. Ce qu'il faut, c'est entretenir à grand renfort de milliards un personnel et un matériel destructifs, suffisants, pour effrayer, pour écraser les ennemis du dehors et ceux du dedans. Nos politiques ne connaissent que la civilisation à coups de canon, et la devise de leur système, c'est ;
« Le SABRE, le SABRE, le SABRE de mon oncle! »
Qu'on ne s'y trompe point : je no demande en quoi que ce soit l'intervention gouvernementale : les gouvernements n'interviennent que trop. Pour la grande œuvre du percement de l'isthme de Suez, par exemple, une compagnie a été formée. Tout a été spontané. Un Français a donné l'impulsion ; d'autres Français se sont
tupés autour de lui; la science, le travail, l'industrie,
ir^ capitaux ont réuni leurs efforts : c'est une gloire
'toute française, et une des plus grartdes de ce siècle
Ipour notre pays. Est-ce tout ? Et faut-il se borner là ?
1 Certes non. Sur les champs de bataille du commerce comme sur les autres, il ne suffit pas de vaincre, il faut savoir profiter de la victoire. Dans l'état actuel des choses, n'aurons-nous pas tiré les marrons du feu pour d'autres? Si toutes nos forces vives, notre sang et notre )r sont consacrés au maintien stérile et funeste de la ^aix armée, si toute notre activité est concentrée dans jette politique étroite, aveugle et paralytique, que nous 'eslera-t-il de ressources et d'énergie pour lutter avec le
monde entier sur le terrain de la civilisation pacifique?
Une remarque, en passant : la confusion que l'on a introduite dans nos idées et dans noire langage est telle que je viens d'être contiaint d'accoler deux mots, civi/isation elpaci/iqiie, dont rapprochement forme un pléonasme pour tout esprit sensé. Il était réservé à l'époque impériale d'inventer la civilisation militaire.
Pour en revenir à mon propos, il est déplorable de voir à quel point les forces de la France sont mal employées. Si le budget ne s'élevait pas à deux milliards et plus, si l'on n'exigeait pas des contribuables des sacrifices aussi énormes, si le capitaliste, l'industriel, le commerçant n'étaient pas toujours placés entre la terreur d'une conflagration générale et les appréhensions d'un bouleversement intérieur, si la liberté de la nation assurait sa tranquillité et sa prospérité, alors, délivrés de toute inquiétude, les yeux se tourneraient vers les horizons lointains. Le génie de la France se développerait dans le sens de la paix et des grandes eatreprises industrielles et commerciales; son activité se porterai^ vers l'exploitation de richesses inconnues et la créatio^ de richesses nouvelles. Nous prendrions enfin en Orient en Occident, partout, une place digne de nous; noi pourrions espérer l'admiration et provoquer l'imitatioi du monde par le rayonnement de notre civilisation, notre littérature, de nos beaux-arts, par l'exemple noire infatigable production dans toutes les branches d^ travail humain, et c'est alors vraiment que nous poui rions nous appeler sans outrecuidance la grande m tion. Ce sont là des batailles et des victoires qui coûteront ni larmes ni sang ; dos luttes où il n'j aura, à vrai dire, ni vainqueurs, ni vaincus, où, moins, les vaincus partageront avec les vainqueurs butin de science et de civilisation que chacun de ces pacî
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fiqiies tournois accroîtra pour l'humanité tout entière.
Rien ne peut mieux hâter un pareil résultai que l'ouverture pi'ochainc de la grande navigation dans le canal maritime de l'isthme de Suez. Ce que j'ai dit des races orientales suffit pour conclure à leur impuissance de jamais profiter dans une mesure sérieuse et considérable des immenses avantages du mouvement industriel et commercial qui se prépare. Tous ces avantages seront, pour la plus grande part, il n'en faut point douter, le prix de l'intelligence et des efîorts de l'Occident. L'Egypte, particulièrement, assistera en témoin à ce spectacle, ou n'y jouera du moins qu'un rôle très-secondaire. On parle de faire d'Alexandrie un port magnifique, excellent, abordable sans le moindre obstacle à tous les navires. A quoi bon? Alexandrie ne sera plus sur la grande route du commerce; l'héritage de cette place appartient désormais à Port-Saïd.
