‹ Lettres sur l'ÉgypteChapitre 18 sur 26 · LE SCHE1K-EL-6ÉLEÜ · texte numérisé non relu

LE SCHE1K-EL-6ÉLEÜ

combustible. En quelques instants, l’ordre est donné; et une cinquantaine d’hommes et d’enfants sont requis pour porter le charbon, de la berge sur notre bateau. Cette corvée, qui ne devait pas amener, selon toute apparence, le moindre profit, ne leur plaisait guère en général; et il fallut que nos ehiaoux intervinssent pour hâter la besogne, qui paraissait aussi peu amusante quelle devait être peu lucrative. Mais l’embarquement du charbon fut assez rapide; et en revenant de nous promener au bout d’une demi-heure tout au plus, nous pûmes repartir à toute vapeur.

Je ne cite que ces exemples dont j’ai été témoin. Il vous est bien facile, d’après ceux-là, de vous figurer ce que doivent être les corvées pour les besoins plus sérieux du village lui-même, ou pour ceux du gouvernement.

Mais les corvées, le partage des terres et même l’impôt ne sont rien en comparaison de la conscription.

C’est l’impôt du sang, comme on l’appelle chez nous, par une expression juste et très-énergique, qu’ont trop souvent dénaturée de mauvaises passions. L’impôt du sang est encore plus légitime et plus utile que l’impôt de l’argent. A moins qu’on ne veuille renoncer à défendre la société, ou plutôt

la communauté, contre l'ennemi du dehors et contre l’ennemi non moins redoutable du dedans, il faut bien une armée; et le moyen le plus équitable de la former est encore la conscription, outre que c’est le plus national. J'approuve le mot d’Horace: Bella matribus delestata; et les pauvres mères en font en ce moment une bien cruelle épreuve, du moins toutes celles qui ont leurs fils en Crimée. Mais, tout en louant les réclamations et les tristesses de l’amour maternel, il est tout simple que les fils songent à défendre leurs mères, qui elles aussi font partie de la société générale, et qu’ils subissent ce terrible impôt avec d’autant plus d’héroïsme et d’abnégation qu’il est plus redoutable.

En général, ainsi que nous pouvons le voir dans notre France, c’est là ce que pensent nos populations, bien que plus d’un paysan, sans doute, voulût, s’il le pouvait, se soustraire au service militaire. Un instinct confus de patriotisme les guide; et c’est sans trop de peine chez nous qu’on se rend à l’armée, c’est-à dire qu’on livre sa personne et sa vie aux hasards que chaque moment peut faire naître. Ce n’est pas en un jour que ces sentiments, de nationalité et de raison tout ensemble, se sont développés, et qu’ils ont fini par devenir en quelque sorte un axiome social. Il a fallu bien

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