LE SCHEIK-EL-BÉLEO
tère de la race, empreint si avant par la nature elle-même, et si malheureusement développé par les siècles, qu’il semble désormais à peu près immuable. Tout le monde s’accorde à reconnaître, et rien de ce que j'ai vu ne contredit cette opinion, que, si le Fellah est intelligent et docile, il est au suprême degré incapable de tout commandement et de toute autorité. Dans l’administration civile, dans l’armée, cette déplorable lacune du caractère indigène se fait sentir de la manière la plus évidente et la plus fâcheuse. C’est une sorte de proverbe admis par ceux-là mêmes qui en sont l’objet, que le Fellah ne sait point commander.
Et voyez ce que c’est que l’influence de la race. Le Turc, dont la nature épaisse et flegmatique est si opposée à l’élégance et à la vivacité du Fellah, est, au contraire, par-dessus tout, capable de pouvoir. \ quelque rang de la société que vous le preniez, quels qu’aient été ses antécédents personnels, dès qu’il est investi d’une fonction quelconque, à l’instant même il commande, et il sait se faire obéir. Ses commandements peuvent être bien souvent déraisonnables, et il serait étonnant qu’ils ne le fussent pas dans un pays où l’on peut prendre un portefaix pouren faire un grand vizir. Mais enfin
c’est quelque chose, si ce n’est tout, que l’homme revêtu de l’autorité, à quelque titre que ce puisse être, l’exerce et l’applique. C’était cette qualité, et c’est encore cette qualité supérieure, qui avait donné la domination absolue aux Turcs dans ce pays et dans tous ceux qui lui ressemblent. Ils ordonnaient, et Ton obéissait, bien que les ordres ne fussent ni bien éclairés ni bien utiles. On m’assure que les Fellahs n’ont pas cette puissance naturelle en eux.
D’où vient cette faiblesse native? Est-ce en effet la nature qui a destiné de tout temps celte race à une obéissance éternelle, tout en lui donnant d’ailleurs des facultés très-remarquables? Est-ce le long despotisme des Pharaons qui a brisé le ressort? Est-ce l’antique esclavage qui a produit l’esclavage actuel ?
Ce sont là des questions auxquelles il est vraiment bien difficile de répondre. Mais, pour ma part, j’inclinerais plutôt à la seconde solution qu’à la première. Je ne m’en rapporte pas, pour me décider, à des théories, dont je ne nie pas d’ailleurs la puissance et l’exactitude. Je m’en tiens aux faits; et il me semble impossible, d’après toutes les révélations que nous font les hiéroglyphes, qu’il n’y ait pcs eu, au-dessous et autour du Pharaon, un nom-