Et le Kaire? Quelques touristes iront encore le visiter comme la merveille fantastique de l'Orient, si toutefois le vice-roi ne pousse pas trop loin la manie d'éclairer au gaz Giafar, de percer des boulevards pour Aboul-'-l-Haçan, et- de convier Mesrour et Sindbad à voir la BcUc- Hélène ou Barhe-Bleue. Mais quelles affaires se feront maintenant au Kaire? Déjà la malle de l'Inde ne passe plus par cette ville. Suez est destiné à hériter du Kaire comme Port-Saïd d'Alexandrie. Encore cet héritage ne scra-t-il jamais qu'un transit; rien n'ira au cœur de l'Egypte dont l'industrie, je le répète, est à peu près nulle, et qui ne possède guère de matières premières à iîxporter.
Il y a plus. S'il pouvait arriver que, le canal une fois en exploitation, et la Compagnie se dissolvant après les cinquante années fixées par les traités, l'Europe se désintéressât de l'administration et de l'entretien de la
voie, et que le soin en retombât uniquement à la charge du gouvernement indigène, on peut être assuré que la désorganisation tinancière et matérielle serait bientôt complète, et que le canal ne larderait pas à être ensablé et rendu impraticable à toute espèce de navigation.
On voit par tout cela combien on aurait tort de s'intéresser aux querelles d'Ismaïl-Pacha avec Abd-al-Aziz- Khan, du vassal avec son suzerain, et de prendre parti pour n'importe lequel des deux. L'Egypte ne gagnerait certainement rien à être indépendante sous le Khédive et ses héritiers : au lieu d'une Turkie dont les parties mal englobées l'une dans l'autre se désagrègent peu à peu, on en aurait deux juslaposées et dans un égal état de caducité et de décomposition croissantes.
A Constantinople et au Kaire, la question est la môme. Le Tatar, le Turk, l'homme du plus bas rameau de la race blanche, Abd-al-Aziz-Khan ou Ismaïl-Pacha, y est maintenu par les appréhensions que donne à l'Europe l'ouverture en perspective de la succession et par la certitude où l'on est des funérailles sanglantes qui suivront la mort du malade. Quelqu'un a dit que si le Turk sortait de Stamboul il faudrait y en mettre un de bois. Mais Turk de chair ou Turk de bois ne sont que des expédients sans aucune garantie de durée et' de sécurité, sans aucune valeur devant le droit et la justice, et la politique d'expédients a fait son temps partout. Le moment est venu de regarder le sphinx en face et de résoudre l'énigme. Demain, si ce n'est aujourd'hui, le molibond passera de vie à trépas. La France est-elle faite pour être toujours le médecin des morts, à Constantinople comme à Rome, à Yeddo comme à Mexico?
Depuis tantôt vingt ans, nous avons renié toutes nos traditions, rebroussant chemin sur la grande roule de la Révolution, faisant deux pas en avant, reculant de
quatre, trompant tout le monde et nous-mêmes, ballottés à l'aventure, sans carte, sans boussole, et sous un ciel dont les astres sont éteints ou voilés d'épais nuages. Tandis qu'en Occident nous faisons l'expédition de Rome pour restaurer le pape, puis la guerre de 1859 pour commencer l'Italie, que nous laissons à la Prusse le soin et la gloire d'achever, puis une seconde expédition de Rome en faveur du pape ; en Orient, nous oublions que nous avons autrefois tendu la main à la Grèce et puissamment aidé à la résurrection d'un peuple frère, pour aller étourdiment défendre les Turks, qui sont à peine nos arrière-cousins, et, de gaieté de cœur, nous abandonnons là à la Russie, comme à la Prusse en Italie, tous les lauriers et tous les profits de la fin. C'est une nouvelle édition des fautes de 1840, revue, non corrigée et considérablement augmentée et aggravée.
