L’ADMINISTRATION ÉGYPTIENNE
devait être dans cette contrée la domination d’une cinquantaine de tyrans locaux, tous ligués pour opprimer sans mesure leurs dociles sujets ! La tyrannie d’un seul était mille fois préférable, quelque lourde qu’elle fût encore.
On a beaucoup reproché à Méhémet ses monopoles qui le rendaient maître arbitraire de toutes les productions du pays, tarifées à son gré. Mais l’administration égyptienne elle-même a si bien vu l’erreur où elle était tombée, qu’elle a renoncé au monopole, tout fructueux qu’il pouvait être, pour le remplacer par un impôt plus régulier et plus équitable. Mais Méhémet s’était trouvé entraîné à cette mesure, qui serait presque inouïe sans l’exemple des Pharaons, qu’atteste la Bible (Genèse, XLVII, 19 et 29), par sa victoire sur les Mamelouks, et aussi par la loi musulmane, qui ne reconnaît pas la propriété individuelle, et qui, faisant de l’État le propriétaire unique du sol, lui confère le droit d’en user comme bon lui semble
Méhémet-Ali avait hérité, on peut le .dire;, de l’Égypte entière, sauf très-peu d’exceptions; et iL avait complété son triomphe en indemnisant les rares propriétaires qui pouvaient prouver leurs titres. C’étaient principalement les mosquées, qui avaient acquis dès longtemps et qui possédaient
encore des biens cédés à intention religieuse sous le nom dewakfs. Jamais réforme aussi grande n’avait été faite dans la propriété d’un pays depuis notre grande Assemblée constituante, qui avait aboli toute la propriété féodale dans la nuit du 4 août, Si magna dicet componere parvis. Le monopole du pacha était une faute énorme en économie politique et en bonne administration; ce n’était pas un crime social dans l’Égypte, comme il le serait chez nous, si jamais des théories monstrueuses venaient à le faire prévaloir dans des jours néfastes.
Abbas-Pacha, qui en 1849 succédait^ son grandpère comme l’aîné de la famille, abolit le monopôle; et il établit la dîme, qui était un peu moins mauvaise. Mais lé payement de l’impôt, en mature devint la source d’une foule de vexations et d’abus innombrables. Abbas-Pacha, quoique assez doux envers le peuple, il faut lui rendre cette justice, s’était fait exécrer et mépriser à la fois par ses cruautés incroyables envers les grands, ses mœurs abominables, ses dépenses folles, ses terreurs sans limite contre tout ce qui l’approchait, et sa haine implacable contre toute civilisation. Il est probable qu’il a payé d’une mort violente des forfaits que rien n’excusait; et son pouvoir était tellement odieux, que, comme il faisait une chaleur exces-