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Remplis autrefois par la mer Rouge, qu'on y ramène

<^(aljlit, à côlé du lac Timsah, une machine élévatoire, et. une double conduite de quatre-vingt-quatre kilomètres de longueur fournit l'eau à tous les campements situés dans cette partie de l'Isthme. L'eau douce ainsi conquise, c'était la soif à tout jamais vaincue, les transports de personnes, de matériel, d'approvisionnements de toute sorte, assurés. Quand Racine avait bien médité et tracé le plan d'une tragédie, il disait: «Je n'ai plus que les vers à faire. » Quand la Compagnie a eu préparé et rassemblé tous ses moyens de travail, elle a pu s'écrier : « Je n'ai plus que le canal maiitime à creuser. » C'était, en effet, le moindre des miracles qu'il y eût à accomplir, et l'exécution s'en poursuivit dès lors avec une régularité mathématique et imperturbable : ce n'était plus qu'une affaire de mètres cubes ; c'était calculé, c'était fixé, c'était fatal ; il ne devait pas y avoir, et il n'y aura point, en effet, de protêt à l'échéance.

On ne saurait trop le répéter : l'eau douce, amenée dans l'Isthme, y a tout créé : d'abord la possibilité de creuser le canal maritime, puis les cités nouvelles, les p'irts inattendus, le verdoiement du désert, le mouvement et la vie enfin, où il y avait l'immobilité et la mort. Depuis lors, en effet, qu'a-t-on vu? La population de Suez a été très-rapidement triplée, quand, au lieu de l'eau jaunâtre des fontaines de Moïse situées à deux lieues de là sur la rive d'Asie, au lieu de l'eau voiturée i; ensuite par le chemin de fer du Kaire, on a eu à boire le IjNil amené par le canal. Des campements plus ou moins || considérables ont été assis le long de la ligne maritime : [Ile chantier de la Plaine de Suez, Cha!ouf-al-Tcrraba, le f Serapcum, le seuil d'Al-Guisr, Kantara, Haz-al-Eich. |i Enfin, ont surgi, au centre, au cœur de la province nou- ( velle, Ismaïlia, qui comi)te plus de quatre mille habi- Ktanls, et, sur la Méditerranée, PorlSaïd, la tétc de l'Oc-

cident, comme Suez va devenir la lète de l'Orient. Port-Saïd, Ismaïlia, Suez, voilà les trois jalons, les trois points saillants et fondamentaux du trait d'union entre les deux mondes. L'idée macédonienne est rajeunie déplacée, et mise en trois morceaux. On ne fora plus q passer devant Alexandrie.

En partant du Kaire pour aller dans l'Isthme, voici Ti néraire que l'onsuit ordinairement. On prend le chem de fer, ligne du Kaire à Alexandrie, jusqu'à Bennah. D là, un embranchement va jusqu'à Ismaïlia, puis jusqu'à Suez, parallèlement au canal d'eau douce. Avant qu cet embranchement fût achevé, on s'embarquait à Za(i ziq sur le canal d'eau douce dans une dahabyeh-i)os tirée par deux mules et qui rappelait, quoiqu'on n'y f pas tout à fait aussi bien, les trekschuijten sur lesquc on parcourt si paisiblement et comme sans s'en aperc voir tous les canaux de la Hollande. La dahabyeh ma chait avec une vitesse de sept à huit kilomètres l'heure.

Le côté principal d'Ismaïlia est bâti en bordure sur Ii quai Mohammed-Aly, le long du canal d'eau douce, une très-petite distance au delà est situé le lac Tiinsah] L'borizon est borné par les collines appelées Gabal-tî nefîe au-dessus desquelles on aperçoit les crêtes lointaines de l'Attaka qui domine Suez.

Ismaïlia se divise en trois parties bien distinctes : le village arabe, misérable assemblage de tanières avoc une mosquée en bois; la ville proprement dite ; le quar-< lier grec.

La ville *, capitale administrative de la Gompagnioi

1. A quelques kilomètres au S.-E. d'Ismaïlia, se trouve le pU» teau (les Hjf'iies où sont situées d'abondantes carrières. C'est ave< les belles pierres qu'elles fournissent, que la ville, les éîrliseS latine et grecque, les édifices divers ont été construit».

chef-lieu de la province où réside lo gouverneur égyptien de tout l'Isthme, qui a sous ses ordres celui de Port- Saïd, est construite sur un plan régulier, uniforme, propre, sain, commode, mais triste et guindé.

Les maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée, sauf celles qui se trouvent aux angles de la place GhampoUion et qui ont un étage. Toutes sont pourvues de jardins et sont entourées de galeries en bois et en nattes où l'on peut se promener à l'ombre.

Les bâtiments de la direction générale sur le quai Mohammed-Aly sont vastes et magnifiques.