Avec cela, nous nous proclamons, et cependant il n'y a pas de quoi s'en vanter, les protecteurs des chrétiens d'Orient. 0 funeste vanité des mots ! Cette expression de chrétiens d'Orient est un non-sens. Elle accouple sans discernement les races les plus opposées, étale les disparates les plus choquantes. Si l'on veut faire de la politique vraie, sérieuse et durable, il ne faut pas diviser les populations selon leur culte, sous peine d'être exposé aux plus étranges confusions. Il faut les diviser selon leur race, parce que cette division est fondée sur la science, sur la nature et sur la vérité. Les chrétiens de Syrie sont des Arabes, des Sémites, tout comme les Miisuhnans et les Druses, et ne valent pas mieux qu'eux, peut-être moins. De tels clients sont indignes de notre patronage. Ils ne constitueront jamais une nation et ne feront jamais un progrès ; leur dégénérescence est définitive et sans remède, comme celle de toute la race sô'
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mitique. On peut en dire autant des tribus talares, nomades ou sédentaires , inférieures aux Sémites mêmes.
Mais il est un peuple, comme nous de sang arvan, appartenant comme nous à l'expression la plus haute jusqu'ici d'une humanité indéfiniment perfectible ; un peuple qui fut jadis la lumière du monde, aux dernières étincelles de laquelle tous les autres sont venus successivement allumer leur flambeau; un peuple dont vingt siècles d'assujettissement n'ont pu consommer la mort, et que nos temps ont vu se réveiller, qu'ils voient encore lutter héroïquement dans une île pour l'indépendance nationale. Ce peuplo-là, après sa glorieuse insurrection, que nous avons soutenue et fait triompher, nous l'avons, de concert avec la diplomatie européenne, toujours aveugle, sourde et paralytique, repoussé aux trois quarts dans le tombeau ; nous n'avons voulu laisser revivre qu'un lambeau de la nation, et nous avons scellé sur le reste la pierre froide des traités. Ce sont là des iniquités puériles et qui deviennent, un jour ou l'autre, fatales à ceux qui s'en rendent coupables. Plus tard, amis de nos ennemis et ennemis de nos amis, nous avons envoyé au Pirée nos soldats faire, comme à Rome, lo métier de gendarmes. Aujourd'hui, si nous ne nous prononçons pas franchement en Crète entre l'oppresseur et l'opprimé, c'est du moins à ce dernier que nous prodiguons généralement les remontrances et les observations comminatoires.
Quel peuple pourtant est plus digne de nos sympathies que les Grecs? Si l'on a dit que les Polonais sont les Français du Nord, — et, à notre sens, ces Slaves, entêtés de catholicisme, ne méritent point un pareil compliment, — il est bien plus vrai de dire que les Grecs sont les Français de l'Orient. Mais la politique n'est pas
affaire de sentiment. Il y faut des raisons. Elles ne man^ quent pas ici.
En dehors du maintien durable de l'empire ottoman, chose impossible et tout à fait invraisemblable, et d'un partage en règle de cet empire entre les grandes puissances européennes, partage qui est absolument impraticable et dont l'idée ne peut subsister que dans des cerveaux fertiles en utopies, le nœud de la question d'Orient ne saurait être délié qu'au moyen de la nation hellénique.
La Grèce n'est pas seulement dans la Grèce; elle est partout où il y a des Hellènes. Ils sont répandus sur tout le littoral de l'ancienne mer Egée. Ils y sont nombreux, et plus encore actifs et intelligents. Ils excellent dans la marine, dans le commerce, dans l'industrie même. Go n'est pas ici le lieu d'insister ni d'entrer dans le détail : on lira avec fruit, dans les comptes rendus de l'Exposition universelle de 1867, publiés par le Moniteur^ de très-intéressants articles de M. Léon Michel, sur la Grèce moderne considérée à ce point de vue.
En Egypte, des diverses colonies européennes, la colonie grecque est de beaucoup la plus nombreuse. Ce |>ont les Gi-ecs qui, relativement, s'acclimatent là avec le jîlus de facilité. De toute antiquité, mais surtout depuis 1/ingt-cinq siècles, la Grèce et l'Egypte n'ont point cessé l'être en relations ; pendant les trois cents ans de la inonarchie des Lagides, l'Egypte a été une province çrecque; et, après la chute de Ptolémée, Alexandrie a oujours été une ville plus grecque que romaine, arabe u turke. Dans les villes créées sous nos yeux par la Compagnie du Canal maritime de l'isthme de Suez, à jimaïlia, à Port-Saïd surtout, les deux tiers de la popu- Htion sont grecs. C'est à des Grecs que la plus grande larlie des terrains est concédée. C'est une véritable inasion de la Grèce dans l'isthme, invasion commerciale,
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induslriolle et toute pacifique. 11 est certain qu'Athènes Gonstanliiiople, Smyrne et Alexandrie sont les quatr* points cardinaux du monde hellénique et pourront tou jours servir à rasseoir les bases d'une civilisation qu s'est longtemps épanouie sur ces bords, et dont ni lei siècles ni la force brutale n'ont pu anéantir les germes e les éléments fondamentaux.
Qu'on nous dise à quel autre peuple, à défaut d» Grecs, on s'adresserait pour établir, en Orient, un équilibre stable et une paix féconde. Ce ne sera pas aux Ar méniens, qui n'ont ni l'envie ni la capacité de forme une nation. Ce ne sera pas aux petites populations sla vones, Bulgares, Serbes, Bosniaques, Croates, Monténé grins. Ce ne sera pas même aux Roumains, les plus di gnes de considération après les Hellènes, mais qui n'on pas, comme eux, les traditions, la persévérance, l'éuer gie, et dont le territoire n'arrive pas jusqu'à la mer.
Maison se récrie ; la prééminence des Grecs en OrienI dit-on, c'est celle des Russes. Quand cela serait vrai, qui la faute? Il y avait un moyen bien simple de contre balancer, d'amoindrir l'influence russe en Grèce et e\ Orient: c'était d'y associer la nôtre et de continuer 1: politique dont la victoire de Navarin fut le triomijlu Qui va à la chasse perd sa place, dit le proverbe. Non sommes allés à la chasse en Crimée, en Chine, en ( chinchine, au Mexique, et, pendant ce temps, en llalio en Grèce, en Pologne, en Danemark, partout, nous avon laissé prendre notre pla^e, ou bien elle est demeui vide. Mais, en ce qui concerne la Grèce, ne nous tJ frayons pas trop de la mission que prétend se donner I Russie, ni de l'accomplissement même de cette mission Si jamais, grâce à l'appui de la Russie, la suprémai des Hellènes s'établissait en Orient, si même un jour il rentraient dans Byzance et que le prêtre muré depu
lus de quatre cents ans dans la paroi de Sainte-Sophie 3rlît tout à coup de sa prison et vînt achever sa messe l'autel relevé de la Basilique de Justinien, on peut ompter alors sur l'ingratitude des Grecs et sur leur eraressement à rejeter toute influence trop pesante, tout rotectorat trop étroit de ceux mêmes à qui ils devraient empire. Et puis l'Europe ne serait-elle pas toujours là? le qui fait la difficulté de la situation actuelle, c'est préisément l'incapacité de la race qui occupe la position, lue cette position soit tenue, à l'exclusion de toute ;rande puissance européenne, par une race supérieure ous laquelle le payS revive et qui remette en honneur agriculture, l'industrie, le commerce, la surveillance le l'Europe sera rendue facile, l'équilibre s'établira, la écurité renaîtra. En un mot, le Grec, prenant la place •u Tnrk en Orient, présenterait tous les avantages u'ofTrc celui-ci sans avoir aucun de ses inconvénients. C'est là, j'en suis intimement persuadé, la solution éflnitive que l'avenir réserve à la question d'Orient, et incline d'autant plus à y croire, que je n'en vois pas 'autre possible, et qu'il n'y a pas d'autre régénération raticable de l'Orient, Les races inférieures n'endossemt jamais notre civilisation : c'est un habit qui n'est 18 fait pour leur taille. Elles sont destinées à reculer ns cesse devant les races supérieures jusqu'à ce qu'elles sparaissent absorbées, transformées, éteintes ou exterinées. La race rouge n'existe pour ainsi dire plus ; la ce noire diminue tous les jours. Un même sort attend, a longue, les rameaux inférieurs de la race blanche. Sémites et les Tatars qui descendent depuis longups la pente rapide de l'abàtardisscmont, do la ruine de la mort. Ils sont toutefois encore bien loin de ce rnier terme, et il faut des centaines de siècles pour conmer la disparition absolue d'une race. Mais les évé-
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nements s'acheminent sous nos yeux, et il serait sagf pour le temps présent, et sans vouloir embrasser l'ii fini, pour une certaine étendue d'avenir, de conforme notre politique à la direction qu'ils prennent.