Il ne faut pas manquer de visiter en détail à Ismaïlia l'usine Lasseron. C'est là que, dans des salons d'une propreté et d'une élégance exquises, sont placées les machines qui élèvent l'eau et la refoulent dans les tuyaux de conduite pour la transmettre ainsi jusqu'à Port-Saïd, Quand la grande machine s'arrête, deux petites la relèvent. Le débit d'eau monte à un million cinq cent mille litres environ par jour.

Dans le quartier grec qui est celui du commerce, il y a plus de vie, de mouvement et de spontanéité que dans la ville officielle. Les habitants sont surtout des Grecs, des Italiens et des Français. Les premiers s'adonnent volontiers à la boulangerie, où ils sont sans rivaux, et à l'épicerie. Il y a une auberge italienne dont l'enseigne porte ces mots : Locanda di Giuseppina detta Garihaldlna. Le héros de Caprera est d'ailleurs très-populaire [dans toute la colonie italienne d'Egypte, qui est considérable 2.

1. A Alexandrie il y a laeia Garibaldi, la strada GnribnlU. An Kairc, j'ai vu à difToTents anniversaires porter en triomphe, dans leMousky, la seule grande rue de la ville, la statue do Garibaldi an milieu des drapeaux, au hruil des acclamations les plus enthousiastes et des instruments de musique les plus retentissants.

Plus loin sont <les magasins français qui s'intitulent la Belle Jardinière, les Villes de France. Chaque patrie a un souvenir sur la terre d'exil.

Des diverses colonies européennes établies en Egypte, Ift colonie hellénique est la plus nombreuse, et son importance croissante est surtout pensil)le dans l'Isthme. Cela n'a rien d'étonnant. L'acclimatation en Egypte es relativement facile pour les Grecs. Depuis vingt-cin siècles, leurs relations'avec les Egyptiens ont toujours et fort actives. Ce sont d'excellents marins, des commerçant de premier ordre. Pendant les trois cents ans de la m narchiedesPtolémées, l'Egypte a été une province grec que. Un grand avenir attend la Grèce nouvelle. Nou croyons fermement que le nœud principal de laquestio d'Orient est là.

D'Ismaïlia on se rend à Al-Guisr, soit à cheval à tra vers le désert, soir par eau en suivant le canal d'eau douce jusqu'à l'écluse qui le fait communicpier avec le canal maritime, puis en naviguant sur ce dernier l'e pace d'une heure à peu i»rès. Le service quotidien e fait entre Ismaïiia et Port-Saïd sur le canal marilim que lemplit l'eau de la Métliterranée, par des bartpies vapeur au milieu desquelles sont placées des machin de la force de quatre chevaux. Le trajet dure de dix onze heures.

Al-Guisr, situé sur la rive d'Afiique, est plus joli, plus rustique, si l'on peut dire cela au désert, plus sans faço qu'lsmaïlia. On y trouve, comme dans tous les campC' ments d'une certaine imi)orlance, une église latine, um église grecque, une mosquée, un hôpital.

Les dimensions du .seuil d'Al-Guisr sont remarquables; 22 mètres de largeur au plafond, 02 mètres à la lignf | d'eau, 120 mètres d'écartement à la crête qui a 27 mètres au-dessus du plafond, 11) au-dessus de la ligne d'eau.

Pour opérer ce travail, qui est achevé depuis longtemps, on a employé plusieurs moyens : les bras d'hommes avec la pioche, la pelle et la brouette; les excavateurs H vapeur, fonctionnant, les uns à sec, les autres dans l'eau, et desservis par des wagons que remorquaient des locomotives sur des rampes d'une légère inclinaison.

Mais l'engin le plus curieux, le plus puissant, et qu'on a perfectionné pour les besoins de l'œuvre d'une manière vraiment admirable, c'est la drague énorme qui extrait de mille à.onze cents mètres cubes de matière par jour, sans compter le travail de la nuit, et à laquelle on a adapté un long* couloir de 58, de GO, de 70 mètres même, qui va déverser au loin sur le rivage la bourbe qu'a ramassée la chaîne des godets.

llâtons-nousd'arriveràPort-Saïdi. Surune côte basse et marécageuse, sur une plage déserte, à quelque distance des ruines de l'antique Pélusc, on a, en 1859, commencé Port-Saïd. En 1860, on n'y comptait encore que sept ou huit baraques sur pilotis. Aujourd'hui, c'est une ville de huit à neuf mille habitants; des consulats de presque toutes les nations y sont établis. Le vice-consulat d'Autriche et de Hongrie y a été tout récemment élevé au rang de consulat. On y voit un cercle, des cafés, un théâtre où, à des époques indéterminées, on joue le drame et le vaudeville français; nous vcroyons même qu'une fois on a essayé une représentation de l'opéra de Guillaume Tell,... mais peut-être en supprimant la musique. Le marché * qui se tient tous les

1. Nous avons logé clans cette ville de création si récente chez notre ami M. Rapha^-l de Rouviile, qui fut au début de l'entreprise, un des i)reinierset des plus hardis pionniers de cette grande œuvre et qui occupe aujourd'hui à Isniaïlia le poste éniinent de directiHir du transit.

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