L'Orient, on ne saurait trop le répéter, est un me magique, un attrait puissant, et une source abondant d'illusions. L'Orient est un berceau, et c'est par là sui tout qu'il exerce un charme auquel peu d'imaginalior résistent. Mais il n'est qu'un berceau et ne peut abrit( que l'enfance. Quand les races fortes qui y sont née sont devenues viriles, elles sont allées accomplir en 0( cident leur œuvre que le poids du climat oriental ci étouffée dans son germe, et ce n'est; que par la fuil qu'elles se sont dérobées elles-mêmes à l'abàlardissc ment, à la décroissance et ta la mort.
Il ne s'est jamais rien fait de grand en Orient que p.' l'Occident. Ce sont les Grecs et les Romains dans l'anl quité, les Portugais et les Anglais dans les temps mode nés, les Français aujourd'hui, par la jonction des deu mers, qui ont porté l'action dans le pays du rêve.
Et l'Orient, à chaque fois, excité de sa somnolem coutumière, se soulève à demi, jette autour de lui un ri gard terne et mélancolique, puis, succombant à cet e\y de fatigue, retombe, et, comme la mollesse du poëtej
Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort.
Il y a du reste un proverbe turk dont le sens est lui-ci : «Il vaut mieux être assis que debout, cou^ qu'assis, mort que couché. » Voilà un puissant mobiU civilisation ! Ce nililisme a pénétré dans l'Occident pî christianisme, il a eu tout son épanouissement penc la funeste catalepsie de notre moyen âge; et il a faSl toute l'énergie de notre race, toute la vertu de not)
mng, pour résister au poison, pour triompher de la nort et pour reprendre et porter haut le drapeau du progrès.
Le sort des races qui habitent l'Orient est doncd'ache- ;cv de vieillir dans leur longue enfance, sous la protecion et la direction de l'Occident qui saura mettre en Buvre et faire valoir pour le développement et la généralisation du bien-être humain, les richesses abondantes ît vierges que l'apathie orientale laisse périr inutiles, in- 'écondes, ignorées.
Ces victoires de la science, de la navigation et du commerce, sont destinées à marquer les rapports de plus en dIus fréquents qui uniront l'Occident et l'Orient dans un ivcnir prochain, dont l'inauguration du canal mari- ;ime de l'Isthme de Suez ouvre l'ère glorieuse.
Paris, décembre 1874,
Depuis six ans que j'ai quitté l'Egypte, on a parle tk bien des changements qui se seraient opérés dans ce beau et malheureux pays. Le public sérieux est prié de n'er rien croire. Oui, on a donné de çà et delà quelques coups de pinceau pour badigeonner et vernira reuro|)éenne la vieille société tataro-sémilique des bords du Nil. Mais chaque jour le badigeon pâlit et le vernis s'écaille el tombe. Hien de lamentable et de grotesque à la fois comme le spectacle que présente cet amalgame de barbarie africano-asiatique et de fashion européenne. f
J'ai conserva des relations avec des personnes qui habitent le Kaire et Alexandrie. On va voir, par les extraM de correspondances que j'ai publiés à diffé renies ép" ques depuis mon retour, dans plusieurs journaux de Paris et que je reproduis ci-après, à quel point il est à propos d'appliquer à l'Egypte contemporaine l'adage connu": plus cela change, et plus c'est la même chose.